QUOI DE NEUF ?

en

JANVIER 2015

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                                       DES VOEUX

DE BONNE SANTE

POUR 2015

 

Les 15 maladies évoquées ci-dessous

fragilisent l'organisme

et sont la porte ouverte

aux dérives sectaires.

 

22 décembre 2014

discours du pape François lors de la présentation des voeux de Noël à la Curie romaine

 

Chers Frères,

Au terme de l’Avent, nous nous retrouvons pour les traditionnelles salutations. Dans quelques jours, nous aurons la joie

de célébrer la Nativité du Seigneur; l’événement de Dieu qui se fait homme pour sauver les hommes; la manifestation de

l’amour de Dieu qui ne se limite pas à nous donner quelque chose ou à nous envoyer un certain message ou quelques

messagers, mais nous fait le don de lui-même; le mystère de Dieu qui prend sur lui notre condition humaine et nos

péchés pour nous révéler sa Vie divine, son immense grâce et son pardon gratuit. C’est le rendez-vous avec Dieu qui naît

dans la pauvreté de la grotte de Bethléem pour nous enseigner la puissance de l’humilité. En effet, Noël est aussi la fête

de la lumière qui n’est pas accueillie par les « élus », mais par les personnes les plus pauvres et les plus simples qui

attendaient le salut du Seigneur.

Avant tout, je voudrais vous souhaiter à tous – collaborateurs, frères et soeurs, représentants pontificaux dispersés dans

le monde – et à tous ceux qui vous sont chers, une sainte fête de Noël et une bonne et heureuse année. Je désire vous

remercier cordialement pour votre engagement quotidien au service du Saint-Siège, de l’Église catholique, des Églises

particulières et du Successeur de Pierre.

Comme nous sommes des personnes et non des numéros ou de simples dénominations, je souhaite tout particulièrement

me souvenir de ceux qui, au cours de cette année, ont achevé leur service parce qu’ils avaient atteint la limite d’âge,

avaient un nouveau rôle à assumer, ou parce qu’ils ont été rappelés à la Maison du Père. Mes pensées et ma gratitude

vont également à eux tous et à leurs proches.

Avec vous, je souhaite adresser au Seigneur de vifs et sincères remerciements pour l’année qui s’achève, pour les

événements vécus et pour tout le bien qu’Il a voulu accomplir généreusement à travers le service du Saint-Siège, et lui

demander humblement pardon pour les fautes commises « en pensée, en parole, par action et par omission ».

Et, partant de cette demande de pardon, je voudrais que notre rencontre d’aujourd’hui et les réflexions que je vais

partager avec vous, servent pour nous tous d’appui et nous poussent à un véritable examen de conscience afin de

préparer notre coeur à la sainte fête de Noël.

 

La Curie romaine, un corps complexe

En pensant à notre rencontre, m’est venue à l’esprit l’image de l’Église en tant que Corps mystique de Jésus-Christ.

Comme l’explique le pape Pie XII, c’est une expression qui « découle, qui fleurit pour ainsi dire, de ce que nous exposent

fréquemment les Saintes Écritures et les écrits des saints Pères » (1). À ce propos, écrit: saint Paul « Le corps ne fait

qu’un, il a pourtant plusieurs membres; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. Il en est

ainsi pour le Christ » (1 Co 12, 12) (2).

En ce sens, le concile Vatican II nous rappelle que « dans l’édification du Corps du Christ règne également une diversité

de membres et de fonctions. Unique est l’Esprit qui distribue des dons variés pour le bien de l’Église à la mesure de ses

richesses et des exigences des services (cf. 1 Co 12, 11) » (3). C’est pourquoi « le Christ et l’Église, c’est donc le « Christ

total « (Christus totus). L’Église est une avec le Christ » (4).

Il est beau de penser à la Curie romaine comme à un petit modèle de l’Église, c’est-à-dire comme à un « corps » qui

cherche sérieusement et quotidiennement à être plus vivant, plus sain, plus harmonieux et plus uni, en lui-même et avec

le Christ.

En réalité, la Curie romaine est un corps complexe, composé de tant de dicastères, de conseils, de bureaux, de tribunaux,

de commissions et de nombreuses entités qui n’ont pas toutes les mêmes tâches, mais sont coordonnées pour

fonctionner de manière efficace, édifiante, disciplinée et exemplaire, en dépit de la diversité culturelle, linguistique et

nationale de ses membres (5).

Quoi qu’il en soit, la Curie étant un corps dynamique, celle-ci ne peut vivre sans se nourrir et sans se soigner. De fait, la

Curie – comme l’Église – ne peut vivre sans avoir un rapport vital, personnel, authentique et solide avec le Christ (6). Un

membre de la Curie qui ne mange pas quotidiennement de ce Pain, deviendra un bureaucrate (un formaliste, un

fonctionnaire, un simple employé) : un sarment qui se dessèche, meurt peu à peu, et finit par être jeté. La prière

quotidienne, la participation assidue aux sacrements, en particulier à ceux de l’Eucharistie et de la réconciliation, le

contact quotidien avec la Parole de Dieu et la spiritualité traduite en charité vécue, constituent pour chacun de nous des

aliments vitaux. Que cela soit clair pour nous tous : sans Lui, nous ne pouvons rien faire (cf. Jn 15, 8).

Par conséquent, le rapport vivant avec Dieu nourrit et fortifie aussi la communion avec les autres. Autrement dit, plus nous

sommes intimement liés à Dieu, plus nous sommes unis entre nous, parce que l’Esprit de Dieu unit et l’esprit du malin

divise.

 

Des maladies et des tentations qui affaiblissent notre service

La Curie est appelée à s’améliorer, à s’améliorer en permanence et à croître dans la communion, la sainteté et la sagesse

pour pleinement mener à bien sa mission (7). Pourtant, comme tout corps, comme tout corps humain, elle est exposée

aussi aux maladies, au dysfonctionnement, à l’infirmité. Et je voudrais mentionner ici certaines de ces probables maladies,

les « maladies curiales ». Ce sont des maladies assez communes dans notre vie de Curie. Ce sont des maladies et des

tentations qui affaiblissent notre service au Seigneur. Je crois que, à l’instar des Pères du désert qui en rédigeaient de

tels, le « catalogue » de ces maladies nous aidera à nous préparer au sacrement de la réconciliation, qui constituera pour

nous tous une étape importante vers la fête de Noël.

 

1. La maladie de celui qui se sent « immortel », « immunisé » ou tout à fait « indispensable » et néglige les

contrôles nécessaires et habituels. Une Curie qui ne fait pas son autocritique, ne s’ajuste pas en permanence, ne cherche

pas à s’améliorer, est un corps malade, infirme. Une simple visite au cimetière nous permettrait de voir les noms de

nombreuses personnes, dont certaines pensaient peut-être qu’elles étaient immortelles, immunisées et indispensables !

C’est la maladie de l'homme riche et insensé de l’Évangile qui pensait vivre éternellement (cf. Lc 12, 13-21) et de tous

ceux qui se transforment en maîtres et se sentent supérieurs à tous, et non au service de tous. Elle découle souvent de la

pathologie du pouvoir, du « complexe des élus », du narcissisme qui consiste à regarder passionnément sa propre image

et à ne pas voir l'image de Dieu imprimée sur le visage des autres, spécialement des plus faibles et des plus nécessiteux

(8). L’antidote à cette épidémie est la grâce de se sentir pécheurs et de savoir dire de tout coeur : « Nous sommes de

simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir » (Lc 17, 10).

 

2. Autre maladie : le « marthalisme » (qui vient de Marthe) ou l’activité excessive. Elle concerne ceux qui se noient dans

le travail et négligent inévitablement « la meilleure part » : s’asseoir aux pieds de Jésus (cf. Lc 10, 38-42). C’est pourquoi

Jésus a demandé à ses disciples de « se reposer un peu » (cf. Mc 6, 31), car négliger le repos nécessaire conduit au

stress et à l'agitation. Le temps du repos, pour celui qui a mené à bien sa mission, est une nécessité, un devoir, et doit

être vécu sérieusement : en passant un peu de temps avec sa famille et en respectant les jours fériés comme des

moments pour se ressourcer spirituellement et physiquement. Il faut retenir ce qu'enseigne Qohéleth : « Il y a un moment

pour tout » (Qo 3, 1-15).

 

3. Il y a aussi la maladie de la « pétrification » mentale et spirituelle. Ceux qui en sont atteints possèdent un coeur de

pierre et une « nuque raide » (Ac 7, 51-60). Ce sont ceux qui, chemin faisant, perdent leur sérénité intérieure, la vivacité

et l’audace, et se cachent derrière leurs dossiers, devenant les « rois du formulaire » et non « des hommes de Dieu » (cf.

He, 3, 12). Il est dangereux de perdre cette sensibilité humaine qui permet de pleurer avec ceux qui pleurent et de se

réjouir avec ceux qui se réjouissent ! C’est la maladie de ceux qui perdent « les dispositions » de Jésus (cf. Ph 2, 5-11).

Car, au fil du temps, leur coeur se durcit et devient incapable d'aimer inconditionnellement le Père et le prochain (cf. Mt 22,

34-40). Être chrétien, en fait, signifie avoir « les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (cf. Ph 2, 5), dispositions à

l'humilité et au don, au détachement et à la générosité (9).

 

4. La maladie de la planification excessive et du fonctionnarisme. Quand l’apôtre planifie tout minutieusement et

croit que planifier à la perfection fait réellement avancer les choses, il se transforme pratiquement en expert-comptable ou

en fiscaliste. Tout bien préparer est nécessaire mais il ne faut jamais succomber à la tentation de vouloir enfermer ou

piloter la liberté de l’Esprit Saint, qui demeure toujours plus grande, plus généreuse que toute planification humaine (cf. Jn

3, 8). On se laisse gagner par cette maladie parce qu’il « est toujours plus facile et plus commode de se caler dans ses

propres positions statiques et inchangées. En réalité, l’Église se montre fidèle à l’Esprit Saint dans la mesure où elle n’a

pas la prétention de le régler ni de le domestiquer – domestiquer l’Esprit Saint ! – Il est fraîcheur, imagination, nouveauté

» (10).

 

5. La maladie de la mauvaise coordination. Quand il n’existe plus de communion entre les membres  et que le corps est privé de son

fonctionnement harmonieux et de sa tempérance en devenant un orchestre qui produit seulement du chahut,

parce que ses membres ne collaborent pas et ne vivent pas l’esprit de communion et d’équipe. Lorsque le pied dit

au bras : « je n'ai pas besoin de toi » ou la main à la tête : « c'est moi qui commande », provoquant ainsi malaise et

scandale.

 

6. Il y a aussi la maladie d’« Alzheimer spirituelle », c’est-à-dire l’oubli de « l'histoire du salut », de l'histoire personnelle

avec le Seigneur, du « premier amour » (Ap 2, 4). Il s'agit d'un déclin progressif des facultés spirituelles qui, à plus ou

moins long terme, provoque de graves handicaps chez la personne, la rendant incapable d'exercer une activité autonome.

Celle-ci vit dans un état de dépendance absolue vis-à-vis de ses vues souvent imaginaires. Nous détectons cette maladie

chez ceux qui ont perdu la mémoire de leur rencontre avec le Seigneur ; chez ceux qui ne perçoivent pas le sens

historique de la vie ; chez ceux qui sont totalement dépendants de leur présent, de leurs passions, caprices et manies ;

chez ceux qui construisent autour d'eux des murs et des habitudes et deviennent de plus en plus esclaves des idoles

qu'ils ont sculptées de leurs propres mains.

 

7. La maladie de la rivalité et de la vanité (11). Quand l’apparence, les couleurs des vêtements, les signes honorifiques

deviennent le premier objectif de la vie, et que l’on oublie les paroles de saint Paul : « Ne soyez jamais intrigants ni

vaniteux, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas

préoccupé de ses propres intérêts ; pensez aussi à ceux des autres » (Ph 2, 3-4). C'est la maladie qui nous pousse à être

des hommes et des femmes faux et à vivre un faux « mysticisme », et un faux « quiétisme ». Paul lui-même les définit

comme des « ennemis de la croix du Christ » parce qu'ils « mettent leur gloire dans ce qui fait leur honte ; ils ne pensent

qu’aux choses de la terre » (Ph 3, 18-19).

 

8. La maladie de la schizophrénie existentielle. C’est la maladie de ceux qui ont une double vie, fruit de l’hypocrisie

typique du médiocre et du vide spirituel progressif que les diplômes et les titres académiques ne peuvent combler. Une

maladie qui frappe souvent ceux qui, abandonnant le service pastoral, se limitent aux tâches bureaucratiques et perdent

ainsi le contact avec la réalité, avec les personnes concrètes. Ils créent ainsi un monde parallèle, à eux, où ils mettent de

côté tout ce qu'ils enseignent sévèrement aux autres et où ils commencent à vivre une vie cachée et souvent dissolue. La

conversion est assez urgente et indispensable pour lutter contre cette maladie extrêmement grave (cf. Lc 15, 11-32).

 

9. La maladie de la rumeur, de la médisance, et du commérage. J’ai déjà parlé de nombreuses fois de cette maladie,

mais cela ne suffit pas encore. C’est une maladie grave, qui commence simplement, peut-être seulement pour faire un

brin de causette, et qui s’empare de la personne. Celle-ci se met alors à « semer de la zizanie » (comme Satan), et dans

beaucoup de cas à « assassiner de sang froid » la réputation de ses propres collègues et confrères. C’est la maladie des

personnes lâches qui, n'ayant pas le courage de parler directement et parlent dans le dos. Saint Paul avertit : « Faites tout

sans récriminer et sans discuter ; ainsi vous serez irréprochables et purs » (Ph 2, 14-18). Frères, gardons-nous du

terrorisme des bavardages !

 

10. La maladie qui consiste à diviniser les chefs. C’est la maladie de ceux qui courtisent leurs supérieurs, en espérant

obtenir leur bienveillance. Ils sont victimes du carriérisme et de l’opportunisme, ils honorent les personnes et non Dieu (cf.

Mt 23, 8-12). Ce sont des personnes qui vivent le service en pensant uniquement à ce qu'ils doivent obtenir, et non à ce

qu'ils doivent donner. Des personnes mesquines, malheureuses, et inspirées seulement par leur égoïsme fatal (cf. Ga 5,

16-25). Cette maladie pourrait frapper aussi les supérieurs quand ils courtisent certains de leurs collaborateurs pour

obtenir leur soumission, leur loyauté et leur dépendance psychologique, mais il en résulte au final une véritable complicité.

 

11. La maladie de l’indifférence envers les autres. Elle survient quand chacun ne pense qu’à soi et perd la sincérité et

la chaleur des relations humaines. Quand le plus expert ne met pas ses connaissances au service des collègues qui le

sont moins. Quand on vient à apprendre quelque chose et qu’on le garde pour soi au lieu de le partager de manière

positive avec les autres. Quand, par jalousie ou par ruse, on éprouve de la joie à voir l'autre tomber au lieu de le relever et

de l'encourager.

 

12. La maladie du visage lugubre que pour être . Elle est celle des personnes bourrues et revêches,

qui estiment que pour être sérieux il faut porter le masque de la mélancolie, de la sévérité, et traiter les autres –

surtout ceux que l’on considère comme inférieurs – avec rigidité, dureté et arrogance.

En réalité, la sévérité théâtrale et le pessimisme stérile (12) sont

souvent les symptômes d’un sentiment de peur et d’insécurité. L’apôtre doit s'efforcer d'être une personne courtoise,

sereine, enthousiaste et joyeuse qui transmet la joie quel que soit l’endroit où il se trouve. Un coeur empli de Dieu est un

coeur heureux qui irradie et communique sa joie à tous ceux qui l'entourent : cela se voit tout de suite ! Ne perdons donc

pas cet esprit joyeux, qui sait manier l'humour, et même l'autodérision, qui font de nous des personnes aimables même

dans les situations difficiles (13). Comme une bonne dose d'humour sain nous fait du bien ! Réciter souvent la prière de

saint Thomas More nous fera le plus grand bien : je le fais tous les jours, cela me fait du bien (14).

 

13. La maladie qui consiste à accumuler. Souffre de celle-ci l’apôtre qui cherche à combler un vide existentiel dans

son coeur en accumulant les biens matériels, non pas par nécessité, mais seulement pour se sentir en sécurité. En réalité,

nous ne pourrons emporter avec nous rien de matériel parce que « le linceul n’a pas de poches » et tous nos trésors

terrestres – même si ce sont des cadeaux – ne pourront jamais combler ce vide. Au contraire, ils le rendront encore plus

exigeant, et plus profond. À ces personnes, le Seigneur rappelle : « Tu dis : ‘Je suis riche, je me suis enrichi, je ne

manque de rien’, et tu ne sais pas que tu es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! […]. Eh bien, sois fervent et

convertis-toi » (Ap 3, 17-19). L'accumulation ne fait que nous alourdir et ralentir inexorablement notre chemin ! Je pense à

une anecdote. Autrefois, les jésuites espagnols décrivaient la Compagnie de Jésus comme la « cavalerie légère de

l'Église ». Je me souviens du déménagement d'un jeune jésuite : il était en train de charger dans un camion tout ce qu'il

avait – bagages, livres, objets, cadeaux –, quand un vieux jésuite qui l'observait lui dit : « Ce serait cela la ‘cavalerie

légère de l'Église’ ? » Nos déménagements sont un signe de cette maladie.

 

14. La maladie des cercles fermés, quand l’appartenance à un petit groupe devient plus forte que celle au Corps et,

dans certaines situations, au Christ lui-même. Cette maladie elle aussi commence toujours par de bonnes intentions, mais

au fil du temps, elle asservit ses membres, devient un cancer qui menace l’harmonie du Corps et cause tellement de mal

– des scandales –, spécialement aux plus petits de nos frères. L'autodestruction ou le « tir ami » des frères d’armes est le

danger le plus sournois (15). C'est le mal qui frappe de l'intérieur (16) et, comme le dit le Christ, « tout royaume divisé

contre lui-même devient désert » (Lc 11, 17).

 

15. Et la dernière, la maladie du profit mondain, des exhibitionnismes (17). Elle est celle de l’apôtre qui transforme

son service en pouvoir, et son pouvoir en marchandise pour obtenir des profits mondains, ou davantage de pouvoir. C’est

la maladie des personnes qui cherchent insatiablement à multiplier les pouvoirs et dans ce but, ils sont capables de

calomnier, de diffamer, de discréditer les autres, jusque dans les journaux et les magazines. Naturellement, dans le but de

s'afficher et de montrer qu'ils sont davantage capables que les autres. Cette maladie fait elle aussi beaucoup de mal au

Corps parce qu'elle conduit les personnes à justifier l’usage de n’importe quel moyen pour atteindre ce but, souvent au

nom de la justice et de la transparence ! Il me vient à l'esprit le souvenir d'un prêtre qui appelait les journalistes pour leur

raconter – et inventer – des choses privées et personnelles sur ses confrères et ses paroissiens. Pour lui, seul comptait le

fait de se voir à la une des journaux, parce qu'ainsi il se sentait « puissant et irrésistible ». Il faisait tellement de mal aux

autres et à l'Église. Le pauvre !

 

Frères, de telles maladies et de telles tentations sont naturellement un danger pour tout chrétien et pour toute curie,

communauté, congrégation, paroisse, mouvement ecclésial. Et elles peuvent frapper au niveau individuel ou

communautaire.

 

Seul l’Esprit Saint guérit toute maladie

Soyons clairs : seul l’Esprit Saint – l’âme du Corps mystique du Christ, comme l'affirme le Credo de Nicée-Constantinople

(« Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie ») – guérit toute maladie. C'est l’Esprit Saint qui soutient

tout effort sincère de purification et toute bonne volonté de se convertir. C'est lui qui nous fait comprendre que tout

membre participe à la sanctification du Corps et à son affaiblissement. C'est lui le promoteur de l'harmonie (18) : « Ipse harmonia

est », dit saint Basile. Saint Augustin nous dit : « Tant qu’une partie adhère au Corps, sa guérison n'est pas

désespérée ; ce qui a été sectionné ne peut être ni soigné ni guéri » (19).

La guérison est aussi le fruit de la conscience de la maladie et de la décision personnelle et communautaire de se soigner

en supportant le traitement avec patience et persévérance (20). Nous sommes donc appelés – en ce temps de Noël et

pour toute la durée de notre service et de notre existence – à vivre « dans la vérité de l’amour ». « Nous grandirons pour

nous élever en tout jusqu’à celui qui est la Tête, le Christ. Et par lui, dans l’harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit

sa croissance, grâce aux articulations qui le maintiennent, selon l’énergie qui est à la mesure de chaque membre. Ainsi le

corps se construit dans l’amour » (Ep 4, 15-16).

 

Chers frères!

J’ai lu un jour que les prêtres sont comme les avions : ils ne font la une des journaux que lorsqu’ils tombent, mais il y en a

beaucoup qui volent. Beaucoup critiquent et peu prient pour eux. C’est une phrase très sympathique mais aussi très vraie,

parce qu'elle souligne l'importance et la délicatesse de notre service sacerdotal et tout le mal que peut causer à tout le

corps de l'Église un seul prêtre qui « tombe ».

Donc, pour ne pas tomber en ces jours où nous nous préparons à la confession, demandons à la Vierge Marie, Mère de

Dieu et Mère de l’Église, de guérir les blessures du péché que chacun de nous porte dans son coeur, et de soutenir

l’Église et la Curie pour qu'elles soient guéries et qu’elles guérissent elles-mêmes ; pour qu’elles soient saintes et

sanctificatrices ; à la gloire de son Fils et pour notre salut et celui du monde entier. Demandons-lui de nous faire aimer

l'Église comme le Christ, son Fils et notre Seigneur, l'a aimée, et d'avoir le courage de nous reconnaître pécheurs et

d’exprimer le besoin de sa miséricorde et de ne pas avoir peur d'abandonner notre main entre ses mains maternelles.

Tous mes voeux à l’occasion de cette sainte fête de Noël à vous tous, à vos familles, et à vos collaborateurs. Et s’il vous

plaît, n’oubliez pas de prier pour moi ! Merci de tout coeur !

 

(1) « Or, pour définir, pour décrire cette véritable Église de Jésus-Christ - celle qui est sainte, catholique, apostolique,

romaine -, on ne peut trouver rien de plus beau, rien de plus excellent, rien enfin de plus divin que cette expression qui la

désigne comme « le Corps mystique de Jésus-Christ » ; c’est celle du reste qui découle, qui fleurit pour ainsi dire, de ce

que nous exposent fréquemment les Saintes Ecritures et les écrits des saints Pères ». (Pie XII, Encyclique Mystici

Corporis, Première partie : AAS 35 [1943], 200).

(2) Cf. Rm 12, 5 : « De même, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, et membres les

uns des autres, chacun pour sa part. »

(3) Constitution dogmatique Lumen gentium, 7.

(4) Il est utile de se rappeler que : « La comparaison de l’Église avec le corps jette une lumière sur le lien intime entre

l’Église et le Christ. Elle n’est pas seulement rassemblée autour de lui ; elle est unifiée en lui, dans son Corps. Trois

aspects de l’Église – Corps du Christ – sont plus spécifiquement à relever : l’unité de tous les membres entre eux par leur

union au Christ ; le Christ Tête du Corps ; l’Église, Épouse du Christ. » Cf. Catéchisme de l’Église catholique, n. 789 et

795.

(5) Cf. Evangelii gaudium, 130-131 (DC 2014, n. 2513, p. 41-42).

(6) En diverses occasions, Jésus a indiqué le lien que les fidèles devaient avoir avec lui : « De même que le sarment ne

peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas

en moi. Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments » (Jn 15, 4-5).

(7) Cf. Pastor bonus, art. 1, et CIC can. 360 (DC 1988, n. 1969, p. 898).

(8) Cf. Evangelii gaudium, 197-201 (DC 2014, n. 2513, p. 59-60).

(9) Benoît XVI, Audience générale du 1er juin 2005 (DC 2005, n. 2339, p. 648-649).

(10) François, Homélie à la cathédrale du Saint-Esprit, à Istanbul (Turquie), 29 novembre 2014.

(11) Evangelii gaudium, 95-96 (DC 2014, n. 2513, p. 32).

(12) Ibid, 84-86 (DC 2014, n. 2513, p. 29-30).

(13) Ibid, 2 (DC 2014, n. 2513, p. 7).

(14) « Donne-moi une bonne digestion, Seigneur, et aussi quelque chose à digérer. Donne-moi la santé du corps avec le

sens de la garder au mieux, Donne-moi une âme sainte, Seigneur, qui ait les yeux sur la beauté et la pureté, afin qu’elle

ne s’épouvante pas en voyant le péché, mais sache redresser la situation. Donne-moi une âme qui ignore l’ennui, le

gémissement et le soupir. Ne permets pas que je me fasse trop de souci pour cette chose encombrante que j’appelle «

moi ». Seigneur, donne-moi l’humour pour que je tire quelque bonheur de cette vie et en fasse profiter les autres. »

(Source : site de l’Église catholique en France)

(15) Evangelii gaudium, 88 (DC 2014, n. 2513, p. 30).

(16) Le bienheureux Paul VI affirmait, à propos de la situation de l’Église, qu’il avait la sensation que, « par quelques

fissures, la fumée du diable est entrée dans le temple de Dieu », Homélie, solennité des apôtres Pierre et Paul, jeudi 29

juin 1972; Cf. Evangelii gaudium, 98-101 (DC 2014, n. 2513, p. 33).

(17) Cf. Evangelii gaudium : « Non à la mondanité spirituelle », 93-97 (DC 2014, n. 2513, p. 31-33)

(18) « L’Esprit Saint est l’âme de l’Église. Il donne la vie, il suscite les différents charismes qui enrichissent le peuple de

Dieu et surtout, il crée l’unité entre les croyants : de beaucoup il fait un seul corps, le Corps du Christ. […]L’Esprit Saint

fait l’unité de l’Église : unité dans la foi, unité dans la charité, unité dans la cohésion intérieure. » François, homélie à la

cathédrale du Saint-Esprit, à Istanbul (Turquie), 29 novembre 2014.

(19) August. Serm., CXXXVII, 1 ; Migne, P. L., XXXVIII, 754.

(20) Cf. Evangelii gaudium, « Pastorale en conversion », 25-33 (DC 2014, n. 2513, p. 13-16).

http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Pape-Francois-le-texte-integral-du-discours-des-15-maladies-2014-12-24-1284566

 

 

 

 

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Viol d'une mineure : le gourou d'une secte condamné à 15 ans de prison

Le gourou d'une secte installée dans les Vosges a été condamné lundi à 15 années de réclusion criminelle pour avoir violé la fille mineure d'une des adeptes, par la cour d'assises de Meurthe-et-Moselle qui statuait en appel. En première instance, Hervé Granier, 56 ans, avait été condamné à 17 ans de réclusion criminelle, et l'avocat général de ce second procès avait réclamé une peine de 18 ans de réclusion criminelle.

«Au-delà du viol, le verdict a consacré l'emprise morale, l'emprise mentale et le caractère sectaire de l'accusé», s'est félicité l'avocat de la victime, Me Pierre-André Babel. La défense, assurée par Mes Chantal Nedonchelle et Claude Llorente, s'est pour sa part réjouie d'une décision «en-deçà de la peine prononcée en première instance».

Hervé Granier s'était fait passer au cours des années 2000 pour le messie auprès d'une dizaine de personnes, à qui il réclamait chaque mois plusieurs centaines d'euros, au sein d'un mouvement sectaire qu'il avait créé à La Bresse (Vosges). En 2004, il avait expliqué à l'une de ses fidèles qu'il souhaitait prendre sa fille, alors âgée de 14 ans, pour «femme divine». Jeudi, il avait reconnu pour la première fois les viols et demandé «pardon pour le mal» qu'il avait fait à la victime.

300 000 euros perçus par le gourou de la part des adeptes

Dans son réquisitoire, l'avocat général, Jacques Santarelli, avait fustigé un homme qui «avait un pouvoir dictatorial sur les âmes, les corps et sur les biens». «Cet homme a été, il reste et restera longtemps un imposteur», avait-il ajouté, en qualifiant l'accusé de «potentat tyrannique». La mère de la victime, désignée par l'enquête comme celle qui avait «livré» sa fille au gourou, avait initialement été mise en examen pour complicité de viol. Elle avait finalement bénéficié d'un non-lieu en fin d'instruction pour abolition du discernement, avant de se constituer partie civile. Convoquant «le mythe d'Iphigénie», l'accusé ayant «utilisé la mère pour sacrifier la fille», l'avocat général l'avait décrit comme «un soleil noir de leur mélancolie à tous». La défense a quant à elle tenté de relativiser l'emprise de l'accusé sur sa victime.

L'instruction avait par ailleurs mis au jour l'existence d'une «dîme» mensuelle réclamée aux adeptes, grâce à laquelle le gourou avait perçu environ 300.000 euros, ce qui lui a également valu d'être condamné pour abus de faiblesse au sein d'un groupement sectaire.

http://www.leparisien.fr/lorraine/viol-d-une-mineure-le-gourou-d-une-secte-condamne-a-15-ans-de-prison-18-11-2014-4299701.php
LeParisien.fr

 

 

 

 

 

AMOUR ET MISERICORDE

UNADFI - Bulles n°124 du 4° trimestre 2014


 



 

 

 

 

ANTHROPOSOPHIE


Les vins biodynamiques, plus qu'un phénomène de mode, une philosophie de la nature

L’agriculture biodynamique, plus qu’une technique est selon ses partisans «une philosophie de la nature» condamnant les pratiques intensives.

Une formule qui privilégie l’«équilibre écologique», l’état naturel de cohabitation entre les êtres vivants et leur milieu. Si parfois ces techniques peuvent paraître archaïques (savant dosage de purin d’ortie, de compost, de fumier, d’observation des astres) la formule séduit de plus en plus, en particulier les viticulteurs (300 vignobles sont labellisés).

Ce n’est pas la révolution agronomique de ces dernières années ni un prolongement des progrès scientifiques ou technologiques. La biodynamie est née dans les années 20, date à laquelle Rudolf Steiner, scientifique et philosophe autrichien, entreprend un vaste programme de formation des agriculteurs faisant suite à des années d’observations et d’expérimentations.

Cette philosophie repose sur le fait que chaque exploitation agricole de l’époque est considérée comme une forme d’organisme vivant qui a pour objectif de devenir autosuffisant. Basée sur le respect de la faune et de la flore, cette pratique vise à régénérer les paysages et préserver la fertilité des sols pour produire une alimentation saine.

Steiner n’avait pas forcément pensé à la viticulture dans ses travaux, car à l’avant-guerre, la majorité des exploitations vivait en polyculture, mais force est de constater qu’aujourd’hui les plus grands domaines viticoles se sont convertis à la biodynamie et en sont devenus de véritables ambassadeurs tels que la Romanée-Conti (2007), le château Pontet-Canet à Pauillac ou encore en Alsace les domaines Zind-Humbrecht, Deiss et Ostertag qui font figure de référence en la matière.

La biodynamie en Ariège
Nicolas a ouvert il y a près de deux ans Le Comptoir gourmand à Mirepoix. Il s’est orienté résolument vers l’épicerie fine, la cave à vin, mais pas n’importe lesquels, des vins de terroir à forte personnalité, pour la plupart des vins bios (70 %) ou en biodynamie et un peu de restauration, du fait maison.

Grand connaisseur de vin il a participé au début des années 2000 à la création d’un domaine dans le Narbonnais: 440 ha de garrigue agressive plantée de chênes kermès et de ronces ou proliféraient serpents, scorpion (voire même des varans de la Clape, une espèce endémique fruit de légendes épiques) lièvres et perdrix rouges qu’il a réussi à domestiquer.

«Nous avons replanté de l’olivier et sur 30 ha de la vigne, sur le modèle des anciens avec de petites parcelles en terrasses. Il faut être très intuitif, savoir pourquoi on mettra ici du Grenache et là du Syrah. Après trois de conversion le domaine a été labellisé bio, mais par curiosité je me suis intéressé à Steiner et aux interactions entre les plantes, la terre et le cosmos.

Quand on est un peu observateur, on se rend compte que le désherbage chimique (quasi systématique en conventionnel) fait changer la couleur du sol, disparaître les espèces vivantes. Le Bio et plus tard la biodynamie m’ont alors paru une évidence».
Différentes approches
Cette agriculture propre qui n’hésite pas à employer le terme « cosmique » se fait pointer du doigt par les poids lourds de l’agrochimie qui parlent davantage de «secte à lubie ésotérique».

Pour Dominique Forget, directeur de l’unité expérimentale viticole de l’Institut National de la Recherche agronomique (INRA) de Bordeaux la biodynamie permet au contraire d’envisager une agriculture pérenne: «cette approche positionne l’homme au centre de ses productions agricoles en limitant l’impact environnemental de son activité.

Deux ambitions très importantes pour aller vers une agriculture durable». Selon lui si cette méthode n’est pas comprise par certains c’est qu’elle fait appel au-delà du bon sens paysan à des champs de connaissance que la science n’explose pas comme l’incidence des planètes: «Cette pratique veut remettre l’Homme et la nature au cœur de nos sociétés et il me semble que ce n’est pas une priorité pour la majorité de nos concitoyens.

Il faudrait que beaucoup de gens hantent leur façon de raisonner et d’appréhender le réel, pour que la biodynamie puisse se développer plus rapidement».

La biodynamie, plus belle la vigne
La biodynamie prend en compte les rythmes lunaires et planétaires en se basant sur le «rythme sidéral» (cycle de 27,3 jours qui sépare le passage successif de la lune devant le même groupe d’étoiles) et les plantes sont définies selon leur nature, comme feuille, fruit, fleur ou racine, certains jours étant plus favorables à la taille et aux soins pour chacune d’elles.

Côté traitement si la viticulture conventionnelle utilise fongicides et insecticides, en culture biologique, seule l’utilisation de soufre et de sulfate de cuivre est possible. Quant à la culture biodynamique, elle remplace les intrants de synthèse par des préparations thérapeutiques sur le principe de l’homéopathie (préparations à base d’Achille, millefeuille, camomille, ortie, silice pour renforcer naturellement le système immunitaire de la vigne).

Mais parmi les grands classiques dans ses préparations, celle à base de bouse de vache et de corne (dite préparation 500): «on utilise une corne de vache ayant déjà vêlé, elle est emplie de bouse et enfouie à l’équinoxe d’automne dans un terrain fertile où elle capte les forces de vitalisation puis cette corne est pulvérisée sur la vigne, elle soigne le sol et favorise son activité microbienne.

On revient directement à l’Ariège avec la corne. C’est monsieur Fouet de Léran qui a longtemps fourni les agriculteurs en biodynamie pour la qualité de ses produits» poursuit Nicolas.

La biodynamie, l’esprit du vin
Nicolas considère que le vin en biodynamie peut offrir le goût du lieu, le fameux terroir.

«C’est le goût généré par la géologie du sol ou la vigne à poussé et par le microclimat dont elle bénéficie. La vigne se nourrit par les racines et les feuilles. Il faut savoir que quand on est à 1,5 km de la mer, l’humidité arrose naturellement les feuillages.

Partant de là, chaque plante ou élément est utilisé pour une raison particulière: par exemple la prêle pour sa teneur en silice, la bouse de vache comme engrais... bref des recettes de bon sens, un rapport privilégié avec la terre et les éléments que l’on prend le temps d’écouter». Et le consommateur dans tout cela?

Selon Nicolas «le consommateur averti est fan de ces produits, car il en comprend les bienfaits. J’ai une cliente américaine qui vient régulièrement s’approvisionner ici, mais elle n'est pas la seule». Quant au profane il reconnaît l’équilibre, la minéralise et surtout la digestibilité de ce vin issu d’une viticulture propre sans résidus ni pesticides.
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La biodynamie, la vigne et le vin

Dès le début des années 1920, un certain nombre d’agriculteurs préoccupé par l’état de déclin dans lequel se trouvaient les productions agricoles demandent conseil à Rudolf Steiner (1861-1925) philosophe et scientifique autrichien qui organise une série de conférences aux agriculteurs, données en 1924 sous le nom de «cours aux agriculteurs».

Au niveau français le mouvement se développe plus tardivement sous l’impulsion de Claude Monziès, Xavier Florin, Nicolas Joly ou Pierre Masson. Des associations naissent à la fin des années 1950, le syndicat d’agriculture bio dynamique puis l’association Demeter et la marque éponyme voit le jour en 1978 enfin en 1996 se crée une association viticole, le syndicat international des vignerons en culture bio dynamique, avec le label Biodyvin.

Qu’est-ce que la biodynamie?

Elle recherche l’équilibre et considère l’agriculture comme un élément d’un système dans lequel tous les éléments sont interdépendants les uns des autres. Elle s’inspire des cycles du soleil et de la lune. Elle s’efforce donc de canaliser les différentes énergies que reçoit la culture. Rudolf Steiner, s’inspirant de l’anthroposophie courant de pensée et de spiritualité mettant l’homme et la nature au cœur de nos sociétés, a donné les orientations fondamentales de la biodynamie.

La terre et ses substances sont pour lui «inséparables de son environnement cosmique» et il a évoqué les différences entre les planètes proches et éloignées. Celles qui sont proches (influences à base de calcaire) auront une influence sur la multiplication des végétaux, les planètes éloignées (influence à base de silice) montreront, quant à elles un effet sur la «plante nourricière» c’est-a-dire sur son «devoir» de nourrir l’homme.

On voit donc une part que ce monde vivant est en interférence constante avec ce qui se passe à la surface du sol et d’autre part qu’avec ces micro-organismes, le sol s’exprime dans les racines et plus tard dans le fruit, chaque fois de manière différente.

La biodynamie, par la connaissance et l’observation des substances, des rythmes (photosynthèse, lumière, chaleur), des forces (solaires, cosmos) va donc être le pilier de cette «nouvelle» agriculture.

Extrait de la biodynamie, la vigne, le vin par Aurore Messal aux éditions Féret

Quelques chiffres les surfaces cultivées en France
Vins conventionnels: 721 652 ha
Vins biologiques: 64 801 ha
Vins biodynamiques: 1960 ha vins naturels : 287 ha
Additifs contenus dans les différents types de vins
Vins conventionnels, 47 additifs dont: carboxymethylcellulose (épaississant), enzymes, ferrocyanure de potassium (anti-agglomerant), polyvinylpolypyrrolidone ou PVPP, un polymère utilise pour «coller» le vin...

Vins biologiques, 35 additifs dont: acides (citrique, tartrique, L-ascorbique, lactique...) bactéries lactiques, caséine, collé de poisson, gélatine, gomme arabique, morceaux de bois de chêne, tanins, levures, saccharose...

Vins biodynamiques, 7 additifs dont: albumine, soufre, saccharose, charbon œnologique...

Vins naturels, 1 additif: l’anhydride sulfureux (E220) le seul dont la mention soit obligatoire sur l’emballage.

http://www.ariegenews.com/ariege/agriculture_environnement/2014/84814/les-vins-biodynamiques-plus-qu-un-phenomene-de-mode-une-philosophie-de.html



 


 

 

 

 

 

ANTISEMITISME


Un pays rayé de la carte

Éditorial par Dominique Quinio

Un atlas américain du Proche-Orient, retiré depuis de la vente, omettait l’État d’Israël P. 10

Le dessous des cartes est révélé par un hebdomadaire catholique britannique The Tablet . Il y a quelques mois, le gros éditeur américain HarperCollins a publié un atlas spécialement destiné aux élèves anglophones des écoles primaires du MoyenOrient. Le but était de proposer une « présentation approfondie de la région et de ses enjeux » . Une faille, de taille, dans cet ambitieux projet : sur les cartes, figuraient bien entendu la Syrie, la Jordanie ; il y avait également Gaza, mais pas Israël ! Depuis, l’éditeur a retiré ses exemplaires de la vente, mis les atlas au pilon et a présenté un court message d’excuses. Mais, dans un premier temps, il avait été expliqué que représenter Israël aurait été « inacceptable » pour des lecteurs arabes et qu’il fut décidé de satisfaire « des préférences locales » .

Des évêques britanniques, qui furent les premiers à mettre en lumière cette omission coupable, ont vivement réagi, jugeant qu’elle ne favorisait pas la recherche de la paix et l’établissement d’un climat de confiance. L’affaire conforte les Israéliens dans leur certitude que les pays arabes voisins souhaitent, au sens propre comme au figuré, rayer leur pays de la carte. Les écoliers arabes se trouvent « formatés » à accepter la disparition d’Israël. Une faute majeure pour un éditeur, scolaire de surcroît, qui doit se donner pour but l’éducation de ses lecteurs : leur transmettre à partir de données fiables, de savoirs partagés, les moyens de bâtir une réflexion. Des cartes produites régionalement ont pu déjà se jouer des frontières reconnues par l’ONU, mais comment un éditeur américain a-t-il pu se compromettre ainsi ?

Dans un monde sous tension, la question géographique est toujours extrêmement sensible. Les cartes sont des armes de propagande redoutables. Dans cette région du Proche-Orient où les antagonismes et les violences sont loin de s’apaiser, l’avenir repose sur l’éducation des enfants et des jeunes. L’ignorance de l’autre favorise les idées fausses, les peurs et les haines. À plus forte raison l’occultation totale de l’autre, fût-il un ennemi. S’il n’existe pas, à quoi bon dialoguer ?

La Croix du 07.01.2015

L’éditeur HarperCollins efface Israël de la carte

‣ Le géant américain de l’édition HarperCollins a volontairement omis Israël d’une carte destinée aux écoliers anglophones du Moyen-Orient. Après la polémique, le manuel a été retiré des ventes.

daily Ci-dessus, à gauche, la carte publiée dans l’ Atlas de géographie Collins Primary du Moyen-Orient . À droite, une carte de référence.

Entre la péninsule du Sinaï, le fleuve Jourdain et le Liban se trouvent la bande de Gaza, la Cisjordanie, et… c’est tout. Une carte publiée dans un manuel de géographie par le géant américain de l’édition HarperCollins ne mentionne pas Israël.

L’hebdomadaire catholique britannique The Tablet a révélé l’affaire il y a une semaine dans ses colonnes. Depuis, HarperCollins a retiré des ventes le manuel. Intitulé Atlas de géographie Collins Primary du Moyen-Orient , disponible depuis juin, il était destiné aux élèves anglophones des écoles primaires du Moyen-Orient.

L’éditeur s’est excusé par un bref message sur les réseaux sociaux. Jointe au téléphone par La Croix , Collins Bartholomew, la filiale spécialisée dans le tracé de cartes, dont le siège est à Glasgow, en Écosse, s’est refusée à tout commentaire.

Cette omission volontaire répondait à des contraintes commerciales. Collins Bartholomew, citée par The Tablet , souhaitait s’adapter « aux préférences locales » afin de mieux vendre le livre dans la zone ciblée. Il était « inacceptable » de mentionner Israël, que la majorité des États de la région ne reconnaissent pas.

« C’est une tromperie ! » , résume Jean-Paul Chagnollaud, directeur de l’Institut de recherche et d’études sur la Méditerranée et le MoyenOrient (iReMMO), et coauteur de l’ Atlas des Palestiniens aux Éditions Autrement (2014). « Tout cartographe qui ne rend pas compte des faits ne produit pas un travail scientifique. Or, le droit international explicite l’existence d’Israël. »

« Une carte n’est pas neutre », ajoute Marie-Françoise Durand, responsable de l’atelier de cartographie à Sciences-Po Paris. Ainsi, des erreurs beaucoup moins importantes peuvent réveiller de larges polémiques.

Sur le site de vente en ligne Amazon, où des copies d’occasion du manuel sont encore en vente, le livre a recueilli plus de 165 commentaires, un chiffre au-dessus de la normale. « C’est inadmissible ! » , « HarperCollins a perdu toute crédibilité » , écrivent des internautes.

« Il faut des références établies pour dessiner une carte. Pour le Moyen-Orient, nous utilisons celles des Nations unies » , souligne Marie-Fran-

çoise Durand. Mais, selon elle, des cartes conçues dans des pays arabes ont déjà « oublié » Israël. Et un plan publié en 2009 par le ministère du tourisme israélien omettait de mentionner les territoires palestiniens de Cisjordanie et Gaza.

Le Moyen-Orient n’est pas la seule partie du monde où cartographier pose problème. Le Cachemire, le Sahara occidental, la Crimée… Les contours d’une carte varient en fonction de l’endroit où elle est dessinée. « Les États surveillent ce qui se produit, à une époque où l’on utilise de plus en plus de cartes » , explique Marie-Françoise Durand.

« Par exemple, nous avons publié un atlas de la mondialisation aux presses de Sciences-Po. Le livre a été traduit en mandarin, mais les censeurs chinois ont modifié certains tracés. Taïwan a été rattaché à la Chine, les frontières maritimes ont été dessinées, et une grosse patate bleue a recouvert les frontières du Cachemire » , se souvient-elle.

Google Maps avait aussi créé une polémique en avril dernier, en traçant une frontière entre la Crimée annexée par Moscou et le reste de l’Ukraine, visible pour les internautes russes, mais qui n’apparaissait pas pour les Ukrainiens. Depuis la France, cette ligne apparaît en pointillé...

La Croix du 07.01.2015

Les représentants du judaïsme demandent aux pouvoirs publics une lutte plus stricte contre l’antisémitisme

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) a rendu publiques, vendredi 16 janvier, les demandes faites ces derniers jours aux pouvoirs publics par son président Roger Cukierman concernant les inquiétudes des juifs de France.

Au ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve, le président du Crif a ainsi souligné la nécessité de protéger tous les lieux juifs de France, notamment les synagogues et les écoles, « en mobilisant l’armée si nécessaire », mais aussi de protéger « par une présence visible » les quartiers juifs en France.

Devant Christiane Taubira, ministre de la justice, le Crif a plaidé pour la déchéance de nationalité et l’expulsion des djihadistes étrangers ou binationaux, la rétention administrative et le bracelet électronique pour les Français et la non-remise de peine dans les cas de terrorisme. Il souhaite aussi que le racisme et l’antisémitisme soient retirés de la loi sur la presse pour en faire un délit de droit commun et appelle à une loi sur les réseaux sociaux pour lutter efficacement contre la diffusion d’appels au terrorisme et de propos antisémites.

Souligner « le caractère islamiste et djihadiste du terrorisme »

Face à Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale, Bernard Cukierman a plaidé pour une éducation au vivre-ensemble dès le CP immédiatement, la mise en place d’un programme de morale civique adapté de la maternelle à la terminale. Il demande aussi une mise en place de « sanctions adaptées pour tout comportement raciste ou antisémite dans les établissements scolaires ».

Auprès de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, il a aussi demandé que la France ne cède pas aux pressions des « pays amis » du Golfe et de souligner « le caractère islamiste et djihadiste du terrorisme ».

Enfin, il a demandé à la ministre de la culture Fleur Pellerin d’« exiger des contreparties morales et éthiques lors de l’attribution de concessions publiques » pour les salles de spectacles, pour éviter la diffusion de spectacles antisémites, et souhaité que le Conseil supérieur de l’audiovisuel exige le respect strict des conditions de diffusion des chaînes étrangères pour la diffusion par satellites.

La Croix du 16.01.2015


Le Bien Public du 28.01.2015

 

 

 

 

ARABIE SAOUDITE


Deux Saoudiennes renvoyées devant un tribunal "antiterroriste" pour avoir défendu le droit de conduire
L'Arabie saoudite est le seul pays au monde à interdire aux femmes de conduire.
Elles risquent la prison pour avoir pris le volant. Deux militantes, détenues en Arabie saoudite pour avoir défendu le droit de conduire pour les femmes, ont été renvoyées devant un tribunal spécialisé dans les affaires de "terrorisme", ont indiqué jeudi 25 décembre des activistes. Cette décision est survenue lors d'une audience au cours de laquelle les deux femmes ont comparu à Al-Ahsa, dans la province orientale du royaume saoudien, ajoutent ces sources qui préfèrent garder l'anonymat.
Loujain Hathloul avait été arrêtée le 1er décembre après avoir tenté d'entrer en Arabie saoudite au volant de sa voiture, en provenance des Emirats arabes unis. Elle bravait ainsi une interdiction formelle dans ce pays, le royaume saoudien étant le seul Etat au monde à interdire aux femmes de conduire. Une journaliste saoudienne installée aux Emirats, Maysaa Alamoudi, qui était allée à la frontière pour soutenir sa compatriote, a également été arrêtée.
D'autres activistes, qui ont rapporté l'information jeudi sur la saisine d'un tribunal "antiterroriste", n'ont pas été en mesure d'indiquer les charges susceptibles d'être retenues contre les deux Saoudiennes. Ils ont cependant expliqué que les investigations semblaient se concentrer autour de leurs activités sur les réseaux sociaux, plutôt qu'autour de leurs revendications pour le droit de conduire.
La mise en péril de "la cohésion sociale"
"Ils vont transférer son dossier devant un tribunal pour terrorisme", a dit un militant qui suit la situation de Loujain Hathloul, ajoutant que son avocat avait prévu de faire appel. Un autre activiste a confirmé que le dossier de Maysaa Alamoudi était également transféré vers le même type de tribunal. Loujain Hathloul est suivie par 228 000 personnes sur Twitter. Maysaa Alamoudi est suivie par 131 000 personnes et a animé un programme sur YouTube concernant l'interdiction faite aux femmes de conduire en Arabie saoudite.
L'Arabie saoudite a été listée parmi les "ennemis d'internet" par Reporters sans frontières qui ne cesse de dénoncer une "censure implacable", alors que, ces dernières années, "s'était développée une certaine forme de liberté d'expression". En octobre, des dizaines de femmes avaient posté des images d'elles en train de conduire. Le ministère de l'Intérieur avait alors annoncé qu'il appliquerait "strictement" toutes les mesures nécessaires à l'encontre de ceux qui mettent en péril "la cohésion sociale".

Le Monde du 26/12/2014

Appel à la libération d'un blogueur saoudien flagellé en public
Le 5 novembre, le blogueur Raef Badaoui a été condamné à dix ans de prison et 1 000 coups de fouet pour « insulte à l'islam », en Arabie saoudite. Depuis le 9 janvier, ce châtiment corporel est mis à exécution à Djedda (ouest) par les autorités du Royaume, à raison de 50 coups chaque semaine.
L'homme, qui a eu 31 ans mardi, était l'animateur du site Internet Liberal Saudi Network. Il a obtenu le prix Reporters sans frontières (RSF) pour la liberté de la presse en 2014, mais ce Net-citoyen est emprisonné depuis 2012. On lui reproche d'avoir critiqué plusieurs dignitaires religieux de son pays, notamment le grand mufti, précise l'organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW). Il avait aussi exprimé des réserves sur la police religieuse, très puissante en Arabie saoudite, et certains édits islamiques. Avancée un temps, l'accusation d'« apostasie » (abandon public de sa foi), qui pouvait entraîner la peine de mort, a finalement été abandonnée.
Depuis le Québec (Canada) où elle s'est réfugiée avec ses trois enfants, sa femme a appelé, mardi 13 janvier, à sa libération. Un rassemblement de soutien a ainsi été organisé à Montréal en la présence de cette dernière. « Mon mari est emprisonné simplement pour avoir exprimé des idées libérales dans un pays [où sévissent] des tribunaux d'inquisition islamique du Moyen Age », a ainsi lancé Ensaf Haidar.

Son épouse, qui s'est exprimée en arabe, a justifié sa démarche comme la volonté de « plaider sa cause à l'extérieur de l'Arabie saoudite ». « Nous sommes ici pour que vendredi il ne subisse pas encore 50 coups de fouet », a déclaré pour sa part la directrice générale de la section francophone d'Amnesty International Canada, Béatrice Vaugrante. M. Badaoui a déjà été flagellé le 9 janvier. La punition physique doit être répartie sur 20 semaines.
« JE SUIS CHARLIE, JE SUIS RAEF BADAOUI »
La représentante de HRW a insisté sur le contexte particulier, lié aux attaques contre Charlie Hebdo. « On parle beaucoup de liberté d'expression ces jours-ci : je suis Charlie, je suis Raef Badaoui », a fait valoir Mme Vaugrante.
Et d'insister sur la responsabilité des Etats occidentaux, qui prônent largement dans leur discours le respect de ce droit fondamental. Celle-ci dénonce aussi une certaine apathie face à Riyad, à l'heure où les remontrances internationales à la Corée du Nord ou à Téhéran sont récurrentes.
Le ministre canadien du développement international, Christian Paradis, a qualifié mardi d'« inhumaine » la sentence imposée au blogueur. Il a néanmoins argué que les moyens d'action d'Ottawa étaient limités par le fait que M. Badaoui « n'est pas un citoyen canadien ».
La semaine dernière, l'Union européenne avait déploré un acte « inacceptable » et appelé les autorités saoudiennes à « suspendre toute nouvelle punition corporelle ». Jeudi, le gouvernement américain avait, quant à lui, appelé Riyad à « annuler » le châtiment brutal et à « réexaminer le dossier de Badaoui ».

Le Monde.fr avec AFP | 14.01.2015

 Liberté d’expression, un blogueur flagellé en Arabie saoudite

Le blogueur saoudien, Raef Badawi a reçu vendredi dernier 50 coups de fouet en public près d’une mosquée de Djedda pour « insulte à l’islam ».

Devait-on accepter à la marche du 11 janvier pour la liberté d’expression à Paris, le représentant de l’Arabie saoudite ? La question se pose alors que deux jours auparavant, les autorités saoudiennes flagellaient le blogueur Raef Badawi, 30 ans, pour « insulte envers l’islam ».

Une pratique digne du Moyen Âge : selon un témoin Raef Badawi qui portait des chaînes aux pieds a été sorti d’un bus et emmené sur la place publique devant la mosquée al Jafali à Djedda, (ouest du pays). Puis, il a été flagellé devant la foule et des gardes de sécurité pendant 15 minutes.

« Le choix de croire ou non »

Raef Badawi était l’animateur du site Internet Liberal Saudi Network, qui comprend un forum de débats, et lauréat 2014 du prix Reporters sans frontières (RSF).

Il a été arrêté le 12 juin 2012 pour « insultes à l’islam » et en décembre 2012, accusé d’apostasie ce qui équivaut à une condamnation à mort. Il a déclaré qu’il était musulman, mais que « tout le monde a le choix de croire ou non ».

Condamné une première fois, en 2013, à 7 ans de prison et 600 coups de fouet, il a été condamné à nouveau en mai 2014, à 1 000 coups (répartis sur 20 semaines) et 10 ans de prison, assortis d’une amende. Le 11 avril dernier, le site Liberal Saudi Network annonçait sa fermeture suite à « de très fortes pressions à un très haut niveau ».

« Tribunaux d’inquisition »

Selon des militants, le site a été fermé pour avoir critiqué la police religieuse et certains édits islamiques. L’avocat de Raef Badaoui, l’activiste des droits de l’homme, Waleed Abu al Khair a été lui aussi arrêté et condamné à 15 ans de prison pour « tentative de déstabilisation du régime et des responsables », pour « inciter le public à la révolte » et « insulte à la justice ».

La femme de Raef Badawi, Ensaf Haidar, et ses trois enfants sont exilés au Québec depuis 2013. Mardi 13 janvier, Ensaf Haidar a réclamé sa libération : « Mon mari, Raef Badaoui, est emprisonné simplement pour avoir exprimé des idées libérales dans un pays » où sévissent « des tribunaux d’inquisition islamique du Moyen-Age », a-t-elle déclaré.

Samedi 10 janvier, Human Rights Watch et Reporters sans frontières ont demandé à l’Arabie saoudite d’annuler la condamnation du blogueur, dénonçant « l’intolérance » du pouvoir et un « odieux châtiment ».

L’UE a appelé les autorités saoudiennes à « suspendre toute nouvelle punition corporelle » et Washington a appelé Riad à « annuler » la « punition brutale » et à « réexaminer le dossier de Badawi ».

La Croix du 14.01.2015

Le Bien Public du 17.01.2015






 



 

 

 

 

AUM

Attaque au gaz sarin. Un ex-adepte de la secte Aum jugé au Japon

Le procès d'un ex-adepte de la secte Aum Vérité suprême s'est ouvert au Japon, 20 ans après un attentat au gaz sarin qui avait fait 13 morts dans le métro de Tokyo.
Le procès d'un ex-adepte de la secte Aum Vérité suprême s'est ouvert vendredi au Japon, vingt ans après un attentat au gaz sarin qui avait fait 13 morts et intoxiqué près de 6.300 personnes dans le métro de Tokyo.
Katsuya Takahashi, dernier suspect à avoir été arrêté, en juin 2012, a clamé son innocence dès l'ouverture des débats.
« Je ne savais pas que c'était du gaz sarin »
« Je ne savais pas que c'était du gaz sarin qui avait été répandu », a déclaré l'homme de 56 ans, costume noir et cravate bleue, au tribunal de Tokyo. Jugé pour meurtre et d'autres crimes, il est accusé d'avoir servi de conducteur à l'un des individus de l'équipe le 20 mars 1995.
Ce jour-là, en pleine heure de pointe, des membres d'Aum avaient diffusé du gaz sarin, substance inodore, incolore mais neurotoxique même à faible dose, dans plusieurs rames de métro au coeur de la capitale.
« Je ne voulais pas tuer de gens », s'est défendu d'une voix calme M. Takahashi, interpellé après 17 ans de cavale.
Colis piégié au gouverneur de Tokyo
Il est aussi soupçonné d'avoir conspiré avec d'autres membres de la secte pour envoyer un colis piégé au gouverneur de Tokyo, Yukio Aoshima, en mai 1995. Le paquet avait explosé au moment où son secrétaire l'ouvrait, lui faisant perdre tous les doigts de la main gauche.
L'attaque au sarin avait été planifiée par le gourou Shoko Asahara (de son vrai nom Chizuo Matsumoto), un maître de yoga à moitié aveugle fondateur d'Aum, qui a attiré jusqu'à 10 000 fidèles, dont 192 au total ont été poursuivis. La secte avait fabriqué d'importantes quantités de gaz sarin, un produit créé par des scientifiques sous le régime nazi en Allemagne à la fin des années 1930.
Il risque la peine capitale
Selon les autorités judiciaires, Aum a commis cet attentat pour créer une situation de désordre visant à perturber les efforts de la police qui enquêtait sur ses pratiques et dans le but ultime de concrétiser les prédictions apocalyptiques d'Asahara.
Lui-même avait été interpellé dans un bâtiment de la secte près du mont Fuji deux mois après l'attentat de Tokyo et condamné à la pendaison. Il est toujours en attente d'exécution avec 12 de ses disciples, dont certains seront cités comme témoins au cours de ce procès.
Katsuya Takahashi risque lui aussi la peine capitale. Le jugement est attendu fin avril.

http://www.ouest-france.fr/attaque-au-gaz-sarin-un-ex-adepte-de-la-secte-aum-juge-au-japon-3119237
Ouest-France du 16.01.2015
 

 

 

 

 

BETHLEEM


A lire

http://www.lenversdudecor.org/Communaute-de-Bethleem-les-revelations-accablantes-d-un.html

28.10.2014

http://www.lenversdudecor.org/Apologie-de-la-souffrance-culpabilisation-et.html

02.01.2014

http://www.lenversdudecor.org/Les-derives-a-la-communaute-de-Bethleem.html

01.03.2013

http://www.lenversdudecor.org/Bethleem-le-temoignage-d-Aline.html

23.11.2014

http://www.lenversdudecor.org/Bethleem-le-temoignage-de-Juliette.html

23.11.2014

http://www.lenversdudecor.org/Bethleem-le-temoignage-de-Sophie.html

21.11.2014

 

 

 

 

 

 

BIOLOGIE TOTALE

Biologie totale: histoire d’horreur à Enquête
Vous avez le cancer? Cessez vos traitements de chimio, disent le plus sérieusement du monde les disciples de la biologie totale, une forme farfelue de médecine par la pensée positive importée d’Europe, et qui fait lentement son chemin au Québec.
Caméra cachée dans sa valise, le journaliste Guy Gendron s’est fait passer pour un patient atteint d’un cancer de la prostate et a rencontré une pléthore de ces «thérapeutes» l’hiver dernier, alors que sa collègue Chantal Cauchy s’est inventée un cancer du sein. Les résultats de leurs recherches sont stupéfiants.
Ce soir, 20h, à Radio-Canada, l’émission Enquête ouvre le voile sur cette dangereuse pratique, qui a fait des dizaines de victimes en Europe. Une histoire d’horreur, où des charlatans profitent de la vulnérabilité de personnes malades.
Fondée par le Dr Claude Sabbah en France, la biologie totale colporte que la maladie provient essentiellement du stress. Interdit de pratique en France, Sabbah facture 1500$ pour des ateliers de formation, auxquels Guy Gendron a assisté en compagnie de la Dre Danielle Perreault, très ouverte aux médecines douces. Celle-ci a quitté les ateliers avant la fin tellement elle était sous le choc. «Danger public», donne-t-elle comme diagnostic.
Non seulement la «médecine» du Dr Sabbah est-elle dangereuse, mais le gourou peut se montrer imbu de lui-même et agressif. Quand on tente de le prendre en photo, il menace de faire sauter l’appareil. «Sinon, je te l’explose. Je prends le marteau, je te le casse.»
À peu près tous les thérapeutes rencontrés par les faux patients d’Enquête les encourageaient à abandonner leurs traitements. Alors que Chantal Chauchy s’est fait dire que son cancer était causé par le départ prochain de son fils dans un cégep éloigné, Gendron a appris qu’une chicane entre ses parents, alors qu’il était dans le ventre de sa mère, aurait créé son cancer de la prostate. Une infirmière de Sherbrooke, Josée Lajoie, l’invite même à réciter une prière, 15 fois matin et soir.
«Très dangereux et pas humain», affirme l’oncologue Jean Latreille, qui rappelle qu’un cancer peut doubler de gravité en quelques semaines si on ne fait rien, comme le conseillent ces charlatans.
Les réponses de certains «docteurs» de biologie totale aux patients font dresser les cheveux sur la tête. Une naturopathe de Prévost, Line Fournier, qu’a déjà consulté la chanteuse Lara Fabian, suggère à sa patiente que son cancer «serait parti tout seul» si elle n’avait pas entrepris ses traitements. Naturopathe, Olivier Comoy conseille à Guy Gendron de reporter sa biopsie. Plusieurs suggèrent de ne pas en glisser mot à son médecin «parce qu’il ne sera pas d’accord»!
Même la Maison de la Santé à Québec prône la biologie totale. La naturopathe Danielle Ruelens l’enseigne comme une loi immuable dans ses ateliers. Piégée par le journaliste, elle finira par prétendre qu’elle ne partage pas toutes les idées de l’Allemand Ryke Geerd Hamer, dont elle emprunte pourtant les idées de base, et qui a inspiré le principe de biologie totale.
En Europe, notamment en France et en Allemagne, Guy Gendron a rencontré des ex-conjoints de victimes. Notamment Gilbert Jacubczyk, dont la compagne de vie a succombé à son cancer du sein pour avoir cru à ces balivernes. On l’avait invité à quitter son conjoint, à qui on attribuait de mauvaises vibrations. À 40 ans, sans traitements, la femme est morte dans d’atroces douleurs, grugée par son cancer.
Interrogée à l’écran, la présidente de l’Association des naturopathes agréés du Québec pourfend la biologie totale, avant que le journaliste lui mette sous le nez le code de déontologie de l’organisme, qui approuve cette pratique.

AIVMN / 15 janvier 2015
Richard Therrien – 8 oct.2008 – La Presse
 

 

 

 

 

BOKO HARAM

16 villages rasés par Boko Haram au Nigeria

Le groupe islamiste Boko Haram a mené mercredi 7 janvier un nouveau raid meurtrier dans le nord-est du Nigeria, détruisant 16 localités des rives du Lac Tchad, a-t-on appris jeudi 8 janvier, jour où le président nigérian Goodluck Jonathan tenait son premier meeting électoral.

La ville stratégique de Baga, dont les islamistes avaient déjà pris le contrôle le week-end dernier, fait partie des localités rasées mercredi.

Le bilan définitif des attaques successives menées ces derniers jours à Baga et dans les villages autour risque d’être difficile à établir, des milliers d’habitants ayant pris la fuite en direction de Maiduguri, la capitale de l’État de Borno, à moins de 200 km au sud, ou dans l’autre sens, vers le Tchad voisin.

« J’ai reçu un message de la Christians Association of Nigeria, l’association qui réunit les églises chrétiennes nigérianes, qui affirme que, dans la zone, Boko Haram a incendié différentes églises et provoqué de nombreuses victimes » a déclaré à l’agence vaticane Fides le P. Patrick Tor Alumuku, directeur des Communications sociales du diocèse d’Abuja, la capitale fédérale du Nigeria.

Plus de 20 000 déplacés

« Plus de 20 000 déplacés provenant de Baga et des villages alentour se trouvent dans un camp à Maiduguri », a déclaré à l’AFP Musa Bukar, responsable administratif de cette zone de l’État de Borno, ajoutant que des habitants de Baga et des villages voisins qui ont tenté de trouver refuge dans la brousse ont été poursuivis par les islamistes à moto, qui leur ont tiré dessus. « Des corps gisent toujours dans la brousse tout autour mais il n’est pas prudent d’aller les chercher pour les enterrer », a-t-il déclaré.

560 personnes sont bloquées quant à elles sur une île du lac Tchad sans aucune nourriture, selon Abubakar Gamandi, le chef du syndicat des pêcheurs de l’État de Borno, qui a pu les joindre par téléphone. « Certains sont en train de mourir à cause du manque de nourriture, à cause du froid et du paludisme, sur cette île infestée de moustiques », a-t-il ajouté.

L’insécurité est le thème central de la campagne électorale, dans le pays le plus peuplé d’Afrique, où les attaques sont quasi quotidiennes et où des pans entiers du nord-est sont contrôlés par Boko Haram. Des centaines d’insurgés lourdement armés avaient déjà lancé une attaque samedi 3 janvier sur cette région, s’emparant de Baga, un carrefour commercial de la région, de son importante base militaire et des villages des alentours après plusieurs heures de combat. Lors du raid de mercredi, les islamistes « ont entièrement brûlé » Baga et une quinzaine de villages selon M. Bukar.

Menaces contre le Cameroun

En prenant ces nouvelles localités, Boko Haram, qui a déjà pris le contrôle d’une vingtaine de villes et villages de la région, contrôle désormais des frontières stratégiques avec le Tchad, le Niger et le Cameroun, laissant craindre un embrasement régional.

La prise de Baga revêt aussi une importance hautement symbolique car il s’agit de la base de la Force multinationale (MNJTF), censée regrouper des soldats nigérians, nigériens et tchadiens dans la lutte contre Boko Haram – mais où ne se trouvaient que des troupes nigérianes au moment de l’attaque.

Le chef de Boko Haram, Abubakar Shekau, a proféré cette semaine dès menaces directes contre le Cameroun et son président Paul Biya, dans une vidéo postée sur le site Internet Youtube.
 

La Croix du 09.01.2015

Une fillette utilisée pour un attentat-suicide au Nigeria

Une bombe fixée sur une fillette d’une dizaine d’années a explosé samedi midi dans un marché bondé de Maiduguri, grande ville du nord-est du Nigeria, a annoncé la police locale. Au moins 20 personnes sont mortes, y compris la fillette porteuse de la bombe artisanale, et 18 blessés, selon le porte-parole de la police de l’État de Borno dont Maiduguri est la capitale.

Une puissante explosion a secoué le « Monday market » à l’heure où il était bondé de vendeurs et de clients. Fin 2014, ce même marché avait déjà essuyé deux attaques meurtrières commises par des femmes portant des explosifs.

Il n’y a pour l'instant aucune revendication. Mais depuis six ans et le début de son combat pour imposer un État islamique au Nigeria, le groupe rebelle Boko Haram a multiplié le recours à des femmes et des fillettes pour lancer des attentats.

Selon Ashiru Mustapha, membre d’un groupe local d'auto-défense, la bombe a explosé alors que l'enfant faisait l'objet d'une fouille à l'entrée du marché.

Il doute qu’il s'agisse d'un acte délibéré de la fillette. « La fillette avait une dizaine d’années et je doute fort qu'elle savait véritablement ce qui était fixé à son corps, » a-t-il déclaré à l’AFP.

« En fait, elle était contrôlée à l’entrée du marché et le détecteur de métaux venait de signaler qu'elle portait quelque chose sur elle. Malheureusement, la charge a explosé avant qu'elle n'ait pu être isolée », a poursuivi Ashiru Mustapha.

Un périmètre de sécurité a été mis en place autour du marché alors que des personnels de santé examinaient les décombres et récupéraient les restes humains.

Boko Haram a perpétré sa première « attaque suicide » menée par une femme en juin 2014 dans l’État de Gombe (nord). Depuis, il y a eu une vague d'attentats à la bombe, dont 4 en une seule semaine à Kano.

En juillet, une fillette de 10 ans avait été découverte dans l’État de Katsina portant un gilet bourré d'explosifs, laissant penser que Boka Haram forçait les enfants à se faire exploser.

La Croix du 10.01.2015

Boko Haram ensanglante le nord du Nigeria
‣ Le groupe islamiste a détruit 16 villages dans le nord-est du Nigeria la semaine dernière, entraînant un déplacement massif de la population. ‣ Amnesty International craint que plusieurs milliers de victimes soient à déplorer. ‣ L’armée nigériane ne parvient pas à contenir l’expansion des djihadistes dans le pays ainsi qu’aux frontières tchadiennes et camerounaises.
Le nord du Nigeria, en proie depuis 2009 aux exactions de la secte djihadiste Boko Haram, subirait actuellement « l’attaque (…) la plus meurtrière à ce jour, une série d’actions de plus en plus haineuses menées par le groupe » , selon Daniel Eyre, chercheur spécialiste du Nigeria à Amnesty International.
Mercredi 7 janvier, la localité de Baga, dans l’État de Borno, et 15 villages environnants ont été rasés par des centaines de combattants, occasionnant la fuite de dizaines de milliers de personnes. Des sources non confirmées d’Amnesty font état de « plusieurs centaines de victimes, peut-être 2 000 » , parmi lesquelles une majorité de femmes, d’enfants et de vieillards qui n’auraient pas eu le temps de prendre la fuite.
Dans un communiqué publié samedi, le porte-parole du ministère de la défense a appelé à une coopération internationale face à cette offensive. L’armée nigériane est régulièrement critiquée pour son incapacité à contenir l’avancée des djihadistes, qui poussent dorénavant leur marche au Nord et à l’Est, vers le Tchad où 7 300 Nigérians se sont réfugiés selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), et le Cameroun.
Dans une vidéo postée sur YouTube le 5 janvier, Abubakar Shekau, chef de Boko Haram, avait ouvertement menacé le président camerounais Paul Biya. « Si tu ne mets pas fin à ton plan maléfique, tu vas avoir le même sort que le Nigeria », menacet-il. Le Cameroun participe aux attaques militaires contre le groupe djihadiste.
« Cinq cent soixante personnes sont bloquées quant à elles sur une île du lac Tchad sans aucune nourriture , s’alarme Abubakar Gamandi, chef du syndicat des pêcheurs de l’État de Borno, qui a pu les joindre par téléphone. Certains sont en train de mourir à cause du manque de nourriture, à cause du froid et du paludisme, sur cette île infestée de moustiques. »
Dans le reste du pays, les attentats sanglants sont quotidiens. Samedi, une bombe fixée sur une fillette de 10 ans a explosé dans un marché bondé de Maiduguri, à 200 km au sud-ouest de Baga, occasionnant la mort de 20 personnes, qui s’ajoutent aux 55 personnes qui avaient déjà perdu la vie dans ce même marché lors de deux attentats fin 2014.
Cette récente vague de violences représente une escalade meurtrière des actions de Boko Haram dans le nord-est du pays, après la prise de la base militaire de Baga, sur les rives du lac Tchad, le 3 janvier. Selon Daniel Eyre, « environ 4 000 personnes, majoritairement des civils, sont mortes en 2014 » à cause du groupe armé. Ce dernier s’est emparé d’une vingtaine de localités dans l’État de Borno, proclamant un califat dans les zones sous son contrôle.

La Croix du 12.01.2015

Les responsables religieux s’alarment de la situation au Nigeria

Dans un communiqué daté du lundi 12 janvier, le Conseil œcuménique des Églises (COE) condamne très fermement « la vague sans précédent d’attaques brutales par les extrémistes de Boko Haram », commises dans le Nord du Nigeria. 2 000 personnes auraient été assassinées.

Les responsables religieux somment les autorités nigérianes de protéger les ressortissants de ce pays, en particulier dans le Nord du pays, dont une grande partie est désormais occupée par l’organisation islamiste.

À quand une mobilisation internationale ?

« Nous sommes profondément attristés que les tragiques événements au Nigeria n’aient pas provoqué une mobilisation internationale et une vague de solidarité » équivalentes à celles provoquées par les attentats de Paris, déplorent-ils.

Dans un entretien accordé mardi 13 janvier à la radio RMC, le P. Georges Vandenbeusch, prêtre français et ex-otage de Boko Haram, appelle lui aussi à une mobilisation contre les atrocités commises par les islamistes.

Il raconte en particulier que l’un des villages dont il était le curé, au Cameroun, a été rasé par Boko Haram, et 37 personnes tuées.

Des dizaines de milliers de personnes en fuite

« Je pense que la manifestation en France peut nous rendre sensibles aux autres pays qui sont dans l’épreuve, insiste-t-il. Ou bien ça nous ouvre un peu et nous rend sensibles à ce qui se passe ailleurs, ou bien ça nous referme sur notre risque et notre insécurité. C’est important d’y faire face, mais ça ne peut pas être suffisant. »

Mercredi 7 janvier, la localité de Baga, dans l’État de Borno (nord-est du Nigeria) et 15 villages environnants ont été rasés par des centaines de combattants, entraînant la fuite de dizaines de milliers de personnes.

Des sources non confirmées d’Amnesty International faisaient état, dimanche 11 janvier, de « plusieurs centaines de victimes, peut-être 2 000 », parmi lesquelles une majorité de femmes, d’enfants et de vieillards qui n’auraient pas eu le temps de prendre la fuite.

La Croix du 16.01.2015



 



 

 

 

 

 

CHINE

En Chine, croix détruites et écoles interdites de fêter Noël

Dans la province de Wenzhou, le gouvernement a proscrit toute célébration liée à Noël.

Une campagne de démolition de croix et d’églises, menée par le pouvoir chinois dans la province du Zhejiang, au sud-est du pays, s’étend.

Le gouvernement de Wenzhou, dans l’est de la Chine, a interdit tout événement lié à la fête de Noël 2014, rapporte le Global Times, tabloïd chinois proche des autorités, citant le Wenzhou Evening Post, un journal local.

Une note diffusée dans tous les établissements de la ville par le responsable de l’éducation du gouvernement local estime en effet que les écoles doivent fêter les célébrations traditionnelles chinoises, comme le solstice d’hiver, et non Noël, qui s’apparente selon ce texte à une « tradition occidentale ».

« Les écoliers ne devraient pas se réjouir »

« Les écoliers peuvent apprendre ce que sont les fêtes occidentales, mais ne devraient pas se réjouir outre mesure de leur tenue », précise la note.

Le cas n’est pas isolé en Chine. Dans d’autres parties du pays, comme à l’université de Xi’an, capitale de la province du Shaanxi (centre du pays), les étudiants sont contraints, depuis plusieurs années, de regarder un documentaire sur Confucius le soir de Noël. Tout étudiant quittant la salle est sanctionné.

Destruction de croix et d’églises

Par ailleurs, une campagne de démolition de croix et d’églises, menée par le pouvoir chinois dans la province du Zhejiang, au sud-est du pays, s’étend. Plusieurs centaines de croix ont déjà été détruites.

Selon l’ONG « China Aid Association », les destructions se répandent à présent dans d’autres provinces du pays. Dans le seul Zhejiang, 426 croix chrétiennes ont été démontées en novembre, rapporte l’agence d’information catholique Asianews.

Heurts

À Dingqiao, des heurts ont eu lieu entre des représentants du Bureau des affaires religieuses, des ouvriers chargés du démantèlement de la croix et des fidèles locaux qui ont essayé de les empêcher d’agir. Des paroissiens ont été blessés dans les échauffourées, et certains ont été hospitalisés.

Ces démolitions concernent aussi bien les édifices catholiques que protestants, selon Asianews.

> A lire aussi  : La Chine veut promouvoir sa propre « théologie chrétienne »

12 ans de prison

Dans la province du Henan, la destruction d’une croix, le 18 décembre, a été le théâtre d’une lutte acharnée. Les autorités locales ont saisi le terrain appartenant à l’église et au pasteur. Ce dernier a été condamné à 12 ans de prison.

L’évêque catholique de Wenzhou, capitale du Zhejiang, et les prêtres du diocèse ont récemment appelé le gouvernement à cesser les démolitions, arguant que cela crée une grande instabilité sociale dans le pays.

D’après le Pew Forum, un institut de recherche américain, la Chine comptait en 2010 plus de 68 millions de chrétiens, soit environ 2 % de la population. Une proportion en croissance constante depuis plusieurs années.

La Croix du 26.12/2014

Chine : six membres d'une secte condamnés à des peines de prison dans le nord-ouest

Six membres de la secte responsable du meurtre d'une femme dans un restaurant McDonald's ont été reconnus coupables d'avoir utilisé la secte pour nuire à l'application de la loi, a annoncé samedi un tribunal local de la province du Gansu (nord-ouest).
Les six membres de la secte de l'Eglise du Dieu tout-puissant ont été reconnus coupables d'avoir organisé des activités de financement et de promotion et ont reçu des peines allant de trois à cinq ans de prison, selon le Tribunal de l'arrondissement de Chengguan, à Lanzhou, capitale provinciale.
Malgré l'interdiction à l'encontre de la secte, ces six personnes ont continué de mener ces activés ayant gravement perturbé l'ordre social et le travail des agences de l'Etat, selon le tribunal.
Le 28 mai, cinq membres de la secte ont tué une femme qui avait refusé de leur donner son numéro de portable dans un restaurant McDonald's de la province du Shandong alors qu'ils tentaient de recruter de nouveaux membres.

http://french.china.org.cn/china/txt/2014-12/27/content_34424013.htm ]
 27-12-2014

Chine : un faux médecin tue 16 personnes en leur administrant des laxatifs

Un pseudo-médecin chinois, Hu Wanlin, a été condamné à 15 ans de prison après avoir tué 16 personnes en leur administrant un laxatif.
Hu Wanlin s’autoproclamait guérisseur universel. Prônant la déshydratation comme remède miracle, ce charlatan de 65 ans imposait à ses patients des traitements au sel de Glauber, une substance également appelée « mirabilite » et utilisée pour fabriquer la soude. Le remède avait un effet très laxatif, au point que seize de ses patients ont trouvé la mort à cause d’une déshydratation.
Selon le journal Global Times, le faux médecin avait déjà été condamné à la réclusion pour exercice illégal de la médecine. Mais dès sa remise en liberté, il avait repris son activité. Parmi ses patients décédés figurent le maire à l'époque de la ville de Luohe, également dans la province du Henan, ainsi qu’un étudiant de 22 ans, disciple de son site de « retraite ».

http://www.ladepeche.fr/article/2014/11/20/1995309-chine-faux-medecin-tue-16-personnes-administrant-laxatifs.html

Chine : deux membres d'une secte condamnés à des peines de prison dans le nord-est
Deux membres clés d'une secte ont été condamnés mercredi à des peines de sept et quatre ans d'emprisonnement par un tribunal de la province du Liaoning (nord-est).
Le tribunal a reconnu ces deux personnes, Zhang Shunzhi et Geng Yuqin, coupables d'avoir organisé et utilisé la secte pour nuire à l'application de la loi. Zhang Shunzhi et Geng Yuqin ont respectivement reçu des peines de sept et quatre ans de prison.
Le tribunal a présenté des preuves montrant que les deux condamnés avaient activement recruté de nouveaux membres pour la secte de l'Eglise du Dieu tout puissant en prétendant que seule la secte pouvaient les sauver.
La police a arrêté Zhang Shunzhi (44 ans) et Geng Yuqin (63 ans) en juillet dernier. Les policiers ont découvert en leur possession des cartes mémoires et des livres faisant l'apologie de leur secte.
En octobre, un tribunal de la province du Shandong a condamné deux membres de la secte à la peine de mort pour avoir tué une femme qui avait refusé de leur donner son numéro de portable.
La femme avait été battue à mort dans un restaurant McDonald's, provoquant une colère nationale sur les réseaux sociaux à l'encontre de la secte.

http://french.peopledaily.com.cn/VieSociale/n/2014/1211/c31360-8821108.html
11.12.2014










 

 

 

 

 

CHRISTIANOPHOBIE

Les persécutions contre les chrétiens augmentent partout dans le monde
L’index mondial de persécution 2015 publié par l’ONG protestante Portes ouvertes met l’accent sur l’augmentation générale du niveau de violence dirigée contre les chrétiens.
La Corée du Nord, la Somalie et l’Irak sont en tête d’un classement où la montée de l’islam radical concerne 40 pays sur 50.
« Le niveau de persécution des chrétiens augmente partout dans le monde », a déclaré Michel Varton, directeur de l’ONG protestante Portes Ouvertes France qui a rendu publique, mercredi 7 janvier à Paris, son Index mondial de la persécution 2015.
Alors que le niveau global de violence s’est accru de manière globale, en particulier en Afrique, trois pays atteignent pour la première fois la « zone noire », cote d’alerte maximale de l’Index : la Corée du Nord, la Somalie et l’Irak. « Dans ces pays, si l’on découvre que vous êtes chrétien, vous êtes tués ou disparaissez dans des camps », souligne le directeur de l’ONG. L’Europe, en revanche, est absente de cet index où figurent 50 pays.
Violences physiques et discriminations
Autre constat : l’extrémisme islamique apparaît comme le principal mécanisme de persécution. Ce phénomène concerne 8 des 10 pays les plus concernés par les violences antichrétiennes  : Nigeria, Irak, Syrie, Centrafrique, Soudan, Pakistan, Égypte et Kenya. « Il s’agit aussi bien de violences physiques que de discriminations et d’oppressions au quotidien », commente Michel Varton.
L’année 2014 a par ailleurs été marquée par une importante augmentation du nombre de réfugiés : 40 % des 1,8 million de chrétiens syriens ont ainsi quitté leur pays, tandis que 140 000 chrétiens d’Irak ont été chassés de la plaine de Ninive vers le Kurdistan irakien par les combattants de l’État islamique. 5 000 familles ont par ailleurs quitté l’Irak.
En Afrique, « l’effet Boko Haram » a jeté des milliers de chrétiens sur les routes et en Érythrée, pays où sévit un régime militaire ultra-répressif, ils sont des milliers à quitter le pays pour échapper à la prison.
Continent plus inattendu, l’Amérique Latine figure elle aussi sur cet index : en Colombie et au Mexique, les guérillas et le crime organisé s’en prennent aux pasteurs qui s’opposent à leurs activités.
Inde et Chine sous surveillance
Outre ces grandes tendances, l’ONG attire l’attention sur les cas de l’Inde et de la Chine, où se concentre près de 40 % de la population mondiale. En Inde, l’arrivée au pouvoir du parti nationaliste hindou BJP se traduit par un durcissement des conditions de vie pour les chrétiens, avec le risque de voir s’instaurer une loi anti-conversion.
En Chine, où le christianisme évangélique connaît une poussée sans précédent, 258 églises ont été détruites en 2014, contre 27 en 2013. « Le gouvernement chinois va-t-il laisser croître le christianisme au grand jour ou va-t-il continuer à l’étouffer ? », s’interroge le directeur de Portes Ouvertes.
Difficile comptage des victimes
Quant au nombre de personnes tuées au nom de leur foi en 2014, Portes ouvertes avance le chiffre de 4 344 chrétiens assassinés en 2014, contre 2 123 l’an dernier et 1 201 l’année précédent.
La méthode et les chiffres avancés dans ce domaine varient toutefois énormément d’un organisme à l’autre, étant donné la difficulté à établir un tel comptage.
Fondée en 1955 par un pasteur hollandais, Ann van der Bijl, Portes Ouvertes intervient aujourd’hui dans 60 pays. Son rapport annuel, publié depuis 1997, est fondé sur un système de points attribués selon six critères  : vie privée, familiale, sociale, civile, ecclésiale, ainsi que les « violences physiques ».
L’ONG catholique Aide à l’Église en Détresse (AED) faisait état, dans son rapport 2014, d’un recul général de la liberté religieuse dans le monde.

La Croix du 07.01.2015
 

 

 

 

 

CONSPIRATIONNISME

Assiste-t-on à une résurgence des théories du complot ?
À l’occasion des attentats du 7 janvier, certains redoutent une recrudescence du conspirationnisme, dans les écoles ou sur les réseaux sociaux.
Pour Emmanuel Kreis, historien des religions, chercheur attaché au CNRS (1), la défiance vis-à-vis des institutions ne suffit pas à faire basculer dans les théories du complot.
Si les événements récents peuvent constituer une porte d’entrée, ces théories restent marginales.
« Il faut d’abord savoir de quoi l’on parle. La notion de < théorie du complot > renvoie à une définition précise : il s’agit de constructions alternatives à l’histoire officielle, se référant en général à un projet secret, visant une domination mondiale.
Ces théories ont une dimension totalisante, elles postulent qu’un complot global est à l’œuvre. Il ne faut donc pas les confondre avec la dénonciation çà et là d’un éventuel complot limité dans le temps et dans l’espace.
Des théories du complot marginales
Ce que l’on voit prospérer depuis une semaine – mais cela n’a rien de nouveau –, c’est une défiance vis-à-vis des institutions : politiques, médias, école, etc. Cependant, cela ne suffit pas à faire basculer les gens dans le champ des méga complots ou du conspirationnisme.
Certes, les événements de portée mondiale, comme les attentats contre Charlie Hebdo ou le 11 septembre, peuvent constituer des portes d’entrée, surtout s’ils comportent quelques zones d’ombre. Plus c’est obscur, plus c’est propice aux approches conspirationnistes.
Toutefois, à ce stade, d’après ce que j’ai pu consulter sur la toile, on ne peut pas parler de recrudescence. Les théories du complot restent marginales.
> (re)lire  :Charlie Hebdo : l’émergence d’une unité nationale
Exister dans la contestation
Pour autant, on peut s’interroger sur cette défiance réelle vis-à-vis des discours officiels et tenter d’en cerner les ressorts.
D’une part, nous vivons une période de grande mutation, avec le bouleversement du monde de l’après-guerre, ce qui peut s’avérer déstabilisant. Les repères ne sont plus les mêmes. D’autre part, Internet et les réseaux sociaux modifient les comportements.
Ces nouvelles technologies permettent d’exister virtuellement : tenir un discours contestataire, c’est s’individualiser, ce qui encourage à la remise en question des propos officiels. Elles donnent aussi une caisse de résonance inédite à toutes sortes de théories. En soi, il n’y a rien de problématique à se questionner. Ce qui compte, c’est d’apprendre à exercer son esprit critique. Or on ne donne guère les moyens de le faire aujourd’hui. »
(1) Les puissances de l’ombre : Juifs, jésuites, francs-maçons, réactionnaires… la théorie du complot dans les textes, 2009, CNRS éditions, 309 p.

La Croix du 15.01.2015
 

 

 

 

 

CREATIONNISME


Enseigner le créationnisme rendrait les enfants moins intelligents

L'Homme est aujourd'hui très capable de créer des êtres artificiels et pourtant, il n'a toujours pas véritablement découvert tous les secrets de la création du monde. Certains croient au Big Bang (scientifique) et tout ce qui en découle, d'autres sont partisans du créationnisme, une intervention divine, début de tout...
Si la tension est parfois intense entre les deux, Bill Nye, alias « The Science Guy », est véritablement exaspéré par ceux qui pensent que notre Monde n’aurait que 6 000 ans. « Selon les dernières estimations, la Terre a environ 4,54 milliards d’années », mais « le problème, c’est que nous avons des adultes qui ont des opinions très conservatrices et qui sont vraiment réticents à enseigner les théories de l’évolution aux enfants. »
Bill Nye admet ne pas savoir pourquoi ces adultes se sentiraient effrayés, mais, aux États-Unis, ces adultes, qui sont aussi des parents, travaillent dans les administrations des écoles et essaient d’empêcher l’enseignement de l’évolution, se réfugiant derrière « ce livre écrit il y a 5 000 ans… et souhaitant s’en servir comme un substitut de livre scientifique. »
Et ceci, selon « The Science Guy » est néfaste pour l’intelligence des enfants : « ils n’auront pas cette faculté fondamentale de tout questionner », ils ne pourront pas « penser de manière critique, d’utiliser une approche sceptique pour découvrir le monde. » Et ceci est d’autant plus troublant que cela a lieu « dans la société la plus avancée technologiquement parlant du monde »… Pourtant, même le Pape a « reconnu » le Big Bang…
Cela ne fera assurément pas taire ce débat incessant ni même ne réfrènera les créationnistes mais c’est désormais dit !

En savoir plus sur http://www.gizmodo.fr/2014/12/15/enseigner-creationnisme-rendrait-enfants-moins-intelligents.html#6cSvhmZvLJyBoIJD.99
 15.12.2014
 



 

 

 

 

DERIVES SECTAIRES


Les trois jours de la présidence de la CEF au Vatican
ROME, 20 décembre 2014 (Zenit.org) - Le pape François est attendu en France avec "joie" et il pourrait y passer trois jours en 2015: à Paris, à Lourdes et dans une autre ville à définir, mais la date n'est pas encore fixée, indiquent les quatre membres de la présidence de la Conférence des évêques de France (CEF) qui ont été reçus par le pape François vendredi matin, 19 décembre.
Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la CEF, Mgr Pascal Delannoy, évêque de Saint-Denis et Mgr Pierre-Marie Carré, évêque de Montpelleier, tous deux vice-présidents de la CEF, ainsi que Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, secrétaire général, achevaient leur visite de trois jours au Vatican où ils ont rencontré les membres de 12 dicastères. Ils ont aussi rendu une visite "fraternelle" aux cardinaux Paul Poupard - qui fête ses 60 ans de sacerdoce - et Roger Etchegaray. Ils ont pu évoquer les fruits de la réflexion des évêques à Lourdes de novembre dernier.
Ils ont évoqué leurs rencontres romaines au cours d'un point-presse, vendredi 19 décembre, au Séminaire pontifical français de Rome…
Les évêques ont aussi exprimé leur souci d’accompagner et d’écouter les difficultés de qui a souffert des "dérives" de communautés nouvelles, et leur vigilance pastorale. Ils signalent que les personnes qui choisissent le célibat dans les associations de fidèles reconnues par le Conseil pontifical pour les laïcs devront choisir si elles veulent rester "laïques" ou évoluer vers une forme de "vie consacrée" reconnue par le dicastère romain de la vie consacrée.
 

Extrait de "Confession d'un cardinal"

Olivier LE GENDRE, pages 262 et suivantes

Il [le cardinal] ignora la provocation, et répondit seulement à la première partie de ma question :
- J’ai conscience de m’aventurer sur un terrain miné en répondant à votre question. Bon, c’est la règle du jeu. La tendance minoritaire a en effet acquis beaucoup de visibilité sous le pontificat de Jean Paul II : elle lui a fourni les gros bataillons de ses supporters lors de ses voyages, et notamment lors des JMJ.
- Qui en fait partie ?
- En gros, pour aller vite et sans entrer dans les détails, la très grande majorité de ce que l’on appelle les nouveaux mouvements.
- C'est-à-dire ?
- Tous ces mouvements qui sont nés depuis la guerre, certains juste avant, et qui ont connu une assez forte expansion depuis le concile ; Je pense, mais peu réducteur de la personnalité de chacun d’eux de les nommer l’un à la suite de l’autre, je pense à Communion et Libération, aux Foccolari, à l’Opus Dei, au Chemin Néocatéchuménal. De l’autre côté…
- Excusez moi, vous ne semblez pas y inclure les mouvements charismatiques comme l’Emmanuel ou le Chemin Neuf.
- Non, ces groupes appartiennent en effet à ce que l’on nomme les nouveaux mouvements, mais ils se distinguent de ceux que j’ai nommés car leurs intentions sont exclusivement spirituelles.
- Alors que les autres poursuivent d’autres buts ?
- Certains agissent ouvertement comme des groupes de pression à l’intérieur de l’Eglise. D’autres, par exemple Communion et Libération, ont une forte visée sociale, voire politique.
…….
- On a parfois dit que certains mouvements de la première tendance ont des comportements sectaires. Qu’en pensez-vous ?
- Là aussi, je vais devoir marcher sur des œufs pour vous répondre.
…………….
Mon opinion à propos est que chaque fois qu’un groupe érige le secret en valeur principale, il y a risque de dérive. Certains de ces mouvements cèdent à cette tentation, c’est indéniable.
- Vous pensez à l’Opus Dei ?
- Comme tout le monde. Mais pas qu’à l’Opus. Quand le secret et la méfiance à l’égard du monde extérieur sont au cœur des instructions données aux membres d’une institution, je m’inquiète. Ensuite, chaque fois que ces membres sont imposés financièrement de façon régulière et continue, il y a également risque de dérive.
……………..
Enfin, la vénération exigée à l’égard des paroles des fondateurs, voire du moindre détail de leur vie érigée en légende dorée, est aussi un signe de dérives qui me semblent dangereuses.
…..
- Pardonnez-moi de vous pousser dans vos retranchements, car je sens vos réticences sur ce sujet. Quand vous rassemblez ces trois dérives – secret, argent, vénération,- vous définissez des groupes sectaires, n’est ce pas ?

Mon cardinal garda le silence un moment… L’hésitation de mon interlocuteur prit fin. Il tourna ses yeux vers moi et reprit :
- Oui, quand vous rassemblez ces trois dérives, vous êtes près d’un mouvement sectaire. Et le fait de vous trouver au sein de l’Eglise catholique ou de vous en réclamer n’y change rien.



 

 

 

 

EGYPTE


« Exodus », de Ridley Scott, interdit en Egypte
L'Egypte a interdit la projection d'Exodus : Gods and Kings, a annoncé, vendredi 26 décembre, un porte-parole de la 20th Century Fox. Le studio, propriété du groupe Twenty-First Century Fox, a refusé d'indiquer les motifs de cette interdiction, mais ce n'est pas la première fois qu'un film représentant des figures bibliques est interdit en Egypte.
Noé, produit par la Paramount, a lui aussi été interdit de projection dans beaucoup de pays en raison de la représentation d'un prophète, ce que l'islam interdit. Exodus, réalisé par Ridley Scott, est une adaptation du Livre de l'Exode, deuxième livre de l'Ancien Testament, où est relatée la sortie des Juifs d'Egypte sous la conduite de Moïse.
Le film, d'un budget de près de 140 millions de dollars (115 millions d'euros), a déjà été l'objet d'un certain nombre de critiques. On lui reproche notamment la trop grande place faite aux acteurs blancs dans la distribution des rôles et un certain nombre d'anachronismes. Avant l'Egypte, le Maroc a lui aussi interdit la projection du film, qui a pour l'heure collecté 107 millions de dollars deux semaines après sa sortie.

Le Monde.fr avec Reuters | 27.12.2014

La construction d’églises devrait être facilitée
Le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi vient d’approuver un projet de loi visant à assouplir les limites drastiques imposées par la loi en matière de construction d’églises. Ce projet, qui doit maintenant être approuvé par le Parlement, soulève une vague d’espoir au sein de la communauté chrétienne mais il suscite la colère des salafistes qui crient au « complot copte » contre la nation.

La Croix du 03.10.2014




 



 

 

 

 

ENFANTS

Les gourous dans l’école
Le nouveau dada des gourous est d’investir le marché des enfants. Ateliers, contes, bandes dessinées, jeux : tout est mis en œuvre pour séduire leurs clients en culottes courtes. Même à l’école...
Devenir guérisseur à 8 ans
Après avoir suivi un séminaire pour que ses mains accèdent à une « énergie nouvelle », Emilio a fait démarrer la brosse à dents électrique de son fils sans y toucher. Dans l’emballage ! jure-t-il. Cet incident l’a convaincu. Le Montréalais a inscrit ses deux garçons au cours pour enfants. « Je veux me servir de cette énergie pour traiter mes fils à la maison, et ça va être plus facile à introduire comme ça », a-t-il expliqué à une journaliste, venue incognito.
Ce soir-là, pendant deux heures, une douzaine d’écoliers âgés de 8 à 12 ans ont appris à imposer les mains, dans une grande salle de l’hôtel Hyatt Regency de Montréal. Des admirateurs d’Eric Pearl – un ex-chiropraticien qui se présente comme un catalyseur de miracles – s’y relayaient depuis déjà trois jours.
Leur maître californien parcourt la planète à la rencontre de dizaines de milliers d’élèves. Dans certaines villes, son équipe entreprend les jeunes dès l’âge de 4 ans. « Mettons la guérison entre les mains de nos enfants », propose le site web du multimillionnaire.
À Montréal, trois jeunes ont accepté de se prêter au jeu et de nous relater leur expérience. Nous allons vous enseigner « une nouvelle forme de guérison » qui vous permettra de soigner vos proches et vos amis qui se font des bobos à l’école, leur a déclaré la formatrice. L’Américaine leur a aussi conseillé d’agiter leurs mains pour calmer leur animal domestique et éliminer à distance les énergies négatives de leurs proches. D’après elle, les enfants apprendraient à « réarranger les molécules, l’espace, le temps ».
La « reconnexion » d’Eric Pearl en France
À tour de rôle, les écoliers se sont ensuite étendus pour tester leurs pouvoirs. Une enfant s’est vite emballée en en voyant un autre bouger les paupières. Un troisième s’exclamait sans arrêt : je sens de la chaleur ; je sens du froid ; je sens des picotements...
Envie d’y croire
Sur YouTube, un petit Américain rayonnant proclame : « Ma mère souffre d’arthrite. J’ai juste touché son épaule et elle s’est sentie mieux ! » On y voit aussi Eric Pearl au milieu d’une centaine de petits. Il déclare qu’on peut guérir les autres en claquant des doigts.
L’un de nos jeunes enquêteurs raconte avoir eu envie d’y croire. « Ils n’arrêtaient pas de nous dire que c’était prouvé scientifiquement, explique-t-il. Que si on coupe les feuilles d’une plante, elles fanent moins vite si on se sert de ses mains pour faire de petits cercles autour. »
Dans la salle d’attente, une résidente de Blainville a raconté avoir inscrit sa fille de sixième année parce qu’elle a fait trois commotions cérébrales et peine à suivre à l’école. Elle a économisé gros en procédant ainsi au lieu de s’inscrire elle-même au cours pour adultes, qui lui aurait coûté 15 fois plus cher, soit 711 $ plutôt que 48 $.
Donner la mort ?
Dans pareils cas, le Collège des médecins du Québec ne peut intervenir. « Tant qu’aucun traitement n’est administré, les cours, tout comme les livres, sont protégés par la liberté d’expression », explique le directeur des enquêtes, François Gauthier.
« Il n’y a pas de raison d’être plus sévère à l’égard d’un tel discours qu’à l’égard des religions institutionnalisées, qui comportent toutes leur lot de balivernes, confirme l’éthicien Daniel Weinstock, professeur à la faculté de droit de l’Université McGill. Par contre, je m’inquiète à l’idée que des parents veuillent traiter leur enfant avec ça. »
À la fois médecin, écrivain et bioéthicien, son confrère Marc Zaffran va plus loin : « Avoir le pouvoir de guérir, ça veut dire avoir celui de tuer. Est-ce moralement acceptable de laisser entendre ça à des enfants ? »
« Que va-t-il arriver si l’enfant tente de guérir son grand-père et échoue ? illustre le chercheur en psychoéducation Serge Larivée. C’est irresponsable de leur faire porter un tel poids. C’est leur voler leur enfance ! »
En plus de traduire le cours donné à Montréal, la naturopathe Diane Buteau a accompagné Eric Pearl dans 23 pays, sur 4 continents. Et ce genre de critique la fâche. « On a fait un petit atelier, sous forme de jeu, argue-t-elle en entrevue. Les enfants ne sont pas devenus praticiens. On leur dit qu’ils peuvent aider leur prochain. On ne leur enseigne pas du tout comme aux adultes, ni comme Eric Pearl le fait aux États-Unis. »
Il y a environ deux ans, le Collège des médecins a exigé que la Montréalaise expurge son site internet, pour enlever, notamment, toute référence à la guérison ou au cancer.
En France aussi : la « guérison reconnective »
En France, la « guérison reconnective » a également ses adeptes. Une association a même été constituée regroupant les « praticiens » de cette méthode supposée utiliser « un ensemble de nouvelles fréquences de guérison constituées d’énergie, de lumière et d’information et qui agit aux niveaux physique, mental, émotionnel, spirituel ». Le terme « reconnexion » vient de la nécessité de rétablir des liens que « l’humanité toute entière a rompu depuis longtemps », la reprise de contact « avec les réseaux énergétiques nous permettant de rester en synchronie avec nos propres corps ».
La légende de la discipline décrit ainsi son origine : « en 1993, dans son cabinet de chiropraxie, [Eric Pearl] a été mis en contact de façon soudaine et inattendue avec ces nouvelles fréquences énergétiques de soins. Ses patients, alors qu’il tenait simplement ses mains au-dessus de leur corps, commencèrent à expérimenter différentes formes de guérison dont certaines, c’est le moins qu’on puisse dire, furent considérées comme spectaculaires ».
Nul besoin d’établir un diagnostic ou d’identifier des symptômes, est-il affirmé, la seule présence du guérisseur suffit : « son intention [permet] à ces fréquences d’énergie, de lumière et d’information d’agir en intelligence avec les besoins de la personne ». Et même la présence n’est pas obligatoire, car les séances peuvent aussi se pratiquer « à distance ». Très pratique, un seul téléphone suffit. Bien entendu, la science ignorée (ou malmenée) dans le jargon de présentation, est invoquée pour convaincre de la valeur des résultats obtenus, certifiée par « des études scientifiques poussées » (jamais aucune référence n’est donnée) révélant des « résultats fascinants » avec « notamment un effet positif sur la restructuration de notre ADN ».
Chaque « reconnexion » est facturée 333 € (pour une à trois séances en général, pouvant se faire par téléphone). Du moins, c’est ce que préconise la « charte » de l’association, chacun étant libre de ses tarifs, sous réserve de ne pas « pratiquer de marketing déloyal qui pourrait desservir ses confrères ». Une petite centaine d’adresses en France sont proposées pour trouver « la reconnexion près de chez soi ». Pourquoi 333 € ? Le prix a été fixé par Eric Pearl (le fondateur) et correspond à la « vibration 333 » associée avec la « Reconnexion Personnelle ». Il est ainsi recommandé de le « laisser intact », exprimé dans la monnaie du pays (dollars américains, dollars canadiens, euros...) pour garder les propriétés du traitement. Miraculeusement, cette « fréquence magique » est de 333, et non pas 9000... ou 4. Et qu’en est-il au Japon, où 333 yens font moins de 3 € ? Au fait, une fréquence de 333 quoi ? Quelle unité ?
Un système pyramidal est mis en place : un « praticien » ne sera reconnu par l’association que s’il a suivi différentes formations (payantes). Ces formations ne peuvent être délivrées que par une personne ayant atteint un niveau plus élevé... Au sommet de cet édifice, Eric Pearl, le fondateur. L’inscription sur le site est elle-même objet d’une cotisation. Bref, un business bien rôdé.
Et si la guérison n’est pas au rendez-vous ? C’est la faute à l’Univers... ou au patient : « la guérison est une décision qui est prise entre le patient et l’univers ».
J.-P.K
Source : le site de l’Association Française des Praticiens de la Reconnexion et divers sites de pratiquants.
La théorie des chakras au primaire
Trois écoles primaires de Lanaudière ont récemment permis à une enseignante et orthopédagogue de donner des ateliers parascolaires pour aider les élèves « à réorganiser leur énergie » en utilisant une approche basée sur la théorie des chakras.
Et d’après ce qu’elle nous a indiqué, d’autres écoles et une autre commission scolaire envisagent d’offrir le même atelier, possiblement durant les heures de classe, dans le cadre du cours d’éthique et de culture religieuse.
Depuis quatre ans, au moins dix intervenants ont payé 1100 $ pour apprendre aux enfants à harmoniser leurs supposés « champs électromagnétiques », représentés sous forme de treillis connecté à l’univers. L’approche a été inventée par l’Américaine Peggy Dubro, qui dit canaliser des esprits. Au Québec, elle est enseignée par une coach de vie des Laurentides, Gisèle Proulx.
Sa lettre type propose d’aider les directions d’école à répondre à la montée des cas de déficit d’attention. Connaître « leur nature énergétique » aide les enfants à se concentrer et à gérer leurs émotions, dit-elle.
Allergique à l’ésotérisme, le chercheur en psychoéducation Serge Larivée est choqué. « Les enseignants sont une courroie de transmission du paranormal », dénonce-t-il.
Quand trois élèves sont devenus psychotiques à quelques semaines d’intervalle, la directrice elle-même est rentrée un dimanche « pour faire chasser les mauvais esprits » de son école, confirme une professionnelle (à condition que nous ne nommions pas l’endroit).
En une seule année (2007-2008), le Centre d’information sur les nouvelles religions (CINR) de l’Université de Montréal a reçu près d’une centaine de demandes d’information sur des organisations controversées qui ont été en contact avec des élèves.
Des écoles avaient notamment invité AGIRA, un centre de Saint-Hubert qui offre des cours de « psychologie spirituelle ésotérique ». Ou encore Narconon, un centre de désintoxication récemment fermé parce qu’il était affilié à l’Église de scientologie.
Environ vingt-cinq groupes scolaires montréalais ont par ailleurs visité un lieu qui se présente comme « le réceptacle des énergies de la Hiérarchie des maîtres » (soit l’Ashram canadien des sciences spirituelles et occultes).
Il arrive aussi que des enseignants exposent leurs croyances en classe. « On leur rappelle alors de prendre une posture professionnelle en éducation. On n’a pas obtenu le droit de tout rentrer juste parce qu’on a sorti [le catholicisme] des écoles », indique Louise Coutu, présidente de l’Association des animateurs de vie spirituelle et d’engagement communautaire du Québec.
En règle générale, les enseignants veulent bien faire, précise la directrice du CINR, Marie-Ève Garand. « Ils sont sensibles au discours des groupes qui prétendent pouvoir aider les enfants sans les médicamenter », dit-elle.
Julie Fournier, l’enseignante de Lanaudière, est en effet convaincue du bien-fondé de son approche. « Les enfants se retrouvent mieux outillés. Même les parents méfiants changent leur fusil d’épaule devant les résultats », nous a-t-elle déclaré lorsque nous l’avons interrogée sur ses ateliers de rééquilibrage d’énergie.
Sa formatrice, Gisèle Proulx, abonde dans son sens. « Les classes sont grosses à l’école, les enfants sont [sous] Ritaline. Il faut essayer autre chose », plaide l’ancienne infirmière, qui a changé de carrière parce qu’elle désapprouvait le recours excessif aux médicaments. Son analyse : « Le champ énergétique des enfants est souvent trop haut, donc ils ne sont pas groundés [reliés]. »
La commission scolaire des Samares, qui chapeaute les écoles où ont été donnés les ateliers, compte intervenir.
« Comme enseignant, on est un modèle et il faut faire attention à ce qu’on fait. On n’est pas groundé [relié] à l’univers : on a les deux pieds sur terre, dans une classe, et on utilise les stratégies qu’on a déployées à la commission scolaire », nous a dit la directrice générale, Sylvie Anctil.
Pour les intervenants comme pour les parents, il est facile de s’y perdre. À Longueuil, l’Académie Phénix se présente comme un centre d’aide scolaire pour enfants en difficulté. Il faut cliquer sur un lien discret, sur son site internet, pour découvrir qu’on y applique la technique de Ron Hubbard, fondateur de l’Église de scientologie.
Quand les parents ne partagent pas les mêmes croyances
Un bébé en pyjama bleu rit en déchirant du papier. Il est près de 21 h et ses parents viennent de surgir au deuxième étage d’un édifice du boulevard Rosemont, siège d’IMO Montréal (l’Institut de Métaphysique Occidentale de Montréal). Sous un lustre en forme de globe, de grosses pierres forment un cercle. Au centre, de jeunes adultes jouent aux chamans.
Ce soir-là, ils sont trois à fermer les yeux autour d’une femme qui pense avoir le cancer. Debout derrière une grande plante – dans le « cercle de guérison » –, l’un d’eux agite un couteau de boucher, disant nettoyer une plaie béante datant d’une vie antérieure.
Le bébé est trop petit pour comprendre. Pas les écoliers qui participent régulièrement à ce genre de séance. Parfois, les gens d’IMO tentent « d’opérer sur eux à distance ». Parfois, ils sont sur place. Leurs parents espèrent régler ainsi toutes sortes de problèmes : coliques, crises, troubles de l’attention.
Pour les gens d’IMO, la maladie est « une déviation de ce que la personne a à vivre sur terre », et la guérison arrive grâce à des visions et à des transferts d’énergie. « J’ai aidé beaucoup d’enfants de tous les âges. Même chez ceux qui ne sont pas encore capables de parler, je l’ai constaté au niveau du sourire », nous a déclaré l’un des piliers du groupe, que nous ne pouvons nommer pour protéger l’identité de son fils.
Comme bien d’autres enfants, son garçon a vu ses parents se disputer sa garde en cours. Dans leur cas, parce qu’ils ne partagent pas la même vision du monde.
« Mon fils doit participer à des rituels contre son gré, sinon son père le rabaisse et l’accuse de renier toute sa vie », affirme sa mère, de plus en plus perplexe. En maternelle, le garçon a déclaré à son enseignante qu’on n’a pas deux yeux, mais trois. Lorsqu’il est malade, son père le soigne parfois grâce à la spagyrie – une approche du XVIe siècle qui consiste, entre autres choses, à planter des graines selon l’emplacement des astres.
Il y a aussi les rituels dans le bois, les cercles de magie et les douches de lumière, s’inquiète la Montréalaise de 31 ans. « On dirait une secte sous le couvert d’une compagnie, s’exclame-t-elle. Mon fils est de plus en plus triste. Même l’école me pose des questions. »
Indigné, le père rétorque que l’intériorité a sa place.« Mon fils est manipulé au volet de sa spiritualité par sa propre mère, dit-il. Il est le premier déçu quand il manque nos parties spirituelles. »
Récemment, la Cour a maintenu la garde partagée.
Dans pareil cas, ce n’est pas toujours la bonne chose à faire, dit la spécialiste du droit de la famille Carolle Tremblay. L’enfant déchiré entre deux visions de la vie souffre, explique-t-elle, notamment parce que le parent qui croit radicalement diabolise l’autre.
Aussi présidente d’Info-Sectes, elle voit des situations autrement plus corsées. Au milieu des années 90, un ancien client s’est battu pour que ses enfants réintègrent l’école ordinaire après avoir passé leurs premières années à la Mission de l’Esprit Saint, près de Joliette.
« Même s’il a gagné, le mal était fait, souligne Me Tremblay. Les enfants étaient convaincus qu’on les envoyait dans un monde mené par Satan. »
L’autre problème, c’est que les coûts des procès empêchent bien des parents de protéger leur enfant comme ils le voudraient, dit-elle. « Très souvent, ils abdiquent. »
Livres et jeux ésotériques pour enfants
À Sainte-Rose, des petits Québécois suivent dès l’âge de 5 ans des cours de reiki pour pratiquer « l’autotraitement » ou « le dispenser dans le cadre de [leur] famille ». Coût : 40 $ par cours, pour un total de 200 $.
En pleine ébullition, le marché de l’ésotérisme pour enfants est vaste. Un médium a publié un conte qui lui a prétendument été dicté par un fantôme. Des livres d’images mettent en vedette des chats guérisseurs. Une bande dessinée apprend aux petits lecteurs que « maître univers » leur parle.
Un réchauffé de l’abracadabrant best-seller Le secret informe par ailleurs les adolescents qu’ils sont de véritables « télécommandes universelles ». Le seul fait de penser à quelque chose permet de l’obtenir, promet l’auteur – qu’on vise la richesse, l’amour, la célébrité, le bonheur ou la santé. À l’inverse, si un bouton d’acné apparaît, c’est parce qu’on aura fait la fatale erreur d’y penser et qu’on l’aura ainsi « attiré ». « Depuis que j’ai lu le livre, je fais mes équations de mathématiques en quelques secondes », prétend un « jeune » sur un site web promotionnel. Une jeune fille qui désespérait d’avoir ses règles, écrit qu’elles ont enfin débuté après sa lecture du livre. Avis aux autres adolescentes : ceci n’est pas un moyen de contraception...

http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article2346
par Marie-Claude Malboeuf, avec la collaboration de Charles et Félix, 12 ans, et de Vincent, 10 ans - SPS n° 309, juillet 2014
Cet article fait partie d’un reportage réalisé par nos collègues canadiens, avec l’aimable autorisation de la rédaction de La Presse, et en particulier celle de l’auteure principale, Marie-Claude Malboeuf.
La Presse.ca
 

Lowen contre Québec
Quel recours a l’ex-juif qui veut poursuivre l’État pour violation de son droit à l’éducation?

Le fait est rarissime, la poursuite est inédite et la défense ne sera pas facile, constatent des observateurs avertis. Yonanan Lowen, un ex-membre de la communauté juive ultraorthodoxe Tosh à Boisbriand, a mis en demeure et entend poursuivre le gouvernement du Québec pour « violation de son droit à l’éducation », un droit garanti par la Charte des droits et libertés, allèguent ses avocats de la Clinique Juripop, qui pilote la requête. Plus précisément, la réclamation en dommages et intérêts de 1,25 million vise le ministère de l’Éducation, la Commission scolaire Seigneurie-des-Mille-Îles (CSSMI), la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) ainsi que les deux écoles juives qu’il a fréquentées pour leur enseignement qui ne respectait pas la loi.
Pratiquement illettré, s’exprimant difficilement en anglais et pas du tout en français, M. Lowen dit ne pas pouvoir, en raison de l’éducation religieuse qu’il a reçue dans sa communauté, fonctionner comme un citoyen à part entière au Québec. Vivant de l’aide sociale, il dit ne pas avoir pu, jusqu’ici, se trouver un travail décent lui permettant de faire vivre sa grande famille. « Je vis une vie de mort. J’ai l’impression d’être invalide ou d’être un enfant. Je n’arrive pas à me trouver un emploi. Je ne sais rien faire dans la société. Tout comme ces milliers d’autres enfants juifs hassidiques qui sont pris dans une secte au Québec sans que personne fasse rien », avait déclaré avec émotion ce père de famille de 37 ans au Journal de Montréal.

Une dimension politique
Les récriminations et doléances pour faire rentrer dans le rang ou fermer les écoles juives enfreignant la loi s’accumulent depuis des années sur le bureau des ministres de l’Éducation qui se succèdent. Au début de son mandat comme ministre de l’Éducation, Yves Bolduc avait promis de régler la question. Cette éventuelle poursuite — les parties mises en demeure ont jusqu’au 15 décembre pour y donner suite — vient exercer une pression supplémentaire sur le gouvernement, qui est de plus en plus pressé d’agir. Mais la partie est loin d’être gagnée.
« Il y a une dimension politique à cette affaire et il y a en effet une pression exercée sur le gouvernement pour qu’il s’en occupe. Mais c’est une démarche essentiellement à caractère juridique, et étant donné les lois, ça demandera de la part des poursuivants une argumentation extrêmement serrée », a commenté Jean-Pierre Proulx, ex-journaliste et professeur retraité en sciences de l’éducation de l’Université de Montréal.
D’autres allèguent que le délai de prescription — les faits reprochés remontent à l’enfance — risque de rendre la tâche plus ardue pour le plaignant. Et en soi, poursuivre le gouvernement est « une entreprise à haut risque », croit Pierre Anctil, professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa et spécialiste des communautés juives orthodoxes. « Le procureur a des ressources et des moyens que les individus n’ont pas. Ça pourrait traîner des années, a-t-il soutenu. Il faudrait que l’individu qui poursuit prouve qu’il a été privé de ses droits fondamentaux et qu’il en fasse la preuve. »

Le droit à l’éducation brimé?
La question est complexe du fait que plusieurs droits, et valeurs, s’enchevêtrent. « Il y a une tension autour de l’autorité d’éduquer. Il y a les droits des parents, les droits de l’État et les droits des enfants. C’est très ardu de départager tout ça, c’est un vrai noeud de vipère », fait remarquer le philosophe de l’éducation Normand Baillargeon.
Tout le monde reconnaît que l’État a des devoirs mais aussi le droit de dispenser une éducation de qualité pour faire des enfants des citoyens responsables. Mais, dans ce cas-ci, est-ce que le droit à l’éducation est un droit-liberté, un droit individuel impliquant une abstention de l’État, sans exiger de sa part une action positive, ou un droit-créance, soit un droit collectif qui implique une action effective de l’État (et généralement un engagement de fonds publics) ? « Dans notre société, on a tendance à signer des accords et dans nos textes de loi, c’est un droit à créance, une obligation. L’État peut difficilement empêcher ce droit-là et ça crée des tensions qui ne sont pas faciles à résoudre », souligne le philosophe, précisant qu’il y a plein de « zones d’ombre ». Ici, ce serait 1-0 pour le plaignant.
Toutefois, l’enfant était sous l’autorité de ses parents, qui ont le droit de faire des choix pour lui jusqu’à ce qu’il atteigne l’autonomie et/ou la majorité. « Quand on est mineur, on est sous la tutelle de la famille. C’est difficile après pour un individu de blâmer ses parents pour les choix qu’ils ont faits », selon Pierre Anctil.
Et ultimement, qu’en est-il du droit des parents en regard de celui de la collectivité ? Peut-on tolérer collectivement qu’une famille, au nom de la liberté de religion, éduque ses enfants à sa manière et selon ses croyances ? Que faire lorsque cette éducation heurte les valeurs d’une société libérale, par exemple dans le cas de l’enseignement du créationnisme ?
Dans les années 1970, aux États-Unis, dans l’arrêt Wisconsin contre Yoder, la Cour suprême avait statué que des amish (d’abord condamnés pour avoir violé la loi de cet État des Grands Lacs qui oblige la fréquentation de l’école jusqu’à l’âge de 16 ans) pouvaient retirer leurs enfants de l’école en 8e année, soit dès 14 ou 15 ans, pour leur offrir une formation qui les prépare à la vie rurale dans leur communauté. Ici, la Cour suprême avait jugé qu’empêcher les parents d’éduquer leurs enfants conformément à leurs croyances religieuses contrevenait aux libertés du premier amendement de la Constitution.

Accuser la DPJ et des commissions scolaires
Yonanan Lowen poursuit également la commission scolaire responsable de la ville de Boisbriand, alléguant qu’elle avait l’obligation de s’assurer que tous les enfants de son territoire recevaient une éducation adéquate et conforme aux lois en vigueur. Selon Jean-Pierre Proulx, l’article 208 de la Loi sur l’instruction publique stipule effectivement qu’il faut que « la commission scolaire s’assure que les personnes relevant de sa compétence reçoivent les services éducatifs auxquels elles ont droit », mais n’est guère plus précis. « Il y a un problème d’interprétation, mais surtout d’application, car il n’est pas dit que la commission scolaire doit veiller au sort de tous les enfants sur son territoire. Comment peut-elle savoir qu’un enfant se trouve sur son territoire s’il ne s’est jamais manifesté et s’il ne s’est jamais inscrit ? », interroge-t-il à voix haute. « Il faudrait pouvoir prouver qu’il y a eu une négligence de la commission scolaire pour retrouver cet enfant-là il y a 37 ans. Ça me paraît juridiquement bien fragile. »
Plus sûr, croit-il, est l’argumentaire incriminant la DPJ. Là-dessus, la Loi sur la protection de la jeunesse est très claire et stipule qu’il y a négligence lorsque les parents ne répondent pas aux besoins fondamentaux de l’enfant, sur le « plan éducatif, en ne lui fournissant pas une surveillance ou un encadrement appropriés ou en ne prenant pas les moyens nécessaires pour assurer sa scolarisation ». « Si le plaignant peut prouver que la DPJ était au courant de sa situation, il peut gagner sur ce point », souligne M. Proulx.
Une chose qui n’est pas si simple, croit pour sa part Pierre Anctil. « Il est difficile de prouver qu’on porte préjudice à un enfant et que ça justifie qu’on doit le retirer de l’école, à moins qu’il y ait un enjeu criminel, soit un comportement déviant ou un crime à caractère sexuel. Il n’y a pas de jurisprudence dans le cas de la communauté hassidique et particulièrement des Tosh. On n’a pas de raisons de croire ça ».

http://www.ledevoir.com/societe/education/424652/education-lowen-contre-quebec
Le Devoir -22 novembre 2014

D'ex-hassidiques de New York exigent l'instruction publique obligatoire pour les écoles religieuses

ICI.Radio-Canada.ca

Un groupe d'ex-hassidiques somme le gouvernement de l'État de New York ainsi que le maire de la ville de New York d'imposer la loi sur l'instruction publique dans les écoles religieuses.

Le groupe Young Advocates for Fair Education (YAFFED) a retenu à cette fin les services d'un célèbre avocat New-Yorkais spécialistes des libertés civiles, Norman Siegel.
Dans une lettre adressée lundi au gouverneur de l'État, au procureur en chef et au maire de new York, l'avocat des ex-hassidiques rappelle à ces instances qu'il est de leur devoir d'assurer une éducation séculière minimale aux enfants du territoire et dénonce le fait que, malgré une loi très claire, personne n'est intervenu pour s'assurer que des milliers d'enfants hassidiques qui étudient dans des écoles religieuses traditionnelles aient accès à des cours d'anglais, de mathématique ou d'histoire.
L'affaire n'est pas sans rappeler la mise en demeure envoyée en novembre dernier au ministère de l'Éducation du Québec par un ex-membre de la communauté de Tosh de Boisbriand qui réclame 1, 2 million de dollars au gouvernement du Québec pour ne pas avoir forcé les écoles de sa communauté à respecter la Loi sur l'instruction publique.
Il faut comprendre que les groupes hassidiques sont transnationaux. On les retrouve à Jérusalem, en Israël, dans l'état de New York, à Anvers en Belgique et, finalement, à Montréal. À la manière de multinationales, les principaux groupes ont un siège social dans l'une de ces villes et des succursales dans chacune des autres.
Le problème des écoles religieuses se pose donc dans chacune de ces villes. Le manque d'enseignement non-religieux est particulièrement criant chez les garçons hassidiques qui doivent se consacrer à l'étude des textes sacrés.
Or, si le problème touche une dizaine d'écoles au Québec, on parle d'une centaine à New York où la population d'ultra-orthodoxes est estimée à près d'un million de personnes. Et cette population croît rapidement. Dans la ville de Kyrias Joel dans l'État de New York, où l'on retrouve la communauté hassidique Satmar (qu'on retrouve aussi à Outremont), la moyenne d'âge est de 13 ans.
C'est aussi, selon les statistiques officielles des États-Unis, l'endroit le plus pauvre de la nation américaine.
Ce boom démographique et l'accès de plus en plus facile à Internet expliquent en grande partie que de plus en plus de jeunes quittent ces groupes et constatent, une fois sortis, qu'ils manquent de connaissances générales pour fonctionner. Ils montrent du doigt les autorités qui n'ont pas veillé à ce qu'ils les obtiennent.
L'organisation new-yorkaise compte déposer un recours collectif en janvier si les autorités ne lui donnent pas l'assurance de régler le problème.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2014/12/09/005-hassidiques-education-new-york-avocat-poursuite-instruction-publique.shtml
9 décembre 2014
 



 

 

 

 

 

 

ENNEAGRAMME


 

La Croix du 26.12.2014
 

 

 

 

 

EVANGELIQUES

Les protestants évangéliques revendiquent d’avoir le droit de dire leur foi

Sept cents responsables évangéliques venus de toute la France se sont rassemblés deux jours, les 22 et 23 janvier 2015, pour la deuxième Convention du genre.

La discussion s’est focalisée autour de la liberté de manifester leur foi, et sur le lancement d’une campagne d’envergure, baptisée « libre de le dire ».

Un sachet de toile contenant une poignée de sel. En remettant à chaque participant ce petit paquet, jeudi 22 et vendredi 23 janvier 2015 à Pontoise (Val-d’Oise), le Conseil national des évangéliques de France (Cnef) a voulu délivrer un message clair aux responsables de cette branche du protestantisme français, réunis pour une grande « Convention », mêlant prédications, cultes, présentations d’activités associatives et conférences : être le sel de la terre.

Témoigner en place publique

Cette référence biblique était destinée à rappeler la vocation de ces croyants, prompts à sortir sur la place publique pour y « annoncer tranquillement l’Évangile ». Et ce malgré une réputation de prosélytes agressifs.

« Depuis plusieurs années, se développe une suspicion médiatique à l’égard des évangéliques, accusés de pratiquer un prosélytisme mêlant fanatisme, manipulation et harcèlement, déplore Étienne Lhermenault, président du Cnef. Mais nous n’avons pas à nous excuser de témoigner de notre foi sur la place publique. Cela n’a rien à voir ni avec le fanatisme, ni avec la manipulation. »

Un « grignotage de la liberté de conscience »  ?

À cette réputation se combinent des incompréhensions avec certaines autorités locales. « Nous recevons beaucoup de courriers de responsables évangéliques de terrain, qui nous font part de difficultés liées à des recherches de locaux, ou de refus d’autorisations pour organiser des événements publics. Pour justifier ces refus, on nous oppose souvent une vision faussée et restrictive de la laïcité », insiste Christian Blanc, pasteur des Assemblées de Dieu dans l’Ariège et vice-président du Cnef.

Les évangéliques appellent à « un meilleur respect de la liberté de conscience »

Exemple emblématique, et qui a beaucoup marqué les esprits : les sanctions prises en 2013 à l’encontre de Nadine Lalanne, cette fonctionnaire de la mairie de Conflans-Sainte-Honorine, mutée pour avoir offert à ses collègues un calendrier illustré d’un verset biblique et portant le logo d’une Église baptiste.

Une preuve, pour les responsables évangéliques, du « grignotage » progressif de la « liberté de conscience » en France.

Être libre de parler de ses convictions

À cet égard, la campagne « Libre de le dire », lancée il y a six mois par le Cnef, qui fédère 70 % des évangéliques français, constitue la première réponse d’envergure de cette jeune organisation, née en 2011.

« Nous sommes là pour promouvoir la liberté de conscience et d’expression en France, ainsi que la laïcité ouverte dans notre pays. En évangélisant, nous ne transgressons pas le droit », explique Thierry Le Gall, responsable de la communication du Cnef.

La semaine dernière, un livret, baptisé « Libre de le dire à l’école » a déjà été publié. Il rappelle par exemple qu’un élève est libre de parler de ses convictions à ses camarades de classe.

Dans les mois à venir, ces manuels pratiques seront déclinés pour permettre de dire sa foi « au travail », « à l’université », « en public », et même « à l’église ». « Ce dernier livret s’adresse aux prédicateurs, qui peuvent parfois s’interroger sur la manière d’aborder tel ou tel thème sensible, durant un culte », précise Thierry Le Gall.

« Démunis » face au dialogue administratif

Le Cnef a également mis sur pied un ouvrage sur la liberté de conscience et d’expression, réunissant des spécialistes de plusieurs disciplines (1), ainsi qu’une vidéo destinée aux réseaux sociaux et un site Internet (2). Enfin, Thierry Le Gall a pour mission, depuis le 1er janvier, de sensibiliser les 977 parlementaires français sur ce thème.

Si les responsables évangéliques se défendent d’être « attaqués », ils souhaitent, disent-ils, non seulement susciter une « prise de conscience » du grand public, des élus, mais aussi des protestants évangéliques eux-mêmes.

« Souvent, nous sommes un peu démunis et ne savons pas quels arguments opposer aux refus administratifs », explique par exemple Julie Delacate.

Depuis dix ans, cette jeune femme coordonne les Groupes bibliques universitaires dans le sud-ouest de la France. Or depuis le début des années 2000, il est de plus en plus difficile, pour la centaine d’étudiants qui participe régulièrement à ces groupes de réflexion, de disposer d’une salle au sein d’une faculté ou même d’une résidence universitaire.

« Tout dépend du responsable que vous avez en face de vous », renchérit le pasteur Didier Santana, qui officie à Perpignan. Dernièrement, ce responsable local des « Assemblées de Dieu » a pu obtenir sans problème de chanter dans la rue à Noël, ou même d’organiser un rassemblement au Palais des congrès de la ville, à la Pentecôte.

Signe qu’une détente est possible : il y a quelques semaines, à l’issue de sa dernière rencontre avec les pasteurs évangéliques de cette région, la préfète a emporté avec elle l’exemplaire de la Bible qui lui était offert.

Une nouvelle « Église locale » tous les dix jours

La France compte aujourd’hui près de 2500 églises évangéliques, d’après des chiffres publiées en janvier 2015 par le Cnef. Cette étude recense 96 « Églises locales » évangéliques de plus que lors de sa précédente étude publiée en 2013.

Mais si le nombre de communautés évangéliques s’accroît dans les départements et territoires d’outre-mer, passant de 142 à 256, il stagne en métropole, par rapport aux chiffres de 2013 (28 communautés en moins).

Depuis 1970, 1415 Églises locales supplémentaires ont été créées en France métropolitaine. En moyenne, « l’augmentation annuelle est actuellement d’environ 35 Églises, ou une Église supplémentaire tous les 10 jours », se félicitent les responsables évangéliques.

L’objectif affiché des responsables évangéliques est de disposer d’une église pour 10 000 habitants (soit 6500 églises au total).

(1) Fondements et enjeux de la liberté de conscience et d’expression en France, de Louis Schweitzer, Jacques Buchold, Jean-Yves Carluer, Charles-Eric de Saint Germain, Prisca Robitzer et Nancy Lefèvre, BLF Éditions, 160 pages, 11,90 €

(2) www.libredeledire.fr
 

La Croix du 25.01.2015
 

 

 

 

 

HYPNOSE

L'hypnose n'est pas un spectacle, c'est mon métier. Je ne manipule pas mes patients

Par Antoine Bioy
Docteur en psychologie
LE PLUS. Il y a eu "Touche pas à mon poste" et cet hypnotiseur qui a ébranlé les chroniqueurs de l’émission, et voici qu’un caviste londonien se serait fait volé par un hypnotiseur mal intentionné. Faut-il craindre l’hypnose ? Antoine Bioy, professeur de psychologie clinique et expert scientifique de l’Institut français d’hypnose, tient à mettre les choses au clair.

Édité et parrainé par Louise Auvitu
L’hypnose n’est pas un jeu. À force de considérer l’hypnose comme un spectacle, on assiste de plus en plus à des expériences non cadrées, alors qu’il s’agit d’une discipline sérieuse dont les vertus thérapeutiques ont été démontrées.

Bien sûr que des techniques de suggestion et de la distraction peuvent être utilisées de façon intelligente et drôle dans de la magie, dont le mentalisme, mais actuellement ce n’est plus cela que l’on voit, mais un mésusage public d’une méthode qui n’est pas faite pour cela.

Est-ce que l’on demanderait à un apprenti chirurgien de monter sur scène pour se livrer à un simulacre d’opération devant tous, et ainsi s’amuser à se faire peur? Alors pourquoi l’accepte-on avec l’hypnose ?

L’hypnose, un instrument psychologique

L’hypnose est une méthode de nature psychologique. À partir du moment où elle est utilisée pour tourner en ridicule des individus, cela signifie que son usage est dévoyé.

C’est ce qui s’est notamment passé dans l’émission de "Touche pas à mon poste" de Cyril Hanouna.

L’hypnotiseur n’aurait pas dû passer la main à quelqu’un qui ne connaît en rien la méthode. Ce n’était pas à Cyril Hanouna d’être l’auteur des suggestions, mais à l’hypnotiseur lui-même.

Sans savoir ce qu’il faisait, l’animateur a introduit une dimension émotionnelle à l’expérience qui a déstabilisé le sujet hypnotisé. Si le chroniqueur s’est effondré en larmes, c’est parce qu’il est parti dans son vécu émotionnel dans un cadre qui ne s’y prêtait pas. Et c’est parce que le ridicule était là aussi non cadré et allé trop loin qu’un autre chroniqueur – Bertrand Chamoroy – a dit en plateau qu’il n’était pas bien et qu’il sentait qu’il allait s’évanouir.

Ne pas heurter la sensibilité de l’hypnotisé

J’ai bien conscience que dans tout spectacle, il faut du merveilleux, mais heurter la sensibilité d’une personne pour y parvenir est vraiment choquant.

L’hypnose, mal utilisée, peut créer un vécu de confusion qui peut laisser des traces psychologiques importantes. Cette méthode mobilise l’individu dans son intégralité et, mal cadrée, peut déséquilibrer de façon importante une personne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, dans certains pays, l’hypnose de spectacle telle qu’on le voit ici est interdite.

Cette séquence vidéo est en même temps assez représentative de notre temps où le spectacle l’emporte parfois sur le respect dû à l’humain. Il existe une "violence du quotidien" des gens les uns par rapport aux autres qui trouve ici une illustration éclatante, et dont on n’arrive plus à s’indigner tellement elle devient courante dans notre société. Le cynisme est devenu une vertu.

Des vidéos à prendre avec des pincettes

Concernant la deuxième vidéo, je reste très circonspect. J’ai vraiment beaucoup de mal à croire que ce caviste londonien ait été hypnotisé, cela me paraît très peu probable. Nous n’avons ni le son, ni le contexte. Si vraiment cela était possible, il y aurait des braquages sous hypnose tous les jours !

Chacun pourrait hypnotiser son banquier au moindre découvert, faire ses courses gratuitement le samedi dans les supermarchés, etc. Or, jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas le cas !

Ça me rappelle cette vidéo montrant un homme se faire contrôler par un policier après un excès de vitesse. Le conducteur aurait hypnotisé l’agent pour le laisser partir.

Je pense surtout que ce dernier a constaté le comportement étrange du conducteur et a préféré ne pas le verbaliser pour un petit délit, plutôt que de renforcer son comportement. Est-ce de l’hypnose ? Non. Juste une mise en scène qui marche peut-être une fois sur cent.

L’hypnose doit participer à un bien être

En visualisant ce genre d’images, le public peut très rapidement réduire l’hypnose à une manipulation, à une pratique qui permet de prendre le contrôle d’un autre individu par la suggestion. Il faut différencier l’hypnose spectacle de l’hypnose thérapeutique.

Après la diffusion de l’émission de "Touche pas à mon poste", certains de mes patients – choqués – m’ont demandé s’il s’agissait d’une pratique que je pouvais avoir avec eux ou d’autres. J’ai dû les rassurer : l’hypnose thérapeutique est quelque chose que nous utilisons de manière encadrée, raisonnée, en pleine conscience.

Un thérapeute ne cherche pas à violenter les gens par l’hypnose, à effracter leur intimité, mais plutôt à mobiliser ce qui va dans le sens de leur mieux être.

Vertus thérapeutiques

Exercée par un expert, l’hypnose permet aux patients d’avoir une perception différente de la réalité. Il va pouvoir ressentir son corps d’une autre manière, en prenant de la distance. C’est une technique qui peut avoir des effets positifs sur la douleur ou encore l’anxiété.

Par exemple, si vous devez rééduquer votre genou suite à une intervention chirurgicale mais que vous avez peur de la douleur et d’aggraver l’articulation, l’hypnose pourra vous permettre de canaliser vos angoisses et de progresser plus rapidement en gérant mieux et par vous même la douleur.

Elle peut également avoir un effet de stimulation. Vous n’arrêterez pas de fumer en un claquement de doigt parce que vous avez été hypnotisé. En revanche, cela peut vous aider à travailler votre motivation et ainsi faciliter la survenue du comportement de sevrage tabagique. Sans ce travail, l’abstinence est d’environ 15% à deux ans chez les patients, mais bien plus si la motivation a été correctement travaillée, aidée par l’hypnose.

Une dimension ésotérique

En regardant ces vidéos, on ne peut que parler de dérives, comme d’autres existent à l’image de la "street hypnose" lorsque là aussi elle est pratiquée sans respect pour l’humain.

Le spectaculaire doit-il justifier que l’on ridiculise l’autre ? Toute l’histoire de l’hypnose s’est construite sur des méprises : on l’a confondue avec une forme de sommeil, un fluide guérisseur, un avatar pathologique, etc.

Mais depuis les années 1990, le niveau de preuve scientifique a été considérablement accru : on peut décrire le cerveau d’une personne hypnotisée, on connaît ses interactions avec les voies de la douleur et son soulagement, on peut caractériser la nature du relationnel s’installant entre un hypnopraticien et son patient, entre autres choses. L’hypnose est sans doute actuellement l’état de conscience le plus étudié au monde dans ses caractéristiques et ses effets.

Aussi, il est assez désespérant de voir comment elle peut être maltraitée et au détriment du respect dû à l’humain. Elle devient alors nocive pour les consciences, car on trompe le public sur sa nature exacte. Soyons vigilant en faisant la part des choses, et en restant critique par rapport à ce que l’on voit.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1287047-videos-chroniqueurs-de-tpmp-epicier-braque-je-suis-hypnotiseur-ce-n-est-pas-un-jeu.html
10-12-2014

 

 

 

 

INDE

Obama sermonne l’Inde sur la liberté religieuse

À la fin de ses trois jours de visite en Inde, le président américain a incité le premier ministre nationaliste Narendra Modi à veiller à ne pas encourager les violences inter-religieuses.

« L’Inde sera freinée dans son développement tant qu’elle sera divisée religieusement ». Par ces mots, le président américain Barack Obama a mis en garde, le 27 janvier, le premier ministre indien Narendra Modi, souvent accusé d’encourager les violences interreligieuses dans le pays.

Depuis son élection en mai dernier, des lois et décrets restreignant la liberté religieuse au profit de l’hindouisme ont été promulgués, de nombreux lieux de culte ont été détruits et des chrétiens tués dans des attaques menées par des hindouistes fondamentalistes. Dans le seul État de l’Uttar Pradesh (nord) en 2014, environ 273 000 personnes issues des minorités ont été « reconverties » à l’hindouisme (1).

Devant la jeunesse de l’Inde

C’est à la fin de ses trois jours de visite, pour les célébrations du Jour de la République indienne (26 janvier), que le président américain – le premier à être invité d’honneur à ces célébrations – a lancé cet avertissement au leader de l’Inde nationaliste. Arrivé à New Delhi le 24 janvier au soir, Barack Obama s’est adressé au final à 1 500 étudiants à New Delhi.

S’adressant aux « forces vives et à la jeunesse de l’Inde », le président américain a parlé de la responsabilité de l’Inde dans le réchauffement climatique, mais aussi et surtout de liberté religieuse et de non-discrimination. Il a fustigé le fondamentalisme et rappelé que la Constitution indienne et la démocratie assuraient l’égalité de chacun quels que soient sa classe sociale, sa religion, son sexe ou son origine ethnique. « Nulle part ailleurs qu’en Inde il n’est plus important, il n’est plus nécessaire, que ces valeurs fondamentales et la tolérance religieuse soient préservées », a-t-il affirmé.

Un coup de tonnerre dans un ciel serein

Plus qu’une visite de courtoisie, sa venue marquait l’aboutissement d’une politique de réchauffement indo-américaine menée par Narendra Modi qui souffre d’une réputation désastreuse aux États-Unis. En 2005, il s’était vu refuser un visa pour Washington, après les violentes émeutes antimusulmanes de 2002 dans le Gujarat, État qu’il dirigeait à l’époque car il était accusé de les avoir encouragées.

Durant cette visite, les médias indiens se sont extasiés sur la bonne entente manifestée par les deux chefs d’État. « Barack et moi avons développé une véritable amitié », a déclaré le premier ministre indien. D’autant que, comme l’espérait Narendra Modi, la visite du président Obama a pu déboucher sur un accord de relance de la coopération sur le nucléaire civil, bloquée depuis 2008. C’est dire combien le dernier discours d’Obama a été ressenti comme un coup de tonnerre dans un ciel serein.

(1) Selon un récent rapport de l’ONG « Catholic Secular Forum » basée à Bombay.

La Croix du 29.01.2015
 

 

 

INTEGRISME CATHOLIQUE

Des écoles privées hors contrat siphonnent l'argent public

Sur le principe, les écoles privées qui n'ont pas signé de contrat avec l'Etat ne sont pas censées percevoir d'argent public. Logique : l'Etat ne maîtrise pas le contenu de l'enseignement de ces écoles, dont certaines sont parfois accusées de dérives sectaires. Et pourtant, selon Le Canard enchaîné, des écoles privées hors contrat parviennent tout de même à toucher de l'argent public. L'astuce ? La création d'une fondation, baptisée Fondation pour l'école, qui a été reconnue d'utilité publique par l'Etat en 2008.

D'après l'hebdomadaire, "grâce à ce label, la Fondation pour l'école peut offrir à ses donateurs des réductions d'impôts, allant jusqu'à 75% pour ceux qui sont soumis à l'ISF, et elle distribue cet argent à des écoles privées hors contrat". En 2014, ce sont près de 72 établissements qui ont touché près de 2,3 millions d'euros. Des dons largement défiscalisés, ce qui représente, de fait, une aide financière de l'Etat.

Qui sont les établissements bénéficiaires ? Interrogée à ce sujet, la directrice générale de la fondation a refusé de répondre "pour ne pas faire de la mauvaise publicité à des établissements en difficulté". Manière aussi de ne pas faire de publicité à des écoles qui n'ont pas forcément bonne réputation. Comme le rappelle Le Canard, "sur les 600 écoles référencées par la Fondation, beaucoup sont dirigées par des calotins, comme celle de la Fraternité Saint-Pie-X, une congrégation ultra-réactionnaire en rupture avec Rome". Voilà de l'argent public bien utilisé.

*** Source
- Jérémie Demay, "Comment les écoles intégristes siphonnent l'argent public", Le Canard n°4901 - 01.10.14

http://www.politique.net/2014123101-hors-contrat-argent-public-ecoles.htm
Le Canard enchaîné • 31 déc. 2014
 

 

 

 

 

INTEGRISMES

Charlie Hebdo. Sanglant blasphème (Commentaire)

En prétendant agir au nom d'Allah pour venger le prophète, les terroristes qui ont attaqué Charlie-Hebdo ont perpétré le plus ignoble des blasphèmes.

Car aucun Dieu ne saurait justifier pareil meurtre de sang-froid, ni pareille volonté de s'en prendre à la liberté de conscience.

C'est au nom d'une vision paranoïde du monde et d'une conception totalitaire du religieux qu'agissent de tels individus. Ils défigurent gravement la religion dont ils se réclament et salissent le visage du Dieu qu'ils prétendent servir. Il n'y a en réalité, rien de spirituel, rien de mystique, dans leur manière d'être, d'agir et de penser. Loin de tout cela, ils sont animés par une irrépressible et mortifère volonté de puissance. Ils sont littéralement possédés par un fantasme aveugle qui les conduit à se poser en justiciers du Ciel et sauveurs du monde, superhéros d'une apocalypse macabre et perverse.

Déni de l'être humain

En opérant une captation du religieux et de ses symboles au bénéfice d'une pure soif de pouvoir, ces individus et ceux qui les manipulent commettent un véritable crime contre l'humanité et contre la divinité.

Tuer quelqu'un en raison d'un différend religieux est, en effet, une manière de dénier à l'être humain le droit inaliénable de se déterminer librement quant à ses convictions les plus profondes, droit constitutif de la dignité humaine. Mais c'est aussi une façon d'enfermer la personne de Dieu - quand on y croit - dans la figure ignoble d'une puissance de mort.

Face au défi que nous lance une telle perversion, il incombe plus que jamais aux pouvoirs civils et aux autorités spirituelles d'oeuvrer pour déconstruire toutes les conceptions totalitaires du religieux. Il n'est plus possible qu'une jeunesse reste inculte en cette matière et qu'elle soit ainsi livrée sans défense aux pires des manipulateurs. Lutter contre ce phénomène passe par le développement d'une véritable intelligence du fait religieux et de ses sources, de sorte que les esprits pervers n'aient plus le champ libre pour manipuler des personnes en situation de fragilité mentale ou sociale. Les pouvoirs civils ne peuvent pas se contenter de vouloir tenir les religions en marge de l'espace public. Il n'est plus temps d'en rester aux préjugés surannés et simplistes du vieil anticléricalisme.

« Combattre tous les courants intégristes »

De leur côté, les autorités religieuses doivent combattre avec la plus grande fermeté, et sans la moindre complaisance ni le moindre opportunisme, les courants intégristes et traditionalistes qui prospèrent dans les communautés dont elles ont la charge. Elles doivent dénoncer, comme obscurantistes et perverses, toutes représentations religieuses qui entretiennent l'idée d'un Dieu vengeur, qui dicterait sa loi à l'humanité qui n'aurait d'autre liberté que de s'y soumettre.

Elles doivent dire et répéter qu'une telle lecture est contraire au contenu et à l'esprit des textes saints, qui ne cessent d'inviter les êtres humains à la responsabilité personnelle.

On attend de ces autorités qu'elles ne se contentent pas de déplorer la violence ignoble qui a frappé l'équipe de Charlie-Hebdo ainsi que deux policiers, mais qu'elles disent que toute vision de la religion qui dénie à l'homme sa liberté de conscience fait le lit d'un blasphème assassin qui continuera à tuer si on ne le combat pas. Charb, Tignous, Cabu, Wolinski, Maris et les autres victimes de l'attentat d'hier ne doivent pas être morts pour de simples lamentations.

Par Jean-François Bouthors, éditeur et écrivain.

Ouest France du 08.01.2015
 

 

 

 


 

ISLAMISME


La radicalisation islamique de jeunes « introvertis » et « influençables »

‣ Depuis sa mise en place en avril, le numéro vert installé par le ministère de l’intérieur a reçu 800 signalements d’individus en voie de radicalisation. ‣ Nouveaux convertis pour la plupart, ils viennent souvent de foyers présentant certaines fragilités. ‣ Les responsables de la plate-forme que nous avons joints décrivent des jeunes plutôt « introvertis, secrets, assez influençables ».

Prévenir la radicalisation violente, parfois même empêcher un départ vers la Syrie. Tels sont les deux objectifs du numéro vert activé en avril dernier à l’initiative du gouvernement (1). Cette plateforme d’assistance aux familles leur permet de s’épancher « quand elles sentent que l’un des leurs est en train de basculer » , explique régulièrement le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve qui porte la responsabilité du dispositif.

Ces appels – lancés souvent par les mères de famille – permettent parfois aux écoutants d’entrer directement en contact avec les jeunes signalés. De ces conversations, les autorités tirent des informations décisives, notamment sur le phénomène de radicalisation lui-même. Après huit mois d’existence, l’heure est aux premiers bilans.

Les 800 individus signalés sont principalement de jeunes adultes et, pour 25 % d’entre eux, des mineurs. On compte quasiment autant de filles que de garçons, ces derniers restant légèrement majoritaires. La plupart se sont convertis à l’islam et se sont radicalisés dans le même mouvement. Leurs familles de culture chrétienne se déclarent souvent non croyantes ou peu pratiquantes. Quant aux appels émanant de foyers musulmans, là aussi les parents déclarent plutôt avoir des liens relativement lâches avec la religion.

Comment comprendre l’attrait de ces jeunes pour un engagement radical potentiellement violent ? Et comment expliquer la diversité de ces jeunes issus de milieux sociaux très différents et au parcours scolaire hétérogène ?

« Chez quasiment tous, il y a une quête de sens, constate l’un des responsables de la plate-forme. Et, dans des moments de grande fragilité psychique, ils peuventtout d’un coup opérer un choix de vie totalement différent du leur ju s q u ’a l o r s . » Autres points communs dans les profils signalés : il s’agit souvent d’individus plutôt « introvertis, secrets, assez influençables » .

Les familles de ces jeunes semblent, elles aussi, en grande souffrance. Tout en se gardant de toute généralisation hâtive, les responsables de la plate-forme ont fréquemment le sentiment d’être face à des foyers en difficulté, qu’il s’agisse de crises « conjugales, identitaires ou relationnelles » . « Dans certains cas, la radicalisation du jeune qu’on nous signale est le révélateur d’un dysfonctionnement plus large au sein du foyer » , ajoute un conseiller de la place Beauvau. Or, les parents eux-mêmes n’en ont pas nécessairement conscience.

C’est dans ce contexte-ci que le processus de radicalisation doit être replacé.

« Ces jeunes sont en recherche de codes, de normes, de rites. Et, à les entendre, l’islam le plus rigoriste peut les leur donner. Et ce, quand bien même la plupart d’entre eux ne connaissent rien au Coran… » À noter que de nombreuses jeunes filles signalées semblent entretenir un rapport compliqué à leur corps. « Certaines ont traversé par le passé des épisodes de boulimie ou d’anorexie. Et, même si ce n’est jamais dit aussi explicitement, le port d’un vêtement très couvrant, comme le niqab, répond à l’envie de dissimuler son corps. »

Les jeunes suspectés d’être tentés par le djihad ne représentent qu’une minorité des situations et leurs motivations diffèrent en fonction du sexe. « Les filles fantasment autour de l’idée de s’engager dans un projet prétendu humanitaire. Les garçons, eux, semblent surtout en recherche d’actions viriles et d’appartenance à un groupe. »

Comment réagissent-ils aux exactions perpétrées par les djihadistes ? Comment comprendre que leur violence inouïe ne les dissuade pas ? « Un certain nombre de jeunes s’ancrent dans un délire complotiste, ajoute l’un des écoutants. Ils n’ont plus aucune confiance dans les médias ou dans les institutions et sont convaincus qu’on leur ment, qu’on les manipule. Rien de ce qu’on dit sur la Syrie actuellement ne leur semble digne de foi. » D’autres ne doutent pas de la réalité des vidéos mises en ligne par les djihadistes mais « subliment » cette violence, en considérant qu’elle est synonyme d’accès au salut divin.

Une fois ces signalements recensés, c’est aux préfectures de prendre le relais. C’est à elles, notamment de mettre en contact les familles qui le souhaitent avec les associations sur le terrain. Aux responsables associatifs ensuite de les aider, de les conseiller, de les aiguiller. Voire même d’entrer en contact avec les jeunes euxmêmes lorsque ceux-ci y sont disposés. Lorsqu’en revanche l’un d’eux représente une menace directe, les services de renseignement sont immédiatement prévenus.

Repères

Treize filières d’acheminement démantelées

• Lors du dernier conseil des ministres, le ministre de l’intérieur Bernard cazeneuve a dressé le bilan de la lutte contre le dijhadisme. Selon ses services :

• Cinq « projets d’actions terroristes » djihadistes ont été déjoués depuis l’été 2013 par la DGSI.

• Treize filières d’acheminement vers l’Irak et la Syrie de candidats au djihad, « impliquant pour les plus importantes jusqu’à plus de 20 individus » , ont été démantelées.

• Cent trois enquêtes judiciaires sont aujourd’hui ouvertes. Dans le cadre de ces procédures, 118 personnes ont été mises en examen, dont 82 ont été écrouées et 36 placées sous contrôle judiciaire.

• « Plus de 1 200 » Français ou personnes résidant en France sont impliqués dans les filières djihadistes, un chiffre qui « a doublé depuis le début de l’année » ; 390 sont actuellement « sur la zone » , 231 sont en transit vers l’Irak et la Syrie, 234 ont quitté la Syrie dont 185 ont déjà regagné la France.

La Croix du 19.12.2014

Face aux menaces de l'EI, les femmes yézidies poussées au suicide
Réduites en escalavage, violées, battues. Face aux exactions dont elles sont victimes de la part des djihadistes de l'Etat islamique (EI), plusieurs jeunes femmes yézidies ont choisi de se donner la mort plutôt que d'endurer ces souffrances, rapporte mardi 23 décembre l'organisation non gouvernementale Amnesty International.
Les membres de l'organisation sunnite extrêmiste se sont emparés cette année de larges territoires dans le nord de l'Irak, dont en août la région de Sinjar, où vit cette minorité kurdophone qu'ils considèrent comme hérétique.
« Des centaines, peut-être des milliers » de femmes ont ainsi été mariées de force, vendues ou offertes par l'EI à des combattants ou sympathisants. Les meurtres, tortures, viols et enlèvements commis relèvent du nettoyage ethnique, souligne l'ONG.
CONSÉQUENCES CATASTROPHIQUES
Une responsable d'Amnesty International, qui a interrogé plus de 40 anciennes captives en Irak, précise par ailleurs que plusieurs victimes sont à peine adolescentes : « Des filles âgées de 14, 15 ans ou plus jeune encore. » Selon cette dernière, « les conséquences physiques et psychologiques des effroyables souffrances que ces femmes ont subies sont catastrophiques ».
Plus tôt dans la journée, l'Allemagne avait annoncé qu'elle pourrait ouvrir un centre d'aide pour les femmes violées par les djihadistes. Mardi dernier, le gouvernement irakien avait annoncé l'exécution par l'EI de 150 femmes, dont certaines étaient enceintes, parce qu'elles avaient refusé de se marier à des combattants du groupe terroriste.

Le Monde.fr avec AFP | 23.12.2014

L'Etat islamique a exécuté 2 000 personnes en Syrie, selon l'OSDH
Près de 2 000 personnes ont été exécutées en Syrie par le groupe Etat islamique (EI) depuis l'annonce fin juin de l'établissement de son « califat ». Ce bilan a été dressé par une ONG, l'observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui dispose d'un large réseau de sources civiles, médicales et militaires en Syrie.
L'OSDH a précisé dimanche 28 décembre avoir pu « documenter l'exécution de 1 878 personnes aux mains de l'Etat islamique en Syrie depuis l'annonce de son 'califat' le 28 juin jusqu'au 27 décembre ». Parmi elles, 1 175 sont des civils dont quatre enfants et huit femmes. Se trouvent également 930 membres de la tribu sunnite des Chaïtat, qui s'est rebellée contre l'EI durant l'été dans l'est de la Syrie.
Ces victimes ont été abattues par balles, décapitées ou lapidées jusqu'à mort dans les provinces de Deir Ezzor (est de la Syrie), Hassaka (nord-est), Raqa et Alep (nord), Homs et Hama (centre), d'après l'OSDH. En outre, le groupe extrémiste a exécuté 502 soldats et miliciens pro-régime lors de combats ou après les avoir enlevés. Il a également tué 120 de ses propres membres ayant tenté de fuir pour revenir dans leur pays, et 80 rebelles syriens et membres du groupe rival le Front Al-Nosra, branche syrienne d'Al-Qaïda.
L'OSDH estime que le nombre réel des personnes exécutées est supérieur à 1 878 en raison de la présence de centaines de disparus dans les geôles de l'EI. Les exécutions par les djihadistes de l'EI, souvent filmées et diffusées sur le web, visent à terroriser les civils et les groupes qui tentent de se rebeller contre eux, mais aussi à attirer de nouveaux djihadistes dans leurs rangs.

Le Monde.fr avec AFP | 24.12.2014

Première condamnation à mort pour apostasie

La première condamnation à mort pour apostasie de l’histoire de la Mauritanie depuis son indépendance en 1960 a été prononcée mercredi à Nouadhibou (nord-ouest) à l’encontre d’un Mauritanien musulman. L’accusé, Mohamed Cheikh Ould Mohamed, 29 ans, était poursuivi pour un écrit dénoncé comme blasphématoire. Ce qu’il a réfuté, en expliquant qu’il n’avait pas l’intention de critiquer le prophète Mohammed mais de défendre une composante sociale « mal considérée et maltraitée » , la caste des forgerons (« maalemines »). La Mauritanie est une république islamique où la charia (loi islamique) est en vigueur mais dont les sentences extrêmes ne sont plus appliquées depuis environ trois décennies.

La Croix du 29.12.2014

Cardinal Jean-Louis Tauran : « Ces violences constituent des crimes qu’aucune religion ne peut légitimer »

Président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le cardinal Jean-Louis Tauran réagit aux prises de position, ces dernières semaines, concernant les crimes de l’organisation État islamique en Irak et en Syrie.

S’il dit comprendre les inquiétudes de certains chrétiens face à l’islam, il regrette néanmoins une forme d’« ignorance réciproque » et plaide pour un intense travail d’éducation à l’altérité.

Comment analysez-vous les exactions commises par l’organisation État islamique en Irak et en Syrie ? Ont-elles un lien avec l’islam ?

Cardinal Jean-Louis Tauran : Ces violences constituent des crimes qu’aucune religion ne peut légitimer. Les membres de ce soi-disant “État islamique” sont des dévoyés qui manipulent la religion. Aucune religion ne peut justifier d’enterrer vivantes une mère et son enfant ! Ce qui se passe actuellement en Irak est une humiliation pour les musulmans en général.

Le 12 août, vous aviez appelé les « responsables religieux, surtout musulmans » à condamner ces crimes sans ambiguïté, sous peine de faire perdre toute « crédibilité » au dialogue interreligieux. Après plusieurs rencontres à Rome, à Vienne, à Al-Azhar au Caire, ou encore en Iran, êtes-vous satisfait des réactions musulmanes ?

> Lire aussi : Le Vatican demande aux responsables musulmans de condamner la barbarie de l’État islamique

J.-L. T. : Indéniablement, des responsables musulmans ont pris la situation au sérieux et se sont prononcés d’une manière courageuse. Mais il faut continuer et ne pas donner l’impression qu’on s’exprime uniquement quand la communauté internationale s’agite : ces responsables doivent dénoncer ces violences à la mosquée, à l’école, dans leur quartier… Depuis un an, nous essayons de mettre sur pied une petite commission gouvernementale de dialogue entre chrétiens et musulmans en Irak : le travail a été interrompu par les événements de l’été, mais j’espère que nous y parviendrons.

Les musulmans qui se sont exprimés lors des rencontres auxquelles j’ai assisté sont d’accords pour dire que c’est toute une culture qui a rendu possible ces exactions : dès leur plus jeune âge, les petits garçons sont habitués à jouer avec des armes ; et à l’école, dans leurs manuels d’histoire ou de géographie, les enfants apprennent que les chrétiens sont des « mécréants ». Seule l’éducation pourra changer les choses : l’éducation religieuse, mais aussi l’éducation en général dans les familles…

Que penser du discours de certains musulmans qui affirment que ces violences n’ont « rien à voir avec l’islam » ?

J.-L. T. :Sans doute la majorité des musulmans ne se reconnaît-elle pas dans cette violence. Il faut toujours se souvenir que l’islam n’est pas une réalité unique, mais multiple, marquée notamment par la séparation entre sunnites et chiites : il y a donc plusieurs manières de vivre l’islam. Les djihadistes sont d’abord des criminels qui manipulent la religion. Mais ces groupes qui invoquent l’islam pour commettre leurs exactions montrent qu’il y a un défaut dans la formation intellectuelle et religieuse de certains fidèles…

La cohabitation entre chrétiens, yézidis et musulmans est-elle encore possible au Moyen-Orient ?

J.-L. T. : Elle a été possible hier, pourquoi ne le serait-elle pas aujourd’hui ? De toute façon, sans cette cohabitation, il n’y aura plus de Moyen-Orient… Il est certain que ce qui se passe à l’heure actuelle aura des conséquences pour longtemps. En même temps, dans cette réalité sombre, émergent des signaux positifs, comme cette famille musulmane qui a accueilli une famille chrétienne à Bagdad. Le problème de la guerre est qu’elle détruit même les valeurs les plus universelles. Au Moyen-Orient surtout, il faut développer une éducation au respect de l’autre, expliquer aux enfants à l’école et à l’université que, dès lors qu’ils respectent les lois de l’État et les règles du vivre-ensemble, il faut accepter les autres, même différents de nous, tels qu’ils sont, et non pas tels que nous voudrions qu’ils soient. Le pape François insiste beaucoup sur l’appel à la fraternité : nous reconnaître tous, chrétiens comme musulmans, créés par Dieu fait de nous des frères et soeurs. Confesser le Dieu créateur nous rassemble. C’est pourquoi le pape continue de proposer une « culture de la rencontre » à tous les niveaux, particulièrement dans le domaine interreligieux.

Dans sa lettre aux chrétiens du Moyen-Orient, le pape les appelle à « aider leurs concitoyens musulmans à présenter avec discernement une image plus authentique de l’islam » . Comment peuvent-ils faire ?

J.-L. T. : L’appel adressé aux chrétiens par le pape est un encouragement pour tous les citoyens de ces pays à rechercher ensemble le bien commun. Les chrétiens ne peuvent que donner leur témoignage et proposer que leurs concitoyens fassent de même pour bâtir ensemble une société fondée sur la justice et la paix. Chrétiens et musulmans doivent s’encourager les uns les autres à rester fidèles aux valeurs de leurs religions respectives. A ce titre, nous apprécions aussi le travail mené sur l’islam par des chrétiens, en collaboration avec des musulmans, par exemple au Pisai (2) à Rome, à l’Institut d’études islamo-chrétiennes de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, ou encore à l’Institut dominicain d’études orientales au Caire. Les chrétiens ne doivent pas seulement parler « aux » musulmans, mais « avec » eux.

Comprenez-vous le découragement de certains chrétiens engagés de longue date dans le dialogue avec les musulmans ? Et l’inquiétude des autres ?

J.-L. T. : Je vois bien qu’aujourd’hui l’islam fait peur : l’opinion publique ne comprend pas comment on peut dialoguer, d’un côté, alors que, de l’autre, certains commettent la violence au nom de la religion. A mes yeux, une partie du problème vient de l’ignorance réciproque : même après tant d’années, nous ne nous connaissons pas suffisamment ! D’où l’importance, là encore, de l’éducation à l’école, mais aussi dans les séminaires et les noviciats : on ne peut penser aujourd’hui être prêtre en France ou en Allemagne sans avoir un minimum de connaissances sur l’islam ! Nous chrétiens, par notre présence auprès des musulmans, nous devons leur poser question. C’est le sens, par exemple, des familles de l’association Le Rocher qui vivent dans des cités populaires : dans le monde dur dans lequel nous vivons, le témoignage d’une communauté chrétienne attire l’attention.

Quant à ceux qui le pratiquent déjà, je dirais que ce dialogue avec les musulmans dure depuis 1 400 ans et qu’il a connu des hauts et des bas. Nous devons persévérer et penser que, si le mal est contagieux, le bien l’est aussi.

Comment faire pour que ce dialogue reste « crédible » ? Les interlocuteurs sont rares…

J.-L. T. : Le pape François nous invite sans cesse à aller aux « périphéries » : c’est sans doute un appel à élargir sans cesse notre tente, à multiplier les invitations. De toutes façons, il n’y a pas d’alternative : soit nous choisissons le dialogue, soit c’est la guerre… Plus il y a de conflits, et plus il nous faut insister sur le dialogue. ’’C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière’’, écrivait Edmond Rostand.

La Croix du 05.01.2014

Message de l'archevêque de Paris
Aux catholiques de Paris
Paris, le 10 janvier 2015
Notre pays, notre ville de Paris en particulier, ont été cette semaine le théâtre d’actes de violence et de barbarie inouïes. Depuis de nombreuses années pour nous, la guerre, la mort, c’était toujours ailleurs même si, pendant ce temps, des soldats français étaient engagés en différents pays pour essayer d’apporter un peu de paix. Certains l’ont payé de leur vie.
Mais la mort violente s’est invitée brusquement chez nous. En France, et bien au-delà de nos frontières, tous sont en état de choc. La majeure partie de nos concitoyens ont vécu cette situation comme un appel à redécouvrir un certain nombre de valeurs fondamentales de notre République comme la liberté de religion ou la liberté d’opinion. Les rassemblements spontanés de ces derniers jours ont été marqués par un grand recueillement, sans manifestation de haine ni de violence. La tristesse du deuil et la conviction que nous avons ensemble quelque chose à défendre unissent les Français.
Une caricature, même de mauvais goût, une critique même gravement injuste, ne peuvent être mises sur le même plan qu’un meurtre. La liberté de la presse est, quel qu’en soit le coût, le signe d’une société mûre. Que des hommes nés dans notre pays, nos concitoyens, puissent penser que la seule réponse juste à une moquerie ou une insulte soit la mort de leurs auteurs place notre société devant de graves interrogations. Que des Français juifs paient encore une fois un tribut aux troubles qui agitent notre communauté nationale redouble encore leur gravité. Nous rendons hommage aussi aux policiers morts en exerçant jusqu’au bout leur fonction.
J’invite les catholiques de Paris à prier le Seigneur pour les victimes des terroristes, pour leurs conjoints, pour leurs enfants et leurs familles. Prions aussi pour notre pays : que la modération, la tempérance et la maîtrise dont tous ont fait preuve jusqu’à présent se confirment dans les semaines et les mois qui viennent ; que personne ne se laisse aller à l’affolement ou à la haine ; que nul ne se laisse aller à la facilité d’identifier quelques fanatiques avec une religion tout entière. Et prions aussi pour les terroristes qui découvrent la vérité du jugement de Dieu.

Demandons la grâce d’être des artisans de paix. Il ne faut jamais désespérer de la paix, si on construit la justice.
+ André cardinal VINGT-TROIS
Archevêque de Paris

Chérif Kouachi, sous l’emprise d’un mouvement sectaire salafiste
« ATWH. » Ces quatre lettres se déclinent sur toutes les cotes du dossier d’instruction. C’est le nom de code choisi par les enquêteurs pour désigner la tentative d’évasion d’un terroriste qu’ils étaient en train de déjouer en 2010. L’anagramme du mouvement sectaire salafiste Al Takfir Wal Hijra (« Anathème et Exil »), auquel sont suspectés d’appartenir les malfaiteurs, au premier rang desquels Chérif Kouachi.
Deux rapports en date des 21 mai et 4 juin 2010, de la sous-direction antiterroriste (SDAT), soulignent « l’existence d’une association de malfaiteurs chevronnés, formée autour de (…) donneurs d’ordres appartenant au mouvement takfir ». Il s’agit des participants au projet d’évasion d’un des auteurs de l’attentat de 1995 dans le RER C. Dans ces documents, Chérif Kouachi est désigné comme « islamiste radical », et sa proximité est soulignée avec Djamel Beghal, qualifié, lui, de « chef d’une cellule opérationnelle d’obédience takfir ».
Dissimuler ses idées
D’après la présentation faite par les policiers et qui sera reprise par le parquet de Paris dans son réquisitoire du 26 juillet 2013, « l’idéologie takfiri », courant de pensée de l’islam radical sunnite, remet en cause les pouvoirs politiques en place et la société dans son ensemble, considérés comme corrompus vis-à-vis des préceptes fondamentaux de l’islam.
Cette doctrine incite ses membres à continuer de vivre au sein de la société, mais en dissimulant leurs idées, dans l’attente du moment où le mouvement aura acquis assez de puissance pour sortir de l’ombre et excommunier l’ensemble de la société.

Fondée à la fin des années 1970 en Egypte, l’idéologie du Takfir Wal Hijra est apparue en France lors d’opérations de financement au djihad international comme l’affaire du réseau Chalabi en 1994, un trafic d’armes et soutien logistique au GIA algérien.
Avant de rappeler que Chérif Kouachi suivait les cours de théologie dispensés par Djamel Beghal, les policiers notent dans leurs rapports que « certains jeunes délinquants, en manque de repères, soumis à une conversion soudaine ou à un retour à leurs origines, se laissent séduire par cette philosophie qui leur permet de poursuivre leurs activités délictueuses sous une caution morale religieuse ».

Le Monde du 09.01.2015

 

"Ce n'est pas l'islam de nos textes, de notre histoire. Ce n'est pas notre civilisation"

Dalil BOUBAKEUR

 

Bien Public du 13.01.2015


Charlie Hebdo. Sanglant blasphème (Commentaire)

En prétendant agir au nom d'Allah pour venger le prophète, les terroristes qui ont attaqué Charlie-Hebdo ont perpétré le plus ignoble des blasphèmes.

Car aucun Dieu ne saurait justifier pareil meurtre de sang-froid, ni pareille volonté de s'en prendre à la liberté de conscience.

C'est au nom d'une vision paranoïde du monde et d'une conception totalitaire du religieux qu'agissent de tels individus. Ils défigurent gravement la religion dont ils se réclament et salissent le visage du Dieu qu'ils prétendent servir. Il n'y a en réalité, rien de spirituel, rien de mystique, dans leur manière d'être, d'agir et de penser. Loin de tout cela, ils sont animés par une irrépressible et mortifère volonté de puissance. Ils sont littéralement possédés par un fantasme aveugle qui les conduit à se poser en justiciers du Ciel et sauveurs du monde, superhéros d'une apocalypse macabre et perverse.

Déni de l'être humain

En opérant une captation du religieux et de ses symboles au bénéfice d'une pure soif de pouvoir, ces individus et ceux qui les manipulent commettent un véritable crime contre l'humanité et contre la divinité.

Tuer quelqu'un en raison d'un différend religieux est, en effet, une manière de dénier à l'être humain le droit inaliénable de se déterminer librement quant à ses convictions les plus profondes, droit constitutif de la dignité humaine. Mais c'est aussi une façon d'enfermer la personne de Dieu - quand on y croit - dans la figure ignoble d'une puissance de mort.

Face au défi que nous lance une telle perversion, il incombe plus que jamais aux pouvoirs civils et aux autorités spirituelles d'oeuvrer pour déconstruire toutes les conceptions totalitaires du religieux. Il n'est plus possible qu'une jeunesse reste inculte en cette matière et qu'elle soit ainsi livrée sans défense aux pires des manipulateurs. Lutter contre ce phénomène passe par le développement d'une véritable intelligence du fait religieux et de ses sources, de sorte que les esprits pervers n'aient plus le champ libre pour manipuler des personnes en situation de fragilité mentale ou sociale. Les pouvoirs civils ne peuvent pas se contenter de vouloir tenir les religions en marge de l'espace public. Il n'est plus temps d'en rester aux préjugés surannés et simplistes du vieil anticléricalisme.

« Combattre tous les courants intégristes »

De leur côté, les autorités religieuses doivent combattre avec la plus grande fermeté, et sans la moindre complaisance ni le moindre opportunisme, les courants intégristes et traditionalistes qui prospèrent dans les communautés dont elles ont la charge. Elles doivent dénoncer, comme obscurantistes et perverses, toutes représentations religieuses qui entretiennent l'idée d'un Dieu vengeur, qui dicterait sa loi à l'humanité qui n'aurait d'autre liberté que de s'y soumettre.

Elles doivent dire et répéter qu'une telle lecture est contraire au contenu et à l'esprit des textes saints, qui ne cessent d'inviter les êtres humains à la responsabilité personnelle.

On attend de ces autorités qu'elles ne se contentent pas de déplorer la violence ignoble qui a frappé l'équipe de Charlie-Hebdo ainsi que deux policiers, mais qu'elles disent que toute vision de la religion qui dénie à l'homme sa liberté de conscience fait le lit d'un blasphème assassin qui continuera à tuer si on ne le combat pas. Charb, Tignous, Cabu, Wolinski, Maris et les autres victimes de l'attentat d'hier ne doivent pas être morts pour de simples lamentations.

Par Jean-François Bouthors, éditeur et écrivain.

Ouest France du 08.01.2015

Le pape François critique « les formes déviantes » de la religion

Le pape François a mis en garde lundi 12 janvier contre les « formes déviantes de religion » comme le terrorisme lors de ses vœux au corps diplomatique près le Saint-Siège.

Dans un discours plus social que géopolitique, il a dépeint les formes diverses de « rejet » mais aussi mis en avant les lieux où se renoue le dialogue

La première actualité relevée par le pape François, lundi 12 janvier, devant le corps diplomatique, réuni au Vatican pour la cérémonie traditionnelle des vœux, n’a pas été « le tragique massacre survenu à Paris » – auquel il a brièvement fait écho – mais la centaine d’enfants tués le mois dernier au Pakistan « avec une férocité inouïe ».

le cœur endurci de l’humanité

Ce massacre des innocents, dont il s’était déjà ému à Noël, montre « le cœur endurci de l’humanité », sur laquelle le pape s’interrogeait déjà vendredi 9 janvier dans son homélie matinale à Sainte-Marthe. Lundi 12 janvier, devant les ambassadeurs des 179 pays ayant des relations diplomatiques avec le Saint-Siège et d’organisations internationales accréditées, il a décrit, dans un long discours entièrement lu en italien, comment un « cœur corrompu, incapable de voir et de faire le bien » engendre une mentalité qui transforme l’autre en « sujet à dominer » et qui se déploie de diverses manières à travers le monde.

formes déviantes de religion

Y compris dans des « formes déviantes de religion ». « Le fondamentalisme religieux (..) refuse Dieu lui-même », a-t-il défini, dénonçant de nouveau le « terrorisme d’origine fondamentaliste en Syrie et en Irak ». « Que les responsables religieux, politiques et intellectuels, en particulier musulmans, condamnent toute interprétation fondamentaliste et extrémiste de la religion visant à justifier de tels actes de violence », a-t-il demandé, reprenant un appel déjà lancé en ce sens à son retour de Turquie le 30 novembre dernier. « La violence naît toujours d’une mystification de la religion elle-même », a-t-il encore insisté.

« culture du rejet »

Au-delà du fondamentalisme, le pape a énuméré de nombreux pays en proie à la violence mais aussi les phénomènes de dureté perpétrés sur les sujets les plus faibles de l’humanité : enfants, chômeurs, personnes âgées et handicapées, voire, selon lui, la famille elle-même. Autant d’expressions douloureuses d’une « culture du rejet », selon une formule qui lui est chère depuis le début de son pontificat, fil conducteur hier de son discours

Dans cette recension d’atrocités, il a souligné, de manière inédite, celle du viol, « offense très grave à la dignité de la femme », sur laquelle il cherche à changer le regard dans l’Église. Mais il s’est surtout longuement attardé, une fois encore, sur le sort des migrants et réfugiés. Reprenant l’expression employée au Parlement européen le 25 novembre dernier de ne pas faire de la Méditerranée « un grand cimetière », il a invité de nouveau à un « changement d’attitude » à l’égard des personnes arrivant « sans papiers d’identité dans des contrées inconnues dont ils ne parlent pas la langue ». Un propos étendu ici à la situation outre-Atlantique.

« climat social conflictuel »

Les thèmes sociaux, comme la pauvreté due à l’absence de travail, étaient ainsi plus présents que la géopolitique dans ce discours où l’évêque de Rome a aussi décrit le « climat social conflictuel » qu’il observe en Italie. Lui qui a prévu cette année de se rendre à Naples, Turin et Florence, a invité les Italiens à reprendre les bases de leur « vivre-ensemble civil ».

Comme pour illustrer que celui-ci est possible et éclaircir son tableau de l’humanité, il s’est employé, en seconde partie de son discours, à mettre en avant les lieux où, à l’inverse du rejet, la « culture de la rencontre » prend consistance. Évoquant ses récents voyages, il s’est attardé sur l’Albanie et son « climat de respect et de confiance réciproque entre catholiques, orthodoxes et musulmans ». Il a cité aussi l’engagement de la Turquie envers les réfugiés, comme aussi ceux de la Jordanie et du Liban.

Parmi les autres lieux où le dialogue renaît, le pape François a relevé le cas le plus spectaculaire des États-Unis et Cuba, dossier sur lequel il s’est personnellement investi l’an dernier et la diplomatie vaticane avec lui. Il a aussi cité, en guise d’encouragements, les initiatives en cours pour apaiser les sociétés au Burkina Faso, en Colombie, au Venezuela et aux Philippines, où il est attendu au milieu de cette semaine.

conférence de Paris sur le climat

Au-delà des différents pays, le pape a encouragé aussi, en conclusion, les deux initiatives multilatérales à l’agenda des Nations unies en 2015 : l’adoption de nouveaux objectifs de développement après ceux du Millénaire et la négociation d’un accord contre le réchauffement climatique, dont Paris sera l’hôte en décembre d’une conférence décisive. Des thèmes auxquels le pape François devrait lui-même contribuer cette année, à l’occasion de la publication de son encyclique sur l’écologie humaine attendue pour le printemps prochain puis, fin septembre à New York, lors d’un discours prévu devant l’ONU cinquante ans après celui de Paul VI.

Le pape en a de nouveau cité l’extrait le plus célèbre – « Jamais plus la guerre, jamais plus la guerre ! » – alors qu’aujourd’hui se déroule, selon son expression reprise hier, « une vraie guerre mondiale par morceaux ». À cet égard, le secrétaire d’État du Saint-Siège, le cardinal Pietro Parolin, a assuré au début de ce mois que la diplomatie vaticane se montrerait plus offensive.

La Croix du 12.01.2015

L’interreligieux, un enjeu majeur

‣ Pour la plupart des chrétiens engagés dans le dialogue interreligieux et dans la formation religieuse à l’école, il est urgent de faire mieux connaître ce qui se pratique et d’inciter à se former.

« La formation religieuse et interreligieuse est un enjeu fondamental pour l’éducation ! » Sœur Colette Hamza, responsable des relations avec l’islam pour le diocèse de Marseille, se rend chaque semaine dans l’école primaire catholique NotreDame Saint-Théodore où 95 % des élèves sont musulmans. Vendredi dernier, au surlendemain de la tragédie , elle y a entendu les questions des CP et CE1. Quand l’un d’eux a lancé « C’est les musulmans qui ont tué ! » , elle a pu répondre : « Quand on tue, on n’a pas de religion ! »

Engagée également à l’Institut de sciences et de théologie des religions (ISTR) de Marseille, cette religieuse xavière regrette que bon nombre de parents musulmans ne parlent pas avec leurs enfants des attentats, faute de vocabulaire sans doute. Du coup, il est à ses yeux très important que l’école le fasse « dans le respect de ce que sont ces jeunes ».

Chaque année à Marseille, des rencontres interreligieuses animées par un imam, un rabbin et un prêtre, ou avec des jeunes de l’association Coexister, sont aussi organisées au collège Saint-Mauront et au lycée jésuite Provence. « Il faut multiplier ces formations, surtout là où les élèves sont majoritairement musulmans, afin qu’ils puissent se confronter à l’altérité », poursuit Sœur Colette, régulièrement sollicitée sur l’interculturel et l’interreligieux. Elle doit prochainement parler devant les directeurs de l’enseignement catholique du diocèse de Nîmes, puis dans le diocèse d’Aix, puis encore devant les Frères des Écoles chrétiennes… « Dans tous ces établissements, les responsables ressentent l’urgent besoin de se former. »

Même constat chez Rémi Caucanas, directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée (qui coiffe l’ISTR de Marseille). S’il existe beaucoup de formations et de lieux de dialogue interreligieux, il faut cependant « faire mieux connaître tout ce qui se fait déjà et inviter les chrétiens à se former, non seulement à la religion des autres, mais aussi à la leur ! »

Un appel qui n’est pas sans rejoindre celui du Conseil permanent de la Conférence épiscopale de France : « Nous devrons nous interroger pour savoir comment la France a pu voir croître en son sein de tels foyers de haine. Quelle culture voulons-nous transmettre ? Quel idéal proposons-nous à la jeunesse ? », peut-on lire dans la déclaration signée par Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille et président de la CEF, et par neuf autres évêques. Tous invitent à « amplifier les efforts faits dans le domaine de l’éducation, conscients que cet enjeu est majeur pour aujourd’hui et pour demain ».

La Croix du 13.01.2015

L’Église exprime son « horreur » après l’attentat à Charlie Hebdo
Le bureau du Saint-Siège a fait part de sa condamnation pour l’« atteinte à la liberté de la presse, aussi importante que la liberté religieuse ».
Le père Ciro Benedettini, vice-directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a fait part de sa condamnation pour l’attaque de Charlie Hebdo, « une condamnation pour l’atteinte à la liberté de la presse, aussi importante que la liberté religieuse ».
Le Bureau de presse du Saint-Siège a condamné, le 7 janvier, les attentats survenus dans la matinée au siège du journal Charlie Hebdo à Paris ayant fait au moins 12 morts. Le père Ciro Benedettini, vice-directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a ainsi fait part aux journalistes de la « double condamnation » de l’institution : « une condamnation pour l’acte de violence » en soi, a-t-il dit, et « une condamnation pour l’atteinte à la liberté de la presse, aussi importante que la liberté religieuse ».
L’Église en France a exprimé, quant à elle « sa profonde émotion » son « horreur » provoquée par l’attentat perpétré au siège du journal Charlie Hebdo, selon un communiqué publié par la Conférence des évêques de France.
Voir les responsables religieux unis dans la condamnation
Face à l’horreur et l’incompréhension
« L’Église en France adresse d’abord ses pensées aux familles et aux proches des victimes qui se trouvent face à l’horreur et à l’incompréhension. Elle assure aussi la rédaction et l’équipe de Charlie Hebdo de sa grande tristesse », peut-on lire dans le communiqué.
« Une telle terreur est évidemment inqualifiable. Rien ne peut justifier une telle violence, poursuit le porte-parole de l’épiscopat, Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, signataire du texte. Elle touche de plus la liberté d’expression, élément fondamental de notre société. »
Il estime que « la barbarie ainsi exprimée dans cet assassinat nous blesse tous ». « Nous devons plus que jamais redoubler d’attention à la fraternité fragilisée et à la paix toujours à consolider », ajoute l’épiscopat.
Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a exprimé depuis Rome, son horreur et sa profonde compassion pour les familles et les amis des victimes. Avec les catholiques de Paris, il condamne cet "acte de barbarie" et appelle plus que jamais à "travailler pour construire des relations de paix et de respect mutuel dans notre société".

La Croix du 07.01.2015

Les responsables religieux unis dans la condamnation de l’attaque contre Charlie Hebdo

Le président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, a condamné l’attaque contre Charlie Hebdo, un « acte barbare d’une extrême gravité », mais aussi une « attaque contre la démocratie et la liberté de la presse ».
Les responsables religieux français ont condamné unanimement, mercredi 7 janvier, l’attaque du journal Charlie Hebdo par des hommes lourdement armés, causant au moins la mort de 12 personnes.
Alors que l’Église catholique de France faisait part, par le biais du porte-parole de l'épiscopat, de sa réprobation, le Saint Siège estimait qu'il s'agissait là d'une atteinte à la liberté de presse, aussi importante que la liberté religieuse.
« Horrifié par ce qui vient de se passer devant #CharlieHebdo. Toutes mes condoléances aux familles des victimes », a affirmé le grand rabbin de France, Haïm Korsia, sur le réseau social Twitter. « La Nation toute entière est en deuil. Elle doit se rassembler dans un élan de solidarité et de fraternité autour des familles », a-t-il poursuivi.
La condamnation de l’UOIF et du CFCM
La Ligue Arabe et l'université Al-Azhar condamnent l'attentat. L'intellectuel Tariq Ramadan a également condamné l'attentat et présenté ses condoléances aux familles des victimes. « Le prophète n'a pas été vengé, mais notre religion, nos valeurs et les principes de l'islam ont été trahis », a-t-il poursuivi, faisant échos aux cris des assaillants.
L’union des organisations islamiques de France, l’UOIF, a également condamné « de la manière la plus ferme cette attaque criminelle et ces horribles meurtres. » Le recteur de la mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, a également qualifié l'attentat d' « acte barbare d’une extrême gravité », mais aussi une « attaque contre la démocratie et la liberté de la presse ».
« Dans un contexte international politique de tensions alimenté par les délires de groupes terroristes se prévalant injustement de l’islam, nous appelons tous ceux qui sont attachés aux valeurs de la République et de la démocratie à éviter les provocations qui ne servent qu’à jeter de l’huile sur le feu », poursuit Dalil Boubakeur.
« Porter la solidarité des musulmans français aux victimes »
« Nous sommes vraiment choqués, horrifiés devant ce crime abject », a confié à La Croix le recteur de la Grande mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM), tout juste de retour du boulevard Richard-Lenoir où il est allé « porter la solidarité des musulmans français aux victimes de cet acte de guerre ».
« La communauté musulmane est sous le choc, a-t-il ajouté. Nous devons absolument ramener un climat de sérénité, chasser le spectre du terrorisme, du djihadisme. »
« Je ne sais pas quel est l’islam de ces gens-là, a répondu le président du CFCM, interrogé sur les revendications islamistes de l’attentat. Ce n’est pas notre islam de nos textes, de notre histoire. ce n’est pas notre civilisation. ce qu’ils ont fait n’appartient qu’à eux, pas à l’islam. Ce sont des actes diaboliques. »
« Rien ne justifie un tel crime froid »
Les quatre imams français en visite à Rome pour rencontrer le pape François ont également appelé les musulmans à se mobiliser contre l'attentat. « Que la majorité silencieuse des musulmans sorte dans les rues », a déclaré Tareq Oubrou, recteur de la grande Mosquée de Bordeaux
« Les musulmans sont traumatisés et pris en otage par des fêlés, qui ne sont pas le produit de leur communauté. Il n’y aucun élément religieux dans ce qui est d’abord le résultat de l’ignorance, de l’illettrisme, de la fascination pour l’héroïsme et les jeux vidéos, de la confusion du réel et du virtuel. Un imam acculturé est sans emprise sur un tel comportement. Rien ne justifie un tel crime froid commis par des cœurs durs que la foi n’a pas caressée. Ni Dieu, ni le Prophète ne peuvent être associés à ce type d’acte », a-t-il poursuivi.
Mgr Michel Dubost, évêque d'Evry-Corbeil-Essonnes et président du Conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des évêques de France a pour sa part déclaré que « la seule réponse est la main tendue ». « Ce type d’attentat relève est de l’anarchisme. Lorsque la seule raison de vivre devient la violence, c’est qu’on a perdu tout sens. Ceci nous appelle, nous chrétiens, à être davantage encore entrepreneurs de sens, de raisons de vivre ensemble, en commun. La seule réponse contre la violence et le terrorisme, c’est la main tendue, c’est la confiance. Une parole d’amitié, de co-citoyenneté, de cohésion. Au contraire, plus je dis du mal de l’autre, plus des forces vont attaquer. »
« Un acte odieux qui touche nos coeurs »
Pour sa part, le président de la Fédération protestante de France, le pasteur François Clavairoly, a exprimé son émotion et sa solidarité aux victimes et à leurs proches, dénonçant un "horrible attentat". "Au nom du protestantisme français, nous exprimons notre révolte et nous condamnons cet acte odieux qui touche nos coeurs et nos consciences", a-t-il ajouté.
Quand à l’Église orthodoxe de France, elle estime que «cet attentat abject cherche à semer la terreur, le doute et la division et appelle donc, aujourd'hui, plus que jamais, les différentes composantes sociopolitiques et religieuses de notre pays à clamer haut et fort l'unité et la cohésion nationales face à la barbarie».
Rencontre entre François Hollande et les religieux
Cette attaque devrait être au centre de la présentation des vœux de François Hollande aux responsables religieux, mercredi soir à 18 heures L’Élysée et plusieurs responsables religieux ont confirmé à La Croix qu’ils étaient maintenus. Le président de la République doit s’exprimer officiellement à 20 heures.

La Croix du 07.01.2015



Ces femmes qui ont vu leur compagnon se radicaliser

Elles ont vu leur homme s’éloigner d’elles pour se noyer dans les vidéos de propagande. Puis leur interdire de travailler ou les menacer de partir avec leur enfant, loin des « mécréants ». Deux femmes ont accepté de témoigner des dérives de leur ex-conjoint et de leur désarroi face à une justice qu’elles jugent inadaptée.

Le compagnon d’Océane s’est transformé en l’espace de quelques mois. Cela a commencé par les heures passées sur Internet, la succession de « vidéos violentes » dans lesquelles des « barbus » évoquent le « complot de l’Occident » et appellent au djihad. Aux discours paranoïaques succèdent bientôt les interdits. « Ce n’est pas de l’islam, mais un radicalisme digne d’une secte. Il m’a coupée du monde », dit-elle, précisant qu’il ne « connaissait rien à cette religion » avant d’épouser les dogmes de ses endoctrineurs. Plus de télé, de musique, de sorties sans son autorisation, de visites à la famille ou aux amis. Il cesse de travailler et insiste pour qu’elle quitte son propre emploi, dans la sphère médicale. Parle de mourir en martyr, lui soutient qu’elle l’« empêche de se rendre en Syrie ». Passe des heures à la convaincre de changer son apparence, de mettre des gants et des chaussettes dans ses ballerines. Elle reste, comme hébétée. « Petit à petit, il gagnait du terrain pour en arriver au niqab. J’ai lutté, lutté, mais il n’arrêtait pas de parler et j’ai cédé. Il pleurait, me disait que Dieu ne m’avait pas assez guidée. J’ai tout accepté, je l’aimais. C’est difficile de lutter face à un manipulateur qui est lui-même manipulé. »

Pour trouver de l’aide, la jeune femme fera appel au CPDSI, le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam. Il s’agit de la première structure d'appui aux familles et aux professionnels spécialisée dans la radicalisation islamiste, mandatée par le ministère de l’Intérieur. L’anthropologue Dounia Bouzar y accompagne les proches des victimes d'un embrigadement islamiste : proches de jeunes partis en Syrie, parents impuissants et conjoints. Chez les compagnes d’hommes radicalisés, elle a constaté plusieurs types de comportements. « Certaines réagissent tout de suite et s’en vont, d’autres cherchent à comprendre et se sentent responsables de la situation, se demandant si elles ont été de bonnes épouses. Elles vont entrer dans ce système de rupture en croyant sauver leur compagnon. Pour d’autres, c’est l’arrivée d’un enfant qui sert de déclic, quand le père va lui interdire de se mêler aux "impurs" dans le bac à sable », décrypte-t-elle.

"Ma fille m'a sauvée"

C’est ce qui s’est passé pour Océane. Après la naissance de leur fille, son ami coupe les têtes des poupées, proscrit les jouets et les berceuses, impose le voile à l’enfant. « Il me disait qu’il préférait mourir plutôt que de la laisser aller tête nue à l’école. Qu’il faudrait quitter la France lorsqu’elle aurait cinq ans. Il parlait d’aller au Yémen », assure-t-elle. C’est elle qui finira par partir avec sa fille : « Elle m’a sauvée. »

C’est d’ailleurs la question des enfants qui cristallise les peurs de ces femmes. Surtout après l’enlèvement en 2013 de la petite Assia par son père, radicalisé, alors que celui-ci avait la garde de l'enfant ; elle sera récupérée en Turquie un an plus tard, près de la frontière syrienne. Contactée par téléphone, la mère d'un autre enfant retenu à l'étranger n’a pas souhaité s’exprimer, craignant les représailles du père parti rejoindre les fondamentalistes. Quant à Océane, elle est révoltée contre la justice française. Le juge a accordé un droit de visite au père. « Malgré les photos de ma fille voilée et des textos me disant de lui montrer des vidéos violentes. » Le juge a mis cela sur le compte de la liberté de conscience. « Mon avocat est consterné. » Elle dit risquer de voir sa fille placée car elle refuse de la laisser à son ex-compagnon pour le week-end. « L’enfant a une interdiction de sortie de territoire, mais il peut prendre la voiture, faire un faux passeport. Je ne veux pas que ma fille se retrouve en Syrie ou au Yémen. »

"Il m’a dit qu’il allait l’enlever pour qu’elle ne soit pas élevée par une mécréante"

Aurélie était déjà séparée lorsqu’elle a constaté la radicalisation de son ex-mari à son retour de Tunisie. « Il n’avait plus le droit de me regarder, il était marqué au front à force d’avoir prié. Il voulait interdire à ma fille d’aller à l’école et a essayé de me convertir », énonce-t-elle. La petite lui explique à demi-mots que son père « l’oblige » à porter le niqab et à prier quand il la garde. « C’était de la maltraitance psychologique, la petite avait des plaques sur le visage à force d’angoisser. Un jour, il a explosé et m’a dit qu’il allait l’enlever pour qu’elle ne soit pas élevée par une mécréante. » Depuis, deux dimanches par mois normalement réservés à la garde du père, elle vit dans la peur qu’il ne vienne effectivement chercher l’enfant et quitte la ville. « Les travailleurs sociaux ne connaissent pas le sujet et ne sont pas formés. On me dit que j’exagère », confie-t-elle douloureusement. Après cinq mois de procédure, Aurélie attend la prochaine audience « la boule au ventre », « sans être sûre de gagner ».

Certains fonctionnaires reçoivent pourtant une formation spéciale pour les sensibiliser à la question de l'endoctrinement de l'islam radical. « Enseignants, travailleurs sociaux, agents de sécurité, préposés à la protection de l’enfance : plusieurs centaines de fonctionnaires sont formés, dont les écoutants du numéro vert pour aiguiller les familles et évaluer la gravité des cas, depuis le simple rejet de la culture familiale jusqu’au départ en zone à risque », assure Serge Bilsko, président de la Miviludes, (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), qui travaille conjointement avec le CPDSI.

Dans ces affaires, qui concernent une poignée de procédures, il n’existe pas de réponses spécifiques dictées par la loi. Lorsqu'il s'agit de statuer sur l’autorité parentale, la résidence de l’enfant ou le droit de visite des parents, c'est au droit classique de la famille que sont renvoyées ces femmes. « Il n’y a pas de règle générale, tout cela est une question d’espèce », analyse Francis Arragon, avocat à la cour. La justice dit agir au nom de l’enfant et de la liberté de conscience. Les mères doivent apporter la preuve que le père, par ses violences physiques, affectives ou psychologiques, menace la santé de l’enfant ou compromet son avenir. Et l’avocat de conclure : « Vous pouvez être un islamiste radical et être un bon père. » Dounia Bouzar ne l'entend pas de cette oreille : « Il faudrait juste appliquer la Convention internationale des droits de l'enfant. Couper la tête d’une poupée, ce n'est pas être musulman, c'est avoir un comportement psychotique. »

http://madame.lefigaro.fr/societe/ces-femmes-qui-ont-vu-leurs-compagnons-se-radicaliser-150115-93786

Par Pauline Verduzier, Tatiana Chadenat | Le 15 janvier 2015

Comment les islamistes radicaux endoctrinent les ados françaises

Parmi les Français partis rejoindre les groupes djihadistes en Syrie, on compte des dizaines de femmes, dont des adolescentes. La plupart sont de brillantes élèves qui rêvent de changer le monde. Repérées sur les réseaux sociaux, elles sont manipulées avec méthode. L'anthropologue Dounia Bouzar revient sur ce processus dans une enquête passionnante. Interview.

Elles n'ont parfois que 14 ans. Approchées par des entremetteuses ou autres « princes charmants barbus », elles quittent leur pays en pensant sauver les enfants syriens. Et laissent des familles dévastées, découvrant avec horreur sur Facebook des conversations surréalistes et des photos en niqab. Dounia Bouzar a accompagné 150 familles de jeunes radicalisés, qu’ils aient ou non gagné le terrain d'une supposée guerre sainte. Devant l’étendue du phénomène, elle a fondé en avril le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam (CPDSI) avec d’autres experts. Dans son livre Ils cherchent le paradis, ils ont trouvé l’enfer (Éd. de l'Atelier), publié en octobre, elle livre un récit poignant directement issu de leurs témoignages.

Le Figaro/madame.fr.– Dans votre récit, beaucoup de témoignages concernent l’endoctrinement de jeunes filles. Combien sont-elles ? Y a-t-il un profil type ?

Dounia Bouzar.– Effectivement, dans un premier temps ce sont uniquement des parents de filles qui m’ont appelée. J’ai ainsi accompagné 60 familles de filles, sur 80 en tout. Aujourd’hui, on en est à 90 familles de filles sur 150 suivies. Avec une dizaine d’adolescentes qui ont rejoint la Syrie. La plupart d’entre elles ne sont pas d’origine maghrébine et n’ont rien à voir avec l’islam. Beaucoup viennent de familles athées. C’est comme la foudre qui tombe sur la maison. Ce sont toutes des filles brillantes, qui s’apprêtaient à faire médecine, sciences politiques ou des métiers altruistes. Certaines voulaient être infirmières, aides-soignantes ou assistantes sociales. Elles ont eu le malheur d’en parler sur leur page Facebook. L’une d’elles avait posté des photos d’un camp humanitaire au Burkina Faso où elle s’était rendue l’été. C’est comme si les terroristes avaient des chasseurs de tête psychologues qui repèrent les profils de personnalités qui veulent changer le monde et se battre contre les injustices. On dirait qu’ils font exprès de chercher l’élite. Ça touche toutes les classes, y compris les plus aisées. Même quand elles viennent de milieux populaires, ce sont toujours de très bonnes élèves tandis que pour les garçons, les terroristes visent plutôt des jeunes au chômage et avec des difficultés d’insertion.

Y-a-t-il un argumentaire spécifique pour embrigader les filles ?

On les gave de photos insoutenables d’enfants déchiquetés
Il y a d’abord un « tronc commun » aux filles et aux garçons. En premier lieu, on leur enlève toute confiance en la société et les adultes. On leur présente des vidéos sur la nocivité d’un vaccin, par exemple. De vidéo en vidéo, les jeunes se retrouvent dans une ambiance paranoïaque et deviennent convaincus que la société leur ment. La deuxième étape est celle de l’embrigadement. On leur parle de sociétés secrètes qui manœuvrent pour tuer les peuples et garder le pouvoir. C’est la théorie du complot. On leur demande : « De quel bord es-tu ? Est-ce que tu vas laisser les peuples se faire massacrer ? Réveille-toi ! ». On leur fait rejeter le monde réel. À la dernière étape arrivent les vidéos faites par les terroristes radicaux. On leur parle de la nécessité d’une confrontation finale avec ces sociétés secrètes, que seul l’islam est capable de détruire. Enfin, on en vient aux spécificités filles-garçons. On gave les filles de photos insoutenables d’enfants déchiquetés par Bachar el-Assad. On leur dit qu’il faut immédiatement arrêter leurs études en Occident pour les sauver. Aux filles, on fait croire qu’elles vont faire de l’humanitaire et aux garçons, qu’ils vont combattre les soldats de Bachar el-Assad. Les filles sont embrigadées sur la question de leur sensibilité qu’elles comptaient mettre au service de la société et qu’on retourne contre elles. Aucune n’est partie pour tuer.

Il y a aussi des promesses de mariage…
C’est un mécanisme très pervers. Chez les filles, ils arrivent à doubler l’embrigadement d’une emprise mentale de séduction. Des hommes les charment et leur font croire qu'ils sont des héros. Une nouvelle forme de princes charmants barbus, en somme. Parfois, ce sont des entremetteuses qu’elles finissent par appeler « ma chérie », « ma perle d’amour ». Ils parviennent ainsi à les couper des familles et des anciens amis de l’école de façon à avoir plus de pouvoir sur elles. Ils les mettent en rupture en leur faisant croire que l’école distille des mensonges. « Tes parents n’ont pas de discernement car ils ne sont pas élus par Dieu. Tes éducateurs, ils sont payés par le gouvernement pour t’endormir aussi. Ne regarde pas la télévision, les médias sont payés pour t’endormir », est le discours classique. Pour les filles qu’on a suivies, on arrive dans une position où les seuls qui communiquent avec elles, ce sont eux. Quand on analyse leurs téléphones, on voit qu’elles reçoivent une centaine de messages par jour. Cela commence dès cinq heures du matin. Parfois elles ne dorment plus. Elles sont dans une espèce d’exaltation de groupe. On les convainc aussi de porter le niqab ou le jilbab (longue robe, couvrant les cheveux et tout le corps hormis les pieds et les mains, NDLR). Je conseille aux parents de fouiller sous les lits, car ces tenues sont les premiers signes du danger. Elles l’appellent « mon doudou », « mon meilleur ami » ou « ma couette » et s’en servent comme d’un cocon, dans une forme de régression. D’ailleurs, pour celles qu’on a réussi à empêcher de partir, le plus dur est ce que j’appelle la « désintoxication jilbabienne ».

«En les épousant, elles deviennent leur patrimoine»
Que se passe-t-il pour celles qui ont rejoint la Syrie ?

Direction la Syrie

Plus de 3000 Occidentaux seraient partis rejoindre les djihadistes en Syrie, dont 10 à 15% de femmes.

Dès qu’elles arrivent là-bas, on les marie, qu’elles soient de familles athées, catholiques, juives ou musulmanes. C’est systématique. On a vu récemment que certaines recevaient des chatons comme cadeau de mariage. On est dans un monde surréaliste. En les épousant, elles deviennent leur patrimoine. Quand elles sont mariées, elles sont à trois ou quatre dans une maison car il y a de la polygamie. Se marier, c’est se retrouver dans ces maisons pour garder les enfants avec un chef ou une femme plus âgée pour les surveiller, notamment quand elles appellent leurs parents. C’est toute une organisation. Quand elles ne sont pas mariées, elles sont parquées. On sait qu’il y a une maison avec 17 jeunes filles en attente de « distribution ». Depuis quelque temps, c’est pire, puisqu’ils les mettent enceintes le plus tôt possible. Ils se disent qu’elles seront moins tentées de fuir si elles ont un bébé.

Cette situation n’agit-elle pas comme un signal d'alerte dans l’esprit des jeunes filles ?
C’est plus pervers que ça. Au départ, elles adhèrent complètement à ce qui leur arrive. Dès les premiers jours, elles sont encore dans leurs fantasmes de « Belle au bois dormant ». Elles sont passionnées. La perversité de l’emprise mentale, c’est qu’elles imaginent qu’elles sont au summum de la régénération du monde et qu’elles ont été élues. On les « robotise », comme disent les mères. C’est ce qui se passe dans le cas d’Adèle (personnage du roman, NDLR). Le groupe pense à sa place et définit qui elle est. Elle refuse d’être appelée par son prénom et dit à sa mère que ce n’est plus sa mère. Ils arrivent à désaffilier les filles. Elles sont anesthésiées et ne ressentent plus rien. C’est très dur pour les parents parce qu’ils ont l’impression d'avoir perdu leur enfant mentalement. Mais on peut dire que les filles parviennent à se désendoctriner dans plusieurs situations. La première, c’est grâce à l’évocation répétée de souvenirs d’enfance par les parents. La deuxième, c’est quand elles sont enceintes. On s’aperçoit qu’au moment où l’enfant se met à bouger, elles ont de nouveau une voix normale au téléphone. C’est comme si ça remettait la filiation en place. La troisième, c’est lorsqu’elles assistent à l’égorgement d’un musulman syrien ou en entendent parler. Elles se mettent à pleurer et veulent rentrer. C’est à ce moment qu’elles parlent de terroristes et réalisent le décalage entre le discours et la réalité. Mais là, c’est trop tard. En vérité, aucune fille n’a encore réussi à rentrer.

Que conseillez-vous aux parents dans votre accompagnement ?

Sauver les jeunes avant qu’ils ne partent
Je passe mon temps à dire qu’il ne faut pas essayer de raisonner ses enfants parce qu’ils pensent qu’on est jaloux de ne pas détenir la « vérité ». Ensuite, ils doivent apprendre à évoquer ces fameux souvenirs d’enfance. Les parents d’Adèle cherchent des photos qui ont marqué sa vie pour toucher son cœur, puisqu’on ne peut pas raisonner avec elle. Quand l’enfant répond « Ah oui, je me souviens », le parent n’a qu’une envie, lui dire : « Espèce de tarée, tu vas rentrer à la maison » et lui coller deux baffes. Mais si ça arrive, tout est foutu et on a trois mois sans appels. C’est très dur à mettre en place et ça demande un coaching de tous les instants. Au départ, on a la famille au téléphone trois heures par jour. Avec notre réseau, les mamans se coachent entre elles et coachent les pères. On a les parents de ceux qui sont partis, de ceux qui sont encore là, des groupes de paroles de jeunes filles désendoctrinées, etc. Tout le monde aide. Ils n’ont plus peur de dire : « Ma fille a une amie qui veut se marier par Skype avec un prince barbu. Vite, Dounia, essaie de la repérer. » Aujourd’hui, on a tout un réseau qui forme une chaîne humaine de la vie contre la mort et qui empêche d’autres ados de se faire kidnapper. On en a sauvé beaucoup grâce aux médias, au numéro vert du gouvernement et à cette chaîne humaine. Maintenant, quand des jeunes sont endoctrinés, on arrive à les sauver avant qu’ils ne partent.

Quel rôle jouent celles que vous nommez les « mères orphelines » dans ce réseau de solidarité ?

La France doit beaucoup aux "mères orphelines"
Pour moi, les mères ont un rôle spécial. Quelles que soient leurs origines sociales, leurs histoires, leurs quartiers, elles ont réussi à transcender leurs différences et à créer une solidarité d’écoute quand elles se réunissent pour échanger des bonnes pratiques. Elles m’ont submergée par leur douleur et leur force. Ce sont elles qui m’ont encouragée à écrire le livre : « il faut que tu portes notre parole et que les gens sachent que ça peut arriver à n’importe quel parent. » Face à la souffrance, je peux vous assurer qu’elles sont effondrées mais elles arrivent à rester droites. Elles mettent en place des stratégies, deviennent des détectives. Elles enregistrent les conversations, échangent les informations : « Qui est avec qui ? Ton fils, il est arrivé quand ? Ma fille et ton fils vont peut-être se marier ensemble. Demande-lui tel renseignement. » Elles sont dans la lutte, elles vont voir les ministres et les médias. Au début, quand j’appelais les premières concernées pour leur dire que je savais ce qu’elles vivaient, elles pleuraient et n’en revenaient pas que je les croie. Les terroristes arrivent à couper les enfants du monde et leurs mères avec. Mais tout cela a aujourd’hui changé grâce à notre réseau. Ça permet à la maman de retrouver un lien humain. Les mères m’ont aidée à comprendre le processus. C’est comme si on avait co-écrit le livre. Elles ont beaucoup apporté en termes d’information et de protection, y compris au ministère de l’Intérieur. La France leur doit beaucoup.

http://madame.lefigaro.fr/actu/ces-jeunes-endoctrines-par-les-islamistes-les-filles-appellent-leur-niqab-mon-doudou-021114

Par Pauline Verduzier | Le 04 novembre 2014

Djihadisme : une dérive sectaire "comme une autre" ?
DECRYPTAGE – Alors que les pouvoirs publics cherchent une parade aux attentats sanglants qui ont endeuillé la France, la question de l’endoctrinement djihadiste se pose avec acuité. Peut-on comparer cet embrigadement à une dérive sectaire ? Eléments de réponse.

Pour essayer de remettre dans le droit chemin ces apprentis djihadistes, les autorités ont mis en place fin avril un numéro vert (0800 005 696 ) à l’attention des familles.

Comment prévenir l’embrigadement de certains jeunes pour le djihad ? Quelques jours après les attaques de Paris et le parcours meurtrier des frères Kouachi et Amedy Coulibaly, la question est au cœur des débats. Surtout que le phénomène n’est pas nouveau : depuis plusieurs mois, les témoignages de familles dont l’enfant s’est mué en apprenti djihadiste affluent. Un calvaire auquel s’ajoute la relative impuissance des pouvoirs publics, qui avancent à tâtons sur un terrain miné. Selon Manuel Valls, quelque 1.400 djihadistes français ou résidents en France sont en effet "concernés".
Dans l’urgence, les autorités se sont ainsi tournées vers la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Il faut dire que,
entre les pratiques d’une secte classiques et l’emprise mentale exercée par l’Etat islamique sur des adolescents, les similarités sont nombreuses, comme nous l’explique son président Serge Blisko : "Il existe des analogies de comportements, par exemple une rupture familiale ou scolaire. Une analogie aussi ressentie par Dounia Bouzar, fondatrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI). "Les parents nous le disent : ‘mon enfant est là sans être là, il est là mais ce n’est plus lui. Ils ont l’impression qu’il devient un robot, qu’il n’est plus lui-même’", nous expliquait récemment l’anthropologue.
"Ne pas traiter tout le monde de la même façon"
Mais contrairement aux sectes sur lesquelles planchent habituellement la Miviludes, l’endoctrinement djihadiste se pratique loin du radar parental. "La rupture n’est plus physique, à l’occasion d’un stage ou d’un séminaire, car elle se déroule sur Internet. Les choses évoluent en effet discrètement et surprennent les familles. Elles n’avaient pas réalisé que leur enfant était en contact avec toute une nébuleuse grâce à son ordinateur."
Pour essayer de remettre dans le droit chemin ces apprentis djihadistes, les autorités ont mis en place fin avril un numéro vert (0800 005 696) à l’attention des familles. Fin octobre, celui-ci avait été sollicité près de 600 fois. Selon nos informations, le chiffre avoisinerait désormais les 900 appels. Au bout du fil, des fonctionnaires qui ont reçu une formation à mi-chemin entre la psychologie et l'étude de l'emprise mentale, englobant également le fonctionnement des filières djihadistes. "Nous formons dans chaque département une cellule de 4-5 personnes choisis sur la base du volontariat (travailleurs sociaux, éducateurs...)", assure la Miviludes.
Mardi, le premier Ministre Manuel Valls a chargé le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et sa collègue à la Justice Christiane Taubira de lui remettre une série de mesures contre le terrorisme. La garde des Sceaux va-t-elle envisager, comme en octobre dernier, d’instaurer des "programmes de désendoctrinement" ? "Nous sommes à la disposition du gouvernement", assure Serge Blisko. Avant de prôner un encadrement au cas par cas : "Si on traite tout le monde de la même façon, on va écraser avec de grosses pierres de toutes petites choses et ne pas en voir d’autres beaucoup plus lourdes. Il faut un peu de discernement."

HTTP://WWW.METRONEWS.FR/INFO/CHARLIE-HEBDO-DJIHADISME-UNE-DERIVE-SECTAIRE-COMME-UNE-AUTRE/MOAO!MVOKEN87RM5KQ/
15.01.2015


Comment "soigner" les candidats au djihad ? En utilisant les techniques des prédicateurs

LE PLUS. Le djihad suscite des vocations parmi de jeunes Français. Comme les frères Kouachi et Amedy Coulibaly, auteurs d’attaques terroristes à Paris, ils sont plusieurs centaines à vouloir mourir en martyr, au terme d’un processus de radicalisation. Comment "soigner" ces candidats au djihad ? Éclairage de Sonia Imloul, responsable d’une cellule dite de "déradicalisation".

Notre cellule de "déradicalisation" a été créée en octobre dernier à l’initiative du ministère de l’Intérieur. C’est une structure expérimentale, placée sous l’autorité du préfet de police, dont l’objectif est de mener un travail de prévention de la radicalisation et du terrorisme.

Nous sommes le prolongement du numéro vert mise en place pour signaler des candidats au départ pour le djihad (0.800.005.696). Notre action s’articule en ainsi autour de deux axes : fournir une aide psychologique aux familles d’aspirants au djihad, et prendre contact avec les individus radicalisés.

Identifier les failles sociales, familiales ou psychologiques

Déradicaliser un individu n’est en rien une science exacte. Il n’existe pas de solution miracle. Mais le parti pris, avec cette cellule, a été de sortir d’une approche uniquement policière et de privilégier une approche pluridisciplinaire et surtout cultuelle, ce qui est nouveau en France.

Une équipe d’une dizaine de personnes – psychologues, psychiatres, juristes, éducateurs spécialisés – travaille actuellement au cas par cas sur une trentaine de dossiers. Au-delà de leur spécialisation, tous possèdent de solides connaissances théologiques sur l’islam.

Afin d’identifier au mieux l’individu qui nous a été signalé, d’évaluer son degré de radicalisation, notre première mission est déterminer à la fois la faction religieuse qui l’a radicalisé mais aussi ses failles personnelles, quelles soient sociales, familiales ou psychologiques. Car au fondement de toute radicalisation, il y a une manipulation mentale qui s’appuie sur les failles de l’individu.

Ces informations sont précieuses. Une fois obtenues, elles vont nous permettre de personnaliser au mieux la stratégie à adopter, d’adapter notre discours aux attentes de l’individu pour essayer de le "retourner".

Utiliser les mêmes techniques que les prédicateurs radicaux

Après signalement par la famille, identification du degré de radicalisation de l’individu, nous entrons en contact avec lui à l’"extérieur", aux abords des mosquées par exemple, par l’intermédiaire de médiateurs.

Les radicalisés ne faisant confiance qu’à ceux qui leur ressemblent physiquement, le choix du médiateur qui sera envoyé est capital. Il est ainsi déterminé, par exemple, par la faction religieuse auquel le radicalisé appartient. Leur mission est de ramener l’individu vers une conception plus saine et apaisée de l’islam en l’approchant.

Notre stratégie ? Retourner les techniques d’endoctrinement des djihadistes contre eux. Nous employons les techniques d’embrigadement que les prédicateurs les plus radicaux emploient eux-mêmes.

Notre but ? "Retourner" l’individu en lui transmettant une autre vision de la religion. C’est pour cette raison qu’il est important que les médiateurs et les membres de la cellule possèdent un solide bagage théologique.

Un travail complexe, long et fragile

Cette approche cultuelle est aussi une approche sociale et affective. En effet, on sait que les prédicateurs radicaux séduisent ces individus souvent vulnérables en leur promettant un toit ou une assistance financière. Tout ça pour ensuite leur inculquer une vision radicale de la religion et de les pousser à aller plus loin Cette dimension affective est prise en compte dans notre manière de prendre contact avec l’individu.

Une fois que le contact est établi, un long travail de proximité commence entre le médiateur et l’individu. Notre cellule a débuté ses travaux en octobre et quelques résultats commencent à se dessiner. Il s’agit de ramener ces individus, petit à petit, vers une vision plus apaisée de la religion, et surtout de les détacher de ceux qui les manipulent.

Une fois l’individu déradicalisé, un autre travail commence alors, tout aussi complexe, long et fragile : celui de la réinsertion dans la société. Une fois que l’on a réussi à faire "redescendre sur terre" ces jeunes, tout l’enjeu est de leur proposer des perspectives suffisement solides pour qu’ils ne rechutent pas.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1305811-comment-soigner-les-candidats-au-djihad-en-utilisant-les-techniques-des-predicateurs.html

14-01-2015

Au cœur de la cyberguerre entre Anonymous et djihadistes
C’est sur l’un des 200 canaux de discussion IRC que les Anonymous francophones organisent la contre-attaque. (capture d’écran)

Pour venger «Charlie Hebdo», les hacktivistes du collectif ont mis leur menace à exécution en bloquant depuis le 9 janvier plusieurs milliers de sites internet, mais aussi de comptes twitter et facebook djihadistes. Comment s’organisent-t-ils? Quel mode opératoire? Plongée dans les méandres des chats IRC où se coordonne cette opération punitive
Il avait prévenu vouloir venger l’attentat contreCharlie Hebdo. Le collectif Anonymous a mis ses menaces à exécution. Dans la nuit du samedi à dimanche, les hacktivistes anonymes (contraction de activistes et de hackers) se sont attaqués aux sites internet, mais aussi aux comptes Twitter et Facebook de propagande djihadiste. Baptisée #OpCharlieHebdo, cette opération punitive visant les «terroristes islamistes» actifs sur Internet s’est organisée aussitôt après l’attaque, mercredi 7 janvier, contre l’hebdomadaire satirique.
C’est sur le site de publication anonyme Pastebin que les membres du collectif ont prévenu: «Attendez-vous à une réaction massive et frontale de notre part, car le combat pour la défense de ces libertés est la base même de notre mouvement.» Dans le même temps, ils diffusent deux vidéos sur YouTube à partir d’un compte localisé en Belgique. Les extraits s’adressent à Al-Qaida et aux membres de l’Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak: «Nous, les Anonymous de toute la planète avons décidé de déclarer la guerre à vous les terroristes […]. Nous allons surveiller toutes vos activités sur le Net, nous fermerons vos comptes sur tous les réseaux sociaux. Vous n’imposerez pas votre charia dans nos démocraties […].»
Reconnu comme une des premières superconsciences collectives issues du Web en 2003, Anonymous n’a ni charte, ni gourou, mais un seul but: la liberté d’expression absolue et sans concession sur la Toile et dans le monde réel. A l’image des cyberdjihadistes, Anonymous est mouvant, constitué de plusieurs groupuscules disparates qui se sont alliés par le passé dans une lutte contre l’Eglise de scientologie ou les «ennemis de WikiLeaks».
A partir des 9 et 10 janvier donc, les hacktivistes passent à l’offensive. Toujours sur le site Pastebin, ils publient les adresses de plusieurs centaines de comptes Twitter en français, en anglais et en arabe. Mais aussi les adresses de profils Facebook. Anonymous les présente comme appartenant à des extrémistes islamistes. La majorité de ces comptes ont été bloqués alors que d’autres continuaient à fonctionner. Par cette action, le collectif entend attirer l’attention du public et des autorités sur tous ceux qui soutiennent ouvertement sur Internet les actes terroristes contre Charlie Hebdo.
Les opérations se discutent sur le chat IRC (l’un des nombreux protocoles de communication sur Internet) «Anonops». Lundi, on dénombrait plus de 200 canaux de discussions multilingues de ce type. La participation nécessite une connexion VPN (Virtual Private Network), ainsi que le navigateur Tor pour garantir l’anonymat des échanges.
Sur le canal francophone de l’opération, hacktivistes et djihadistes se livrent une cyberguerre intense. Le pseudonyme «Something» écrit: «Sérieux, y en a combien des twitter djihadiste la, j’ai l’impression que ça n’en fini plus…» (sic). La communauté s’organise comme elle le peut. Plusieurs dizaines d’Anonymous listent les cibles sur un document partagé en annexe. On dénombre plusieurs milliers de comptes Twitter et Facebook. Mais aussi les adresses des sites internet d’organisations et de sociétés désignés par le collectif comme appartenant aux djihadistes.
Comment en être sûr? Lavandina, membre de l’opération francophone, reconnaît qu’«aucun membre» de son équipe ne parle arabe. «On utilise Google Translate. Puis nous scannons le contenu de chaque cible pour nous assurer qu’elles appartiennent à des organisations djihadistes: photos de personnes égorgées, enfants morts, drapeau djihadiste, menace explicite.» D’autres membres pénètrent ces cibles à la recherche de failles qu’ils pourront exploiter pour les mettre à plat. L’autre technique vise à collecter tous les comptes Twitter utilisant le hashtag en arabe #Etat islamique.
Hier, lors de notre passage sur le canal IRC, la traque djihadiste s’orientait sur le site Kavkazcenter.com. Les Anonymous s’attelaient à collecter toutes les informations (identité de l’administrateur par exemple) qui pourraient les mener vers d’autres pistes. Les comptes ciblés sont ensuite bloqués. Cette riposte est «éphémère, car les djihadistes recréent aussitôt de nouveaux comptes, écrit Lavandina. Mais nous voulions leur taper sur les doigts.»
La riposte djihadiste ne s’est pas fait attendre. Quelques heures seulement après le début de l’opération #OpCharlieHebdo, les activistes islamistes ont contre-attaqué avec «une telle maîtrise et une telle rapidité qui prouvent que nous combattons des professionnels», souligne Sonic sur le chat.
Les djihadistes ont aussitôt recréé de nouveaux comptes sous une autre identité. Parallèlement, ils ont orienté des attaques informatiques contre des centaines de sites internet d’institutions françaises. On citera celui du Centre de la mémoire d’Oradour-sur-Glane, le CHU de Strasbourg, le Palais des Papes à Avignon, la ville de Tulle ou la fondation Jacques Chirac. Mais aussi le site du lycée Charles de Gaulle à Dammartin-en-Goële, la ville où les frères Kouachi se sont retranchés.
L’opération #OpCharlieHebdo suscite la controverse parmi les experts en sécurité informatique qui estiment que de telles actions peuvent nuire au déroulement des enquêtes. Une inquiétude qui ne freine pas la détermination du collectif puisque celui-ci entend poursuivre ses actions ces prochains jours.

13.01.2015

http://www.letemps.ch/page/uuid/7a6693d8-9a87-11e4-aa73-0eb920ec942b/au_c%c5%93ur_de_la_cyberguerre_entre_anonymous_et_djihadistes
 

 

Le CFCM envoie un prêche à tous les imams de France

Le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) a rédigé un prêche qu’il a communiqué à tous les imams de France pour la prière du vendredi 16 janvier. Il s’agit d’une initiative exceptionnelle et inédite qui fait suite aux attentats commis la semaine dernière par des terroristes se réclamant de l’islam.

Le prêche évoque assez longuement la souffrance des musulmans, notamment à cause du détournement de l’Islam par « certains individus qui confisquent son langage ». Il marque le désarroi de la communauté musulmane de voir certains concitoyens l’associer aux terroristes. « Ilsnous somment de nous désolidariser du terrorisme comme si nous en étions solidaires ! »

« N’agressez point, Dieu n’aime pas les agresseurs. »

Le Conseil Français du Culte Musulman appelle les fidèles à témoigner de leur foi et des valeurs qui les animent par ces temps où ils sont éprouvés. Le texte rappelle ces valeurs, à savoir « la miséricorde » qui est « l’essence du message prophétique », le respect de la vie humaine, la liberté religieuse, la justice et la paix en soulignant le message du Coran  : « N’agressez point, Dieu n’aime pas les agresseurs. »

Le prêche fait par ailleurs écho aux caricatures du prophète Mohammed, en précisant que ce dernier « a été, de son vivant, cible de campagnes de dénigrement, de caricatures verbales insultantes et d’injustices », mais qu’il n’y a opposé rien que le « pardon, la Miséricorde et l’Amour ».

Le texte redit que cette réponse choisie par Dieu doit être la seule à suivre comme exemple. Il s’achève par une prière pour la France : « Que la France vive heureuse et prospère. Seigneur, regarde avec bienveillance, notre pays la France. »

La Croix du 16.01.2015
 

 

Quelle société voulons-nous construire ensemble ?
12 janvier 2015, communiqué du Conseil permanent de la Conférence des évêques de France au sujet des attentats à Paris
Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF) a rendu public, le 12 janvier 2015, un communiqué à la suite des attentats terroristes qui ont eu lieu à Paris entre le 7 et le 9 janvier 2015 et au lendemain de la marche républicaine qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes dans différentes villes du pays ainsi que dans le reste du monde. Les évêques membres du Conseil permanent y invitent les fidèles de leurs diocèses « à prier pour les victimes et à confier à Dieu les âmes aveuglées des terroristes ». Ils les appellent aussi à s’abstenir d’entrer dans « la spirale mortifère de la peur et du mépris de l’autre ». La liberté de la presse, rappellent-ils, est le signe d’une société mûre, respectueuse des diversités qui la constituent. Ils soulignent aussi la nécessité de s’interroger sur les raisons qui motivent la croissance de « foyers de haine » en France.

Texte de la Conférence des évêques de France

 

Depuis 1979, quatre générations de djihadistes

De l’Afghanistan à l’Irak et à la Syrie, le djihadisme a évolué du centralisme d’Al-Qaida en une mouvance de plus en plus décentralisée et hétérogène.

PAKISTAN, ANNÉES 1980

C’est à Peshawar que tout a commencé. Le salafisme-djihadisme a émergé dans cette ville du nord-ouest du Pakistan, devenue au début des années 1980 la plaque tournante de la guerre sainte contre les Soviétiques en Afghanistan.

À la tête du Bureau des services, chargé de l’accueil des volontaires et de leur répartition dans les organisations de la résistance afghane, Abdallah ­Azzam, un Frère musulman palestinien, assisté du Saoudien Oussama Ben Laden, incarne une nouvelle conception du djihad armé : les croyants n’ont besoin de l’autorisation de personne, ni de celle des dirigeants musulmans ni de celle des docteurs de la loi religieuse, pour aller combattre, dès lors que « l’ennemi envahit le territoire de l’islam ».

Une utopie de rechange

Au plan international, après l’humiliation de leur retrait vietnamien, les États-Unis entendent provoquer l’enlisement de l’URSS dans ce pays d’Asie centrale, en s’appuyant sur les islamistes.

Côté pays du Golfe, le soutien à la guérilla leur permet de canaliser l’énergie de leurs militants radicaux vers un front extérieur, quelques mois après l’attaque de la Grande Mosquée de La Mecque (1979) par des militants salafistes.

L’Arabie saoudite trouve, elle, dans le djihad afghan un moyen de se relégitimer dans le monde musulman en contrant la propagande de la révolution iranienne qui dénonce la collusion entre les monarchies pétrolières et le « Grand Satan » américain. Enfin, l’engagement en Afghanistan fournit à des milliers de volontaires arabes une utopie de rechange, à défaut de pouvoir se battre pour la Palestine ou de renverser leurs régimes.

Le refus de la politique moderne

Produit du croisement idéologique entre les salafistes et les Frères musulmans, « le salafisme-djihadisme partage avec le wahhabisme saoudien une lecture littérale des textes religieux, une propension à survaloriser les traditions prophétiques et un refus de la politique moderne (partis, élections, etc.) », explique Bernard Rougier, spécialiste du Moyen-Orient arabe (1).

Plus politisé que le wahhabisme traditionnel, il place le djihad armé au cœur de la croyance et dénonce toute forme de subordination vis-à-vis de l’Occident.

AFGHANISTAN, ANNÉES 1990

En août 1988, Oussama Ben ­Laden fonde sa propre organisation, quelques mois avant le retrait ­soviétique d’Afghanistan en ­février 1989. Son mouvement, ­Al-Qaida (« la Base »), est conçu comme une avant-garde du djihad global.

Une première génération de djihadistes – 11 000 à 20 000 des 30 à 40 000 volontaires étrangers venus combattre en Afghanistan, pour l’essentiel originaires de pays arabes – poursuit le djihad sur d’autres fronts.

Combattre le pouvoir en place

Dans leur grande majorité, ils rentrent dans leurs propres pays et créent des mouvements armés pour combattre le pouvoir en place ; d’autres restent en Afghanistan ou s’installent au Pakistan ; d’autres encore partent combattre, loin de leur terre natale, au Cachemire, en Bosnie-Herzégovine, en Tchétchénie, au Tadjikistan, au Yémen, au Xinjiang (Chine) ou aux Philippines. Un certain nombre d’entre eux gagnent l’Europe et les États-Unis pour recruter et diffuser leur propagande.

À partir des années 1990, une deuxième génération se forme dans les camps afghans (entre 11 000 et 30 000 hommes). Après un exil au Soudan (1991-1996), Oussama Ben Laden s’installe en Afghanistan et fait alliance avec le mollah Omar, chef suprême des talibans, sous le parrainage des services pakistanais (ISI). Abdallah Azzam a pour sa part été tué dans un attentat à Peshawar en novembre 1989.

Pendant les quinze premières années d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden supervise une structure hiérarchisée avec un conseil, des commissions et camps d’entraînement. Le mouvement lance son djihad global avec une série d’attentats.

Attirer les Etats-Unis dans le piège afghan

Oussama Ben Laden rêve d’attirer les États-Unis dans le piège afghan. À la mi-juillet 2001, un commando de 19 membres se trouve à pied d’œuvre sur le territoire américain : les attaques du 11 septembre font près de 3 000 morts. Après le choc, le renversement des talibans par les Américains et la perte du sanctuaire afghan précipitent la décentralisation du mouvement.

Ben Laden et ses acolytes se replient au Pakistan. Les djihadistes se dispersent sur des théâtres plus ou moins sanctuarisés, au Moyen-Orient, dans les zones tribales pakistanaises et sur le continent africain.

IRAK, 2004

Quelques mois après l’invasion américaine de 2004, l’Irak devient, pour une troisième génération de djihadistes, l’épicentre symbolique du « djihad global », incarné par Abou Moussab Zarqaoui, adoubé « émir d’Al-Qaida en ­Mésopotamie ».

Les attentats de Madrid en mars 2004 et de Londres en juillet 2005 attestent de la dissémination des cellules terroristes.

SYRIE, 2011

Après la mort de Zarqaoui, tué dans un bombardement américain en juin 2006, suivie du retrait des forces américaines d’Irak en décembre 2011, l’émergence de Daech (acronyme arabe pour État islamique), sur fond d’insurrection arabe sunnite en Irak et en Syrie, en concurrence avec Al-Qaida, attire désormais une quatrième génération de djihadistes, parmi lesquels de très nombreux Européens.

Dans un rapport pour le secrétaire d’Etat américain à la défense sur l’évolution d’Al-Qaida et des autres djihadistes-salafistes, publié en 2014 (2), Seth G. Jones, directeur associé à la Rand Corporation et professeur à l’université John Hopkins, distingue quatre grandes catégories dans une mouvance de plus en plus décentralisée et hétérogène.

La première est composée du noyau dur d’Al-Qaida, autour d’Ayman Al Zawahiri, chef suprême, depuis l’élimination de Ben Laden par les Américains en 2011, basé principalement au Pakistan.

L’échec, en 2013, de la médiation de Zawahiri dans le conflit entre Abou Mohammad Al Joulani, émir de Jabhat Al-Nusrah en Syrie et Abou Bakr Al Baghdadi, émir de l’État islamique (EI), illustre les limites de son influence.

La seconde est composée des groupes affiliés, formés dans les dix dernières années : des « franchises » locales ayant prêté allégeance aux leaders d’Al-Qaida, comme Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), née en 2009 de la fusion des branches saoudienne et yéménite, l’organisation qui a revendiqué l’attaque contre Charlie Hebdo.

Dans cette catégorie, on trouve également le groupe Al-Shabaab, basé en Somalie, Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), basé en Algérie et dans les pays voisins, et Jabhat Al-Nusrah, implanté en Syrie.

La troisième catégorie est constituée de groupes salafistes-djihadistes, sans affiliation au noyau dur d’Al-Qaida, ou ayant rompu avec lui, à l’instar de Daech, ce qui ne les empêche pas de coopérer si leurs intérêts convergent.

Ces groupes, implantés en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique et dans le Caucase, se montrent particulièrement actifs en Égypte, en Libye, au Mali et au Nigeria (Boko Haram).

Les isolés

Enfin, dernière composante, des individus isolés, petites cellules ou réseaux faiblement structurés, motivés par la défense des musulmans.

Entre les groupes ou en leur sein, les désaccords existent entre partisans du djihad contre « l’ennemi proche » (les régimes dans les pays musulmans) ou contre « l’ennemi lointain » (les États-Unis et les pays européens, Israël), partisans de l’instauration d’un État islamique dans leur pays d’origine ou d’un califat plus étendu, partisans et adversaires de la guerre contre les chiites, sans compter les rivalités personnelles ou les clivages ethniques.

Sans commandement central, ni donneur d’ordre, ni exécutants, ce terrorisme continue néanmoins de proliférer sur une multitude de territoires, unifié par les réseaux, les relations interpersonnelles nouées en terre de djihad ou en prison et par le lien du virtuel, sur les sites et les médias sociaux.

(1) Qu’est-ce que le salafisme ? Presses ­universitaires de France, 2008.

(2) A Persistent Threat. The Evolution of Al Qa’ida and Other Salafi Jihadists, Rand Corporation, 2014.

La Croix du 19.01.2015

Contrer la radicalisation islamiste ? La France se cherche une boîte à outils

PARIS, 16 jan 2015 (AFP) - Familles, écoles, prisons... les attentats qui ont ensanglanté Paris ont relancé la question de la création d'outils de prévention et de lutte contre la radicalisation islamiste, quasi-inexistants en France.
"Depuis près d'un an, nous travaillons sur la détection et la prévention des comportements radicaux", explique Serge Blisko, président de la Miviludes (lutte contre les dérives sectaires).
"Nous avons assuré la formation du personnel du numéro vert, mis en place en novembre par le ministère de l'Intérieur pour assister les familles confrontées au départ de mineurs pour la Syrie. On a également formé plusieurs centaines de fonctionnaires de préfectures sur le jihadisme, les concepts clefs de l'islam contemporain et les mécanismes de l'emprise mentale, notamment par internet".
"Des pays ont tenté des expériences et on échange beaucoup avec le réseau européen RAN du Conseil de l'Europe qui finance des études sur la radicalisation et promeut des échanges d'expériences entre chercheurs. Mais c'est encore tôt pour parler de méthodologie même si on retrouve souvent les mêmes préconisations: garder le contact, éviter que les gens s'isolent. Il y a parfois un travail de thérapie familiale avec des psychologues".
En juin, l'Intérieur avait réuni représentants des cultes, policiers, associations et chercheurs pour plancher sur la création d'une cellule nationale de prévention de la radicalisation mais le projet n'a pas eu de suite.
Le premier développement des signalisations du numéro vert "anti-jihad" vient de Seine-Saint-Denis où a été créée en novembre la première cellule expérimentale de prévention du terrorisme. Elle prend en charge des jeunes radicalisés ou en voie de radicalisation et leurs familles avec l'aide de psychiatres, psychologues mais aussi de médiateurs religieux. Elle accueille aujourd'hui une trentaine de familles.
"Notre méthode? Tout dépend du profil du jeune, de son histoire familiale. Pour amorcer le désembrigadement, on doit passer par le cultuel, par une autre vision de la religion, c'est primordial", a expliqué sur BFMTV-RMC Sonia Imloul, responsable de la cellule, en soulignant aussi l'importance de "garder et même renforcer" le lien familial.
- 'Libérer la parole' -
L'école "peut être aussi une solution majeure", a affirmé la ministre de l'Éducation Najat Vallaud-Belkacem, qui a consulté toute la semaine la communauté éducative.
Parmi les axes prioritaires, la formation continue des enseignants "sera renforcée". Sur l'enseignement laïque, des faits religieux et la laïcité, un livret est en préparation pour les chefs d'établissement et directeurs d'école.
L'enseignement moral et civique, dit "morale laïque" initié par Vincent Peillon, entrera en vigueur du primaire à la terminale à la rentrée 2015.
"Il intègrera de manière transversale une éducation aux médias, les problématiques de lutte contre le racisme et toutes les formes de discriminations, les notions de droits et de devoirs, le principe de laïcité", selon la ministre. Un livret de prévention de la radicalisation, qui "s'apparente à une dérive sectaire", sera enfin "prochainement" diffusé aux personnels de l'éducation.
Pour agir en prison, Manuel Valls a annoncé vouloir "généraliser l'isolement des détenus islamistes radicaux" dans le prolongement de l'expérience en cours au centre pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne).
Le ministère de la Justice a lancé un appel d'offres visant à créer des programmes pour affiner la détection de la radicalisation en prison mais aussi se doter d'outils pour aider au désendoctrinement des jeunes recrues. Des expérimentations démarreront prochainement dans deux établissements.
Pour la sociologue Ouisa Kies, spécialiste de la radicalisation en prison, le travail doit passer par la parole: "Il ne faut pas faire de morale, mais échanger. Ces gens qui ont souvent beaucoup de mal à s'exprimer sont des cocottes minute dont il faut relâcher la pression. D'autres, en rébellion contre les institutions, utilisent l'islam comme un outil d'insoumission anti-impérialiste".
L'intervention en prison de victimes d'attentat qui se sont reconstruites ou d'anciens islamistes repentis est envisagée.
"L'objectif final, c'est qu'ils se disent: on peut ne pas être d'accord mais il y a d'autres moyens que la violence pour s'exprimer", explique Ouiza Kies qui insiste aussi sur l'importance des projets professionnels car dit-elle, "c'est par le travail qu'un individu s'identifie à une société".
 

« Il faut donner la parole aux voix modérées de l’islam en France et en Europe »

ENTRETIEN avec Bakary Sambe, expert à la « European Foundation for Democracy » et coordinateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux au Centre d’Études des religions de l’Université Gaston Berger, à Saint Louis du Sénégal.

La Croix : Une semaine après les attentats perpétrés à Paris, que ressentez-vous ?

Bakary Sambe : Le musulman que je suis est meurtri. Si les musulmans sont choqués par les caricatures du Prophète, ils ne peuvent pas régler cela par la violence. Il y a des moyens législatifs pour se battre sur le terrain des libertés.

L’annonce d’un renforcement des mesures sécuritaires est compréhensible et légitime, mais elles ne suffiront pas. La surenchère des discours extrémistes, celui de l’islam radical d’une part et celui des mouvements islamophobes d’autre part, comme Pegida en Allemagne, me préoccupe.

Les sociétés européennes et leurs communautés musulmanes doivent exorciser leur mal de vivre-ensemble. Il faut investir dans la prévention.

Quelles actions de prévention préconisez-vous ?

B. S. : Je fais partie d’un réseau européen de militants, intellectuels et citoyens ordinaires musulmans engagés pour l’intégration efficace des Européens d’origine étrangère ou musulmane.

Nous avons affirmé ensemble dans une charte commune notre attachement aux valeurs des droits de l’homme, de la liberté et de la démocratie. Notre réseau, baptisé « network for a new European generation » plaide régulièrement, auprès des responsables européens à Bruxelles, pour des mesures de prévention du radicalisme musulman et pour l’aide à la diffusion d’un discours modéré.

L’islam modéré, majoritaire en Europe, n’a pratiquement pas de discours audible et pas d’emprise sur les jeunes. Or, ces derniers sont en quête de sens et souvent écartelés entre leur croyance et ce qu’ils vivent dans le contexte européen sécularisé.

Comment diffuser ce discours modéré ?

B. S. : Il faut qu’existe à l’école, sur Internet et les réseaux sociaux, un discours alternatif, respectueux, qui réponde à la soif de spiritualité des jeunes musulmans européens tout en leur disant que leur foi peut se vivre en parfaite harmonie avec les valeurs européennes de liberté et de démocratie.

Et de son côté, la communauté musulmane doit s’obliger à une relecture de sa religion à la lumière du contexte d’aujourd’hui.

Le groupe français de votre réseau va rencontrer les autorités françaises à Paris. Quel message leur adressez-vous ?

B. S. : Après ces événements, je crois que la France a la responsabilité de démontrer que vivre-ensemble autour de ses idéaux de base – la liberté, l’égalité, la fraternité – est possible au XXIe siècle, dans un monde globalisé et une Europe multiculturelle.

Les autorités françaises doivent considérer aussi que l’islam est une chance pour la France : la présence d’une importante communauté musulmane peut permettre d’y engager un dialogue et une réflexion nouvelle sur l’essence de la laïcité moderne, vécue non plus comme un combat historique entre État et Église, mais comme une laïcité positive, qui reconnaisse que la quête de sens est inhérente à tout homme, donne leur place aux différentes religions et réaffirme les valeurs des Lumières.

La Croix du 18.01.2015

 

Lutte contre les filières djihadistes

le 0800 005 696

un numéro vert pour les familles


Dans le cadre de l’assistance à des familles confrontées au départ de certains mineurs pour la Syrie, le ministère de l’intérieur propose un numéro vert, le 0800 005 696 (appel gratuit depuis un poste fixe).

Accessible du lundi au vendredi de 9h à 17h, ce numéro de téléphone peut être utilisé pour :

signaler une situation inquiétante qui paraît menacer un membre de votre famille ou un proche,
obtenir des renseignements sur la conduite à tenir,
être écouté(e) et conseillé(e) pour vos démarches.


En dehors de ces jours et horaires d’ouverture, le ministère de l’intérieur propose de compléter un formulaire en ligne permettant d’être ensuite recontacté dans les meilleurs délais.


Comment « soigner » les candidats au djihad

Un après-midi de janvier, Ahmed est sorti faire une course. Ce jeune homme de 26 ans, originaire des Hauts-de-Seine, devait récupérer un achat effectué sur Internet par son ex-compagne, Dounia, la mère de ses enfants. Ahmed n’est pas rentré ce jour-là. Ni les jours suivants. Trois mois plus tard, il s’est présenté chez elle au milieu de la nuit, les cheveux « collants », les baskets en lambeaux. Il rentrait de Syrie.
Dounia a l’air un peu perdu. Sur la table de la salle à manger, un saladier rempli de douceurs orientales. Sur le bar, une cafetière chauffe en silence. Dounia n’a pas faim. Face à elle, Carole (qui souhaite garder l’anonymat), psychologue, l’invite à poursuivre son récit : « Il n’a pas été élevé dans la culture musulmane. Son père est mort quand il était petit et il a été éduqué par sa mère, d’origine italienne. Il ne faisait jamais la prière ni même le ramadan… Et puis, il est parti d’un coup, en traître. »
Depuis son retour, Ahmed s’évertue à la convaincre de rejoindre l’Etat islamique avec leurs deux filles, âgées de 5 et 7 ans. « Il me présente la Syrie comme un paradis. Il dit que, là-bas, j’aurai une maison, que je mettrais des années à m’acheter ici » Ahmed, petit délinquant sans envergure, tentera à deux reprises de repartir. Chaque fois, il sera refoulé à l’aéroport et placé en garde à vue. « Il n’a pas peur de la mort ni d’aller en prison. Il se sent comme un surhomme, mais il est complètement perdu », dit son ex-compagne. En octobre, Dounia se résout à déposer une main courante, de crainte qu’Ahmed n’emmène leurs enfants.
« Cellules de suivi »
Ce réflexe un peu tardif vaut à la jeune femme de se retrouver, en cette matinée de décembre, dans les locaux de la « cellule de désembrigadement », une structure expérimentale créée dans un discret appartement de Seine-Saint-Denis par la Maison de la prévention et de la famille.
Cette association a été missionnée début octobre par la Préfecture de police de Paris pour suivre les parcours d’individus radicalisés, accompagner leurs familles et gérer des cas de djihadistes rentrés de Syrie. Ce projet pilote constitue le dernier rouage du dispositif de lutte contre la radicalisation articulé autour du numéro vert instauré fin avril par le ministère de l’intérieur.
Conscient que la seule réponse répressive n’était pas à même de résoudre le phénomène des départs en Syrie, la Place Beauvau a demandé aux préfectures de créer des « cellules de suivi », chargées de traiter les signalements centralisés par la plate-forme téléphonique. La Préfecture de police de Paris, en pointe sur le sujet, a organisé sa cellule autour de différents acteurs institutionnels, qui se réunissent chaque mois pour orienter les dossiers selon l’intensité du danger.
Déterminer « les failles sociales, familiales »
Les cas les plus sensibles sont traités par la justice, mais la grande nouveauté du dispositif réside dans son volet préventif, que trois partenaires sont chargés de mettre en musique par la Préfecture. L’Association de défense des familles et des individus, spécialisée dans les dérives sectaires, se concentre sur l’accompagnement des familles. Un hôpital psychiatrique « traite » les cas de radicalisés psychologiquement instables.
La « cellule de désembrigadement » mise en place par la Maison de la prévention et de la famille suit de son côté vingt-sept dossiers selon une approche pluridisciplinaire mêlant soutien psychologique, réponse sociale et – aspect le plus sensible dans un pays de tradition laïque – approche cultuelle.
Le premier volet de cette méthode de désembrigadement entend dresser un profil de l’individu à travers le récit de ses proches, afin de déterminer la « faction » religieuse qui l’a embrigadé et ses « failles sociales, familiales ou psychologiques », explique Sonia Imloul, fondatrice de la Maison de la prévention et de la famille. Cette étape permet de faire remonter des notes détaillées à la préfecture sur le « parcours de radicalisation » de l’intéressé. Et de personnaliser la stratégie à adopter.
« On est sorti d’une approche uniquement policière »
La deuxième phase du processus a été plus difficile à admettre par les autorités. Parmi les médiateurs employés par la cellule figure un salafiste quiétiste, partisan d’une lecture rigoriste de l’islam, mais opposé au djihad armé. Il est chargé d’aborder la personne radicalisée aux abords des mosquées, pour la rapprocher d’une lecture plus saine des textes en la mettant si nécessaire en relation avec des imams.
« Les radicalisés ne font confiance qu’à ceux qui leur ressemblent, du moins physiquement », explique Sonia Imloul. La cellule a donc pris le parti de jouer de ces ressemblances pour exploiter les tensions entre factions religieuses : les salafistes quiétistes et les « tabligh » – des prédicateurs qui n’appellent pas au djihad – sont en concurrence avec les « takfiri », qui légitiment la violence pour imposer la charia. Le médiateur quiétiste employé par la structure, rompu aux techniques d’embrigadement, s’appuie sur son apparence et sa connaissance de l’islam pour « retourner » les radicalisés.
Cette approche cultuelle explique le retard pris par la France dans son travail de déradicalisation. « La lenteur de la réponse française, par rapport à la Grande-Bretagne ou au Danemark, est liée à la laïcité », explique Pierre N’Gahane, secrétaire général du comité interministériel de lutte contre la délinquance, l’un des architectes du dispositif de lutte contre la radicalisation instauré par le ministère de l’intérieur. « Où mettre le curseur entre fondamentalisme et radicalisme violent ? Comment s’immiscer dans les croyances personnelles sans tomber dans le piège de distinguer le bon du mauvais musulman ? »
Lire aussi : Au Danemark, on accueille « à bras ouverts » les djihadistes qui reviennent
Si ces questions ont longtemps inhibé la réponse de l’Etat, la nécessité d’intégrer la dimension religieuse est désormais admise. « On est sorti d’une approche uniquement policière, explique-t-on à la Préfecture de police de Paris. La question cultuelle ne résume pas le phénomène de l’embrigadement, mais elle est importante. On a évolué sur ce point, on est devenu plus pragmatique. »
« Resocialisation »
Ce pragmatisme communautaire permet aujourd’hui à la cellule de retourner les techniques d’endoctrinement des djihadistes contre eux. « Les recruteurs ont une approche sociale avant d’être cultuelle, explique Sonia Imloul. Ils séduisent les plus faibles en leur promettant assistance, avant de les emmener dans leur vision de la religion. On inverse leur méthode : on approche les individus radicalisés par le biais de la religion, avant de leur proposer une solution pour s’inscrire dans la société. »
Cette tentative de « resocialisation » de l’individu constitue le dernier volet du travail de déradicalisation. « Quand on a fait redescendre sur terre un radicalisé, qu’est-ce qu’on lui propose ? Il faut combler le vide », poursuit Sonia Imloul. Selon les profils, la cellule, qui est en contact avec le rectorat, Pôle emploi ou le service pénitentiaire d’insertion et de probation, aidera l’individu à reprendre des études, à suivre une formation, à passer son permis de conduire ou à trouver un travail.
A ce jour, un cas, le premier pris en charge par la cellule de Sonia Imloul, donne des signes encourageants de rémission. G., un jeune délinquant de 22 ans radicalisé en prison, avait annoncé sa volonté de partir en Syrie, ce qui n’avait pas manqué d’inquiéter sa mère. Il suit aujourd’hui une formation de carreleur et a rencontré une petite amie.

LE MONDE | 29.12.2014

Le patriarche Sako appelle les musulmans à rejeter la doctrine du « takfirisme »

Mgr Louis Sako, patriarche de Babylone des chaldéens, a lancé samedi 17 janvier à Bagdad un appel aux musulmans pour qu’ils rejettent la doctrine du takfir au nom de laquelle l’Etat islamique a tué, déplacé les minorités chrétiennes et non-chrétiennes, notamment dans la plaine de Ninive.

S’exprimant dans le cadre d’une conférence organisée par le Centre Irakien pour la diversité (Iraqi Center for diversity management, ICDM), le patriarche catholique a souligné que le terrorisme n’est pas la cause principale du déferlement de la barbarie sur l’Irak. Sous le couvert de la religion, c’est « l’idéologie » du takfirisme qui menace les populations de la région, spécialement les minorités religieuses.

Le takfirisme est un courant islamiste radical jetant l’anathème (takfir) sur des musulmans identifiés ainsi comme mécréants ou apostats, lesquels sont alors passibles de mort.

Responsabilité des médias

Mgr Sako a appelé les musulmans à « prendre l’initiative d’une campagne rejetant toute discrimination sectaire pour démanteler radicalement cette idéologie ». Le patriarche des Chaldéens, rappelant que les minorités d’Irak ont « partagé le sel et le pain, le doux et l’amer » avec les musulmans depuis des siècles, propose aux musulmans de « construire un islam ouvert et éclairé » en « réinterprétant les textes », en particulier ceux qui « conduisent les jeunes à faire usage de la violence au nom de la religion », en « revoyant les pratiques de prédication dans les mosquées ».

Le patriarche des Chaldéens souhaite « promouvoir une culture reconnaissant les autres comme des frères, des concitoyens et des partenaires à part entière », et de bannir tout sectarisme.

Mgr Sako a également fait allusion aux récents événements en France en dénonçant la responsabilité des médias. « Il est urgent qu’ils informent en respectant la religion » a-t-il souhaité alors que des journaux, dans le monde entier, ont publié les caricatures de Charlie Hebdo.

La Croix du 19.01.2015

 




En Islam, la représentation de Dieu est interdite, non celle de son prophète

Contrairement à une opinion très répandue, chez les musulmans comme ailleurs, le Coran n’interdit pas la figuration du prophète Mohammed mais seulement celle de Dieu.

C’est le développement du culte autour de sa personne qui a conduit à étendre l’interdit pesant sur la représentation de Dieu.

Quelle est l’histoire ?

Avec l’interdit posé par le Décalogue – dont l’islam a hérité –, le judaïsme rompt avec l’habitude établie jusque-là de représenter les dieux, aussi bien dans la peinture que la sculpture. Les spécialistes y voient le noyau voire l’essence même du monothéisme : « Il n’y aura pas pour toi d’autres dieux devant ma face ».

De cette interdiction juive qu’il a reprise, l’islam ne s’est jamais écarté en ce qui concerne Allah. Mais, selon les lieux et les époques, il a été « tenté de l’étendre, mais pas partout ni toujours, à la figuration du prophète voire à celle de tous les prophètes », écrit le P. François Boespflug, dans « Le Prophète de l’islam en images : un sujet tabou ? » (Bayard, 2013).

Que disent les textes de l’islam sur la représentation de Dieu ?

À la différence de la Bible, le Coran ne porte pas d’interdiction explicite des images de Dieu. Il ne condamne explicitement que les idoles pré-islamiques et toute autre forme d’idolâtrie. L’interdit semble relever du consensus de la communauté (ijmâ), constate le P. Boepsflug, qui y voit moins « affaire de discipline que l’effet d’une sorte d’évidence ». Et le résultat de l’idée même de Dieu en islam : un Dieu « impénétrable », « opaque », comme « une forteresse sans portes ni fenêtres », selon les métaphores employées par les musulmans, dont rien – ni Jésus bien sûr, mais pas même Adam – ne sont « à la ressemblance ».

Qu’en est-il de la représentation du Prophète ?

Le Coran n’interdit en rien la figuration du prophète Mohammed. « Seule la représentation de Dieu est interdite », ne cesse de rappeler l’imam de Bordeaux, Tareq Oubrou. Mais, ici ou là, selon les époques, l’islam a eu la tentation d’étendre cet interdit pesant sur la représentation de Dieu à son prophète, Mohammed.

D’abord en raison d’une « méfiance » croissante envers les images en général, et notamment celles « représentant des êtres vivants ayant un souffle vital (rûh) », c’est-à-dire êtres humains et animaux donc. Méfiance exprimée notamment par les hadith, ces faits et gestes prêtés au prophète Mohammed ou à ses compagnons, mis par écrits et collectés deux siècles plus tard. Même si l’image est loin d’en être un thème central, plusieurs hadiths reprochent à « ceux qui fabriquent des images (…) de vouloir se comparer au Créateur », écrit Vanessa van Renterghem, spécialiste d’études arabes à l’Institut français du Proche-Orient, dans un article sur « La représentation figurée du prophète Mohammed ». Certains de ces écrits sont même plus « ouvertement hostiles aux images », affirmant ainsi « qu’une maison qui en abrite ne sera jamais visitée par les anges »…

Ensuite en raison d’une « sacralisation progressive » du prophète Mohammed. Une évolution notable, liée à un « changement de la société » à la fin de la dynastie omeyyade, rapporte l’historienne et professeur en études arabes, Jacqueline Chabbi, alors que celle-ci, constituée désormais majoritairement de convertis, souhaite se doter de « règles pratiques de vie ».

Pourtant, rappelle Vanessa van Renterghem, « parmi les figures humaines représentées par des artistes du monde musulman, celle de Mohammed ne semble pas, dans un premier temps, avoir constitué une exception notable ».

L’ouvrage du P. Boespflug présente d’ailleurs « un échantillon » de vingt représentations du prophète Mohammed, provenant toutes de pays ou de milieux musulmans » (Iran, Afghanistan, Turquie etc.). Preuve que, tout au long de l’histoire de l’islam, celui-ci a été représenté dans des manuscrits, sous la forme d’enluminures mais aussi parfois d’images « sinon dévotionnelles, du moins catéchétiques ». Son visage est parfois dévoilé, tantôt recouvert d’un linge blanc qui dissimule ses traits, parfois entouré d’un nimbe circulaire (emprunté à l’art chrétien) ou en forme de gerbe de flammes (inspiré de l’art bouddhiste et/ou chinois).

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Plus que le Coran, les hadiths expliquent donc largement cette méfiance vis-à-vis des images figuratives et cette « sacralisation » progressive du prophète. C’est sur cette tradition du Prophète que s’appuient généralement les courants fondamentalistes – comme le wahhabisme, en Arabie saoudite –, jusqu’à la faire prévaloir sur le Coran.

En introduction de son livre, le P. Boespflug souligne donc la nécessité de « mener la lutte contre une mémoire tronquée de l’islam et une amputation de sa tradition », et appelle « les croyants musulmans cultivés, et/ou les islamologues (à) publier un livre de référence à ce sujet ».

Lire aussi  : « Plus votre rapport au religieux est argumenté et moins vous craignez la caricature »

« Il fut un temps où artistes comme public musulmans considéraient la production et la contemplation de portraits de leur prophète comme une expression de leur dévotion, et non comme une pratique blasphématoire réservée aux seuls détracteurs de l’islam », rappelle également Vanessa van Renterghem.

Les nombreuses condamnations venues du monde musulman concernant la nouvelle « une » de Charlie Hebdo montrent toutefois la sensibilité du sujet. Même si, outre la représentation en elle-même du prophète de l’islam, les caricatures répétées du journal satirique posent la question du respect dû à cette religion et à ses fidèles.

La Croix du 20.01.2015

Les activités des institutions ecclésiales du Niger suspendues jusqu’à nouvel ordre

Les évêques du Niger ont publié un communiqué, mardi 20 janvier, informant « tous ceux qui travaillent dans les institutions de l’Église catholique » que « suite au saccage et au pillage des églises et infrastructures » ecclésiales, ainsi que « la profanation de nos lieux de culte, spécialement dans les régions de Zinder, Maradi et Niamey, et au regard de la situation d’insécurité dans notre pays, (…) toutes les activités – écoles, centres de santé, œuvres caritatives et de développement… – sont suspendues jusqu’à nouvel ordre. »

« Cette mesure nous permettra de prier et de lire, dans la sérénité, les événements douloureux que nous venons de subir », poursuit le communiqué signé de Mgr Laurent Lompo, archevêque de Niamey, Mgr Michel Cartatéguy, archevêque émérite de Niamey, et Mgr Ambroise Ouedraogo, évêque auxiliaire de Niamey.

« Apparemment, la tragédie est terminée »

« Tout est calme aujourd’hui. Apparemment, la tragédie est terminée », témoignait lundi 19 janvier dans la soirée Joseph Aboubacar, catéchiste et enseignant dans une école catholique de Niamey, qui avait dû se cacher pour échapper à un lynchage. Selon lui, « les manifestants ont brandi le drapeau de Boko Haram à Zinder ». « Ceux qui ont commis ces actes sont en majorité jeunes, raconte encore Joseph Aboubacar. Ils ont détruit et tué avec une violence inouïe, indescriptible, pillant, volant et incendiant tout sur leur passage : bâtiments, documents, Bibles, chiens… Les deux chiens du curé de Saint-Paul (paroisse de Niamey, NDLR) ont été jetés dans le feu. »

Boubacar Seydou Touré, secrétaire général de l’Association islamique du Niger, a condamné, lundi 19 janvier les violences antichrétiennes, au cours desquelles 45 églises ont été incendiées, ces derniers jours dans le pays. Le directeur de la Grande mosquée de Niamey, la capitale du Niger, a estimé sur Radio France internationale (RFI) que la Une de Charlie Hebdo représentant le prophète Mohammed était « une provocation insupportable » pour les musulmans. Il a néanmoins déclaré que les violences de ces derniers jours étaient tout aussi « contraires à l’islam », soulignant que ces actes étaient le résultat « d’une mauvaise connaissance de la religion musulmane et d’une mauvaise compréhension de cette dernière ». Le dignitaire musulman a rappelé qu’il ne fallait pas « rendre le mal par le mal ». Boubacar Seydou Touré a préconisé l’intégration de l’enseignement de l’islam dans les écoles et la mise en place de programmes de sensibilisation.

Condamnation du CRCM de Rhône-Alpes

En France, le conseil régional du culte musulman (CRCM) de Rhône-Alpes a publié un communiqué mardi 20 janvier, condamnant « avec la plus grande fermeté les attaques des églises en Afrique et les incendies causés par les émeutes anti-Charlie au Niger. »

Citant le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, qui a « défendu la liberté d’expression et a bien déclaré aux médias que le blasphème ne doit pas heurter la sensibilité et la foi des autres », et le pape François, qui a lui aussi « défendu la liberté d’expression tout en estimant qu’il n’était pas bon de provoquer les autres en insultant leur foi, faute de quoi une réaction est à attendre », le CRCM de Rhône-Alpes a déclaré qu’il n’était « pas tolérable de voir brûler les drapeaux français », tout en appelant « le Journal Charlie hebdo à prendre ses responsabilités sachant que la continuité du blasphème ne fait qu’alimenter la haine et la violence ».

La Croix du 20.01.2015




Et si le basculement dans le djihadisme était une «affaire de secte»?

Faut-il analyser les basculements dans le djihadisme comme des dérives sectaires?

Faut-il analyser les basculements dans le djihadisme comme des dérives sectaires? Un rapport l'affirme, des parlementaires le pensent, mais des spécialistes des sectes avancent avec prudence sur cette question qui mêle confusément radicalisation islamiste et endoctrinement.
«Rien à voir avec l'islam»
A l'instar des principaux responsables musulmans français, l'anthropologue du fait religieux Dounia Bouzar estime que le ralliement au groupe État islamique (EI) n'a que peu à voir, sinon rien, avec l'islam.
Elle lit ces processus sous l'angle de l'analyse des sectes, comme l'indique le nom du Centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI) qu'elle a fondé. Son dernier rapport fait état de jeunes partis ou qui «voulaient partir en Syrie sans qu'aucune pratique religieuse ne soit décelée la veille», quand, pour d'autres, le passage par une mosquée n'était là que pour «renforcer l'alibi religieux de leur endoctrinement».
Un «effet sectaire»
«Lorsqu'un discours religieux conduit l'individu à la rupture - sociale, sociétale, familiale... - allant jusqu'à le priver de ses droits les plus fondamentaux, on peut parler d'"effet sectaire"», écrit la directrice du CPDSI. Tout en reconnaissant que les 160 familles étudiées, suffisamment insérées pour faire appel à ses services, ne constituent pas un échantillon représentatif des quelque 1.130 Français impliqués, selon les autorités, dans des filières djihadistes.
Professeur à Sciences Po, Jean-Pierre Filiu considère les groupes djihadistes en eux-mêmes plutôt que les chemins qui y mènent, mais ne dit pas autre chose. «Il y a d'abord la certitude d'appartenir à une élite auto-proclamée, sous l'autorité d'un gourou-calife, dont le dogme est diffusé sur les réseaux sociaux. Il y a ensuite la violence prioritairement exercée à l'encontre des «mauvais musulmans», c'est-à-dire de tous ceux qui ne suivent pas les prescriptions de la secte, imposées par la terreur. Il y a enfin le fonctionnement totalitaire avec déprogrammation/reprogrammation de l'individu, qui est coupé de son environnement social et culturel pour être refaçonné par la secte», explique-t-il.
«Centres de désendoctrinement»
A droite comme à gauche de l'échiquier politique, la grille d'analyse sectaire fait recette. La députée UMP Valérie Pécresse estime que les djihadistes qui reviendront en France devront être accueillis en «centres de désendoctrinement» plutôt que dans des prisons de droit commun, tandis que le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone (PS), évoque une «affaire de secte» à propos de ces «jeunes très individualistes qui se sont radicalisés devant leur ordinateur».
Quant à Georges Fenech (UMP), il souhaite un plan national de prévention contre l'endoctrinement djihadiste sous l'égide de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qu'il a présidée de 2008 à 2012.
La Miviludes ne découvre pas ces questions, sur lesquelles elle travaille d'ailleurs en partenariat avec le CPDSI, en formant des acteurs de terrain (travailleurs sociaux, professionnels de la Protection judiciaire de la jeunesse, etc.).
«Pas être une dérive sectaire comme une autre»
Mais son président Serge Blisko se garde de toute déclaration tranchée sur le sujet. «Qu'il y ait dérive sectaire, oui, mais ça ne me semble pas être une dérive sectaire comme une autre. Elle est assez différente: elle touche des gens très jeunes, des adolescents voire des préadolescents - ce qui est rare - ne comporte pas d'exigence financière mais une exigence de rupture familiale et de vie», souligne cet ancien député socialiste.
L'historien des mouvements religieux contemporains Jean-François Mayer, lui, ne craint pas spécialement les «analogies» entre basculement djihadiste et dérive sectaire, mais redoute qu'on en fasse un «modèle explicatif», ce qui serait «réducteur». «Il apparaît que beaucoup de gens se sont radicalisés tout seuls sur internet. Il ne s'agit pas d'une sorte de recruteur qui serait venu à la rencontre de chaque cas», fait valoir ce spécialiste.
En outre, ajoute-t-il, «nous ne sommes pas face à Aum qui répand du gaz sarin dans le métro japonais et que personne ne soutient, à part des désaxés. L'État islamique joue indéniablement sur des milieux qui, dans différents pays, ont des sympathies pour certaines de ses thèses...»

http://www.20minutes.fr/societe/1484267-20141119-si-basculement-djihadisme-affaire-secte


Jihad, "les jeunes n’en sortiront pas" pour Fenech (UMP)

Georges Fenech, député UMP du Rhône et ancien président de la Miviludes, mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires était ce matin l’invité de la rédaction de Sud Radio.

Interrogé par Christine Bouillot sur la proposition de Nicolas Dupont-Aignan, qui proposait jeudi 20 novembre sur notre antenne de créer un Guantanamo à la française "comme à Cayenne" pour isoler les jeunes Français de retour du jihad, l’ancien magistrat à réagi : "Je m’inscris en faux par rapport à la proposition de Nicolas Dupont-Aignan, car on sait que les mettre ensemble, c’est créer une émulation. Il faut au contraire les identifier et les isoler, et non pas les mettre ensemble", a réagi l’ancien président de la Miviludes, mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
Du point de vue du droit, cette proposition de créer un centre de détention dédié aux jihadistes est par ailleurs "totalement irréaliste et contraire à tous nos principes juridiques, et à notre constitution", affirme le député.
Pas de justice d’exception pour les jihadistes
Georges Fenech préconise plutôt d'agir en amont, "il faut avant tout empêcher ces Français de partir, c’est ce qu’on a voté de manière très consensuelle à l’Assemblée nationale (...) Et au moment du retour, si l’on peut imputer une infraction, par exemple avoir commis des assassinats à l’extérieur, en Syrie, à ce moment-là, c’est la justice qui est saisie et qui doit décerner un mandat de dépôt", déclare l’ancien magistrat.
"On parle d’un millier d’individus partis en Syrie" signale Georges Fenech, "mais à côté de cela, il existe un plus grand nombre de jeunes qui changent leur comportement en France, des familles qui signalent que le comportement de leur fille a changé, elles se mettent à porter la burqa et refusent de serrer la main à des hommes, il y a une espèce de fascination qui s'exerce par l'intermédiaire via les réseaux sociaux".
Une fois parties en Syrie, "dès leur arrivée, elles sont majoritairement mises enceintes, et quand elles donnent des nouvelles à leurs familles, par téléphone, on voit bien à leur voix, qu’elles ne peuvent pas tout dire. Une fois que l’endoctrinement a eu lieu, on a vraiment des situations dramatiques. C’est mission quasi impossible de les faire revenir, il faut donc faire un effort considérable sur la prévention", affirme le député.
Pour finir, Georges Fenech demande à la presse de "ne pas faire trop de promotion de ces mouvements", et aux pouvoirs publics d’"utiliser au maximum, le nouveau dispositif voté à l'assemblée nationale de blocage de ces sites internet qui font de la promotion" du jihad. "Il faut faire de l’information auprès des jeunes, dans les lycées, dans les familles. Ce genre d’appel au jihad, c’est simplement un appel au crime" explique le député. Selon lui, une fois tombé dans cette propagande, "les jeunes n’en sortiront pas", avertit l'ancien président de la Miviludes.

http://www.sudradio.fr/Actualite/France/Jihad-les-jeunes-n-en-sortiront-pas-pour-Fenech-UMP
21/11/2014


L’académie de Poitiers fait polémique avec son précis anti-radicalisation

Une « démarche isolée », un document « sans doute perfectible » : interrogée sur l’antenne de France 3 Poitou-Charentes, dimanche 23 novembre, la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, aura tout tenté pour minimiserl’impact, désastreux sur les réseaux sociaux, d’un document Powerpoint sur la radicalisation religieuse diffusé par l’académie de Poitiers à ses cadres, et révélé la veille par Mediapart.
En vain : c’est au mieux une « maladresse », au pire une litanie de « clichés racistes » qu’ont dénoncé les internautes en prenant connaissance de ce guide de« prévention de la radicalisation en milieu scolaire » censé apporter outils et conseils aux personnels de l’éducation nationale pour repérer des jeunes à la dérive, en ces temps de départs pour le djihad. Le document ne le revendique jamais explicitement, mais c’est bien de radicalisation islamiste qu’il s’agit.
Si l’académie n’a pas le sens du ridicule, elle a visiblement celui de la synthèse… En une page – sur 14 –, voilà avancés sept « signes extérieurs individuels » de radicalisation, mettant sur le même plan une « barbe longue non taillée »,l’« habillement musulman », le « refus du tatouage » ou encore la « perte de poids liée à des jeûnes fréquents ». Un peu plus loin, ce sont quatre « comportements individuels » qui sont présentés comme des indices : « repli identitaire », « rhétorique politique », « exposition sélective aux médias (avec préférence pour les sites webs djihadistes) » – la mention est entre parenthèses dans le document – et enfin, un « intérêt pour les débuts de l’islam ».
Le document du rectorat de Poitiers sur la radicalisation by LeMonde.fr
Les rédacteurs du document semblent ignorer qu’en application des programmes du collège (2008), un dixième du temps dévolu à l’enseignement de l’histoire en classe de 5e est réservé aux débuts de l’islam – après étude de l’émergence du judaïsme et du christianisme en classe de 6e.
Autre page, autre raccourci : le rectorat de Poitiers s’essaie à un « rappel historique » sur le phénomène de la radicalisation, en assumant les impasses :« Fin des années 1970 : révolution islamique en Iran ». Puis « Fin des années 90 : création d’Al-Qaida, appel au djihad ». Et enfin « Dès 2010 : explosion des conflits au Moyen Orient. Emergence de cellules ». Rien de plus.
Mais c’est la partie du Powerpoint consacrée aux « modes de basculement » qui confine le plus à l’absurde. Il y a là le modèle du « Lancelot », présenté comme étant à la « recherche du sacrifice » ; « Mère Teresa » dont le « départ [se fait]pour la cause humanitaire » ; le « porteur d’eau » à la « recherche d’appartenance à un groupe », le « GI » en quête « de l’affrontement et du combat », enfin« Zeus » qui entend démontrer une « volonté de puissance ». Cette typologie, présentée comme étant celle du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI), pourrait prêter à sourire s’il n’y avait pas l’actualité récente, marquée par l’embrigadement de nombreux jeunes Français en Syrie.
Lire aussi : Les nouveaux visages du djihad français
Le document en livre un recensement : en septembre 2014, il est écrit que 934 individus sont « concernés par le djihad », que 354 sont « sur place » – en Syrie, déduit-on –, que 168 sont « en transit » et 184 « revenus ». Un tableau permet de comparer l’évolution de la situation sur deux années : en 2012-2013, ils n’auraient été que 250 « concernés par le djihad » et 74 « sur place ».
Au rectorat de Poitiers, on refuse de communiquer sur cette « fuite ». « La main a été prise par le ministère de l’éducation nationale qui devrait communiquer sur le sujet incessamment sous peu », explique-t-on dans l’entourage du recteur.
Parmi les chefs d’établissement, le scepticisme est patent. « Dans le cadre du plan national contre la radicalisation lancé au printemps par [le ministre de l’intérieur] Bernard Cazeneuve, l’éducation nationale a été incitée à prendre des initiatives pour accompagner les établissements », rapporte Philippe Tournier, du syndicat SNPDEN-UNSA, majoritaire parmi les principaux et les proviseurs. « Ce document a tout d’un copié-collé ridicule que pourrait fournir un lycéen, et fait, en outre, l’amalgame entre l’expression d’une religion et bascule dans l’intégrisme, estime-t-il. Il montre aussi qu’on manque de ressources, de spécialistes avertis pour faire de la prévention. »
« Appel à la délation »
Dans un communiqué, le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) dénonce le document comme étant d’une part un « appel clair à la délation »,d’autre part une façon de « légitimer les postures et les attitudes visant à stigmatiser systématiquement les musulmans ». Il demande l’ouverture d’une enquête administrative afin de connaître « les auteurs de ces documents et leurs motivations ».
Le Powerpoint incriminé est l’œuvre de l’équipe mobilité de sécurité académique (EMSA), présentée sur le site du rectorat de Poitiers comme « constituée de dix personnes aux profils et compétences complémentaires, issues des ministères de l’éducation nationale, de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales ».Pas des spécialistes de la radicalisation, en somme.
« Pourtant, parmi les chefs d’établissement, l’inquiétude est présente depuis longtemps ; la médiatisation des départs en Syrie n’a fait qu’y mettre une loupe »,conclut M. Tournier. A sa connaissance, les initiatives de prévention en milieu scolaire se limitent pour l’heure à un numéro vert.

Le Monde.fr | 24.11.2014




Engrenage : les jeunes face à l'islam radical

Mardi 3 février de 20:35 à 21:30 sur France 5

Synopsis de Engrenage : les jeunes face à l'islam radical

Nora, Rachel, Samy et Lorie ont 15, 16 et 17 ans. Certains rêvent d'un voyage sans retour pour la Syrie, dans le but d'y faire de l'humanitaire, de devenir la femme d'un jihadiste ou de combattre. D'autres, comme Samy, en sont revenus et témoignent de leur expérience. Quels mécanismes d'emprise sont à l'oeuvre lorsque ces adolescents basculent dans la haine ? Recrutés sur les réseaux sociaux par les terroristes de Daech et du front Al-Nusra, ils sont prêts à rejoindre un pays et une religion dont ils ne savent rien. Le Centre de Protection contre les Dérives liées à l'islam, rempart au sectarisme créé par Dounia Bouzar, aide les familles à soustraire leurs enfants à l'emprise des jihadistes. Une équipe s'est rendue à Strasbourg, auprès des associations locales de prévention du quartier de la Meinau.

La critique TV de télérama du 31/01/2015

On aime beaucoup

Partir en Syrie, pour « accomplir la mission qu'Allah leur a donnée ». Chaque jour en France, des mineurs, fragiles et perméables, se laissent instrumentaliser par le discours radical d'islamistes fanatiques. La réalisatrice Clarisse Féletin a rencontré cinq jeunes Français, âgés de 15 à 17 ans, qui ont tous été endoctrinés : en quête de repères, ces adolescents, issus de familles juive, musulmane, chrétienne ou athée, ont été approchés par Internet. Samy, 15 ans, est parti rejoindre l'Etat islamique en Syrie : il est à ce jour l'un des rares mineurs qui a pu, non sans difficultés, fuir ses geôliers. Nora, 15 ans, rêvait d'« aider les plus pauvres » : elle s'est retrouvée séquestrée à Alep. Malgré son désir de rentrer et l'aide de son frère Fouad, elle est encore entre des mains terroristes. Boulanger, athée, Denis a découvert l'endoctrinement de sa fille Kathie par son compte Facebook.

Remarquable, cette enquête décrypte les étapes de la radicalisation, toujours vécue dans le plus grand secret : il faut entendre les chuchotements de Rachel téléphonant à son « gourou-fiancé » pour ressentir la puissance d'un lavage de cerveau digne des pires techniques sectaires : son interlocuteur alterne séduction amoureuse (« tu es une perle ») et ordres sans appel (« quand tu bâilles, mets ta main devant la bouche, sinon y a le diable qui rentre ! », « augmente ta foi »).

Par-delà les images de propagande et les théories complotistes, le film s'interroge sur le dispositif de prévention à mettre en place en France. Débordée par le nombre de familles appelant à l'aide, l'équipe de Dounia Bouzar (1) mène un travail unique. Tout comme le collectif d'associations Ne touchez pas à nos jeunes !, dans le quartier de la Meinau, à Strasbourg. Hors de toute vision simplificatrice, un documentaire essentiel sur ce sujet. — Emmanuelle Skyvington

Prochaines diffusions TV de l'émission Engrenage : les jeunes face à l'islam radical

Engrenage : les jeunes face à l'islam radical

mardi 03/02/2015 à 20:35 sur France 5 Ajouter ´ mes alertes
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mercredi 04/02/2015 à 21:55 sur La Une Ajouter ´ mes alertes
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ISLAMOPHOBIE


Des moquées prises pour cible depuis mercredi


Depuis l’attaque mercredi 7 janvier contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo, qui a fait 12 morts, une série d’actes, notamment contre des lieux de culte musulman, ont déjà été signalés.

Une tête de porc et des viscères ont été découverts, accrochés à la porte d’une salle de prière musulmane, vendredi 9 janvier au matin à Corte (Haute-Corse), a indiqué la gendarmerie. Une lettre, qui n’a pas été ouverte, a également été retrouvée sur les lieux et a été remise à la gendarmerie chargée de l’enquête.

Coups de feu et inscriptions

Quatre coups de feu ont été tirés dans la nuit de jeudi 8 à vendredi 9 décembre sur la façade d’une mosquée de la commune tarnaise de Saint-Juéry, proche d’Albi, où les responsables du lieu de culte ont porté plainte. On ne compte pas de blessé, personne ne se trouvant à l’intérieur du local dans la nuit. L’acte n’a pas été revendiqué et aucune inscription n’a été relevée sur place. L’agression aurait eu lieu vers 23 heures, selon des témoignages recueillis par la police auprès de voisins faisant état de bruits sourds. « Nous avons recueilli la plainte du responsable de l’association. Les projectiles retrouvés sur place, placés sous scellés, vont être transmis à un laboratoire pour analyses », a précisé l’officier de police.

Jeudi 8 janvier, au Mans (Sarthe), trois grenades d’exercice, dites grenades à plâtre, ont été lancées contre une mosquée. Dans l’Aude un ou plusieurs coups de feu de « pistolet à grenaille » ont été tirés en direction d’une salle musulmane à Port-la-Nouvelle. À Villefranche-sur-Saône (Rhône), une explosion s’est produite devant un snack kebab jouxtant la mosquée de la ville.

Une circulaire demande de recenser les actes islamophobes

À Poitiers, un homme a été interpellé après avoir inscrit « Mort aux Arabes » sur le grand portail de la mosquée. Fortement alcoolisé, il a dit avoir été « bouleversé » par l’attentat et s’est excusé. Enfin, à Mâcon, des inscriptions à la peinture rouge « Islam on va vous niquer – Charlie » ont été tracées le long d’une artère de la ville

En revanche, l’incendie d’une mosquée à Aix-les-Bains (Savoie), survenu dans la nuit de jeudi à vendredi et qui a provoqué l’émoi ou la colère d’utilisateurs de réseaux sociaux, est très probablement d’origine accidentelle, d’après la préfecture.

Jeudi 8 janvier, la chancellerie a diffusé une circulaire demandant aux juridictions de faire remonter les signalements d’actes islamophobes qui pourraient survenir après l’attentat sanglant contre le journal Charlie Hebdo. Ces signalements seront centralisés à la Direction des affaires criminelles et des grâces.
 

La Croix du 09.01.2015

En Allemagne, les Églises face à l’islamophobie
Près de 18 000 personnes se sont réunies, comme chaque semaine, lundi 5 janvier, à l’occasion d’une manifestation « contre l’islamisation de l’Allemagne et de l’Occident », à Dresde.
Les représentants des Églises catholique et protestante rappellent, eux, l’importance du dialogue entre chrétiens et musulmans pour dépasser les peurs qui parcourent la société allemande.
Les Églises catholique et protestante, la communauté juive et des organisations musulmanes allemandes font front commun contre l’intolérance. Alors que le mouvement islamophobe des « patriotes européens contre l’islamisation de l’occident » (Pegida) prend de l’ampleur depuis plusieurs semaines dans le pays, les responsables religieux appellent d’une même voix à des « contre-manifestations », qui ont réuni 4 500 personnes le 22 décembre à Dresde, tandis que 17 500 répondaient à l’appel de Pegida. Dans le même temps, 400 personnes se sont rassemblées dans l’église protestante de la Sainte-Croix pour une prière œcuménique pour la paix.
L’« indispensable » dialogue interreligieux
Dans ce contexte, la Conférence épiscopale allemande insiste sur le caractère « indispensable » du dialogue interreligieux. Dans le diocèse de Rottenburg, une rencontre annuelle a lieu, depuis 2005, entre l’évêque et des représentants d’associations musulmanes.
L’an dernier, ils ont rappelé qu’aucune religion ne pouvait justifier des actes de violence. Aujourd’hui, dans ses vœux, Mgr Gebhard Fürst devait encourager la solidarité avec les réfugiés et condamner toute tentative de miner la confiance entre chrétiens et musulmans.
« Reconnaissance de l’autre et respect de chacun »
Le 24 décembre, Mgr Ludwig Schick, archevêque de Bamberg, a lui aussi appelé au dialogue interreligieux en soulignant le sens de Noël : une fête qui « bâtit des ponts entre Dieu et les hommes, entre les peuples et entre les cultures ».
Tout en souhaitant que puissent être évoquées les atrocités commises par des groupes islamistes et les craintes qu’elles suscitent, il a souligné que considérer que « l’Allemagne et l’Europe doivent se sauver » du péril islamiste est un mauvais point de départ pour une discussion ouverte.
« Sans reconnaissance de l’autre et respect de chaque individu, il n’y a pas de cohabitation », a de son côté estimé le président de la Conférence épiscopale et archevêque de Munich, le cardinal Reinhard Marx.
Le chef de l’Église protestante refuse de « diaboliser » Pegida
Le président de l’Église protestante, Heinrich Bedford-Strohm, considère lui aussi que « le dialogue interreligieux est la meilleure protection contre les préjugés ». « Il est évidemment toujours plus facile de projeter des peurs sur ce que l’on ne connaît pas, a-t-il relevé dans un entretien au quotidien Tageszeitung paru le 22 décembre. J’observe à l’inverse, dans mon environnement, (…) les chrétiens et les musulmans vivre ensemble de façon naturelle et paisible et s’inviter mutuellement à leurs célébrations religieuses. »
« Quand la prétendue culture chrétienne de l’Occident est utilisée pour justifier des paroles xénophobes, racistes et dédaigneuses, c’est le contraire de la chrétienté », a-t-il déclaré en référence au mouvement Pegida, tout en appelant au « dialogue » avec les manifestants, qu’il refuse de « diaboliser ».

La Croix du 06.01.2015


Allemagne : mobilisation record « contre l'islamisation », et contre-manifestations
Dresde a connu lundi 6 janvier un nouveau record de mobilisation « contre l'islamisation de l'Allemagne et de l'Occident » : près de 18 000 personnes se sont réunies à l'appel d'un mouvement se faisant appeler les « Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident » (Pegida).
Défiant l'appel de la chancelière Angela Merkel à rejeter ces rassemblements « racistes » qui ont lieu chaque lundi depuis début octobre, les manifestants ont de nouveau scandé « Wir sind das Volk ! » (« Nous sommes le peuple ! »), un slogan naguère entonné par les manifestants contre le régime de la RDA, peu avant la chute du Mur de Berlin.
Mais cette mobilisation record s'est cette fois heurtée à de nombreux contre-rassemblements dans plusieurs villes du pays.
RAPPORT DE FORCE INVERSÉ
A Dresde, quelque 3 000 contre-manifestants s'étaient rassemblés notamment à l'initiative d'un collectif d'associations baptisé « Dresde pour tous ». « Venez, on va parler ! Attaquons-nous vraiment aux problèmes ! », martelaient-ils. Dans le reste du pays, le rapport de force entre partisans et détracteurs de Pegida était même inversé.
A Cologne, « quelques milliers » d'individus ont fait face à « quelques centaines » de personnes dénonçant l'« islamisation ». Les ponts sur le Rhin, l'hôtel de ville et l'emblématique cathédrale avaient été éteints en signe de protestation contre Pegida. |
Ainsi à Rostock, autre ville d'ex-RDA, ce sont les opposants au mouvement qui se sont fait entendre, scandant en particulier « Willkommen im Abendland ! » (« Bienvenue en Occident ! »).
A Cologne (dans l'ouest), « quelques milliers » d'individus ont fait face à « quelques centaines » de personnes dénonçant l'« islamisation ». Les ponts sur le Rhin, l'hôtel de ville et l'emblématique cathédrale avaient été éteints en signe de protestation contre Pegida. L'église catholique a expliqué qu'elle militait contre les discriminations, pour la liberté religieuse et ne voulait pas « offrir de beau décor » à ce mouvement. « Critiquer l'islam, oui, mais la haine de l'étranger, c'est inhumain », pouvait-on lire sur une banderole des contre-manifestants.
« EUROPÉENS CONTRE LA CRÉTINISATION DE L'OCCIDENT »
A Berlin, environ 300 militants anti-« islamisation » s'étaient réunis aux abords de l'hôtel de ville tandis que quelque 5 000 contre-manifestants, selon l'agence de presse allemande DPA, se sont dirigés vers la porte de Brandebourg, parmi lesquels le ministre fédéral de la justice, Heiko Maas. Il avait récemment qualifié les manifestations de Pegida de « honte pour l'Allemagne ». L'éclairage du bâtiment symbole de la capitale allemande avait, lui aussi, été coupé.
Dans les villes de Munster (nord-ouest, 10 000 personnes), Stuttgart (sud, 8 000) ou encore Hambourg (nord, 4 000), les anti-Pegida s'étaient également mobilisés. Dans cette dernière ville, la manifestation avait été organisée par un collectif baptisé « Européens tolérants contre la crétinisation de l'Occident » (Tegida).
Le mouvement Pegida affirme refuser « l'islamisation » de la société allemande, s'opposer aux djihadistes ou aux étrangers qui refuseraient de s'intégrer. Ses cibles : l'islam, les étrangers, les médias (« tous des menteurs »), les élites politiques, le multiculturalisme, etc., qui dilueraient la culture chrétienne allemande.
Dans son allocution du Nouvel An, Angela Merkel a appelé ses compatriotes à ne pas participer à ses manifestations, estimant qu'elles étaient organisées par des gens au « cœur » rempli de « préjugés » et de « haine ».

Le Monde.fr avec AFP | 06.01.2015

Le Bien Public du 10.01.2015

Les évêques allemands s’efforcent de comprendre, mais critiquent les « anti-islam » de Pegida

Alors que le mouvement allemand des « patriotes européens contre l’islamisation de l’occident » (Pegida) a attiré 25 000 personnes, lundi 12 janvier à Dresde (est), les évêques allemands ont dénoncé ces marches tout en essayant de comprendre les craintes collectives qui en sont à l’origine.

L’évêque de Dresde, Mgr Heiner Koch, a rejoint une marche anti-Pegida qui a rassemblé 35 000 personnes, samedi 10 janvier. Pour autant, le porte-parole du diocèse de Dresde explique à Catholic News Service (CNS)que « les évêques allemands ne peuvent pas se contenter de rejeter les partisans des marches “anti-islamisation” en les qualifiant d’extrémistes. »

Un sondage réalisé pour la télévision publique ZDF a attesté que « seulement 17 % des Allemands interrogés jugent positivement le mouvement Pegida, 74 % le désapprouvent. » La chancelière Angela Merkel a fait part de son hostilité envers Pegida mais elle a dit aussi comprendre les inquiétudes de ses compatriotes sur l’immigration dans une interview du quotidien FAZ.

Seuls les sympathisants du parti anti-euro AfD sont à contre-courant, puisque 70 % d’entre eux expriment leur soutien à Pegida d’après l’AFP.

L’Église condamne le mouvement mais cherche le dialogue

Michael Baudisch, un autre porte-parole du diocèse de Dresde, a déclaré à CNS : « Ce mouvement est appelé à se développer et l’Église catholique elle-même s’en détache totalement. » L’Église a vivement critiqué l’utilisation par les manifestants du symbole de la croix comme arme politique. Les évêques ont déploré ce détournement qui va à l’encontre des valeurs chrétiennes.

Michael Baudisch a appelé néanmoins au dialogue en affirmant à CNS : « Nous devons parler aux personnes impliquées, pour soigner les frustrations sur le processus politique et leur sentiment de ne pas avoir de chance dans la vie. Plutôt que de simplement les qualifier d’extrémistes, nos évêques pensent que nous devons tenir compte de leurs opinions et de leurs objectifs. »

La Croix du 16.01.2015

Allemagne : le leader du mouvement anti-islam Pegida se met en retrait

Lutz Bachmann, fondateur du mouvement anti-islam des Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident (Pegida), a démissionné de ses fonctions, mercredi 21 janvier. En cause, la révélation le matin même par le quotidien Bild que ce quadragénaire avait posté sur Facebook une photo de lui grimé en Hitler et traitait les étrangers de « bétail » et de « bâtards ». Pour un mouvement qui était à la recherche d'une certaine respectabilité, et se défendait d'être raciste, ces révélations tombaient on ne peut plus mal.

Lire notre visuel interactif : A Dresde, berceau du mouvement Pegida contre « l'islamisation de l'Europe »

Interrogé par Bild, le dirigeant de Pegida a expliqué avoir fait ce cliché « chez le coiffeur » lors de la parution de la version audio d'un ouvrage satirique sur Hitler, Il est de retour, de l'Allemand Timur Vermes (2012).

Cuisinier reconverti dans la publicité, Lutz Bachmann, natif de Dresde, a fondé Pegida en octobre 2014 pour protester contre l'installation de camps de réfugiés en Saxe. Chaque lundi, il appelait la population à manifester dans les rues de Dresde, une démarche qui rappelait les manifestations pour la démocratie qui ont fait tomber le régime communiste en RDA à l'automne 1989.

40 000 PERSONNES ATTENDUES À LEIPZIG

Au départ, seules quelques centaines de personnes ont répondu à son appel lancé sur Facebook. Mais à partir de décembre, elles étaient plusieurs milliers. Outre des slogans contre les étrangers, les manifestants s'en sont pris à la fois aux « politiciens » et surtout à la presse, qu'ils qualifiaient de « presse mensongère » (« Lügenpresse »), une expression créée par les nazis dans les années 1930.



Le 12 janvier, selon la police, 25 000 personnes avaient participé à la manifestation de Dresde. Comme le rassemblement du 19 janvier a été interdit pour des raisons de sécurité, Pegida avait prévu de se joindre mercredi à une manifestation organisée à Leipzig, la deuxième ville de Saxe, par Legida, la déclinaison locale de Pegida. On attendait 40 000 manifestants mais également environ 60 000 contre-manifestants répartis dans une vingtaine de rassemblements.

BACHMANN PLUSIEURS FOIS CONDAMNÉ

Mercredi soir, nul ne pouvait dire si Pegida survivrait au retrait de son fondateur. Celui-ci était de toute façon en difficulté. Déjà condamné pour divers délits à trois ans et huit mois de prison, il s'était dans un premier temps réfugié en Afrique du Sud pour échapper à la justice. Après son extradition en Allemagne et deux ans de détention, ce partisan de la « tolérance-zéro-pour-les-immigrés-qui commettent-des-délits » s'est fait à nouveau condamner pour la détention de 40 grammes de cocaïne. Il est actuellement en liberté conditionnelle.

Son image était suffisamment mauvaise pour que, le 18 janvier, lors d'un talk-show télévisé très suivi, le premier auquel participait l'organisation Pegida, ce soit la porte-parole du mouvement, Katrin Oertel, et non lui, son fondateur, qui s'exprime. Après les révélations faites par Bild, le procureur avait annoncé lancer une enquête pour « incitation à la haine ».

Pour la petite histoire, ce n'est pas Pegida qui, initialement, a rendu publique la démission de son dirigeant, mais Frauke Petry, une responsable du parti eurosceptique Alternative pour l'Allemagne, ce qui en dit long sur les liens entre les deux organisations. Lors de ses vœux, le 31 décembre, Angela Merkel avait dénoncé les dirigeants de Pegida, qui, disait-elle, incitaient à « la haine », tout en affirmant « comprendre les préoccupations » des manifestants.

Le Monde.fr | 21.01.2015

En Allemagne, Pegida perd son leader

Le mouvement « contre l’islamisation de l’Occident », né en octobre à Dresde, a encore rassemblé 15 000 personnes le 21 janvier à Leipzig.

Il crée un malaise au sein de la classe politique et de la société allemandes, dans un pays où les idées d’extrême droite sont longtemps restées taboues.

Pourquoi Lutz Bachmann s’est-il retiré ?

Lutz Bachmann, le fondateur et principal leader du mouvement allemand des Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident (Pegida), a annoncé sa démission mercredi 21 janvier au soir après la publication, en une du quotidien populaire Bild, d’une photo sur laquelle il apparaît affublé d’une petite moustache et d’une mèche plaquée sur le côté, une référence évidente à Adolf Hitler.

Le leader de Pegida a expliqué avoir pris la photo « chez le coiffeur » en 2012, lors de la parution de la version audio de l’ouvrage satirique sur Hitler, Il est de retour, de Timur Vermes, et l’avoir postée sur Facebook.

Des médias allemands ont également publié des déclarations qualifiant les réfugiés de « bâtards » et de « bétail », et estimant qu’« il n’y a pas de véritables réfugiés fuyant des conflits ».

« Je m’excuse sincèrement pour ces propos irréfléchis que je ne tiendrais plus aujourd’hui », a-t-il déclaré. Une enquête a été ouverte pour incitation à la haine raciale.

Qu’est-ce que Pegida ?

Le mouvement Pegida rassemble chaque lundi à Dresde une foule hétérogène autour de la défense des « valeurs de l’Occident », de la dénonciation d’une presse « menteuse » et d’une classe politique qui aurait cessé d’écouter les citoyens.

En dépit de la présence parmi eux de hooligans et néonazis, les manifestants suivent à la lettre les mots d’ordre des organisateurs, qui mettent un point d’honneur à éviter les débordements et démentent toutes les accusations de racisme et de ­xénophobie.

Inconnu du grand public il y a encore quelques mois, son fondateur Lutz Bachmann, 41 ans, a passé deux ans derrière les barreaux après avoir tenté de fuir en Afrique du Sud. Il est actuellement en liberté conditionnelle à la suite d’une condamnation pour détention de cocaïne.

La proximité du mouvement avec l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti créé en 2013, ne fait plus de doute.

Cette formation initialement opposée au sauvetage de la zone euro flirte désormais avec des idées chères à l’extrême droite, notamment en matière d’immigration, et certaines de ses figures affichent leur soutien à ­Pegida. L’une de ses responsables a commenté la démission de Lutz Bachmann avant même son officialisation.

Quel est l’avenir du mouvement ?

Ces dernières semaines, Lutz Bachmann semblait déjà s’effacer au profit de la porte-parole Kathrin Oertel, une amie d’enfance, au premier rang depuis les premières mobilisations, en octobre.

C’est cette « femme normale » de 37 ans, comme elle se définit, qui était présente dimanche 18 janvier au soir sur le plateau du premier talk-show télévisé auquel participait Pegida. Mercredi, elle a condamné les propos du leader démissionnaire.

Pour certains observateurs, ­Pegida mobilise sur des frustrations et des peurs très profondes qui lui survivront s’il périclite.

La Croix du 22.01.2015

L’évêque de Münster sanctionne un prêtre participant aux manifestations anti-islam

Mgr Felix Genn, évêque de Münster (nord-ouest de l’Allemagne) a interdit de prédication le P. Paul Spätling pour avoir participé et pris la parole au dernier rassemblement des Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident (Pegida), le mouvement anti-islam en Allemagne.

Le 19 janvier dernier, lors d’une manifestation à Duisbourg, le P. Spätling avait vivement critiqué les propos de la chancelière allemande Angela Merkel qui avait déclaré que « l’islam fait partie de l’Allemagne ».

Dossier : L’Allemagne face au mouvement anti-islam

« C’est incroyable que Mme Merkel ait déclaré que l’islam était partie intégrante de l’Allemagne », avait déclaré le prêtre, soulignant que l’Europe n’avait cessé de combattre l’islam pendant 1 400 ans, notamment les Turcs.

Une idéologie « qui n’a pas sa place dans l’Église catholique »

« Il est important de montrer que les catholiques sont de votre côté », avait lancé le prêtre aux manifestants anti-islam avant de marcher aux côtés des manifestants en portant une icône.

« Nous prenons clairement nos distances avec son image complètement déformée du passé et du présent », a déclaré le service de presse du diocèse de Münster, reprochant au prêtre « une animosité envers l’islam » que le diocèse juge « dangereuse ».

À lire > En Allemagne, les Églises face à l’islamophobie

Le communiqué du diocèse souligne en outre que le P. Spätling a abusé de son autorité en tant que pasteur et prêtre, en se référant à une idéologie xénophobe d’extrême droite « qui n’a pas sa place dans l’Église catholique ».

En conséquence, Mgr Genn, se fondant sur le canon 764 du Code de droit canonique, a interdit au P. Spätling de prêcher dans ou hors d’une église.

La Croix du 28.01.2015











 

 

 

 

 

ISRAEL

Les évêques catholiques de la Coordination pour la Terre sainte empêchés de se rendre à Gaza

Les autorités israéliennes ont empêché, ce dimanche, des membres de la Coordination des évêques catholiques pour la Terre sainte de se rendre à Gaza où ils devaient célébrer la messe à la paroisse de la Sainte-Famille et rencontrer les chrétiens. Elles n’ont laissé passer que 10 personnes sur les 40 qui composent la délégation. Dix évêques sur douze ont été refoulés et devaient tenter de s’y rendre hier. Depuis samedi et jusqu’au 15 janvier, la délégation effectue une visite de solidarité avec les chrétiens de Terre sainte. À l’invitation du patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal, elle doit visiter notamment Jérusalem, Gaza, l’agglomération israélienne de Sderot, la vallée de Crémisan menacée dans son intégrité par le projet de construction du mur, la ville d’Hébron et l’hôpital des enfants de Bethléem. Ses membres représentent les conférences épiscopales de 11 pays d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Afrique du Sud. Parmi eux, Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry-Corbeil-Essonne, en France. Le but de cette visite annuelle est d’encourager les chrétiens de Terre sainte, de connaître de près les problèmes vécus par les communautés locales et de définir des programmes de soutien en faveur de l’ensemble de la population.

La Croix du 13.01.2015

Mgr Dubost: « Ce qu’on a vu à Gaza, rien ne peut le justifier »

« Nous avons vu des destructions inimaginables », témoigne Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry (Essonne), qui a pu se rendre à Gaza dimanche, après sept heures d’attente, « pendant lesquelles les autorités, les militaires n’ont cessé de discuter » . Cette visite intervenait dans le cadre d’un voyage de la Coordination catholique pour la Terre sainte, regroupant 15 délégués de Conférences épiscopales de 11 pays, à l’invitation du patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal. Dans le nord de la bande de Gaza, près de la frontière, les maisons de 180 familles ont été rasées au bulldozer ou « explosées » lors de l’opération « Bordure protectrice » qui a suivi l’assassinat de trois adolescents juifs et fait plus de 2 000 morts. « Tout est exactement dans le même état que cet été puisque le ciment ne peut passer la frontière : les Palestiniens ne peuvent rien reconstruire » , constate Mgr Dubost, qui a rencontré les familles de la paroisse de la Sainte-Famille. « Ce qu’on a vu à Gaza, rien ne peut le justifier », résume l’évêque, qui s’est par ailleurs rendu lundi, sans difficulté, dans la localité israélienne de Sderot, régulièrement visée par les roquettes palestiniennes. « Les Israéliens ont raison de vouloir la sécurité, mais la sécurité au prix de la destruction de l’autre ne peut être juste. »

La Croix du 14.01.2015

Mgr Michel Dubost : « Ce qu’on a vu à Gaza, rien ne peut le justifier »

Une délégation d’évêques, de 11 pays différents, est en visite en Terre sainte, du 10 au 15 janvier, à l’invitation du patriarche latin de Jérusalem, Mgr Fouad Twal.

Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry (Essonne), raconte leur passage par la bande de Gaza.

À l’invitation du patriarche latin de Jérusalem Mgr Fouad Twal, la Coordination catholique pour la Terre sainte est venue sur place, du samedi 10 au jeudi 15 janvier, pour sa visite annuelle. Elle réunit 15 délégués de Conférences épiscopales nationales provenant de 11 pays, et tous doivent visiter différents points chauds en Israël, à Jérusalem et dans les Territoires palestiniens occupés.

La délégation devait notamment se rendre à Gaza, dimanche 11 janvier, pour y célébrer la messe à la paroisse de la Sainte-Famille et rencontrer les fidèles au cours d’un déjeuner. Les autorités israéliennes n’ont d’abord laissé passer que 10 membres sur la quarantaine de personnes composant la délégation.

Maisons rasées ou qu’on fait exposer

« J’ai fini par passer, mais au bout de sept heures d’attente pendant lesquelles les autorités, les militaires n’ont cessé de discuter », raconte Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry (Essonne), pour qui « les Israéliens voulaient surtout montrer qu’ils sont les patrons ». Ceux-ci n’ont d’ailleurs fait aucune difficulté, le lendemain, pour laisser la délégation se rendre dans la localité israélienne de Sderot, visée par les roquettes palestiniennes.

« Nous avons vu les destructions, qui sont inimaginables », témoigne l’évêque d’Évry. Au Nord de la bande de Gaza, près de la frontière, les maisons de 180 familles ont été rasées au bulldozer ou « explosées ». Le Catholic Relief Service, l’agence catholique humanitaire américaine, vient d’y installer une quarantaine de petits « chalets », dans lesquels les familles disposent en tout et pour tout de nattes de paille et de quelques matelas de mousse...

« Personne ne nous croit »

Déclenchée après l’enlèvement et de l'assassinat des trois adolescents juifs, l’opération « Bordure protectrice » a fait plus de 2 000 morts, dont 500 enfants, et plusieurs centaines de milliers de sans-abri. « Tout est exactement dans le même état que cet été puisque le ciment ne peut passer la frontière  : les Palestiniens ne peuvent rien reconstruire », constate Mgr Dubost. Dans l’une des trois écoles catholiques de Gaza, les seuls établissements mixtes et qui accueillent 1 000 élèves au total, les évêques ont rencontré des lycéens. « Ils nous ont demandé de raconter dans nos pays ce que nous avons vu, mais en nous prévenant que personne ne nous croirait ».

Les jeunes lycéens se sont également montrés très sensibles aux attentats qui se sont produits à Paris - tueries à Charlie Hebdo, à Montrouge puis dans le supermarché casher de la Porte de Vincennes - sans doute « parce qu’ils se sentent très fragiles face aux attaques islamistes et qu’ils sont payés pour savoir leurs dégâts », estime l’évêque d’Évry.

« C’est un rêve »

À eux comme aux juifs israéliens rencontrés de l’autre côté de la frontière, ils ont demandé si « la paix est possible ». « C’est un rêve », répondent invariablement Palestiniens et Israéliens. « Il y a eu tant de tentatives, tant de destructions qu’il faut vraiment être chrétien pour se dire que cela vaut quand même la peine de reconstruire », reconnaît Mgr Dubost, en soulignant le travail « extraordinaire » des organismes de solidarité catholique pour rétablir l’eau potable. La centrale ayant été bombardée, les Gazaouis n’ont que « quatre heures d’électricité par jour ».

Le curé de Gaza, le P. Jorge Hernandez, que le pape François avait reçu fin août à Rome, a raconté à la délégation qu’il éprouvait parfois l’envie de « prendre deux bus, d’y mettre la centaine de catholiques qui restent et d’essayer de partir ». Mais à chaque fois, il s’est ravisé, convaincu que « c’est notre pays, qu’il faut qu’on reste ».

Voir À Gaza, une situation humanitaire catastrophique

Destruction de l’autre

« Ce qu’on a vu à Gaza, rien ne peut le justifier », résume Mgr Dubost, au nom des évêques de la Coordination en Terre sainte. « Les Israéliens ont raison de vouloir la sécurité, mais la sécurité aux prix de la destruction de l’autre ne peut être juste ».

Les membres de la délégation ont également pu constater à quel point les échecs du secrétaire d’État américain, John Kerry, ont laissé des traces, côté palestinien  : « Le sentiment d’injustice est très profond, car pendant les négociations, les juifs ne cessent de continuer à construire des colonies ».

« Chacun craint l’autre, chacun méprise l’autre, personne ne croit à une solution », constate encore Mgr Dubost, pour qui l’absence de rencontres entre les deux peuples constitue l’un des problèmes majeurs de ce conflit. « Plutôt que de partir du sommet, ne faut-il pas repartir de la base, rouvrir des points de passage  ? Puisque personne n’y croit, nous, chrétiens devons croire à la paix, mais c’est difficile. »

La Croix du 13.01.2015

Israël gèle 106 millions d’euros pour les Palestiniens
Les autorités palestiniennes sont sanctionnées financièrement par Israël pour leur démarche d’adhésion à la Cour pénale internationale (CPI).
Elles étudient aussi la possibilité de présenter un nouveau texte à l’ONU sur la fin de l’occupation israélienne.
La réaction ne s’est pas fait attendre. Quelques heures après le dépôt à l’ONU, le 2 janvier, de la demande d’adhésion palestinienne à la Cour pénale internationale (CPI), Israël a gelé, le samedi 3 janvier, le transfert d’un demi-milliard de shekels (106 millions d’euros) à l’Autorité palestinienne. Une mesure de rétorsion annoncée par le quotidien israélien Haaretz.
Cette somme provient des taxes que les Israéliens sont chargés de collecter pour le compte de l’Autorité palestinienne et qu’ils lui reversent chaque mois.
Ces fonds sont régulièrement utilisés comme un levier de pression par Jérusalem. En 2012 déjà, lorsque les Palestiniens avaient obtenu le statut d’État observateur à l’ONU, Israël avait gelé ces transferts.
Une « punition collective » en guise de réponse
L’État hébreu envisage aussi de poursuivre devant des tribunaux aux États-Unis le président Mahmoud Abbas, l’Autorité palestinienne et « de hauts responsables palestiniens », sans toutefois préciser quand et comment ces poursuites pourraient être lancées, selon un communiqué transmis à l’AFP et attribué à « des sources proches d’un responsable gouvernemental israélien ».
Le négociateur en chef palestinien Saëb Erakat a aussitôt qualifié cette démarche de « nouveau crime de guerre israélien. Ce n’est pas une aumône israélienne au peuple palestinien qu’ils ont gelée, mais notre propre argent, qui est légalement à nous. Une fois de plus, Israël répond à une de nos initiatives légales par une nouvelle punition collective illégale », a-t-il ajouté, assurant que les Palestiniens « ne reculeront pas devant les pressions israéliennes ».
Trois offensives d’Israël concernées
Vendredi 2 janvier, le représentant palestinien auprès de l’ONU, Riyad Mansour, avait présenté aux Nations unies la lettre officielle de demande d’adhésion de la « Palestine » à la Cour pénale internationale. Cette demande doit être examinée par le secrétaire général de l’organisation, Ban Ki-moon, et il doit en avertir les États membres de la CPI dans les soixante jours.
La mission de la CPI étant de poursuivre les auteurs de génocides, crimes contre l’humanité ou crimes de guerre, l’adhésion des Palestiniens à la cour internationale pourrait leur permettre de demander des comptes pour les trois offensives lancées sur Gaza depuis 2008 par Israël. Mais aussi pour l’occupation israélienne. Et donc d’espérer traduire à La Haye plusieurs responsables israéliens.
Huit voix pour, seulement
En plus de cette demande d’adhé¬sion, les Palestiniens étudient la possibilité de présenter un nouveau projet de résolution à l’ONU pour parvenir « à la fin de l’occupation et à l’instauration d’un État de Palestine dans les frontières de 1967 ayant pour capitale Jérusalem-Est ».
Dans la nuit du 30 au 31 décembre, leur texte sur la fin de l’occupation israélienne présenté à l’ONU avait obtenu huit voix (dont celle de la France). Il lui en fallait neuf sur les quinze voix du Conseil de sécurité pour être adopté.

La Croix du 04.01.2015

Les évêques de la coordination pour la Terre Sainte dénoncent le blocus de Gaza

Les évêques de la coordination pour la Terre Sainte ont achevé, jeudi 15 janvier, leur visite en Terre Sainte, durant laquelle ils se sont rendus notamment à Gaza, et dans la vallée de Crémisan. À l’issue de leur visite, ils ont publié un communiqué rappelant qu’ils étaient « venus pour prier et pour offrir (leur) soutien à la communauté chrétienne, pour promouvoir la paix et la dignité humaine dans cette terre divisée. »

La délégation était composée des Allemands Stephen Ackermann et Thomas Maria Renz ; du Sud-Africain Stephen Brislin ; des Irlandais Raymond Browne et Kieran O’Reilly ; des Anglais et Gallois Patrick Kelly, William Kenney et Declan Lang ; du Danois Peter Bürcher ; de l’Américain Oscar Cantú ; du Britannique et représentant de l’Église d’Angleterre Christopher Chessun ; du Français Michel Dubost ; de l’Italien Ricardo Fontana ; du Canadien Lionel Gendron, du Suisse Felix Gmur ; et de l’Espagnol Joan Enric Vives.

Elle a constaté « les conséquences tragiques de l’échec des hommes politiques nationaux et internationaux pour atteindre la paix. »

« Soutenir surtout les personnes souffrantes de Gaza »

« La dignité humaine, donnée par Dieu, est un absolu », affirment les évêques pour qui « le conflit en cours porte atteinte à la dignité des Palestiniens et des Israéliens ». « Mais notre engagement pour les pauvres nous pousse à soutenir surtout les personnes souffrantes de Gaza, poursuivent-ils. Il y a un an, nous avons décrit Gaza comme étant “un désastre causé par l’homme, un scandale bouleversant, une injustice qui exige une solution de la part de la communauté humaine”. Après la terrible destruction causée par la guerre de l’an dernier, notre présence a rappelé à la petite communauté chrétienne qu’elle n’a pas été oubliée. »

Les évêques rappellent que « des dizaines de milliers de familles de Gaza ne disposent pas même d’un logement décent. Dans cette période de froid glacial, au moins deux enfants sont morts par hypothermie. »

« La poursuite du blocus est un obstacle terrible à la reconstruction et alimente le désespoir qui mine l’aspiration légitime des Israéliens de vivre en sécurité, dénoncent-ils. Mais il crée également des niveaux intolérables de chômage et beaucoup de gens glissent vers la pauvreté la plus extrême. »

Malgré la situation, « l’espérance existe encore et toujours à Gaza », assurent-ils, racontant avoir « vu une petite communauté chrétienne faire preuve d’une foi immense » et « admiré la ténacité de nombreux volontaires ». « Les leaders politiques doivent défendre la dignité humaine de la population de Gaza », insistent-ils.

« Nous continuerons à nous opposer à la construction du mur de Crémisan »

« Dans les mois à venir, nous continuerons à nous opposer à la construction du mur prévu dans la vallée de Crémisan », ajoutent les évêques, pour qui « cette construction signifierait la perte des terres et des moyens de subsistance pour beaucoup de familles chrétiennes. »

« Cette situation représente tragiquement un symbole de la réalité du problème de la terre, expliquent-ils. Nous continuerons également à contrecarrer l’expansion du programme d’établissement, illégal selon le droit international, dont nous avons été témoins directs à Hébron. Son impact sur la liberté de mouvement des Palestiniens et sur la confiscation des terres est simplement injuste. »

Invitant « fortement les autorités publiques à faire preuve de créativité, à adopter de nouvelles approches pour construire des ponts et non pas des murs », ils estiment que « la paix deviendra une réalité seulement lorsque toutes les parties respecteront le fait que la Terre Sainte est sacrée pour trois religions et qu’elle est la demeure de deux peuples
».

La Croix du 16.01.2015


 


 





 

 

 

 

LAICITE


Une journée de la laïcité célébrée sur fond de tensions
À l’occasion de la journée anniversaire de la loi de 1905, Najat Vallaud-Belkacem et Bernard Cazeneuve doivent s’exprimer sur la laïcité.
Mais l’ampleur de la polémique sur les crèches de Noël illustre les tensions qui traversent la société.
La ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem effectue un déplacement dans un établissement scolaire sur le thème de la laïcité, mardi 9 décembre, journée anniversaire de la loi de 1905.
Accompagnée du président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, elle rencontrera l’ensemble des recteurs et des délégués à la laïcité de chaque académie.
L’occasion de refaire un point sur les suites données par l’éducation nationale à la charte sur la laïcité adoptée à la rentrée 2013 et diffusée depuis dans tous les établissements scolaires.
Dans une circulaire rendue publique la semaine dernière, Najat-Vallaud Belkacem demandait à toute la communauté éducative de donner un écho à cette journée en organisant des débats, conférences, « en prenant toutes les initiatives pédagogiques susceptibles de mobiliser la réflexion ». Outre les élèves, la circulaire demandait même que soient recherchées « l’implication et la participation des parents ».
La faible portée de la Charte
Mais au-delà de l’affichage très formel de la Charte aux murs des écoles, bien des observateurs estiment que le monde éducatif s’est peu emparé du sujet. La Charte a eu « une portée limitée » admet Philippe Tournier, secrétaire général du principal syndicat des chefs d’établissements, le SPDEN.
« La loi sur le port du voile de 2002 semblait avoir calmé les choses. Mais la situation au Proche-Orient a renforcé les tensions intercommunautaires qui, dans certains établissements, ne sont pas négligeables » assure Philippe Tournier.
Théorie du genre, voile… les conflits se multiplient
Dans un autre registre, la nouvelle polémique sur les crèches de Noël est révélatrice des crises d’identités culturelles et religieuses qui traversent le pays. Le monde éducatif se retrouve bien souvent aux premières loges.
Ainsi avec le mouvement de protestation contre la supposée « théorie du genre », l’interminable feuilleton judiciaire de l’affaire de la crèche « Baby-Loup », les récurrentes tensions sur la participation de mamans voilées aux sorties scolaires ou encore le choix de municipalités d’extrême droite de supprimer les plats sans viande dans les cantines scolaires…
Un tel cocktail rend les directeurs d’établissements et les enseignants extrêmement prudents. L’ancien ministre de l’éducation Vincent Peillon avait d’ailleurs renoncé l’an dernier à son projet d’instaurer des cours de « morale laïque », proposant finalement de renforcer un enseignement « civique et moral ».
L’Observatoire critiqué
Certains représentants du courant laïque dénoncent le manque de fermeté de la majorité. Lors d’un point presse au siège du Parti radical de gauche (PRG), la sénatrice Françoise Laborde a critiqué, mardi 2 décembre, l’Observatoire de la laïcité où elle siège avec trois autres députés et sénateurs.
« C’est mou. On fait sur le fond un travail intéressant, on discute, mais il en ressort des communiqués creux. Au lieu de servir d’aiguillon, l’observatoire met le couvercle sur les problèmes », explique la sénatrice qui se dit « insatisfaite » du travail de cette instance.
Comme elle, d’autres membres de l’observatoire estiment que cette institution installée par François Hollande en avril 2013 minimise les menaces que font peser sur le pacte républicain les poussées fondamentalistes, notamment venant de l’islam.
« En France, on est dans une culture un peu bisounours, estime Philippe Tournier. On est le pays qui envoie le plus grand nombre de djihadistes en Syrie mais on a tendance à minimiser les problèmes. »
« On divise les Français avec si peu »
Françoise Laborde est l’auteur d’une proposition de loi qui vise à étendre le principe de neutralité aux personnels éducatifs du secteur de la petite enfance. Voté au sénat, le texte n’est pas à l’ordre du jour de l’assemblée. Le député socialiste Jean-Glavany a pour sa part tenté d’engager le débat sur les dérives religieuses à l’université, sans succès.
Face à de tels enjeux, les deux élus critiquent aussi ceux qui, dans le camp laïque, se trompent de combat. Réagissant à la polémique sur les crèches de Noël, Jean Glavany vient ainsi de publier une tribune. « Ce qui me navre dans cette polémique (…) c’est qu’on divise les Français avec si peu », écrit-il sur sa page Facebook.
François Laborde a pour sa part pris ses distances avec une campagne lancée à la FCPE, la première fédération de parents d’élèves, pour dénoncer la présence exclusive d’écoles catholiques dans certains territoires ruraux. « Il faut faire la part des choses entre un vrai combat et un nécessaire pragmatisme » expliquait-elle il y a peu à La Croix.
Quelles sont vraiment les menaces qui pèsent sur la République laïque et comment convient-il d’y répondre ? Les sujets de discussions ne manqueront pas ce midi. Le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve a en effet convié tous les membres de l’Observatoire à un déjeuner place Beauvau.

La Croix du 09.12.2014

Bataille rangée autour des crèches de Noël
‣ À droite comme à gauche, des voix se sont élevées ce week-end pour appeler à l’apaisement après de nouveaux recours contre des installations de crèches de Noël.
‣ L’Observatoire de la laïcité a donné des éléments pour permettre aux juges de décider au cas par cas du caractère « cultuel » ou « culturel » de ces manifestations.
Depuis la semaine dernière, les « affaires » de crèches enflamment le débat. En Vendée, le président UMP du conseil général, Bruno Retailleau, a annoncé qu’il introduirait des recours contre le jugement du tribunal administratif de Nantes qui lui enjoint de démonter la crèche de la Nativité installée comme chaque année dans le hall de l’hôtel du département (La Croix du 3 décembre ). À Béziers (Hérault), Robert Ménard, soutenu par le Front national, n’a pas l’intention de démonter la crèche de sa mairie, malgré l’avis des services de l’État qui l’ont appelé à respecter les « dispositions constitutionnelles et législatives garantissant le principe de laïcité ». La Libre Pensée a déjà prévenu qu’elle saisirait la juridiction administrative, de même que, selon le JDD, une avocate mandatée par des particuliers et des associations. Même situation à Melun (Seine-et-Marne), où la crèche qui trône dans la mairie fait également l’objet d’un recours…
Le débat oppose les tenants du respect de l’impératif de neutralité de l’État à ceux qui, selon les cas, défendent soit les racines chrétiennes de la France, soit une approche moins crispée de la laïcité prenant en compte la dimension culturelle de certaines pratiques religieuses. Ce week-end, des partisans de cette dernière approche venant de la droite, mais aussi de la gauche, ont donné de la voix. Après Nadine Morano (UMP) pour qui « la laïcité ne doit pas tuer notre culture, nos racines et nos traditions » ou Marine Le Pen (FN) affirmant que « les Français ne comprennent absolument pas cette exigence d’une laïcité stupide, fermée », Julien Dray (PS) a plaidé pour « une certaine tolérance » face à des crèches qui font « partie du décorum ». Et dans Le Parisien, Malek Boutih, député socialiste de l’Essonne, a appelé à la décrispation : « Quand j’étais enfant, il y avait des crèches (…) un peu partout. C’était une fête, pas une agression contre la religion de mes parents ni du prosélytisme catholique. Détendons-nous un peu ! »

Vendredi, l’Observatoire de la laïcité a en partie apporté de l’eau à leur moulin. Rappelant que la loi de 1905 interdit « d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux (…) en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions », son rapporteur général précise : « Si la crèche examinée est considérée comme un ”emblème religieux” et est installée dans un local de l’administration, alors cela contrevient à la loi de 1905. Mais il appartient au juge d’examiner chaque situation, au cas par cas, car des traditions locales culturelles (santons en Provence par exemple) peuvent être des arguments invoqués devant les juges. » Aucun litige semblable n’ayant encore été tranché, les juges devront donc avancer en terrain vierge et particulièrement sensible.

En attendant, l’Église de France se veut, elle aussi, apaisante. « L’Église catholique respecte la neutralité de l’État », a indiqué le porte-parole des évêques de France, Mgr Bernard Podvin. « Mais il faut être aveugle pour ne pas discerner que la crèche touche la population d’un point de vue affectif bien plus large que sa signification religieuse. »

La Croix du 08.12.2014

A propos des crèches, qui peut définir qu’un objet est « religieux » ?
Opinion : Hippolyte Simon, Archevêque de Clermont

L’affaire fait beaucoup de bruit : un tribunal administratif et un préfet ont décidé qu’il fallait interdire les crèches dans l’espace public, sous le motif qu’elles seraient « religieuses » et en s’appuyant sur la loi de 1905 dont l’article 28 établit ceci : « Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions. »
Mais cette décision pose une question de principe : existe-t-il une liste officielle, une nomenclature, des objets qui seraient à considérer comme étant, de soi, religieux ? À défaut de cette liste, publiée au Journal officiel, sur quelles bases un tribunal administratif peut-il statuer ? Et à supposer que cette liste officielle n’existe pas encore, par qui peut-elle être établie ?
Serait-ce à l’État de le faire ? En a-t-il la compétence ? Et s’il le fait, n’est-ce pas lui reconnaître une autorité en matière religieuse que la loi de 1905 a justement évité de lui conférer ?
Lors des débats parlementaires qui ont préparé cette loi, il y a eu des affrontements autour de l’article 4, qui laisse aux associations cultuelles la responsabilité de se conformer « aux règles d’organisation générale du culte dont elles se proposent d’assurer l’exercice ».
Aux yeux de certains intervenants sur ce point, il semblait difficile de laisser les Églises définir elles-mêmes leurs principes d’organisation. Mais la logique de la séparation le réclamait impérativement. En effet, si l’État définissait les principes d’organisation des Églises et des autres communautés religieuses, nous ne serions plus dans la séparation et nous retomberions dans ce qu’Aristide Briand lui-même avait qualifié d’« erreur » de la Révolution française. Il avait en effet écrit dans son rapport parlementaire : « Dès l’instant où l’État fait intervenir son autorité dans les matières de juridiction ecclésiastique, n’est-il pas fatal de le voir aux prises avec des questions de droit canon ? »
Ce qui revient à dire que l’État doit être attentif à ne pas s’aventurer dans des domaines qui ne sont pas de sa compétence. Assez logiquement, et de sa propre initiative, l’État se reconnaît incompétent en matière religieuse, et il laisse aux Églises et aux communautés dont il est justement séparé, le soin de définir ce qui est religieux et ce qui ne l’est pas. Dans ces conditions, ce sont les institutions religieuses qui confèrent un caractère religieux aux objets dont elles font usage pour l’édification de leurs fidèles.
Ainsi par exemple, une croix rouge est bien une croix, mais le fait qu’elle soit utilisée par une association humanitaire, et non pas par une religion, donne à comprendre que cette croix n’est pas spécifiquement « religieuse. » Dès lors, si une crèche est utilisée par une collectivité qui n’est pas religieuse, est-elle encore « religieuse » ?
En l’occurrence, qui pourra le dire ? Si ce n’est pas l’État, faudra-t-il que le tribunal administratif consulte l’Église pour savoir si la crèche est religieuse ou non ?
Pourquoi pas ? Les Français ont la mémoire courte. Mais il y a déjà eu un précédent. Le 30 décembre 2003, en visite privée en Égypte, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, avait consulté le cheikh Tantaoui, de l’université Al-Azhar. Lors de cette rencontre, tout en assurant que « le voile est une obligation divine, pour la femme musulmane », obligation à laquelle « aucun musulman, qu’il soit gouvernant ou gouverné, ne peut s’opposer », le cheikh Tantaoui avait cependant admis que la France « a le droit d’adopter des lois opposées au voile ». Ces propos avaient ensuite suscité de grands débats entre responsables musulmans.
Puisque Noël approche, on peut imaginer que le ministre de l’intérieur s’invite à Rome pour les fêtes et en profite pour demander à la plus grande autorité catholique si la crèche est religieuse ou non. J’aimerais voir les commentaires que susciterait cette initiative… Mais serait-ce bien raisonnable ? Ne sommes-nous pas capables de traiter cette affaire entre nous ?
On pourrait, par exemple faire un test. Si l’on interrogeait des adolescents sur ce qu’évoque pour eux cette crèche, que dirait la majorité d’entre eux ? Combien savent encore l’histoire de Jésus de Bethléem ? Ce serait intéressant de le savoir. En complément, je pourrais demander aux défenseurs de la laïcité ce qu’évoque pour eux le Père Noël, qui, lui, a droit de cité dans tous les espaces publics, et même les écoles. Ils me répondront sans doute que ce symbole n’est pas religieux. Vraiment ? Ce sera bien la preuve de leur grande ignorance. Ils n’ont donc lu ni Claude Lévi-Strauss ni Marcel Gauchet ? Ignorent-ils vraiment que c’est le paganisme qui est précisément la forme la plus « religieuse » de la religion ? Et le fait que ce soit Coca-Cola qui ait introduit en France le culte du Père Noël ne me rassure pas…
Il est vrai que la crèche est d’origine catholique. Mais lorsqu’elle est reprise, de façon séculière, par une collectivité locale, à quoi nous renvoie-t-elle ? Ne peut-on pas y voir aussi le symbole universel de tous les déracinés qui campent, hélas, un peu partout dans le monde, et même aussi, malheureusement pour eux, dans nos villes ?
Alors je me demande si, au fond, cette pauvre crèche ne dérange pas ses détracteurs bien plus pour ce dernier motif que pour les rémanences de foi catholique qu’elle peut évoquer aux yeux de ceux qui sont « allés au caté » quand ils étaient petits…
Hippolyte Simon, Archevêque de Clermont

La Croix du 09.12.2014

Les Français souhaitent la discrétion dans l’expression des appartenances religieuses
Les Français sont demandeurs de davantage de neutralité religieuse, non seulement au niveau de l’État et des services publics où la loi l’impose déjà, mais dans la société et en entreprise, selon une note de l’observatoire Sociovision.
L’étude souligne que « la discrétion des appartenances religieuses, dans la vie collective, celle de tous les jours, et pas seulement dans les services publics, est le souhait d’une large majorité de Français ».
Domaine privé
Ainsi, 76 % d’entre eux préfèrent « une société qui respecte la neutralité en matière de religion et où les pratiques religieuses restent dans le domaine privé », selon l’institut.
Elles sont même 82 % à estimer que « les signes d’appartenance religieuse doivent rester discrets en public », soit trois points de plus qu’en 2013, selon l’observatoire, qui mène une enquête annuelle sur la société française depuis 1975.
En outre, pour 83 % des Français, « l’entreprise doit rester un endroit neutre et ne pas prendre en considération les revendications d’ordre religieux », comme un aménagement du temps de travail pour le ramadan ou shabbat.
Le jugement diffère toutefois si l’on est catholique ou musulman : ainsi 49 % seulement des premiers jugent acceptable « la possibilité de trouver dans les cantines une alimentation adaptée à tous les préceptes religieux (poisson le vendredi, plats halal ou casher) », contre 88 % des seconds (et 55 % de l’ensemble des Français).
Pratique et croyance en baisse
D’autre part, l’étude montre que les Français continuent de s’éloigner de la pratique religieuse : ils sont 10 % à se déclarer pratiquants d’une religion en 2014 contre 14 % en 1994. L’évolution est la même pour ceux qui se déclarent croyants d’une religion : 36 % d’entre eux se déclarent croyants, contre 45 % en 1994.
Cette enquête a été réalisée auprès de 2 099 personnes constituant un échantillon représentatif (selon la méthode des quotas) de la population française âgée de 15 à 74 ans, interrogées en face-à-face à l’été 2014. Parmi elles figuraient 1 018 catholiques et 122 musulmans « auto déclarés ».

La Croix du 12.12.2014

Les crèches ont-elles leur place dans l’espace public ?
Professeur à Sciences-Po Paris (1), Jean Picq regrette qu’une application stricte et littérale des textes puisse avoir pour résultat de créer une polémique autour de ce signe religieux si symbolique qu’est la crèche.
« Les crèches ont-elles leur place dans l’espace public ? La question est posée par la décision du tribunal administratif de Nantes à propos de la crèche installée dans le hall du conseil général de Vendée.
L’article 28 de la loi de 1905 sur lequel cette décision est fondée parle de « signe ou d’emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit… ».
La notion d’espace public peut s’entendre plus largement : en 1905, Briand, rapporteur du projet de loi, s’était opposé à Combes, qui voulait interdire le port des vêtements religieux dans la rue. Il y a eu longtemps une crèche sur la place de l’Hôtel-de-Ville à Paris comme il y a chaque année un chemin de croix à Montmartre.
Il y a la lettre des textes et leur esprit. Le texte dans une interprétation stricte a pu conduire à cette décision. On verra si elle est confirmée par le Conseil d’État. On sait aussi que la Cour européenne des droits de l’homme, si elle devait être saisie en dernier recours, est très attentive au respect de la liberté de religion et à la tolérance qu’elle implique.
L’esprit de la laïcité
Il y a surtout l’esprit de la laïcité qui n’est pas le refus du fait religieux mais la reconnaissance de la pluralité des opinions philosophiques et religieuses dans l’espace public dès lors qu’elles ne troublent pas l’ordre public.
Ce qui est au principe de la laïcité, ce n’est pas le conflit, c’est la recherche de la paix civile. Nous sommes avec cette décision dans une parfaite illustration de ce hiatus. On ne peut que regretter qu’une application stricte et littérale des textes puisse avoir pour résultat pour le moins paradoxal de créer une polémique autour de ce signe religieux si symbolique qu’est la crèche. Un signe qui est un message de paix et de fraternité adressé à tous les hommes : « Paix sur la terre » (Luc 2, 9-14).
On pourrait certes se réjouir que cette décision rappelle le caractère religieux de la fête de Noël que son exploitation commerciale n’efface pas totalement : si cette fête suscite tant de ferveur populaire, n’est-ce pas parce qu’elle est comprise, conformément à son message, comme un temps de joie et de rencontre fraternelle ? Il n’y en a pas tant dans notre société.
Crèches de Provence
Que la crèche ait d’abord sa place dans les églises ou dans les maisons, qui le contesterait ? Que son installation dans le hall d’un conseil général, même en terre historiquement catholique, puisse susciter des réserves et des critiques, on peut l’entendre.
Mais que son démontage, ici ou ailleurs, parvienne à effacer la place prise par ce symbole dans l’esprit public depuis des siècles comme annonce de paix, il est permis d’en douter. Les crèches de Provence avec leurs santons qui représentent tous les métiers de la terre ne sont-elles pas le signe de cette universalité et de cette fraternité, entre ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas ?
On peine, enfin, à croire qu’une crèche dans un lieu public puisse troubler l’ordre public, on peut en revanche craindre que son démontage ne trouble bien inutilement les consciences. Notre pays a décidément encore du chemin à faire dans la pratique de la tolérance. »
(1)La Liberté de religion dans la République, l’esprit de laïcité, Éditions Odile Jacob, 176 p., 22,90 €.

La Croix du 12.12.2014

Crèche : le conseil général de Vendée fait appel du jugement du tribunal administratif
Le conseil général de la Vendée a officialisé vendredi 12 décembre sa décision de faire appel du jugement du tribunal administratif de Nantes l’enjoignant de retirer une crèche de Noël installée dans le hall de l’hôtel du département, au nom de la laïcité.
« Ce matin, la commission permanente du conseil général de la Vendée a décidé officiellement de faire appel du jugement du tribunal administratif de Nantes, interdisant la crèche de l’hôtel du département », écrit-il vendredi 12 décembre dans un communiqué.
« Le conseil général considère en effet qu’il n’a absolument pas contrevenu au principe de laïcité, car la crèche fait partie depuis des siècles des traditions populaires et de l’imaginaire des Français. C’est ce que pensent aussi les très nombreux Français, croyants ou non, qui ont manifesté leur soutien par courrier, téléphone, sur les réseaux sociaux ou dans les médias », ajoute le texte.
Beaucoup de réactions en France
Cette crèche de la nativité avait été retirée du hall de l’hôtel du département, où elle était installée chaque année avant les fêtes de Noël, le 2 décembre, après une décision du tribunal administratif datant de fin novembre, a précisé le conseil général à l’AFP.
La justice administrative avait été saisie en 2012 par la fédération de la Libre pensée de Vendée, au nom de la loi de 1905 et du principe de séparation de l’Église et de l’État.
Cette décision du tribunal administratif a suscité beaucoup de réactions en France, chez les opposants au « laïcisme » et les partisans de l’impératif de neutralité de l’État et des collectivités.
« Le débat qui agite notre pays depuis dix jours montre (…) à quel point le laïcisme intégriste pervertit l’esprit de la laïcité à la française. La laïcité a été inventée pour assurer la concorde entre les Français, pas pour les diviser dans des querelles d’un autre temps », a déclaré Bruno Retailleau, président (UMP) du conseil général de la Vendée dans le communiqué.
« C’est pourquoi le conseil général ira jusqu’au bout et utilisera tous les recours juridiques possibles, y compris devant la Cour européenne des droits de l’homme s’il le faut », a-t-il ajouté.

La Croix du 12.12.2014

Crèches de Noël : l’observatoire de la laïcité appelle à prendre en compte l’usage culturel
L’observatoire de la laïcité invite les juges à apprécier si telle crèche installée dans un lieu public l’est comme « emblème religieux » ou si elle peut être considérée comme une « exposition » faite au titre de la culture locale. C’est dans ces termes que l’Observatoire de la laïcité auprès du premier ministre est intervenu, vendredi 5 décembre, par un bref communiqué, dans un débat récurrent.
Installations contestées
Alors que deux installations de crèches de Noël dans des lieux publics sont contestées, l’une dans le hall d’accueil du conseil général de Vendée, l’autre à la mairie de Béziers, l’observatoire de la laïcité « invite les acteurs concernés à éviter toute polémique inutile et à promouvoir le dialogue ».
Le texte du communiqué rappelle la loi 9 décembre 1905, article 28 :
« Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. »
« Si la crèche examinée est considérée comme un emblème religieux et est installée dans un local de l’administration, qui doit être neutre, alors cela contrevient à la loi de 1905 », poursuit le texte.
Emblème religieux ou exposition ?
L’organisme présidé par Jean-Louis Bianco propose ensuite une interprétation de la loi dans son application au cas des crèches : « Même s’il n’existe pas à l’heure actuelle de décision sur ce point, il pourrait être considéré que, concernant un cadre culturel et de courte durée, il ne s’agirait pas d’un emblème religieux mais d’une exposition, exception autorisée par l’article 28 précité. »
C’est pourquoi « il appartient au juge d’examiner chaque situation, au cas par cas, car des traditions locales culturelles (santons en Provence par exemple) peuvent être des arguments invoqués devant les juges ».
Béziers
À Béziers, le maire proche du Front national, Robert Ménard, a installé une crèche de Noël dans la mairie (voir photo). Le préfet de l’Hérault, Pierre Bousquet, lui a enjoint, par lettre datée du 28 novembre, de « reconsidérer son projet, dans son principe ou dans ses modalités » au nom de la loi sur la laïcité.
L’observatoire de la laïcité est une instance rattachée au premier ministre ayant pour objet de conseiller et d’assister le gouvernement dans son action visant au respect du principe de laïcité en France. Il a été créé en 2007 par le président Jacques Chirac, mais n’a été constitué réellement qu’en 2013, par le président François Hollande. il compte 23 membres, nommés pour quatre ans : le président, le rapporteur général, 7 membres de droit, deux sénateurs et deux députés, et 10 « personnalités qualifiées ».

La Croix du 05.12.2014

Du calme !
Editorial de Dominique Quinio
Importante question, qui vaut bien la mobilisation de la Libre Pensée ! Est-il contraire à la loi de séparation des Églises et de l’État d’installer une crèche dans les bâtiments d’un conseil général, d’une mairie, sur une place ? Saisie, la justice répond logiquement par l’affirmative, incitant ces lieux publics à respecter la plus stricte neutralité. À l’Observatoire de la laïcité, toutefois, le ton se fait plus modéré pour rappeler le caractère patrimonial de certaines crèches, notamment en Provence, et pour inviter au dialogue constructif. Tandis que des maires Front national annoncent ostensiblement la présence d’une crèche dans leur mairie. Beaucoup de bruit, beaucoup de temps gaspillé. À ces « affaires », renouvelées chaque année en quelques lieux, répond une campagne dénonçant la christianophobie dans notre pays. Raisonnable, l’épiscopat refuse de polémiquer, ne souhaitant pas alimenter l’écho médiatique. Car là est bien le risque : en parler, c’est faire le jeu de ceux – très minoritaires – qui agitent le drapeau laïque, sans même noter que Noël – débarrassé de tout sens spirituel, et de cela les chrétiens peuvent s’émouvoir – est présent dans toutes les têtes et toutes les familles, comme un moment de joie et de tendresse. Et que fleurissent des décorations lumineuses ou des calendriers de l’Avent, souvent totalement dépouillés de leur signification première. Des traditions bien ancrées, vécues par les Français comme des occasions de partage et de rassemblement, dont personne ne pense à se priver. Ceux qui mènent ce combat dérisoire, plutôt que de s’inquiéter de la résilience de l’esprit de Noël, feraient mieux de s’interroger sur ses dérives consuméristes, sur le nombre des exclus de la fête pour cause de pauvreté, de solitude... Autant de réalités qui devraient heurter leur sens aigu de la République et cette fraternité inscrite au fronton des bâtiments publics. Fraternité à laquelle nous appelle, dans la discrétion et l’humilité, l’enfant de la crèche.

La Croix du 08.12.2014

 

Sept Français sur dix pour la présence de crèches dans les bâtiments publics
Selon l’enquête Ifop publiée dimanche 14 décembre dans Ouest-France, 71 % des sondés considèrent que les crèches de Noël constituent « plus un élément de tradition culturelle qu’un symbole chrétien ».
Alors que se poursuit la bataille juridique autour de la présence de crèches de Noël dans des administrations et des bâtiments publics, un sondage Ifop publié dimanche 14 décembre par Ouest-France (1) semble indiquer qu’une majorité de Français a tranché.
Les sondés sont ainsi 71 % à y être « plutôt favorables, car cela constitue plus un élément de tradition culturelle qu’un symbole chrétien ». À l’inverse, 18 % des sondés se disent « plutôt opposés car il s’agit d’un symbole religieux incompatible avec les principes de neutralité et de laïcité du service public ».
Les « sans religion » eux aussi majoritairement favorables
La proportion de personnes plutôt favorables à la présence de crèches dans les bâtiments publics grimpe à 81 % chez les catholiques, qu’ils soient ou non pratiquants, mais reste tout de même très forte (60 %) chez les sondés se déclarant « sans religion ».
Les réponses varient grandement en fonction du sentiment d’appartenance politique : 87 % des sympathisants de l’UMP sont « plutôt pour », de même que 84 % de ceux du Front national et – cela peut sembler plus étonnant - 64 % de ceux du Parti socialiste. Chez les sympathisants du Front de gauche, en revanche, l’opposition l’emporte (49 % contre 46 % d’avis plutôt favorables).
Le conseil général de la Vendée fera appel
Le débat avait été lancé, fin novembre, par un jugement du tribunal administratif de Nantes demandant au conseil général de la Vendée de retirer la crèche qu’il avait installée dans son hôtel du département. Ce qu’il a fait, tout en refusant de s’en tenir là.
Ainsi, vendredi 12 décembre, le conseil général a annoncé officiellement son intention de se pourvoir en appel. « Le conseil général ira jusqu’au bout et utilisera tous les recours juridiques possibles, y compris devant la cour européenne des droits de l’Homme s’il le faut », a assuré son président (UMP) Bruno Retailleau.
« L’imaginaire des Français »
« Le conseil général considère en effet qu’il n’a absolument pas contrevenu au principe de laïcité, car la crèche fait partie depuis des siècles des traditions populaires et de l’imaginaire des Français. C’est ce que pensent aussi les très nombreux Français, croyants ou non, qui ont manifesté leur soutien par courrier, téléphone, sur les réseaux sociaux ou dans les médias », précise le Département dans un communiqué.
La justice administrative avait été saisie en 2012 par la fédération de la Libre pensée de Vendée, au nom de la loi de 1905 et du principe de séparation de l’Église et de l’État.
(1) Sondage réalisé par questionnaire auto-administré en ligne auprès d’un échantillon de 1 008 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus selon la méthode des quotas.

La Croix du 14.12.2014

Les juges bien embarrassés par les crèches de Noël
Le tribunal administratif de Montpellier autorise la crèche installée par le maire Robert Ménard à Béziers alors que celle installée à l’hôtel de ville de Melun risque d’être interdite
En pleine période des fêtes, ce qui est devenu « l’affaire » des crèches de Noël vire à l’absurde. Plusieurs recours en justice intentés notamment par La Libre-Pensée pour contester l’installation de ces représentations de la Nativité dans les édifices publics ont déjà attisé une polémique politique. Voilà qu’ils provoquent une confusion juridique.
La crèche de Béziers peut rester
Le tribunal administratif (TA) de Montpellier a rejeté vendredi 19 décembre la demande d’un Biterrois et de la Ligue des droits de l’homme d’enlever la crèche de Noël installée dans l’hôtel de ville de Béziers par le maire Robert Ménard, proche du FN.
Dans un jugement de cinq pages, la juge Marianne Hardy a justifié sa décision par défaut d’urgence, « en l’absence de circonstances particulières qui auraient pu résulter, notamment de troubles à l’ordre public ». « Il ne résulte pas de l’instruction, ni des explications apportées à l’audience que la décision d’installer une crèche dans le hall serait de nature à porter » atteinte « aux principes de laïcité et de neutralité », écrit-elle.
Celle de Melun risque de partir
Mais quelques heures plus tôt, dans une autre procédure, la justice semblait aller vers une solution différente. Le tribunal administratif de Melun s’est penché sur la requête de la fédération des Libres penseurs de Seine-et-Marne contre le refus du maire de cette commune de Seine-et-Marne de retirer la crèche de l’hôtel de ville.
À l’audience, le rapporteur public a jugé que cette crèche représentait « bien un épisode de la Nativité ». Selon les extraits des recommandations cités par l’AFP, le magistrat estime qu’il « s’agit bien, à notre sens, d’un emblème religieux, où la symbolique est affirmée, de plus, par le bâton porté par l’un des rois mages en forme de crosse, attribut des évêques dans la religion catholique ». Le tribunal, qui suit très souvent les recommandations du rapporteur public, en l’occurrence la désinstallation de la crèche, rendra sa décision lundi 22 décembre dans la matinée.
Celle de Vendée est restée dans les cartons
Une telle solution irait dans le sens d’une précédente décision du juge administrative. Le 14 novembre, le tribunal de Nantes avait sommé le conseil général de la Vendée de démonter sa crèche de la Nativité installée dans le hall de ses locaux, au nom du respect de la neutralité des bâtiments publics. Le conseil général a fait appel.
La différence des positions, entre Nantes et Melun d’un côté, et Montpellier de l’autre, s’explique sans doute par les procédures. Dans les deux premiers cas, il s’agissait de recours engagés en 2012 par la Libre-Pensée, visant des collectivités qui installaient des crèches depuis de plusieurs années. À l’inverse, dans le cas de Montpellier, le juge était saisi en « référé », c’est-à-dire dans l’urgence pour faire cesser cette installation voulue par la nouvelle municipalité avant Noël.
Particularismes locaux
L’interdiction des crèches n’est dans tous les cas pas si absolue que cela. Dans son jugement rendu en novembre, le tribunal de Nantes ouvre en effet la voie à certaines conditions qui justifieraient le maintien des crèches : le conseil général de la Vendée « ne démontre pas l’existence d’un particularisme local qui l’autoriserait à maintenir une telle présentation » écrit le magistrat. Le jugement évoque aussi les cas ou une crèche « participerait d’une exposition » ou « serait aménagée en tant que musée ».
Un maire dans la crèche à Marseille
Il se pourrait donc bien que les représentations de la Nativité soient autorisées dans telle ville ou région de France et pas dans telle autre.
À noter qu’à la mairie des 2e et 3e arrondissements de Marseille, la crèche prend, dans la tradition provençale, des traits très républicains. Selon le quotidien régional la Provence, la maire divers gauche Lisette Narducci aurait fait placer un santon à son effigie, arborant son écharpe tricolore 

La Croix du 19.12.2014

La synodalité et la liberté religieuse au menu de la Commission théologique internationale
Du lundi 1er décembre au vendredi 5 décembre 2014 s’est tenue au Vatican la première session plénière du IXe quinquennium de la Commission théologique internationale (CTI). Le choix des thèmes qui seront traités dans les cinq années à venir en a été l’un des moments importants, indique son secrétaire général le P. Serge-Thomas Bonino, o.p.
Au terme d’un « échange prolongé », trois thèmes ont été identifiés, confié chacun à une sous-commission de dix membres…
Fondamentalisme religieux
Enfin, c’est sur « la liberté religieuse dans le contexte actuel » que les « théologiens du pape » ont choisi de se pencher. Depuis l’« étape importante » de la déclaration Dignitatis humanae du concile Vatican II, le contexte culturel a considérablement évolué, constatent-ils en effet. « D’une part, la résurgence du fondamentalisme religieux a entrainé la négation des droits des minorités religieuses, voire une vraie persécution », reconnaît le secrétaire général de la CTI.
« D’autre part, surtout dans les sociétés occidentales, l’inflation des droits individuels, privés de toute référence objective à la loi naturelle, conduit de plus en plus à restreindre la liberté religieuse, poursuit-il. La laïcité, qui était à l’origine, une simple neutralité de l’Etat, destinée à favoriser la coexistence pacifique de tous, tend à devenir une religion d’Etat qui promeut la sécularisation à outrance de la société civile ».
« Pour faire respecter les droits illimités des individus, l’Etat en vient en effet à expulser de la vie publique les religions (et les croyants) qui, parce qu’elles se réfèrent à une transcendance, semblent menacer une société fondée sur le principe d’immanence et l’absolutisation de la loi positive », regrette le P. Bonino qui n’hésite pas à utiliser le terme de « totalitarisme soft » à propos de « la réduction inquiétante du droit à l’objection de conscience, les intrusions croissantes de l’Etat, au nom de la défense des droits individuels, dans la vie intérieure de l’Eglise ou dans la sphère familiale »...

La Croix du 08.12.2014

Les cours de morale laïque dès la rentrée 2015, annonce Vallaud-Belkacem
EDUCATION – Dès le primaire, les élèves suivront cet enseignement "tout le long" de leur parcours scolaire. La ministre de l'Education nationale se félicite d'un "vrai progrès".
Les jeunes français verront bientôt apparaître une nouvelle matière dans leur emploi du temps. Najat Vallaud-Belkacem a annoncé lundi matin sur BFMTV et RMC que "l'enseignement moral et laïc" fera son apparition "à la rentrée 2015". C'est la concrétisation d'une annonce faite par Vincent Peillon en septembre 2012.
"Nous sommes très attachés à promouvoir la laïcité dans ce qu'on apprend aux enfants à l'école", a expliqué la ministre de l'Education nationale. Najat Vallaud-Belkacem a confirmé que tous les élèves, "à partir du primaire", suivront l'enseignement "moral et laïc (…) tout au long du parcours" scolaire.
Les réticences de l'UMP
"Il aura vocation à accompagner les élèves pour qu'ils se forgent un jugement citoyen, un jugement libre et éclairé, à lutter contre le racisme, à promouvoir la coexistence, le vivre ensemble", a insisté la ministre. Et Najat Vallaud-Belkacem de se féliciter d'un "vrai progrès".
L'annonce de ce nouvel enseignement avait fait débat. L'ex-ministre UMP Luc Chatel y voyant des relents pétainistes dans ce "redressement intellectuel et moral" du pays. Toutefois, un sondage IFOP pour Dimanche Ouest France relevait en septembre 2012 que 91% des Français étaient, à l'époque, favorables à cette nouvelle matière.
Par ailleurs, Najat Vallaud Belkacem a indiqué lundi que le ministère de l'Education nationale travaille "à la mise en place dans toutes les académies de France de référents laïcité pour accompagner, pour soutenir les enseignants quand ils se posent des questions, quand ils ont des difficultés". "Cette question de la laïcité à l'école me tient à coeur à un niveau que vous n'imaginez pas", a précisé la socialiste.

Metronews du 08.12.2014

Najat Vallaud-Belkacem remobilise l’école sur sa mission laïque
À l’occasion de la journée anniversaire de la loi de 1905, ce mardi 9 décembre, la ministre de l’éducation a annoncé un effort de formation des enseignants et insisté sur la vocation de la laïcité à « apaiser la société »
9/12/14
C’est une « démarche au long cours », une « stratégie » engagée à tous les niveaux de l’institution scolaire que la ministre de l’éducation Najat Vallaud-Belkacem veut engager pour remobiliser l’école sur le terrain de la laïcité.
À l’occasion de la journée anniversaire de la loi de 1905, mardi 9 décembre, la ministre s’est adressée aux recteurs ainsi qu’à tous les « référents laïcité » nommés depuis peu dans chaque académie. « Il nous incombe de transmettre ce qui aujourd’hui ne va plus de soi pour tant de gens : que la laïcité est un principe essentiel et intangible garant du vivre ensemble », a affirmé la ministre avant de développer un certain nombre de priorités.
Des « parcours de formation » pour les enseignants
Tout d’abord, Najat-Vallaud Belkacem veut faire de la laïcité un axe prioritaire de la formation des enseignants. Un appel à projet a été lancé au sein des Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé) pour réaliser des « parcours de formation » sur ce thème.
Pour la formation continue, « la pédagogie de la laïcité » devra constituer « l’un des axes majeurs des plans académiques de formation ». Plus de 5 000 enseignants ou chefs d’établissements ont été formés en 2013-2014. « C’est un effort important qui doit être amplifié », a dit la ministre. La Charte de la laïcité publiée à l’automne 2013 doit servir de base à ce travail pédagogique.
Une « mission laïcité » placée auprès de la direction générale des enseignements scolaires (Desco) est chargée d’animer le réseau de l’ensemble des « référents laïcité » de chaque académie. La ministre a encore évoqué « des aménagements dans notre organisation institutionnelle, y compris pour impliquer davantage les inspections générales. »
L’enseignement moral et civique
Concernant les programmes, la ministre a rappelé que l’enseignement moral et civique préparé par son prédécesseur Vincent Peillon sera effectif pour les écoles et collèges à la rentrée 2015. Pour les lycées, « le projet de programme est attendu incessamment » a assuré Najat Vallaud-Belkacem.
Face au « délitement du vivre ensemble », a-t-elle encore ajouté, « la réinscription de l’enseignement moral et civique est un élément central de la pédagogie de la laïcité ». La ministre a profité de ce discours pour préciser sa conception de la laïcité.
Une laïcité d’apaisement
« La laïcité n’est pas l’instrument d’une opposition ou d’un refoulement du fait religieux, mais la condition d’une coexistence harmonieuse (…) je veux contribuer à recréer du consensus national sur la laïcité, faire qu’elle cesse d’être un combat pour être d’abord un moyen : moyen d’apaiser la société, de faire vivre une culture de la tolérance. »
Depuis son arrivée au ministère de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem avait eu l’occasion de se prononcer sur la question des mamans voilées qui accompagnent les sorties scolaires. Suivant un avis du Conseil d’état rendu en décembre 2013 sur cette question, la ministre avait renvoyé les directeurs d’école à une appréciation au cas par cas. Le port du voile en tant que tel, en dehors de toute démarche prosélyte de la maman d’élève, ne justifiant pas un refus de la participation aux sorties.
« Ni naïve, ni angélique »
Cette position consensuelle est critiquée par certains laïcs ou syndicats de l’enseignement qui attendent une position de principe plus ferme. De même, la position modérée du président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, agace ceux qui s’inquiètent de la montée du fondamentalisme islamique.
« À l’heure où les tensions communautaires et religieuses prospèrent, où les logiques identitaires sont à l’œuvre, je ne suis ni naïve, ni angélique », s’est défendue la ministre. « Je mesure la difficulté de la situation et de la tâche, mais je refuse que l’école comme la laïcité soient des champs d’affrontement polémique ou idéologique, parce qu’ils sont le bien commun de notre société » a-t-elle insisté.

La Croix du 09.12.2014

À l’exception des musulmans "pratiquants", les Français attachés à la laïcité
L'institut Sociovision publie ce mercredi une étude portant sur l'état de la laïcité en France rapporte RTL. Celle-ci montre que le principe de neutralité religieuse progresse dans l'Hexagone.
Une étude réalisée par l’institut Sociovision et dévoilée ce mercredi par RTL montre que le principe de la laïcité a le vent en poupe en France. Selon les estimations de l’institut, il n’y a que 10% de Français qui se disent pratiquants, toutes religions confondues. Ce chiffre a baissé de 4% en une vingtaine d’années. Autre enseignement, une écrasante majorité de nos concitoyens considère que les questions religieuses doivent rester dans le domaine privé (80%).
Toujours selon Sociovision, les musulmans français sont partagés sur la question de la laïcité. En outre, seulement la moitié d’entre eux disent préférer évoluer dans une société qui respecte le principe de neutralité religieuse. De surcroît, ils sont 60% à trouver acceptable l’ostentation de la religion sur les lieux de travail (ports de signes, prières etc.).
Cette disparité au sein de la communauté musulmane s’expliquerait par l’âge de ses pratiquants. En effet, 40% d’entre-eux ont moins de 30 ans ce qui se traduit par le fait que "les musulmans sont beaucoup plus demandeurs d’expression de leur religion" a expliqué à la radio Anne Madelin, consultante à Sociovision. Toutefois, l’étude montre bien que notre société est en voie de "sécularisation".

À Melun, la crèche passera Noël en mairie
Le tribunal administratif a créé la surprise, lundi 22 décembre, en autorisant la mairie de Melun (Seine-et-Marne) à conserver son installation, et ce contre l’avis du rapporteur public.
La présence de crèches de Noël dans des bâtiments publics relève-t-elle du cultuel ou du culturel ? En cette fin d’année, la justice administrative a eu trois occasions de s’exprimer sur la question, à Nantes, Béziers, et Melun. Et, trois fois, elle a tranché de façon différente.
Le 22 décembre, le tribunal administratif de Melun, saisi par la Fédération des libres penseurs de Seine-et-Marne, a estimé que la crèche, installée à l’extérieur de la mairie, pouvait rester en place. Une décision très inattendue. En effet le rapporteur public, d’ordinaire suivi par le juge, avait donné raison à la Fédération des libres penseurs de Seine-et-Marne, hostile à l’initiative municipale.
À Nantes, le 2 décembre, le tribunal a ordonné le démontage de la crèche placée dans le hall du conseil général de Vendée (UMP). Le département a néanmoins fait appel de cette décision.
À Montpellier enfin, l’instance locale, saisie en procédure d’urgence, n’a pas voulu s’exprimer tout de suite sur le fond, le 19 décembre. En l’absence de « trouble à l’ordre public » et sans preuve de l’atteinte « au principe de laïcité », la juge a en effet rejeté la demande d’enlèvement dans la mairie de Béziers, proche du FN.
Tradition populaire ou célébration religieuse ?
Dans l’affaire de Melun, la polémique remonte à 2012. L’association locale des Libres penseurs avait déposé à cette date un recours en justice « pour excès de pouvoir », n’ayant pas reçu de réponse à plusieurs de ses courriers demandant au maire d’enlever la crèche. L’élu UMP, Gérard Millet, ne cachait pas sa joie, lundi 22 décembre, à l’énoncé de la décision, même s’il voulait se garder de tout « triomphalisme ». « Cette crèche, on ne l’a pas faite par provocation. C’est un élément culturel qui a toute sa place dans les décorations de Noël », déclarait-il.
Après ces trois procédures, la question de savoir si l’installation d’une crèche relève d’une tradition populaire, qui par conséquent peut trouver toute sa place dans un lieu public, ou renvoie clairement à la célébration religieuse de Noël, rompant avec le principe de laïcité et le devoir de neutralité de l’État, reste donc entière.
En France, les partisans d’une interprétation souple de la laïcité semblent très majoritaires, à en croire un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France (1). Selon cette étude, 71 % de la population est « plutôtfavorable » à la présence de crèches de Noël dans les administrations et les bâtiments publics, « car cela constitue plus un élément de tradition culturelle qu’un symbole chrétien ».
Au Conseil d’État de fixer une règle commune
Par ailleurs, il y aurait crèche et crèche. C’est en tout cas l’idée développée par l’avocate de la ligue des droits de l’homme et d’un habitant mécontent, Sophie Mazas, dans l’affaire de Béziers. Pour elle, une crèche de la nativité, contrairement à une crèche où figurent de simples santons, constitue une « atteinte à la laïcité » car elle « symbolise » un fait religieux : la naissance du Christ.
Si cet argument a fait mouche à Nantes, il n’a pas convaincu à Melun. « Il s’agit bien à notre sens d’un emblème religieux où la symbolique est affirmée, de plus, par le bâton porté par l’un des rois mages en forme de crosse, attribut des évêques dans la religion catholique », avait estimé le rapporteur public sans pour autant être entendu. Le cas échéant, il reviendra au Conseil d’État, la plus haute autorité administrative, de fixer une règle commune.
(1) Enquête menée en ligne auprès d’un échantillon représentatif de 1008 personnes, du 10 au 12 décembre 2014.

La Croix du 22.12.2014

Le climat et la paix, au centre des vœux des religieux à François Hollande

‣ Les responsables français des cultes seront reçus ce soir par le président de la République, à l’occasion des vœux aux autorités religieuses.

ENA/AFP L’an dernier, à l’élysée, lors de la cérémonie d’échange des vœux des représentants catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, juifs et bouddhistes avec François Hollande.

C’est désormais devenu un rendez-vous incontournable, aussi bien pour les responsables de culte que pour le président de la République. Ce soir, à 18 heures, les représentants catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans, juifs et bouddhistes échangeront leurs vœux pour 2015 avec François Hollande. Une entrevue à huis clos, durant laquelle le président ne sera pas seul à s’exprimer. Les membres des « autorités religieuses », comme ils sont désignés à l’Élysée, auront également quelques minutes pour insister sur les thèmes qui leur sont chers. « C’est l’un des rares lieux où le contact régulier entre les autorités et les représentants des cultes est maintenu », se félicite la présidente de l’Union bouddhiste de France (UBF), Marie-Stella Boussemart. Place des religions dans la société française, fin de vie, laïcité… les sujets ne manquent pas.

À quelques mois du sommet de l’ONU sur le climat, organisée à Paris entre le 30 novembre et le 11 décembre, l’environnement devrait prendre une place toute particulière dans les échanges. « C’est un sujet qui nous tient à cœur, confirme le métropolite Emmanuel, métropolite de France du Patriarcat œcuménique et président de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France. En tant que religion, nous avons bien sûr notre mot à dire mais aussi des millions de fidèles à mobiliser. Bientôt, les responsables des différents cultes se réuniront pour réfléchir aux différentes manières de les sensibiliser, notamment par le biais de l’éducation. » Il évoquera également son inquiétude quant à la multiplication des actes antisémites : « Nous devons prendre garde à ce que notre pays demeure dans le monde un exemple en matière de coexistence pacifique. »

L’an dernier, la lutte contre l’antisémitisme avait été au centre de cette cérémonie républicaine, quelques semaines après la polémique entourant l’annulation du spectacle de Dieudonné, condamné à de multiples reprises pour antisémitisme ou injure raciale.

Un thème sur lequel devrait largement revenir le grand rabbin de France, Haïm Korsia. « Nous attendons les moyens pour lutter contre les actes antisémites » , confie-t-on dans son entourage, où l’on souhaite que soient mieux connues les sanctions contre les auteurs d’actes antisémites et où l’on plaide pour un meilleur effort pédagogique. Le grand rabbinat met notamment en avant une expérience de différents responsables religieux (imams, rabbins, prêtres) intervenant dans des écoles, limitée pour l’instant à l’enseignement privé. Au-delà, « il nous faudra aussi parler des questions d’espérance et de confiance dans l’avenir. La fraternité est ce qu’il y a de plus important dans le triptyque républicain », insiste Haïm Korsia.

« Les religions, dont on dit qu’elles sont parfois à l’origine de violences, sont surtout facteurs de paix et de concorde » , ajoute le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France. Il s’inquiète en particulier de la situation très instable au Proche-Orient, et de ses éventuelles répercussions en France, qu’il évoquera à l’Élysée.

« Le discours politique doit aller de pair avec le recul et le discernement, pour ne pas alimenter les peurs. Ce n’est pas le cas de certains hommes politiques, en particulier au Front national, qui portent une immense responsabilité en prônant la sortie de l’Europe, ou l’exclusion des musulmans. Les discours qui appellent à se barricader dans je ne sais quelle citadelle illusoire n’ont strictement aucun sens et sont contredits par le message de confiance de l’Évangile. »

Le président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, était hier injoignable. Quant au président de la Conférence des évêques de France et archevêque de Marseille, Mgr Georges Pontier, il ne souhaitait pas s’exprimer avant de se rendre à l’Élysée.

La Croix du 07.01.2015

Laïcité, éducation et place des religions

‣ La montée des réseaux islamiques radicaux risque de conforter ceux qui veulent cantonner la religion à la sphère privée. ‣ Les responsables chrétiens appellent à ne pas s’enfermer dans une vision craintive des religions et insistent sur leur rôle social. ‣ Le président de l’Observatoire de la laïcité, Jean-Louis Bianco, estime pour sa part que notre pacte laïque sort renforcé de la forte mobilisation de dimanche.

VALAT/EPA/MAXPPP Les responsables religieux de france, après leur rencontre avec le président Hollande, le 7 janvier. (de g. à d.) dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de paris, Joël Mergui, président du consistoire israélite, françois clavairoly , président de la Fédération protestante, Mgr Georges Pontier, archevêque de marseille et président de la conférence des évêques de France et emmanuel Adamakis, métropolite grec-orthodoxe.

Alors que des millions de citoyens manifestaient ce week-end dans la rue pour la liberté, l’évêque de Beauvais, Mgr Jacques Benoit-Gonnin, a pris la plume pour rédiger un message adressé hier aux fidèles de l’Oise: « Des questions de fond demeurent qu’il va falloir affronter courageusement et patiemment : Quelle place les religions présentes en France font-elles à la laïcité ? Quelle place la “laïcité à la française” fait-elle aux religions ? Quelle liberté les religions reconnaissent-elles à leurs membres pour vivre et agir en concitoyens autonomes et responsables dans une société plurielle ? »

Les appels à ne pas commettre d’amalgame entre terrorisme et religion se sont multipliés depuis le drame. Mais il n’empêche, la montée en puissance des réseaux musulmans extrémistes provoque des réactions de défiance à l’égard de l’islam et, au-delà, de toutes les religions. « Oui, le fascisme est à nos portes… » Professeur d’histoire contemporaine, JeanYves Mollier signait dans Le Monde, quelques jours avant l’attentat de Charlie Hebdo , une chronique alarmiste. Pour lui, le visage nouveau de cette haine se dessine sous les traits des candidats au djihad, mais pas seulement. L’universitaire dénonçait aussi « tous les fondamentalistes », évoquant les opposants à la loi sur le mariage pour tous. Pour en arriver à cette affirmation qu’il faut « remettre les religions à leur exacte place, celle du for privé qui, en démocratie, ne saurait s’installer dans l’espace public, ni, encore moins, le saturer. »

Cette prise de parole reflète de fait une évolution à l’œuvre dans le paysage intellectuel, politique, et même juridique. La présence de courants islamiques radicaux pousse certains à reconsidérer la place des religions. La loi de 1905 fut inspirée par une conception libérale de la laïcité, qui garantit à chacun la liberté de croire ou de ne pas croire et à tous les cultes les mêmes droits, notamment de s’exprimer dans l’espace public. À rebours de cette tradition, il s’agirait aujourd’hui pour certains de dresser des digues. Les juristes Stéphanie Hennette-Vauchez et Vincent Valentin (1) estiment que les partisans d’une « nouvelle laïcité » entendent « séculariser tout l’espace social ». D’où, par exemple, l’offensive de politiques – de droite et de gauche – ou d’organisations laïques pour imposer une neutralité religieuse au travail.

Les menaces qui pèsent sur la France risquent-elles de renforcer cette tendance ? « Le temps n’est plus au déni de la réalité et aux accommodements mais à la mobilisation intransigeante autour des valeurs républicaines » , réagit le Comité laïcité-république. Un climat d’intolérance à l’égard du religieux peut ainsi inquiéter des responsables chrétiens. « Notre société ne peut en rester à une approche craintive des religions. Elle doit se décrisper », estime le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, qui plaide pour une laïcité dotée « d’une compréhension fine du fait religieux, pleine de discernement et de sagesse ».

En recevant les responsables des cultes à l’Élysée juste après l’attentat, en multipliant les prises de contact au niveau des préfectures depuis près d’une semaine, les pouvoirs publics n’ont manifesté, bien au contraire, aucun signe de défiance à l’égard des cultes. Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, veut même croire que le pays peut sortir renforcé de l’épreuve qu’il traverse. « L’ampleur de la mobilisation a montré que le peuple français est profondément laïque. Notre laïcité ne cantonne pas la religion à la sphère privée. Le message de millions de manifestants, ce week-end, était qu’on peut être juif et français, musulman et français, chrétien et français, athée et français… »

Reste que les défis sont aujourd’hui immenses pour conforter ce désir d’unité. Pour le pasteur François Clavairoly, les religions ont leur part de responsabilité. « Nous devons nous interroger sur le contenu de nos prédications, de nos catéchèses. Nous devons insister sur la liberté de conscience et la liberté de la presse et donc la possibilité de se laisser interpeller par elle. »

Dans un communiqué, l’épiscopat insiste lui aussi sur cette mission : « La liberté de la presse, quelle que soit cette presse, reste un des signes d’une société solide, ouverte au débat démocratique… » (lire aussi ci-contre) .

Le pasteur Clavairoly attend de l’État qu’il engage « le chantier prioritaire d’un réel enseignement du fait religieux dans les écoles et les universités. » Un point de vue que partage Jean-Louis Bianco. « L’observatoire ne cesse de dire qu’en matière de formation à la laïcité des enseignants et autres agents du service public, ça n’avance pas assez. Il faut désormais changer de braquet, aller beaucoup plus vite », plaide-t-il.

Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise, souligne pour sa part le rôle des religions pour combattre la défiance qui monte. « Notre travail est d’insister sur la fraternité, de rencontrer les autres communautés de croyants. Les gens ont peur les uns des autres », assure l’évêque du Val-d’Oise. Une mission qui justifie, a elle seule, de ne pas cantonner les religions à la sphère privée.

(1) L ’affaire Baby Loup ou la nouvelle laïcité,

LGDJ, 2014 (Lire La Croix du 29 novembre)

La Croix du 13.01.2015


« Charlie », Dieudonné… : quelles limites à la liberté d'expression ?

« Pourquoi Dieudonné est-il attaqué alors que Charlie Hebdo peut faire des “unes” sur la religion » ? La question est revenue, lancinante, durant les dernières heures de notre suivi en direct de la tuerie à Charlie Hebdo et de ses conséquences. Elle correspond à une interrogation d'une partie de nos lecteurs : que recouvre la formule « liberté d'expression », et où s'arrête-t-elle ?

1. La liberté d'expression est encadrée

La liberté d'expression est un principe absolu en France et en Europe, consacré par plusieurs textes fondamentaux. « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi », énonce l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789.

Le même principe est rappelé dans la convention européenne des droits de l'homme :

« Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. »

Cependant, elle précise :

« L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire. »

La liberté d'expression n'est donc pas totale et illimitée, elle peut être encadrée par la loi. Les principales limites à la liberté d'expression en France relèvent de deux catégories : la diffamation et l'injure, d'une part ; les propos appelant à la haine, qui rassemblent notamment l'apologie de crimes contre l'humanité, les propos antisémites, racistes ou homophobes, d'autre part.

Les mêmes textes encadrent ce qui est écrit sur le Web, dans un journal ou un livre : l'auteur d'un propos homophobe peut être théoriquement condamné de la même manière pour des propos écrits dans un quotidien ou sur sa page Facebook. L'éditeur du livre ou le responsable du service Web utilisé est également considéré comme responsable. En pratique, les grandes plates-formes du Web, comme YouTube, Facebook, Tumblr ou Twitter, disposent d'un régime spécifique, introduit par la loi sur la confiance dans l'économie numérique : ils ne sont condamnés que s'ils ne suppriment pas un contenu signalé comme contraire à la loi dans un délai raisonnable.

C'est la loi du 29 juillet 1881, sur la liberté de la presse, qui est le texte de référence sur la liberté d'expression. Son article 1 est très clair : « L'imprimerie et la librairie sont libres », on peut imprimer et éditer ce qu'on veut. Mais là encore, après le principe viennent les exceptions. La première est l'injure (« X est un connard ») et la diffamation, c'est-à-dire le fait d'imputer à quelqu'un des actions qu'il n'a pas commises dans le but de lui faire du tort (« X a volé dans la caisse de l'entreprise »).

Les articles 23 et 24 de cette même loi expliquent que « seront punis comme complices d'une action qualifiée de crime ou délit ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics », en font l'apologie, et liste les propos qui peuvent faire l'objet d'une condamnation :

« - les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne et les agressions sexuelles, définies par le livre II du code pénal ;

- les vols, les extorsions et les destructions, dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes, définis par le livre III du code pénal ;

- l'un des crimes et délits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ;

- l'apologie (…) des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité ou des crimes et délits de collaboration avec l'ennemi.

- (Le fait d'inciter à des) actes de terrorisme prévus par le titre II du livre IV du code pénal, ou qui en auront fait l'apologie.

- La provocation à la discrimination, la haine ou la violence envers des personnes “en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée”, ou encore “leur oritentation sexuelle ou leur handicap” ».

Dernier cas particulier : l'apologie du terrorisme, plus durement sanctionné depuis la loi de novembre 2014 sur la lutte contre le terrorisme. Le texte, mis en application ces derniers jours, prévoit que des propos d'apologie du terrorisme puissent être condamnés en comparution immédiate, renforce les peines encourues, et considère comme un fait aggravant le fait que ces propos soient tenus sur Internet. La même loi introduisait également la possibilité d'un blocage administratif - c'est à dire sans validation a priori par un juge - des sites de propagande djihadiste, une mesure fortement dénoncée par les défenseurs de la liberté d'expression.

En résumé, la liberté d'expression ne permet pas d'appeler publiquement à la mort d'autrui, ni de faire l'apologie de crimes de guerre, crimes contre l'humanité, ni d'appeler à la haine contre un groupe ethnique ou national donné. On ne peut pas non plus user de la liberté d'expression pour appeler à la haine ou à la violence envers un sexe, une orientation sexuelle ou un handicap.

Le droit d'expression est sous un régime « répressif » : on peut réprimer les abus constatés, pas interdire par principe une expression avant qu'elle ait eu lieu. Mais si une personne, une association ou l'Etat estime qu'une personne a outrepassé sa liberté d'expression et tombe dans un des cas prévus dans la loi, elle peut poursuivre en justice. En clair, c'est aux juges qu'il revient d'apprécier ce qui relève de la liberté d'expression et de ce qu'elle ne peut justifier. Il n'y a donc pas de positionnement systématique, mais un avis de la justice au cas par cas.


2. La particularité des réseaux sociaux

Le droit français s'applique aux propos tenus par des Français sur Facebook ou Twitter. Mais ces services étant édités par des entreprises américaines, ils ont le plus souvent été conçus sur le modèle américain de la liberté d'expression, beaucoup plus libéral que le droit français. Aux Etats-Unis, le premier amendement de la Constitution, qui protège la liberté d'expression, est très large. De nombreux propos condamnés en France sont légaux aux Etats-Unis.

Les services américains rechignent donc traditionnellement à appliquer des modèles très restrictifs, mais se sont adaptés ces dernières années au droit français. Twitter a ainsi longtemps refusé de bloquer ou de censurer des mots-clés antisémites ou homophobes, avant de nouer un partenariat avec des associations pour tenter de mieux contrôler ces propos.

De son côté, Facebook applique une charte de modération plus restrictive, mais les propos qui y sont contraires ne sont supprimés que s'ils sont signalés par des internautes, et après examen par une équipe de modérateurs.


3. Le cas complexe de l'humour

La liberté d'expression ne permet donc pas de professer le racisme, qui est un délit, de même que l'antisémitisme. On ne peut donc pas imprimer en « une » d'un journal « il faut tuer untel » ou « mort à tel groupe ethnique », ni tenir ce genre de propos publiquement. Néammoins, les cas de Dieudonné ou de Charlie Hebdo ont trait à un autre type de question, celle de l'humour et de ses limites.

La jurisprudence consacre en effet le droit à l'excès, à l'outrance et à la parodie lorsqu'il s'agit de fins humoristiques. Ainsi, en 1992, le tribunal de grande instance de Paris estimait que la liberté d'expression « autorise un auteur à forcer les traits et à altérer la personnalité de celui qu'elle représente », et qu'il existe un « droit à l'irrespect et à l'insolence », rappelle une étude de l'avocat Basile Ader.

Néammoins, là encore, il appartient souvent aux juges de décider ce qui relève de la liberté de caricature et du droit à la satire dans le cadre de la liberté d'expression. Un cas récent est assez éclairant : le fameux « casse-toi, pauv' con ! ». Après que Nicolas Sarkozy a lancé cette formule à quelqu'un qui avait refusé de lui serrer la main, un homme avait, en 2008, acueilli l'ancien chef de l'Etat avec une pancarte portant la même expression.

Arrêté, il avait été condamné pour « offense au chef de l'Etat » (délit supprimé depuis). L'affaire était remontée jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme. En mars 2013, celle-ci avait condamné la France, jugeant la sanction disproportionnée et estimant qu'elle avait « un effet dissuasif sur des interventions satiriques qui peuvent contribuer au débat sur des questions d'intérêt général ».

Plus proche des événements de la semaine précédente, en 2007, Charlie Hebdo devait répondre devant la justice des caricatures de Mahomet qu'il avait publiées dans ses éditions. A l'issue d'un procès très médiatisé, où des personnalités s'étaient relayées à la barre pour défendre Charlie Hebdo, le tribunal avait jugé que l'hebdomadaire avait le droit de publier ces dessins :

« Attendu que le genre littéraire de la caricature, bien que délibérément provocant, participe à ce titre à la liberté d'expression et de communication des pensées et des opinions (…) ; attendu qu'ainsi, en dépit du caractère choquant, voire blessant, de cette caricature pour la sensibilité des musulmans, le contexte et les circonstances de sa publication dans le journal “Charlie Hebdo”, apparaissent exclusifs de toute volonté délibérée d'offenser directement et gratuitement l'ensemble des musulmans ; que les limites admissibles de la liberté d'expression n'ont donc pas été dépassées (…) »

On peut donc user du registre de la satire et de la caricature, dans certaines limites. Dont l'une est de ne pas s'en prendre spécifiquement à un groupe donné de manière gratuite et répétitive.

Autre époque, autre procès : en 2005, Dieudonné fait scandale en apparaissant dans une émission de France 3 grimé en juif ultrareligieux. Il s'était alors lancé dans une diatribe aux relents antisémites. Poursuivi par plusieurs associations, il avait été relaxé en appel, le tribunal estimant qu'il restait dans le registre de l'humour.

En résumé, la loi n'interdit pas de se moquer d'une religion - la France est laïque, la notion de blasphème n'existe pas en droit - mais elle interdit en revanche d'appeler à la haine contre les croyants d'une religion, ou de faire l'apologie de crimes contre l'humanité – c'est notamment pour cette raison que Dieudonné a régulièrement été condamné, et Charlie Hebdo beaucoup moins.


4. « Charlie », habitué des procès

Il faut rappeler que Charlie Hebdo et son ancêtre Hara-Kiri ont déjà subi les foudres de la censure. Le 16 novembre 1970, à la suite de la mort du général de Gaulle, Hara-Kiri titre : « Bal tragique à Colombey : 1 mort », une double référence à la ville du Général et à un incendie qui avait fait 146 morts dans une discothèque la semaine précédente. Quelques jours plus tard, l'hebdomadaire est interdit par le ministère de l'intérieur, officiellement à l'issue d'une procédure qui durait depuis quelque temps. C'est ainsi que naîtra Charlie Hebdo, avec la même équipe aux commandes.

L'hebdomadaire satirique était régulièrement devant la justice à la suite à des plaintes quant à ses « unes » ou ses dessins : environ 50 procès entre 1992 et 2014, soit deux par an environ. Dont certains perdus.


5. Dieudonné, humour ou militantisme ?

Dans le cas de Dieudonné, la justice a été appelée à plusieurs reprises à trancher. Et elle n'a pas systématiquement donné tort à l'humoriste. Ainsi a-t-il été condamné à plusieurs reprises pour « diffamation, injure et provocation à la haine raciale » (novembre 2007, novembre 2012), ou pour « contestation de crimes contre l'humanité, diffamation raciale, provocation à la haine raciale et injure publique » (février 2014).

Lorsqu'en 2009 il fait venir le négationniste Robert Faurisson sur scène pour un sketch où il lui faisait remettre un prix par un homme déguisé en détenu de camp de concentration, il est condamné pour « injures antisémites ». Mais dans d'autres cas, il a été relaxé : en 2004 d'une accusation d'apologie de terrorisme, en 2007 pour un sketch intitulé « Isra-Heil ». En 2012, la justice a refusé d'interdire un film du comique, malgré une plainte de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra).

En plaidant pour l'interdiction de ses spectacles fin 2013, le gouvernement Ayrault avait cependant franchi une barrière symbolique, en interdisant a priori une expression publique. Néanmoins, le Conseil d'Etat, saisi après l'annulation d'une décision d'interdiction à Nantes, lui avait finalement donné raison, considérant que « la mise en place de forces de police ne [pouvait] suffire à prévenir des atteintes à l'ordre public de la nature de celles, en cause en l'espèce, qui consistent à provoquer à la haine et la discrimination raciales ». « On se trompe en pensant qu'on va régler la question à partir d'interdictions strictement juridiques », estimait alors la Ligue des droits de l'homme.

Le Monde.fr | 14.01.2015 | Par Damien Leloup et Samuel Laurent

Le pape François : «on ne peut insulter la foi des autres»
Le pape François répondant aux journalistes dans le vol qui l’emmenait aux Philippines jeudi 15 janvier, a décrit « les limites » à la liberté d’expression et à la liberté religieuse, qui doivent pouvoir s’exercer sans pour autant « offenser ».
« On ne peut tourner la foi des autres en dérision », a-t-il déclaré, à propos des attentats à Paris.
Interrogé par des journalistes français, dans le vol le menant aux Philippines, sur la façon de concilier la liberté d’expression et la liberté religieuse, le pape François a expliqué les conditions d’exercice de ces deux « droits fondamentaux » et leurs « limites ». En référence aux attentats terroristes commis à Paris contre Charlie Hebdo, il a estimé que la liberté d’expression était « un droit, une obligation » mais « sans offenser », regrettant une mentalité qui considère les religions comme « une sous-culture ».
Combien de guerres de religion avons-nous eu ?
Dans une longue réponse en trois temps, le pape a d’abord rappelé que pratiquer sa religion ne devait pas conduire à violenter l’autre, à « offenser délibérément ». « Il ne faut pas faire la guerre au nom de Dieu. Combien de guerres de religion avons-nous eu ? », a-t-il déclaré, rappelant à son auditoire français « la nuit de la Saint-Barthélemy » : « Comment pouvons-nous comprendre cela ? » « Tuer au nom de Dieu est une aberration », a-t-il insisté. Le pape François avait déjà condamné les attentats de Paris, dédiant notamment sa messe matinale aux victimes au lendemain des événements.
Abordant ensuite la liberté d’expression, il a estimé sans détour que pouvoir « dire ce que l’on pense est une obligation » : « Si un député ou sénateur ne dit pas ce qu’il pense, ce qu’il considère comme la juste voie, il ne sert pas le bien commun ». « Nous avons l’obligation de parler ouvertement », a repris celui qui avait voulu au dernier Synode des évêques que la parole y soit libre.
Chaque religion a sa dignité
Pour autant, cette « obligation » d’expression doit s’exercer « sans offenser » : « Il y a des limites ». « Si un grand ami dit du mal de ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing ! », a-t-il donné deux fois en exemple. « On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision », a-t-il martelé : « Chaque religion, qui respecte la personne humaine, a sa dignité ».
Sans jamais citer Charlie Hebdo, le pape a observé, en référence à un discours de son prédécesseur Benoît XVI, l’existence d’une « mentalité post-positiviste, qui porte à croire que les religions sont une sorte de sous-culture, qu’elles sont tolérées mais sont peu de chose ». « Cela est un héritage des Lumières », a-t-il poursuivi : « Il y a tant de gens qui parlent mal des autres religions, les tournent en dérision, font de la religion des autres un jouet. Ce sont des gens qui provoquent ».
> Voir l’entretien Tzvetan Todorov « une liberté sans bornes ne saurait être légitime »
Un message centré sur les pauvres
Au cours de cette même conférence de presse, le pape a traité d’autres sujets. Se préparant à atterrir aux Philippines, seconde étape de son voyage asiatique, il a indiqué que le message central en serait « les pauvres » : « Les pauvres qui veulent aller de l’avant, qui ont souffert et souffrent encore, les pauvres qui ont la foi, l’espérance ». Il a évoqué notamment les familles éclatées en raison de l’émigration pour travailler. Il a également cité le sort des enfants exploités comme esclaves, y compris sexuellement.
Alors qu’il doit, au cours de ce séjour, se rendre sur les lieux dévastés par le typhon Haiyan de novembre 2013, il a dénoncé la surexploitation des ressources naturelles, en particulier la « déforestation » et le recours intensif aux « monocultures », citant l’exemple du soja en Argentine.
Une encyclique publiée en juin ou juillet
Énumérant, à ce sujet, les étapes de la préparation de son encyclique sur l’écologie humaine, il a estimé que la rédaction en serait achevée « fin mars » mais que les traductions pousseraient à une publication pour « juin ou juillet ». Une date en amont de la conférence intergouvernementale sur le climat prévue à la fin de cette année à Paris, a-t-il rappelé, espérant qu’à cette occasion « les dirigeants seront courageux pour aller plus loin », après la déception du dernier sommet sur le sujet à Lima (Pérou), en décembre dernier.
Interrogé aussi sur sa propre sécurité et celle des foules l’approchant, le pape a reconnu que le sujet le préoccupait, ajoutant en souriant : « Mais j’ai une dose d’inconscience ». Il a souhaité qu’on « ne (lui) fasse pas mal » : « Je ne suis pas courageux face à la douleur ».

La Croix du 15.01.2015

L’observatoire de la laïcité presse le pouvoir d’agir
L’institution demande aux pouvoirs publics de faire plus et plus vite pour la promotion de la laïcité.
Dans un avis publié jeudi 15 janvier, l’Observatoire de la laïcité appelle les autorités à « une accélération de la mise en œuvre de ses précédents avis et à la promotion de la laïcité et du vivre ensemble en général ».
Depuis son installation en avril 2013, l’institution présidée par Jean-Louis Bianco a en effet multiplié les initiatives et propositions pour renforcer le pacte républicain.
Distance critique
Face à la menace d’organisations fondamentalistes et pour donner suite à l’énorme mobilisation du 11 janvier, il réclame la diffusion dans l’ensemble des administrations du rappel à la loi qu’il avait adopté en octobre 2013.
> A lire également  : Attentat contre Charlie Hebdo, la laïcité en question
Il demande de former à la laïcité tous les fonctionnaires, et en particulier les enseignants, « pour qu’ils introduisent une distance critique dans la réflexion personnelle de leurs élèves. »
Sur ce registre éducatif, l’Observatoire en appelle aussi à une réflexion sur « l’extension » de l’enseignement du fait religieux à l’école primaire.
Dans une formulation inédite, il souhaite que les programmes scolaires prennent en compte « toutes les cultures convictionnelles (sic) et confessionnelles » afin que « tous les enfants disposent des outils critiques nécessaires à l’appropriation du récit national. »
> A (re)lire  : «Les établissements scolaires communiquent trop peu sur les problèmes liés à la laïcité»
Développement du service civique
Pour favoriser une meilleure intégration de l’islam et lutter contre les courants fondamentalistes, l’Observatoire insiste sur le nécessaire recrutement d’aumôniers musulmans en milieu carcéral, l’augmentation de leurs moyens et « l’instauration de < conseillers humanistes > pour apporter un soutien personnel aux détenus ».
> A lire aussi  : Islam en France : « Nous n’avons pas été à la hauteur du défi de l’intégration »
Il estime que l’État doit apporter son « soutien à la création d’établissements privés de théologie musulmane » pour assurer la formation d’imams. « En parallèle », il juge opportun de faire davantage connaître les travaux de l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman, créé en 1999 au sein de l’École des hautes études en sciences sociales.
Enfin pour renforcer la cohésion nationale, l’avis plaide pour un « très large développement du service civique » et l’organisation chaque année dans chaque département, à l’initiative des préfectures, de « semaines de la fraternité ».

La Croix du 15.01.2015

En Guyane, le conseil général veut mettre l’évêque de Cayenne à la retraite
Alors que le tribunal administratif avait considéré, le 29 décembre, que le conseil général de Guyane devait continuer à rétribuer 26 prêtres du diocèse, le président de l’instance départementale, qui s’y refuse, vient de décider un nouveau coup de force.
Ce feuilleton guyanais ressemble au duel entre Don Camillo et Peppone. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas de fiction ! Alain Tien-Liong, président du conseil général de Guyane, a décidé par arrêté, il y a quelques semaines, de mettre d’office à la retraite Mgr Emmanuel Lafont, 69 ans, évêque de Cayenne. Et ce, à partir de ce jeudi 1er janvier !
« Plutôt cocasse mais pas réglementaire ! »
Interrogé par l’AFP, Mgr Lafont considère cette décision comme « plutôt cocasse mais pas réglementaire ». En fait, il s’agit d’une étape supplémentaire dans la liste des différends qui oppose le conseil général de Guyane au clergé catholique local à propos de la rémunération des prêtres.
En Guyane en effet, la rétribution des prêtres est toujours régie par une ordonnance royale de Charles X du 27 août 1828 (1), laquelle stipule que « les attributions de l’ordonnateur comprennent le paiement des ministres du culte ». Or, le chef de l’exécutif départemental avait suspendu d’autorité ce paiement au 1er mai dernier pour 26 prêtres (sur 38 que compte aujourd’hui la Guyane).
Une rétribution à « rétablir sans délai »
La juridiction administrative de Cayenne, saisie le 30 mai dernier par le conseil d’administration de la mission catholique de Guyane et par les 26 prêtres, avait sommé Alain Tien-Liong de « rétablir sans délai » le versement de cette rétribution.
> À lire : En Guyane, la justice somme le département de continuer à payer les prêtres
Et le 29 décembre, le tribunal administratif (TA) de Cayenne a donné raison aux 26 prêtres, soulignant que le président du conseil général n’avait pas « compétence » en la matière, suivant en cela les conclusions du rapporteur public qui avait indiqué, le 15 décembre, qu’il revenait au « législateur », de modifier la loi en vigueur actuellement en Guyane obligeant le département à rémunérer les prêtres catholiques.
S’exprimant ce même jour sur Guyane Première (ex-RFO), Alain Tien-Liong indiquait que la décision du tribunal n’était pas une surprise, mais que sa collectivité n’avait pas les moyens de continuer à payer les prêtres.
« Par conciliation, pas par oukase ! »
« Cet arrêté est manifestement irrégulier car les membres du clergé ne sont pas considérés comme des fonctionnaires », a réagi Mgr Lafont. Celui-ci toutefois ne veut pas aller devant le tribunal pour son cas personnel et souhaite une conciliation.
En effet, l’évêque n’est pas opposé à une sortie progressive de ce système de rémunération. « J’espère une négociation, tranquillement, en prenant le temps, pour mettre fin à ce système. Mais pas comme ça, par un oukase ».
(1) La loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État, qui a été étendue par décret en 1911 à la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion, n’a pas été rendue applicable en Guyane.

La Croix du 01.01.2015

Pour 82 % des maires, l’entretien des lieux de culte est bien accepté par leurs administrés

Une étude TNS-Sofres a été commandée par la délégation aux collectivités territoriales dans le cadre d’une mission d’information sur le financement des lieux de culte.

Présentée mardi 13 janvier, elle montre que l’entretien des lieux de culte est une charge lourde pour les communes qui ne souhaitent en aucun cas assurer seules le financement des constructions nouvelles.


La délégation aux collectivités territoriales, présidée par Jean-Marie Bockel (UDI – Haut-Rhin), a présenté le 13 janvier les résultats d’une enquête réalisée à sa demande par TNS Sofres sur le financement des lieux de culte. Sur les 10 000 communes sollicitées, 2 788 ont répondu et leurs questionnaires ont été complétés et traités.

À la question de savoir si les lieux de culte de leur commune sont confrontés à des besoins de rénovation ou d’aménagement, les maires répondent par l’affirmative dans 73 % des cas pour un (ou plusieurs) lieu (x) de culte catholique, 52 % pour les lieux de culte musulmans, 46 % pour les lieux de culte protestant (et 7 % pour les lieux de culte évangéliques, traités à part).

Charge excessive

Le financement public de la rénovation des lieux de culte existant est majoritairement bien accepté par les édiles : 60 % y sont très ou plutôt favorables, contre 28 % défavorables.

Mais dans le même temps, près de la moitié des maires interrogés (49 %) considèrent que les dépenses afférentes sont une charge excessive (13 %) ou importante (36 %). « C’est le dernier endroit où on investit souvent et on le fait quand on est un petit peu obligé, témoigne ainsi l’adjoint d’une commune de moins de 2 000 habitants. La chapelle, on a été quasiment obligé car le mur se fissurait et menaçait de tomber. »

« Majoritairement défavorables au financement public des nouveaux lieux de culte »

Concernant la construction de nouveaux lieux de culte, l’enjeu se situe en revanche majoritairement du côté musulman. 8 % des élus reconnaissent une insuffisance de leur nombre pour les musulmans et 2 % pour les évangéliques.

Face à ces demandes, deux types de réaction sont identifiés : la tentation de « retarder ou repousser de peur des réactions des administrés ou d’un sentiment de perte d’identité », et la volonté « d’assurer deux impératifs de l’État laïque : la liberté religieuse et le principe d’égalité entre les cultes et de normaliser des pratiques cachées ou non officielles », précise l’étude. À cet égard, les demandes émanant d’Églises évangéliques sont également traitées avec circonspection par les mairies.

D’une manière générale, les élus sollicités sont donc « souvent prêts à accompagner mais majoritairement défavorables (59 %) au financement public des nouveaux lieux de culte », constate TNS Sofres. D’autant que de nombreux élus soulignent la nécessité que toutes les religions, notamment les plus récentes, disposent de lieux de culte décents.

Plus grande transparence

Pour 61 % des répondants, les communes ne devraient pas assumer seules les charges de construction de nouveaux lieux de culte, mais plutôt en cofinancement (29 %). Les organisations religieuses étant de loin les partenaires les plus légitimes (73 %). Une « plus grande transparence » des fonds serait l’avantage principal de ce cofinancement.

Quant aux réactions des administrés, elles varient selon le projet : plutôt consensuelles dès lors qu’il s’agit de lieux existants (82 %), plus polémiques ou conflictuelles concernant les constructions. Pour le sénateur Hervé Maurey (UDI, Eure), qui présentera son rapport dans les prochaines semaines, « on aborde ici un sujet fondamental du vivre ensemble ».

La Croix du 16.01.2015

Les maires demandent des clarifications sur la laïcité

L’association des maires de France lance une consultation auprès des élus afin d’identifier les questions concrètes qui posent problème aux élus en matière de respect de la laïcité.

En première ligne face aux tensions qui se développent entre l’exigence de laïcité et les demandes particulières, les élus municipaux s’avouent parfois un peu désemparés. Pour tenter de cerner le problème, l’Association des maires de France lance donc une grande consultation auprès de ses adhérents afin de cerner les questions qui posent problème et tenter d’y remédier.

> Lire aussi : Attentat contre Charlie Hebdo, la laïcité en question

« Dans la plupart des cas, la réglementation existe. Elle est même très volumineuse, avec des guides de la laïcité édictés par divers organismes, des chartes et circulaires par dizaines. Ce qui manque, en revanche, c’est un mode d’emploi clair qui puisse servir de référence aux élus locaux », constate André Laignel, maire PS d’Issoudun (Indre) et premier vice-président de l’AMF.

L’école en première ligne

Les sujets les plus susceptibles de poser problème sont en fait assez largement connus. Ils tournent beaucoup autour de l’école, comme l’ont rappelé les élus locaux qui ont rencontré jeudi la ministre de l’éducation nationale.

> Lire aussi :​ « Les établissements scolaires communiquent trop peu sur les problèmes liés à la laïcité »

Le port du voile par les parents accompagnant les sorties scolaires reste ainsi un sujet de débat. Surtout, les cantines constituent un sujet récurent, même si en la matière les communes n’ont en fait aucune obligation, pas même celle de proposer un service de restauration scolaire.

Les menus contestés

À Issoudun, comme dans beaucoup de villes, la cantine existe bien. Elle propose même tous les jours deux plats, dont l’un sans porc, et du poisson le vendredi. « C’est une habitude, pas un droit », justifie André Laignel. En revanche, il assure qu’il faut bien faire comprendre aux parents « qu’ils ne peuvent pas exiger de la viande hallal ou casher. Nos menus sont faits par des diététiciens, pas par des responsables religieux ».

D’autres questions sont moins souvent soulevées mais peuvent s’avérer plus délicates à trancher, relève Jean-Christophe Lagarde, maire UDI de Drancy, en Seine-Saint-Denis. Que faire, par exemple, quand un enfant refuse systématiquement de manger de la viande pour des raisons religieuses ? « Bien sûr, on ne va pas le forcer, répond l’élu. Mais dans le même temps, c’est totalement contradictoire avec la circulaire qui détaille très précisément quels sont les apports nécessaires pour assurer une alimentation équilibrée ».

Absence lors des fêtes religieuses

Le maire de Drancy juge également qu’un clair rappel des règles s’impose en matière d’absence pour les agents communaux. « J’ai eu le cas d’une professeur du conservatoire de musique qui voulait ne pas venir pour Kippour alors que c’était une période d’examen pour ses élèves. Ou des demandes d’absence d’un agent qui nous prévenait au dernier moment qu’il ne serait pas là un lundi pour cause de Ramadan. Quand cela nuit au bon fonctionnement du service public, je refuse. Et cela se termine parfois au tribunal », déplore-t-il.

Le besoin de réponses uniformes

L’association appelle donc les maires à faire remonter les questions pratiques qui peuvent se poser à eux. Avec l’ambition de présenter en avril prochain des propositions au gouvernement afin de faire émerger, en concertation avec l’État, un « cadre commun et concret facilitant au plan local la mise en œuvre de ces principes ».

Plus qu’une nouvelle réglementation, les élus insistent en fait sur davantage de coordination et d’uniformité. « Il faut que la règle soit claire pour qu’elle puisse être la même partout, insiste André Laignel. Sinon cela finit par créer des situations incompréhensibles et donc intenables ».

La Croix du 16.01.2015

La liberté d'expression doit s'acccompagner de réalisme et de prudence
Le pape François explique ses propos sur le vol Colombo-Manille
ROME, 19 janvier 2015 (Zenit.org) - La liberté d'expression doit s'acccompagner de réalisme et de prudence, estime le pape François, au risque de provoquer une "réaction injuste".
Il s'est expliqué sur ses propos du vol Colombo-Manilledans l'avion qui l'a ramené, ce 19 janvier, de Manillel à Rome, en répondant aux questions de la presse.
Il avait parlé d'un "coup de poing" à celui qui insulterait sa mère. En aucun cas il ne s'agit d'une justification encore moins d'un feu vert donné à cette réaction "naturelle": "En théorie", on pense tous qu'il ne faut pas répondre à une provocation, fait observer le pape. Mais "en réalité", constate-t-il, "nous sommes tous humains".
C'est ainsi, explique-t-il, qu'une offense répétée peut entraîner une réaction. Il invite donc au réalisme et à la prudence, à ne pas "provoquer continuellement".
"Je ne peux pas insulter, provoquer continuellement une personne, car je risque de l’énerver, je risque de provoquer une réaction injuste. C’est humain. La liberté d’expression doit donc tenir compte de la réalité humaine et doit donc être prudente", a explique le pape François.
Sur le vol Colombo-Manille, le 15 janvier, le pape avait avoqué la liberté d'expression et de religion.
Il avait insisté: "On ne peut pas tuer au nom de Dieu. Tuer au nom de Dieu est une aberration. Je crois que c’est la chose principale sur la liberté de religion: on doit le faire librement, sans offenser, mais sans imposer et sans tuer.”
Pour la liberté d’expression, le pape est tout aussi clair: c’est non seulement un droit mais une “obligation” morale. Avec une limite: “ne pas offenser la foi de l’autre”, ne pas s’en “moquer”.
Le pape François s’expliquait sur la limite à cette liberté d’expression qui n’est donc pas un absolu: “La liberté d’expression. Chacun a non seulement la liberté, le droit mais il a aussi l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider le bien commun. L’obligation. Pensons à un député, à un sémanteur: s’il ne dit pas ce qu’il pense être le vrai chemin, il ne collabore pas au bien commun. Et pas seulement eux, beaucoup d’autres. Nous avons l’obligation de parler ouvertement, d’avoir cette liberté, mais sans offenser. Parce que c’est vrai, on peut réagir violemment (...). On ne peut pas provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut pas se moquer de la foi. Dans un discours, je ne me souviens plus très bien où, le pape Benoît avait parlé de cette mentalité post-positiviste, de la métaphysique post-positiviste qui finit par conduire à croire que les religions ou les expressions religieuses sont une sorte de sous-culture, qu’elles sont tolérées, mais sont peu de chose, elle ne font pas parltie de la culture des Lumières. C’est un héritage des Lumières. Tant de gens parlent mal des religions, s’en moquent, disons “jouent” avec la religion des autres.(...) C’est une limite: toute religion a sa dignité, toute religion qui respecte la vie humaine, la personne humaine. Je ne peut pas m’en moquer. Et c’est une limite. J’ai pris cet exemple de la limite pour dire que dans la liberté d’expression il y a des limites (...).”

Les tensions montent au sein de l’Observatoire de la Laïcité

Trois membres de l’observatoire de la laïcité critiquent ouvertement la ligne trop « angélique » de l’institution présidée par Jean-Louis Bianco

Alors que les attentats terroristes ont réveillé en France les débats sur l’attitude à adopter vis-à-vis de l’islam radical, l’Observatoire de la laïcité est rattrapé par les tensions.

L’avis publié par l’institution, mercredi 14 janvier, sur la promotion de notre modèle républicain n’a pas du tout été du goût de plusieurs de ses membres.

La critique des méthodes

Le lendemain, dans un communiqué, deux élus socialistes, le député Jean Glavany et la sénatrice Françoise Laborde, ainsi que Patrick Kessel, président du Comité Laïcité République – et ancien Grand maître du Grand Orient de France – ont critiqué le texte. Ils dénoncent d’abord la forme : l’avis « s’est fait sans aucune délibération collective, par simple consultation électronique et dans la précipitation, et la seule évocation d’une décision à la majorité est soumise à la plus grande équivoque ».

En 2013, ils avaient déjà peu apprécié que le président Jean-Louis Bianco s’exprime dans la presse, au nom de l’institution, pour déclarer que la France « n’a pas de problème avec sa laïcité ».

« Ce genre de méthode n’honore pas une institution récente et à la recherche de sa crédibilité », écrivent les trois membres.

L’observatoire accusé d’angélisme

Mais c’est surtout sur le fond que les dissensions portent. Dans son avis du 14 janvier, l’observatoire dressait une liste de onze propositions pour renforcer la cohésion nationale  : le « très large développement du service civique », la « réaffirmation de la nécessaire mise en œuvre de l’enseignement moral et civique à l’école », ou encore « l’organisation chaque année, dans chaque département de ’semaines de la fraternité’ »...

Les trois membres de l’Observatoire dénoncent des propositions « pour l’essentiel angéliques et pusillanimes, cosmétiques dans le meilleur des cas ».

Pire, certaines sont, aux yeux des auteurs, « clairement antilaïques et évidemment inacceptables pour la République ». Allusion certainement aux demandes que l’État recrute des aumôniers musulmans pour le milieu carcéral ou soutienne « la création d’établissements privés de théologie musulmane et de formations à l’islamologie ».

Décalage avec le discours de Manuel Valls

« Ce qui frappe, c’est le décalage entre ce document et la force des convictions affirmées par le président de la République ces derniers jours et par le premier ministre dans son discours admirable mardi dernier à l’Assemblé Nationale. Ce décalage et cette incohérence ne sont plus viables » dénoncent les auteurs.

Proche du président de la république, Jean-Louis Bianco a été nommé par François Hollande à la tête de l’Observatoire en avril 2013 avec, pour feuille de route, de faire preuve de pragmatisme et d’apaiser un pays déjà très divisé sur la question de l’islam, y compris au sein de la majorité.

En mars 2013, en pleine affaire Baby Loup, on se souvient ainsi d’un Manuel Valls, alors ministre de l’intérieur, critiquant la décision des juges en faveur de la puéricultrice voilée.

L’observatoire « met le couvercle sur les problèmes »

Depuis, l’Observatoire a publié de nombreux documents pédagogiques sur la laïcité, à l’intention des élus locaux, des responsables socio-éducatifs ou du monde de l’entreprise. Il a milité pour des mesures citoyennes comme la mise en place d’une journée anniversaire de la loi de 1905 dans l’éducation nationale.

Mais certains lui reprochent de ne pas affronter les problèmes que des courants de l’islam posent à la laïcité, comme la participation de mères voilées à des sorties scolaires. Jean Glavany avait ainsi poussé en vain pour que l’Observatoire aborde la question de l’interdiction du voile dans l’enseignement supérieur.

Lors d’un point presse au siège du Parti radical de gauche (PRG), la sénatrice Françoise Laborde a critiqué, mardi 2 décembre, le travail réalisé au sein de l’institution.

« C’est mou. On fait sur le fond un travail intéressant, on discute, mais il en ressort des communiqués creux. Au lieu de servir d’aiguillon, l’observatoire met le couvercle sur les problèmes », expliquait la sénatrice, se disant « insatisfaite » du travail de cette instance.

Le maintien de Jean-Louis Bianco dans la balance

Jeudi 15 janvier, dans leur communiqué, les trois membres de l’Observatoire évoquent leur intention de démissionner. « Nous ne le faisons pas à ce stade pour deux raisons : la première, après les heures tragiques traversées par notre pays, pour ne pas donner le sentiment d’abandonner le navire. La seconde, pour soutenir le Premier Ministre dans le combat dont il a affiché clairement l’ambition, mercredi dernier, et qui nous paraît, elle et elle seule, à la mesure des enjeux. »

Entre les lignes, les trois membres semblent mettre le maintien de Jean-Louis Bianco dans la balance  : « face à des enjeux aussi graves, nous attendons des pouvoirs publics qu’ils mettent bon ordre dans ces dysfonctionnements et ces incohérences », concluent les auteurs.

La Croix du 19.01.2015

C'est vraiment du n'importe quoi ! (NDLR) :

Étudiante voilée : un professeur de droit se déshabille dans l’amphi pour protester

Les tensions qui touchent actuellement la France n’épargnent pas les écoles d’avocats. Un incident a en effet eu lieu entre un professeur avocat de l’école des barreaux à Paris et l’une de ses élèves qui a refusé de retirer son voile. L’homme très en colère a quitté la salle avant de revenir et de se déshabiller devant ses élèves stupéfaits en revendiquant « la religion du naturisme », rapporter Le Figaro Étudiant.

Les faits se sont produits vendredi dernier, en début d’après-midi, lors d’un cours de déontologie donné dans un amphithéâtre de l’école et retransmis par vidéoconférence dans deux autres salles. Grégoire Lafarge, avocat et professeur à l’École de formation professionnelle des Barreaux de la Cour d’Appel de Paris (EFB), a demandé à une jeune femme voilée d’enlever son foulard. Celle-ci a refusé, ce qui a provoqué une altercation. Apparemment en furie, le professeur a quitté l’amphithéâtre avant de revenir. « Il s’est déshabillé en retirant son écharpe, sa veste, sa chemise. Et il a hurlé "ma religion à moi c’est le naturisme" » raconte au Figaro un étudiant témoin de la scène.

Après cet incident, la jeune femme voilée a été applaudie par les élèves avocats. Elle a expliqué qu’elle aurait préféré que le Me Lafarge lui fasse part de son malaise en privé, « sans que ça lance le débat ». « Je respecte ceux qui trouvent ma tenue offensante, mais je pense avoir le droit d’être ici», a-t-elle commenté.

Il menace de porter plainte

De son côté, Me Lafarge, qui est l’avocat du vice-président du Front national Florian Philippot et du député UMP Patrick Balkany, a menacé de porter plainte contre l’école. Il estime que celle-ci a enfreint « les lois de la République, le principe de laïcité ». Toutefois, la loi sur le port de signes religieux dans les établissements scolaires publics, adoptée en 2004, ne concerne pas les établissements d’enseignement supérieur.

La Dépêche.fr du 19.01.2015

La laïcité «à la française», une exception qui suscite l’incompréhension
Elle est inscrite dans la Constitution, gravée dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, fondée sur la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905: la laïcité est solidement ancrée dans le droit français. Offrant à chaque citoyen la liberté «de conscience», c’est-à-dire la possibilité de pratiquer la religion de son choix ou de n’en pratiquer aucune sans subir de discrimination, la laïcité permet à la fois à chaque citoyen de manifester publiquement son appartenance à une religion et à l’Etat de rester neutre par rapport aux religions. Cette notion complexe, mal comprise à l'étranger, voire en France, est aujourd’hui confrontée à de nouvelles problématiques, comme l’a illustré l’affaire de la crèche Baby Loup ou plus récemment la polémique sur la présence de crèches de Noël dans les lieux publics. Après les attentats qui ont frappé les caricaturistes de Mahomet à Charlie Hebdo, la question de la laïcité est revenue sur le devant de la scène, avec son corollaire: le droit au blasphème et la liberté d’expression.
Confondue à tort avec l'athéisme
«
Ce qui est en jeu ici est l’aspect anticlérical de la laïcité, voire son refus de la religion, estime Jean Baubérot, docteur en histoire et titulaire de la chaire Histoire et sociologie de la laïcité à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) de la Sorbonne. Cet aspect a une légitimité particulière en France car la République s’est construite en opposition à l’Eglise catholique. La France d’aujourd’hui est encore marquée par ce conflit». Avec une forte proportion de citoyens déclarant ne pratiquer aucune religion, la France a tendance à confondre laïcité et athéisme: «Un certain nombre de gens ne font pas la différence, or la laïcité correspond seulement à la neutralité de l’Etat à l’égard de la religion ou du refus de religion», précise Jean Baubérot.
La France se voudrait championne de la laïcité, mais à y regarder de plus près, elle n’a pas été la première à séparer Etat et cultes: «Voltaire prenait l’Angleterre comme exemple, illustre Jean Baubérot. Dans l’empire colonial français, la loi de 1905 n’était pas en vigueur et les musulmans d’Algérie, par exemple, n’ont jamais pu obtenir son application.» Même ambiguïté dans les sondages, qui révèlent constamment un fort attachement des Français à la laïcité: «On distingue deux catégories de personnes: celles qui sont vraiment attachés à la laïcité et celles pour qui elle est un étendard face à la peur de l’islam», analyse le spécialiste.
«Elle fait partie de la liberté d'expression»
Mal comprise en France, la laïcité «à la française» est encore moins lisible pour les pays étrangers, a fortiori ceux dans lesquels Etat et religion ne font qu’un. Toutefois, les manifestations hostiles à la France qui ont eu lieu après la publication du dernier numéro de Charlie Hebdo ne sont pas uniquement liées à la contestation de cette laïcité à tendance antireligieuse. «Au Pakistan par exemple, les dessins ont pris une grande importance car ils s’inscrivent dans un contexte de présence militaire française au Moyen-Orient», rappelle Jean Baubérot.
Reste que la laïcité, dont la ministre de l’Education nationale veut renforcer l’enseignement, est encore une zone grise du droit français.
«La laïcité signifie que la religion est un choix privé, non commandé par la puissance publique, mais elle ne signifie pas que la religion est reléguée dans la sphère privée; au contraire, elle fait partie de la liberté d’expression», explique Jean Baubérot. Les limites de cette liberté d’expression sont celles du «trouble à l’ordre public». «Les attentats ne sont pas liés à un problème de laïcité, mais plutôt à un problème de violence politique en général, estime Jean Baubérot. Les terroristes se réclament d’un islam radical, mais ils ne sont pas les porte-parole de la communauté musulmane».

http://www.20minutes.fr/societe/1520667-20150119-laicite-francaise-exception-suscite-incomprehension
19.01.2015

Enseigner les sciences de l’islam en France, une idée ancienne

Dans un avis publié le 14 janvier mais contesté depuis par trois de ses membres, l’Observatoire de la laïcité plaide pour « le soutien à la création d’établissements privés de théologie musulmane » et de « formations à l’islamologie ».

Une proposition qui rappelle celle, plus ambitieuse encore, du grand islamologue Mohammed Arkoun.

Quelle est l’histoire ?

« L’information sur l’islam en France et ailleurs ne doit pas se faire à l’occasion d’événements dramatiques seulement ; elle doit être contenue et puisée dans des sources scientifiques », affirmait déjà Mohammed Arkoun en 1989, au lendemain de l’affaire Salman Rushdie. Cet intellectuel d’origine algérienne (1928-2010), professeur de pensée islamique à la Sorbonne est, avec son ami Ali Merad, spécialiste de la pensée islamique moderne, l’un des premiers à avoir défendu la création en France d’un lieu d’expression scientifique qui permettrait de former des élites intellectuelles musulmanes.

À la demande de François Mitterrand, il avait proposé à l’État de participer au financement d’un établissement privé qui fonctionnerait comme l’Institut catholique, rappelle Sylvie Arkoun (Les Vies de Mohammed Arkoun, Puf, 2014). Deux hypothèses ont été étudiées pour l’accueillir : la cinquième section de l’École pratique des hautes études, alors dirigée par Jean Baubérot, ou l’université de Strasbourg. « L’idée était de proposer une formation ouverte à tous, dont des étudiants désireux de devenir imams ou responsables de communauté », se souvient Jean Baubérot. « L’enseignement aurait allié l’histoire des différents courants de l’islam, l’anthropologie, mais aussi la philosophie… Quant à la formation ‘‘professionnelle’’ des imams (la conduite de la prière par exemple), elle aurait continué à relever de la communauté musulmane. » Finalement, aucun des deux projets n’a abouti.

En 2003, la commission Stasi, dont Mohammed Arkoun était membre, a repris cette proposition d’une « École nationale d’études islamiques », sans plus de succès.

Quel est le contexte aujourd’hui ?

Dans le domaine des sciences de l’islam, deux mondes étanches – et mal en point – se font face en France : celui de l’université et celui des instituts de formation privée.

À l’université, c’est même une « crise de l’islamologie française » que déplore le Livre blanc des études françaises sur le Moyen-Orient et les mondes musulmans, publié en septembre 2014 par le groupement d’intérêt scientifique du même nom au sein du CNRS. « L’islamologie au sens classique du terme est de moins en moins étudiée et enseignée aujourd’hui dans les universités françaises. »

De son côté, et pour répondre à la demande de nombreux étudiants musulmans, un enseignement supérieur islamique a émergé depuis les années 1990, entièrement privé. En 2010, un rapport coordonné par le sociologue Samir Amghar recensait une douzaine d’établissements - dont certains ne sont plus en activité - accueillant entre 3 200 et 3 500 étudiants. L’Institut européen des sciences humaines, implanté à Château-Chinon et à Saint-Denis, piloté par l’Union des organisations islamiques de France (Frères musulmans), est sans doute le plus connu.

D’une manière générale, ce rapport observait d’ailleurs que « le courant doctrinal des Frères musulmans » semblait « dominant au sein de ces institutions ». Il concluait aussi à leur grande « fragilité financière ».

Quelles solutions ?

La vague d’attentats qui a endeuillé la France et les débats qui ont suivi sur la nécessité d’un renouveau de l’enseignement musulman, permettront-ils enfin l’émergence d’un lieu d’enseignement alliant la théologie musulmane et les sciences humaines ?

« Développer la présentation historique des sources de l’islam, leur approche exégétique, permettrait d’éviter les lectures trop littéralistes et donc de couper l’herbe sous le pied des imams autoproclamés qui se servent de l’absence de connaissances de leur auditoire », argumente le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, Nicolas Cadène.

Reste à savoir quelle pourrait être la forme de cet établissement : privé et « reconnu par l’État, à condition qu’il respecte certaines conditions fixées par le gouvernement », comme l’imagine l’Observatoire de la laïcité, ou public ? Nul doute que cette question du financement – qui ne peut que s’inscrire dans le cadre de la loi de 1905 – sera déterminante quant à l’orientation académique choisie (croisement ou non de la théologie avec les sciences humaines).

La Croix du 20.01.2015

Au Luxembourg, l’Église et l’État se séparent en douceur

Lundi 26 janvier, l’État luxembourgeois a signé une convention avec les cultes réduisant leurs prérogatives, tout en établissant désormais une égalité avec le culte musulman.

Majorité (socialistes, Verts et libéraux) et opposition (chrétiens-sociaux) se sont entendus : dans les prochains mois, la Constitution luxembourgeoise sera modifiée pour y inscrire la séparation de l’Église et de l’État.

Jusqu’à maintenant, les ministres et laïcs salariés des cultes (catholique, protestant, orthodoxe, anglican et israélite) étaient payés par l’État, et l’Église catholique bénéficiait de cours de religion à l’école et du soutien financier à ses paroisses (les autres cultes étaient soutenus sur la base du volontariat).

Changement en douceur

Le Grand Duché ne s’oriente cependant pas vers une laïcité à la française : il continuera de soutenir financièrement les cultes, certes à un niveau bien moindre, et en incluant désormais le culte musulman.

Lundi 26 janvier, les représentants des six confessions concernées ont signé une seule et même convention. Pas de changement brutal : les salaires et retraites du personnel des cultes actuellement en poste continueront d’être payés par l’État, la prise en charge par les cultes ne s’appliquant qu’aux nouveaux recrutés.

Chaque culte recevra encore une enveloppe annuelle, proportionnelle à la population de fidèles, soit au total 8,4 millions d’euros (dont 6,7 pour l’Église catholique et 450 000 € pour l’islam, la deuxième religion du pays), contre 24,7 millions d’euros auparavant. Cette dotation doit aussi assurer l’autonomie des paroisses, qui ne seront plus financées par les communes.

A l’école  : enseignement des valeurs

Un fonds de la gestion des édifices religieux du culte catholique sera également créé. À l’école, les parents n’auront plus le choix entre un cours de religion et un cours de morale. Tous les élèves suivront un même « enseignement des valeurs », qui abordera, entre autres points, toutes les religions.

Ces accords ont fait l’objet de négociations avec les représentants des cultes depuis l’arrivée du gouvernement Bettel au pouvoir, en décembre 2013. « Je préfère un compromis, nous aurions pu ne pas être associés, estime l’archevêque de Luxembourg, Mgr Jean-Claude Hollerich. Nous perdons beaucoup, et certaines choses font mal. Mais nous ne sommes pas morts, et cette nouvelle situation est un défi pour redevenir une Église missionnaire. »

Pour assurer les futurs salaires, Mgr Hollerich compte les revoir à la baisse, « gérer l’avoir immobilier important de l’Église de manière à ce qu’il rapporte plus », et créer un nouveau fonds pour les donations. Il regrette cependant que sa proposition d’établir un cours des religions, au programme établi de concert entre cultes, n’ait pas été suivie. Cependant, il a obtenu que les professeurs de religion ne soient pas licenciés, mais puissent assurer ce cours.

« Plus libres pour aller vers l’avant »

En creux, l’Église doit aussi se préparer à réinvestir la catéchèse, et à toucher beaucoup moins d’enfants. « Mais ce sera plus réaliste. Nous avions­ un manteau un peu trop grand. Au départ nous aurons froid, mais nous serons plus libres pour aller vers l’avant », positive l’archevêque, comptant lancer prochainement un synode.

Pour Sabahudin Selimovic, président de la Shoura (organe représentatif de la communauté musulmane), cet accord répare une « injustice subie depuis tant d’années » et donne aux musulmans « l’occasion de collaborer avec les autres cultes, d’apprendre à mieux les connaître et à mieux faire connaître l’islam ».

La Croix du 26.01.2015

Pour Timothy Radcliffe, la liberté d’expression exige un exercice responsable

« Si je défends avec force la liberté d’expression, il est impératif de l’exercer de façon responsable. Je considère que Charlie Hebdo, en publiant les caricatures de Mahomet, a commis une faute. Je rentre de Bagdad… cette publication a déjà coûté la vie à des chrétiens en Irak », a confié Timothy Radcliffe, ancien maître de l’Ordre dominicain à l’Apic.

De passage à Annecy avant de rejoindre sa communauté dominicaine d’Oxford, le célèbre religieux anglais était l’une des têtes d’affiche des traditionnelles Journées François de Sales. Réunissant cette année 170 participants à l’invitation de la Fédération française des Médias Catholiques (FMC), ces journées se sont tenues les 22 et 23 janvier 2015 sur le thème : “Accompagner nos publics sur les pistes du nouveau monde”.

À Bagdad, des musulmans disent leur honte d’être associés à un tel crime

« J’étais en Irak au moment des horribles attentats terroristes de Paris, a-t-il rappelé. Le 9 janvier, je donnais à Bagdad une conférence publique devant près de 300 personnes, en grande majorité des étudiants musulmans. Beaucoup sont venus me dire leur honte que leur religion soit associée à un tel crime. ‘Ce n’est pas l’islam !’, m’ont – ils assuré. Une religieuse irakienne m’a cependant dit : ‘ils ont publié les caricatures à Paris et nous mourrons en Irak à cause de cela’. Effectivement, des chrétiens sont morts à Bagdad pendant que j’y étais. »

Frère Timothy fut maître de l’Ordre des Frères prêcheurs de 1992 à 2001, et à ce titre le 85e successeur de saint Dominique. Il est le seul membre de la province d’Angleterre à avoir occupé ce poste depuis la fondation de l’Ordre des dominicains en 1215. Bien connu pour ses traits d’humour, y compris en matière de religion, il estime qu’il ne faut pas se moquer de la foi des autres : s’il est bon de faire des blagues sur les puissants, on ne doit pas le faire pour ridiculiser les faibles. « Il faut utiliser la satire contre les forts, pas contre les pauvres. Il faut défendre la liberté d’expression, mais aussi respecter la foi des autres. »

On vaincra le fondamentalisme islamique avant tout par l’éducation

Dans les débats qu’il a eus à ce propos à l’Académie de Sciences Humaines de Bagdad, qui accueille 200 étudiants, dont près de deux tiers de musulmans, il a pu constater que les réponses étaient assez nuancées, et non pas manichéennes. « N’oublions pas qu’en Irak, nous sommes en face d’une civilisation plusieurs fois millénaire ! »

Et de plaider pour le maintien de tels lieux, où il est possible d’avoir de vrais débats, de dialoguer, d’échanger. « On ne peut pas penser pouvoir imposer sa volonté simplement par la force.
On ne vaincra pas le fondamentalisme islamique uniquement par des moyens militaires, mais avant tout par l’éducation ! » argumente-t-il.

L’Église, rappelle Frère Timothy, milite en faveur de la dignité de la raison. Comme le soulignait le pape Benoît XVI, insiste-t-il, « nous devons retrouver la foi dans la raison ». En Irak, l’Église souligne toujours l’importance de l’éducation.

Rien qu’à Bagdad, la revue Al-Fikr Al-Masihi (“La Pensée chrétienne”) éditée par les dominicains, est distribuée à 7 000 exemplaires, dont 70 % sont achetés par des non chrétiens, relève Frère Timothy. Pour lui, « la vraie bataille est celle de la pensée…
Le vrai ennemi, tant pour les chrétiens que pour les musulmans, les bouddhistes, les hindouistes ou d’autres, est le fondamentalisme religieux. » Il l’a encore récemment souligné lors de la parution du “Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde”, paru en France aux éditions XO, qu’il a rédigé, sous la direction de Samuel Lieven, avec Mgr Jean-Michel Di Falco, évêque de Gap et d’Embrun, et l’historien Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant’Egidio.

La Croix du 26.01.2015


Comment penser l’enseignement du fait religieux à l’école ?

Suite aux attentats qui ont ensanglanté Paris début janvier, la question de savoir comment pouvait être mieux enseigné le « fait religieux » a été reposée.

Sans en faire une discipline à part entière, celui-ci doit être repensé et mieux articulé avec l’enseignement de la laïcité.

Propos rares, sinon neufs, dans la bouche d’un chef de l’État français : évoquant la « mobilisation générale » en faveur des valeurs républicaines à l’école, François Hollande a souhaité, mercredi 21 janvier, qu’« une attention particulière » à l’enseignement du fait religieux soit portée.

Celui-ci devrait voir sa place renforcée dans les futurs programmes de l’élémentaire et du collège, en 2016.

Cette annonce, qui fait écho à une note de l’observatoire national de la laïcité publiée au lendemain des attentats, pourrait sembler paradoxale, alors que les réactions de certains élèves à cette tragédie ont révélé l’ampleur des fractures qui parcourent une jeunesse parfois hostile aux principes républicains.

Ce serait oublier que cet enseignement du fait religieux se veut rigoureusement « laïque ».

Pour l’exécutif, cette approche pédagogique et distanciée peut offrir une réponse à ce que le ministère de l’éducation nomme les « replis identitaires » et le « relativisme ambiant » d’une « société en perte de repères ». Certes, elle ne saurait constituer un antidote absolu contre la tentation du djihad. Mais elle pourrait concourir davantage au vivre ensemble.

Dans son rapport publié en 2002, peu après les attaques du 11 septembre 2001 aux États-Unis, Régis Debray estimait déjà que « la relégation du fait religieux hors des enceintes de la transmission rationnelle (…) favorise la pathologie du terrain au lieu de l’assainir ».

Convaincus que l’ignorance des fondements et du rôle des religions empêchait les jeunes de comprendre le monde, voire nourrissait les extrémismes, les pouvoirs publics ont depuis surmonté les résistances et introduit dans les programmes des éléments de savoirs sur les principales confessions.

Si cette démarche n’est plus guère contestée, les pratiques de terrain sont parfois décevantes. Et des voix s’élèvent pour que le « renforcement » annoncé soit aussi l’occasion de donner de nouvelles ambitions à cet enseignement.

Faut-il faire du fait religieux une matière à part entière ?

Un récent rapport sénatorial portant sur la lutte contre les discriminations préconisait de faire du fait religieux une matière d’enseignement à part entière.

Ses rédacteurs, Jean-René Lecerf (UMP) et Esther Benbassa (EELV), ont finalement dû supprimer cette proposition qui ne faisait pas l’unanimité. Dans l’esprit de la sénatrice écologiste, « il s’agissait de confier cet enseignement spécifique, doté d’un nombre défini d’heures de cours, à des professeurs volontaires issus de disciplines comme l’histoire-géographie, le français ou la philosophie, dans lesquelles est déjà abordé aujourd’hui le fait religieux ».

D’autres vont plus loin et suggèrent, à l’instar du sociologue des religions Jean Baubérot, de créer un corps de certifiés et d’agrégés à même d’enseigner le fait religieux en tant que discipline à part entière.

Favorable à une telle évolution, Éric Vinson, docteur en théorie politique, enseignant à Sciences-Po et à l’Institut catholique de Paris, rappelle qu’il faudrait alors « créer à l’université des départements de ‘sciences des religions’capables de former des généralistes des religions rompus, comme en Allemagne, à la pédagogie ».

Parmi les modèles, compatibles avec le contexte français, il y a celui du Québec, avec des cours non confessionnels d’éthique et culture religieuse.

L’idée de créer une discipline autonome rencontre toutefois peu d’adhésion dans l’Éducation nationale. Certains experts font valoir qu’une nouvelle « petite » discipline, bénéficiant d’une heure de cours hebdomadaire au collège, risquerait fort de ne pas être prise au sérieux, comme cela est souvent le cas de la musique ou des arts plastiques, qui « pèsent » peu sur le bulletin trimestriel.

« Aujourd’hui, en histoire-géographie, un contrôle sur la naissance de l’Islam compte autant qu’un autre consacré à la Révolution française ou à la guerre de 14-18 », argumente une spécialiste.

À qui doit-on confier cet enseignement ?

Conçu de manière transversale, l’enseignement du fait religieux est dispensé par les professeurs des écoles dans le primaire à partir du CE2, puis, dans le secondaire, par les professeurs d’histoire-géographie (naissance des religions, rôle de l’Église au Moyen Âge, etc.), de français (lecture d’extraits de la Bible et autres textes sacrés), d’arts plastiques ou encore de philosophie (possibilité d’étudier des textes de Saint-Augustin, Averroès ou Saint Thomas d’Aquin).

Mais alors que la philosophie, avec notamment la question des relations entre foi et raison, devrait être « en première ligne », on constate plutôt « une retenue prudente voire une hostilité de beaucoup de professeurs » de cette discipline, note le chercheur de l’Institut européen des sciences des religions (IESR), Philippe Gaudin.

Beaucoup d’enseignants avouent surtout manquer de culture religieuse et s’estiment mal outillés pour transmettre un savoir sur ces questions. Aussi le gouvernement a-t-il annoncé qu’un module spécifique, serait intégré à la formation initiale dans toutes les écoles supérieures du professorat et de l’éducation.

Des initiatives existent également pour épauler les enseignants dans les classes. L’association Enquête anime des ateliers et développe des outils de découverte du fait religieux, essentiellement par le jeu, à destination des 7-11 ans. « Il faut entre 15 et 25 heures pour transmettre les bases », assure Marine Quenin, sa déléguée générale.

De l’avis d’Édith Tartar-Goddet, présidente de l’Association protestante pour l’éducation et l’enseignement, qui réunit des enseignants et des parents venus majoritairement de l’école publique, on pourrait – comme cela se fait parfois dans l’enseignement privé – recevoir exceptionnellement des représentants des différentes religions et courants de pensée, « y compris athées ».

« Ce serait une grave erreur », conteste Esther Benbassa, susceptible d’hypothéquer selon elle tout enseignement du fait religieux.

Faut-il en revoir les contenus ?

Le terme « fait religieux » a été choisi à dessein pour signifier que le religieux doit être saisi de manière objective, sans laisser de place aux jugements de valeur, ni aux considérations personnelles.

Sans forcément remettre en question la frontière entre science et croyance, beaucoup suggèrent toutefois des aménagements. « Il faudrait une plus grande cohérence entre les contenus, une meilleure progressivité, et des objectifs à atteindre à chaque niveau de la scolarité », plaide Isabelle Saint-Martin, la directrice de l’IESR, un institut rattaché à l’École pratique des hautes études.

L’enseignement du fait religieux accorde une part trop belle « au passé », déplore de son côté Éric Vinson. « Pour ne pas avoir de problème en classe, on préfère parler des dieux de l’Égypte ancienne. Mais c’est aussi de l’Islam d’aujourd’hui qu’il faut parler ! », lâche-t-il.

Il devrait permettre d’acquérir « un savoir sur les religions, la manière dont elles se pratiquent, acquiesce Edith Tartar-Goddet, et trouver parfois une traduction concrète dans des visites de lieux de culte ».

C’est compliqué, notamment parce que certains enfants ou ados peuvent vouloir faire part de leurs convictions personnelles, voire contester la légitimité de l’enseignant à parler de leur religion.

« Étudiant la naissance de l’Islam avec une classe de 5e , j’avais apporté un Coran, se souvient Laurent Gassier, enseignant d’histoire-géo dans le Val-de-Marne. Entre indignation et provocation, un élève m’a alors demandé de lâcher ce livre car selon lui j’étais impur. » Sur le moment, l’enseignant, désarçonné, a reposé l’ouvrage. « Aujourd’hui, je répondrais à ce garçon qu’en classe, le coran est un objet d’étude historique et scientifique », affirme-t-il.

S’ils sont selon lui « marginaux », les incidents de ce type montrent que l’enseignement du fait religieux doit aller de pair avec une éducation à la laïcité pour faire comprendre – et si possible adhérer à cette règle – que les croyances personnelles doivent s’articuler avec les valeurs de la République, la liberté de conscience, l’égalité homme-femme, le refus du racisme et de l’antisémitisme.

Pour ce faire, le gouvernement promet, là encore, des efforts de formation (un millier de professeurs et éducateurs en bénéficieront d’ici à juillet). Par ailleurs, tous les établissements célébreront désormais une journée de la laïcité, le 9 décembre.

Les étapes d’une ouverture de l’école

1991. Le rapport du recteur Philippe Joutard souligne les retards de l’éducation nationale concernant l’histoire des religions.

2001. Après les attentats du 11 septembre, le ministre Jack Lang confie à Régis Debray une mission. En février 2002, le philosophe remet un rapport qui plaide pour le développement de l’enseignement du fait religieux.

2002. Création de l’Institut européen en sciences des religions (IESR) dont la mission est de rapprocher les démarches pédagogiques de la recherche scientifique sur le sujet.

2005. La loi Fillon institue un « socle commun » qui mentionne explicitement l’approche du « fait religieux » et des « textes fondateurs » dans « un esprit de laïcité respectueux des consciences et des convictions ».

2008. Nouveaux programmes du primaire où des éléments de culture religieuse sont développés à partir du CE2, notamment en histoire.

2015. Après les attentats de janvier 2015, la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem demande au conseil supérieur des programmes de renforcer la place de l’enseignement du fait religieux dans les programmes.

La Croix du 26.01.2015


Une mairie ne peut décider seule des travaux dans une église

La mairie de Puteaux (Hauts-de-Seine) a repeint de couleurs vives une église du XVIe siècle classée monument historique, sans en informer ni le curé de la paroisse ni la direction régionale des affaires culturelles (Drac).

Quels travaux ont été effectués dans l’église de Puteaux ?

Les paroissiens de Notre-Dame-de-Pitié à Puteaux, dans l’Ouest parisien, ont eu la désagréable surprise de découvrir, à leur retour des vacances de Noël, le chœur repeint en rouge, le bénitier et certains murs en violet, et plusieurs statues en beige. Ces peintures ont été réalisées par la municipalité UMP sans que le curé, le P. Alain Lotodé, ne soit au courant. « On ne m’a ni concerté, ni informé de ces aménagements », déplore-t-il en refusant d’en dire plus « pour ne pas polémiquer » avant son rendez-vous avec la mairie, aujourd’hui. Du côté de la Conférence des évêques de France (CEF), on regrette que ces couleurs vives ne soient « pas en conformité avec le style de l’église et avec son utilisation liturgique », selon Maud Cassanet, responsable du département d’Art sacré au sein de la CEF, qui cite la Constitution conciliaire sur la liturgie, « Sacrosanctum concilium » (1963), et son insistance sur la « noble simplicité » des ornements et décorations.

La mairie avait-elle le droit de procéder à de tels travaux ?

D’après ce qu’elle a déclaré à l’AFP, la municipalité aurait agi dans le cadre d’« une mesure de sauvegarde, d’entretien et de réfection à la suite d’infiltrations d’eau » sur des murs. Ce qui étonne Jean-Pascal Lanuit, directeur adjoint à la direction régionale des affaires culturelles (Drac) d’Île-de-France : « Traiter une fuite d’eau et repeindre en vermillon, c’est différent ! Surtout pour un monument historique ! »
Cette église du XVIe siècle est en effet classée monument historique depuis 1975. La mairie aurait donc dû, avant d’envisager un tel aménagement, recevoir l’aval de la Drac d’Île-de-France qui aurait alors confié la maîtrise d’œuvre des travaux à un architecte en chef des Monuments historiques ou à un architecte du patrimoine.

« Toute église érigée avant 1905 – et la loi de séparation de l’Église et de l’État –, est propriété de la commune mais affectée au culte », poursuit Maud Cassanet. Selon ce régime d’affectation, le bâti et le mobilier ayant fonction cultuelle ne peuvent être aménagés, restaurés, transformés sans une collaboration étroite entre le propriétaire – la ville de Puteaux – et l’affectataire – le curé de la paroisse.

Que va-t-il se passer ?

Ayant été réalisés « sans autorisation, ces travaux sont illégaux », selon Jean-Pascal Lanuit, qui doit se rendre mercredi 28 janvier à Puteaux. Selon que la peinture est réversible ou pas, qu’elle risque d’attaquer la pierre ou le plâtre,
la Drac verra « quelle remise en état est possible », explique le responsable de la Drac qui entend faire un signalement au procureur de la République pour « violation du code du patrimoine ». Pour autant, il n’y aura pas forcément de poursuite par le procureur s’il n’y a pas eu « intentionnalité délictueuse ». Ce qui semble être le cas ici, la mairie ayant surtout fait preuve, selon Jean-Pascal Lanuit, « de mauvais goût, de manque de courtoisie et de précipitation ».

La Croix du 27.01.2015

Travaux controversés dans une église classée de Puteaux : la municipalité revoit son projet

La mairie de Puteaux (Hauts-de-Seine) a repeint de couleurs vives une église du XVIe siècle classée monument historique, sans en informer ni le curé de la paroisse ni la direction régionale des affaires culturelles (Drac).

La municipalité, qui avait choisi les couleurs en vue d’organiser des concerts dans l’église, conduira de nouveaux travaux en concertation avec la Drac.

Oubliés le violet et le rouge : la mairie de Puteaux (Hauts-de-Seine) va revoir la décoration intérieure de l’église classée Notre-Dame-de-Pitié, relookée à coups de peinture vive lors d’un chantier de rénovation conduit sans autorisation, a-t-on appris mercredi 28 janvier.

Rénovation revue avec le Conservateur

« La rénovation intérieure de l’édifice sera revue en concertation étroite avec le Conservateur régional des monuments historiques », a indiqué la municipalité UMP, propriétaire du lieu, dans un communiqué, sans référence aux couleurs à l’origine d’un certain émoi chez les paroissiens.

En l’occurrence, pendant les vacances de Noël, les murs du chœur de Notre-Dame-de-Pitié avaient été peints à la hâte en rouge carmin, le baptistère en violet et des statues en beige, dans cette église du XVIe classée Monument historique, le plus haut niveau de protection du patrimoine.

La municipalité, qui « tient à rappeler son attachement » à l’édifice, avait entrepris ces travaux « à la suite de l’apparition de nombreuses fissures et infiltrations », mais sans en avoir demandé l’autorisation à la direction régionale des affaires culturelles (Drac) d’Île-de-France, comme l’exige la législation sur les Monuments historiques.

> À lire :Une mairie ne peut décider seule des travaux dans une église

Face à ces aménagements illégaux, les représentants de la Drac se sont rendus sur place mercredi 28 janvier pour constater les réalisations et proposer un projet de rénovation « conforme à la valorisation du patrimoine », a résumé Jean-Pascal Lanuit, directeur régional adjoint des affaires culturelles pour l’Île-de-France.

« Crème » ou « sable », « l’église va retrouver des couleurs plus en rapport avec son style », a-t-il précisé.

Des couleurs vives pour accueillir des concerts

La municipalité a expliqué à la Drac que « le choix des couleurs vives était lié à sa volonté d’organiser des événements culturels tels que des concerts » dans cette église qui accueille des offices, a rapporté Jean-Pascal Lanuit. « C’est possible, mais avec des choses réversibles, telles que des panneaux ou des tentures ». Une eucharistie est en effet célébrée chaque dimanche dans l’église Notre-Dame-de-Pitié. La paroisse l’utilise également régulièrement en semaine.

Si la Drac Île-de-France n’a reçu aucune demande d'autorisation, c'est le résultat d'« un bug administratif », estime le directeur adjoint. « La mairie a agi de bonne foi en pensant qu’il s'agissait de simples travaux d'entretien », a-t-il expliqué.

« Il s’agit plus d'une erreur, d'une question de mauvais goût que d'une intention manifeste de porter atteinte au patrimoine », a-t-il encore commenté, assurant que l’idée d'une procédure judiciaire à l'encontre de la mairie était écartée.

Des analyses doivent désormais être réalisées sur les parties peintes pour déterminer si les murs ont été dégradés. Les résultats diront si les peintures doivent être retirées ou recouvertes d’un enduit.

Le P. Alain Lotodé, curé de la paroisse, a rencontré Joëlle Ceccaldi-Raynaud, maire de Puteaux. Il constate qu’elle refuse d’aborder la question de la couleur des peintures, n’évoquant les travaux que sous l’angle des infiltrations et des fissures dans le bâtiment.

La Croix du 29.01.2015


 


 






 




 



 

 

 

 

LIBERTE RELIGIEUSE

Le pape demande « la reconnaissance concrète » de la liberté religieuse

Le pape François a demandé vendredi, lors de l’Angélus sur la place Saint-Pierre, un « engagement dans le monde entier pour reconnaître et assurer concrètement la liberté religieuse, droit inaliénable » , en référence aux persécutions dont sont victimes les chrétiens. S’exprimant depuis la fenêtre du palais apostolique, devant une place noire de monde, il a rendu hommage à « tous ceux qui sont discriminés, persécutés, tués » pour avoir professé la foi chrétienne. L’Église célèbre le 26 décembre la fête de saint Étienne, premier martyr de l’Église catholique, un des premiers disciples de Jésus, lapidé à Jérusalem.

La Croix du 13.11.2014

Le pape François demande « la reconnaissance concrète » de la liberté religieuse
Le pape François a demandé vendredi, lors de l’Angelus sur la place Saint-Pierre, un « engagement dans le monde entier pour reconnaître et assurer concrètement la liberté religieuse ».
Le pape François a demandé, vendredi 26 décembre, lors de l’Angélus sur la place Saint-Pierre, un « engagement dans le monde entier pour reconnaître et assurer concrètement la liberté religieuse, droit inaliénable », en référence aux persécutions dont sont victimes les chrétiens.
S’exprimant depuis la fenêtre du palais apostolique, jouxtant la basilique, devant une place noire de monde, il a rendu hommage à « tous ceux qui sont discriminés, persécutés, tués » pour avoir professé la foi chrétienne. « Si vous portez cette croix avec amour, les a-t-il encouragés, vous êtes entrés dans le mystère de Noël, vous êtes dans le cœur du Christ et de l’Église ».
L’Église catholique célèbre au lendemain de Noël la fête de Saint-Étienne, premier martyr de l’Église, un des premiers disciples de Jésus lapidé à Jérusalem.
La liberté de professer le christianisme est limitée dans de nombreux pays, notamment dans les monarchies du Golfe mais aussi dans les dictatures se réclamant du communisme. Des groupes djihadistes s’en prennent aux chrétiens d’Orient, présents depuis 2 000 ans au Moyen-Orient. Le pape, le jour de Noël, a fustigé « la persécution brutale » dont ils sont victimes.
« Sans peur d’aller à contre-courant »
« L’Évangile de cette fête, a expliqué le pape, rapporte une partie du discours de Jésus à ses disciples au moment où il les envoie en mission. Il dit entre autres : ‘Vous serez détestés de tous à cause de mon nom, mais celui qui aura persévéré jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé’». « Ces paroles du Seigneur, a-t-il poursuivi, ne troublent pas la célébration de Noël, mais ils la dépouillent de ce faux revêtement douceâtre qui ne lui appartient pas ».
Les chrétiens « ne sont pas tous appelés à verser leur sang, mais doivent donner témoignage, sans peur d’aller à contre-courant et de payer de leur personne », a-t-il poursuivi, en ajoutant : « On doit être cohérent : on ne peut penser en chrétien et vivre en païen ».
« Suivre l’Évangile est certes un chemin exigeant, a-t-il encore affirmé, mais celui qui le parcourt avec fidélité et courage reçoit le don promis par le Seigneur aux hommes et aux femmes de bonne volonté ».

La Croix du 26.12.2014


 

 

 

 

 

MAROC


Que signifie l’interdiction au Maroc du film « Exodus : Gods and Kings » ?
Le film de Ridley Scott « Exodus : Gods and Kings » sur la fuite hors d’Égypte de Moïse a été déprogrammé des salles de cinéma du Maroc, de même qu’en Égypte où le ministère de la Culture a estimé qu’il « falsifiait » l’Histoire.
Selon la décision d’interdiction du Centre cinématographique marocain (CCM), le film contient une scène de « représentation de Dieu » matérialisée par un « enfant qui donne la révélation au prophète Moïse ». Dans un premier temps, cette déprogrammation, intervenue le mercredi 24 décembre, lors de la sortie en salle, n’avait pas été motivée officiellement.
Pour François Burgat, directeur de recherche au CNRS, l’interdiction de représenter Dieu dans la religion musulmane se double des spécificités du jeu politique marocain.
« L’interdiction de la représentation de toute figure humaine et plus encore de celle Dieu est une constante musulmane, plus rigoureuse toutefois dans la tradition sunnite puisque les Chiites représentent très naturellement le prophète Mohammed et son gendre Ali.
Dans le film Exodus, l’enfant qui transmet la révélation ne se revendique pas explicitement d’un statut divin, ce qui laisse place à une certaine ambivalence. Mais les autorités marocaines, le gouvernement et sans doute le trône, ont choisi de ne pas jouer sur cette ambivalence.
La spécificité politique du Maroc est que la compétition et donc parfois la surenchère de ceux qui veulent capter la légitimité religieuse se tient non pas seulement entre le pouvoir et l’opposition, comme cela est le cas dans nombre d’autres pays de la région, y compris en Égypte, mais entre les deux titulaires formels du pouvoir : le trône d’une part, maître après Dieu dans le royaume, et d’autre part, les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD). Ces derniers ont accepté de jouer à ce jeu très marocain qui consiste pour eux à présider le gouvernement tout en acceptant que l’essentiel du pouvoir demeure dans les mains du roi ou de ses conseillers.
Une mesure au diapason de la majorité de la population
Critiquer un film anglo-saxon au nom de son irrespect de la culture religieuse est, en Égypte comme au Maroc, une entreprise hautement profitable. Il faut comprendre qu’une telle mesure, critiquée seulement par une petite élite, met en fait très vraisemblablement ses auteurs, au Maroc comme en Égypte, au diapason d’une large majorité de leur population.
Au prix d’une simple ombre sur leur image en Europe et aux États Unis, des pouvoirs souffrant de grave déficit de démocratie engrangent ainsi chez eux, dans une conjoncture où les tensions économiques sont importantes, de précieux dividendes. »

La Croix du 29.12.2014

« Exodus » interdit au Maroc
Exodus : Gods and Kings, le péplum de Ridley Scott inspiré de l’histoire de Moïse, a été « déprogrammé » à la dernière minute des salles de cinéma du Maroc, ont rapporté, jeudi 25 décembre, plusieurs exploitants à la presse. Les exploitants qui avaient programmé le film ont reçu, mercredi, jour de la sortie d’Exodus, un ordre « oral » ou la visite de « délégations du Centre cinématographique marocain » (CCM), leur intimant de le retirer de l’affiche.
« Je viens de recevoir des menaces des équipes du CCM [Centre cinématographique marocain, équivalent marocain du CNC, ndlr] si la projection d’Exodus est maintenue », a expliqué Hassan Belkady, directeur du cinéma Rif à Casablanca, au magazine TelQuel. Sur ce même site, un employé du multiplexe Megarama, qui vient de retirer tout le matériel promotionnel sur le film, dit avoir reçu l’ordre de ne pas s’exprimer sur le sujet. L’interdiction du film serait effective sur l’ensemble du territoire marocain.
Polémique autour de la traversée de la Mer rouge
Sollicité par l’AFP, le directeur du CCM, Sarim Fassi-Fihri, n’a pas souhaité s’exprimer sur les raisons justifiant cette déprogrammation, expliquant qu’il s’agit d’une décision de la « commission de contrôle » des films, qui a préféré « saisir le distributeur de sa décision plutôt que de communiquer ». Dans un premier temps, Exodus : Gods and Kings avait reçu le « visa d’exploitation » du CCM, autorisant sa diffusion en salles.
Selon le site du quotidien Akhbar al-Yaoum, l’interdiction pourrait être liée à la polémique suscitée dans le monde arabe par le traitement que fait le film de la traversée de la Mer rouge par le peuple juif, qui remet en cause le « miracle de Moïse qui a séparé la mer en deux avec un bâton ».
Le péplum de Ridley Scott a d’ailleurs été interdit de diffusion en Egypte, à cause « d’imprécisions historiques et religieuses », rapporte le site égyptien youm7. Il a également fait polémique aux Etats-Unis, sur les réseaux sociaux essentiellement, mais pour des raisons liées à la répartition des rôles entre Blancs et Noirs, les premiers étant choisis pour représenter Moïse et l’entourage du pharaon, les seconds pour les rôles d’esclaves et de voleurs.
Au Maroc, les salles de cinéma sont menacées de fermeture à cause de la raréfaction des spectateurs et du piratage des œuvres cinématographiques. Le pays est, en revanche, une terre d’accueil pour le tournage de productions cinématographiques étrangères, dont Kingdom of Heaven (2005), de Ridley Scott, un habitué des tournages au Maroc.

Le Monde.fr avec AFP | 26.12.2014





 



 

 

 

 

MAURITANIE

Un Mauritanien condamné à mort pour apostasie

En Mauritanie, un jeune homme a été condamné à mort le 24 décembre pour des écrits dénoncés comme blasphématoires.

Les pressions de certains mouvements islamistes étaient fortes depuis son arrestation en janvier.

La première condamnation à mort pour apostasie de l’histoire de la Mauritanie depuis son indépendance en 1960 a été prononcée, mercredi 24 décembre au soir, à Nouadhibou (nord-ouest).

L’accusé, Mohamed Cheikh Ould Mohamed, 29 ans – détenu depuis le 2 janvier –, était poursuivi pour un écrit dénoncé comme blasphématoire, portant atteinte au prophète Mohammed.

Dans le principal article incriminé, relayé sur Internet, il explique que l’iniquité qui frappait les couches marginales au premier siècle de l’islam, à l’époque de son prophète Mohammed, se reconnaît aujourd’hui dans le traitement que réserve la société mauritanienne à certaines castes, notamment celle des forgerons à laquelle il appartient.

Renoncer à l’islam

Mardi, un juge a rappelé qu’il a été inculpé d’apostasie « pour avoir parlé avec légèreté du prophète Mohammed et enfreint aux ordres divins », dans un article publié brièvement sur des sites Internet mauritaniens.

Lors de son procès, le parquet a réclamé la peine de mort, une requête suivie par la Cour soulignant que le prévenu tombait sous le coup d’un article du code pénal mauritanien prévoyant la peine de mort pour « tout musulman, homme ou femme, ayant renoncé à l’islam, explicitement ou à travers des actes ou paroles en tenant lieu ».

Dans leur plaidoirie, les deux avocats commis d’office pour sa défense ont insisté, sans succès, sur son repentir. À l’énoncé du verdict, il s’est effondré, a indiqué à l’AFP une source judiciaire jointe sur place.

Charia en vigueur

Ces dernières années, plusieurs personnes ont été condamnées à la peine de mort dans le pays, mais pour des assassinats ou des faits de terrorisme. La Mauritanie est une République islamique où la charia (loi islamique) est en vigueur mais dont les sentences extrêmes comme les peines de mort et de flagellations ne sont plus appliquées depuis environ trois décennies.

Reste à savoir si la peine sera exécutée, alors que la dernière exécution en Mauritanie remonte à 1987, selon Amnesty International.

L’annonce du verdict a été suivie, dans la nuit de mercredi à jeudi, de bruyantes scènes de joie à Nouadhibou, tant au tribunal que dans les rues, mais également à Nouakchott. « C’est l’affaire d’un criminel qui a eu ce qu’il mérite », a estimé jeudi devant la presse à Nouakchott Jemil Ould Mansour, président du parti islamiste mauritanien modéré Tewassoul (opposition).

Pressions très fortes

Depuis son arrestation en janvier, les pressions étaient fortes sur les autorités. Le prévenu a été dénoncé comme « blasphémateur » dans des communiqués, lors de conférences de presse ou de manifestations de rues en janvier et février à Nouadhibou et Nouakchott, certains protestataires allant jusqu’à réclamer sa tête. En février, sous la pression là encore, un avocat qui avait été sollicité par sa famille de l’accusé a renoncé à le défendre.

Le 10 janvier, le chef de l’État Mohamed Ould Abdel Aziz avait promis de « prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre l’islam et son prophète », en réponse à des milliers de manifestants en colère rassemblés devant le palais présidentiel. La justice « fera son travail mais soyez certains que l’islam est au-dessus de tout, de la démocratie et de la liberté », leur avait-il déclaré.

La Croix du 26.12.2014
 

 

 

 

 

MEXIQUE

Les membres du cartel mexicain devaient manger le cœur de leur victime

Un cartel mexicain forçait ses membres à manger du cœur humain lors d'un rite d'initiation. Objectif : s'assurer qu'aucun policier infiltré ne puisse entrer dans l'organisation.

Les cartels mexicains sont connus pour leur ultraviolence, arme de prédilection pour assurer leur domination sur le paysage éclaté du crime organisé mexicain. Meurtres de masse, assassinats de journalistes et de politiciens, actes de torture suivis de mises à mort de responsables des forces de l'ordre qui refusent de céder à la corruption, la liste est longue des actes de terreur commis par les cartels. Mais l'innovation semble toujours permise dans ce domaine. L'information a été dévoilée mardi par un responsable du gouvernement mexicain et se base sur plusieurs témoignages: un groupe criminel faisait manger du cœur humain à ses membres lors de rites initiatiques. L'organe provenait de victimes assassinées.
Un groupe criminel aux allures de secte
Le cannabalisme n'était pas «généralisé», a expliqué le commissaire pour la sécurité du Michoacan, interrogé par une télévision locale. La pratique est le fait d'un cartel en particulier, les Chevaliers du temple, dont la spécialité est de décapiter ses ennemis. Implantés dans une région agricole et montagneuse, sur la Côte Ouest du Mexique, le groupe criminel a des allures de secte religieuse. Son chef, un illuminé, a été abattu en mars 2014. Il avait réécrit la Bible à sa manière et obligeait ses tueurs à se comporter comme de valeureux chevaliers.

Depuis des années, les Chevaliers du temple se livrent à des activités criminelles allant du trafic de drogue, du racket aux enlèvements, sans que les opérations successives de la police fédérale n'y changent rien. Un chef de l'organisation, arrêté par les autorités mexicaines au mois de mars dernier, avait avoué qu'il faisait enlever des enfants dans les villages pour revendre leurs organes. Déjà à l'époque, la police avait évoqué l'existence possible de rites initiatiques en forme de repas où des cœurs humains constituaient le plat principal. Manger cet organe constituait alors, pour les nouvelles recrues, une ultime preuve de loyauté envers l'organisation et un bon moyen d'empêcher les «taupes». Depuis 2007, plus de 100 000 personnes ont été tuées dans des violences liées aux gangs au Mexique.

http://www.lefigaro.fr/international/2015/01/06/01003-20150106ARTFIG00453-les-membres-du-cartel-mexicain-devaient-manger-le-coeur-de-leur-victime.php
06.01.2015
 

 

 

 

 

MONFLANQUIN


Reclus de Monflanquin : l'audience concernant la vente du château ajournée

Charles-Henry et Christine de Védrines réclament la nullité de la vente de leur château. C'est finalement le 7 janvier que le tribunal de grande instance rendra sa décision.

Suite à la demande de la SCI Yife, société qui a acheté le château de Martel de Monflanquin aux Védrines, le tribunal de grande instance d'Agen a renvoyé, mardi, à la mise en état, au 7 janvier, la procédure. Cette dernière portée par Me Picotin conteste la validé de la vente, arguant - en vertu d'arrêt de la cour d'appel d'Agen du 17 novembre - que les Védrines n'étaient pas saints d'esprit durant toute la période où ils furent sous l'emprise du gourou, Thierry Tilly.
L'avocat de la SCI Yife a fait valoir que cet arrêt étant intervenu tardivement, il fallait apporter de nouvelles conclusions.

http://www.sudouest.fr/2014/12/17/reclus-de-monflanquin-l-audience-concernant-la-vente-du-chateau-ajournee-1771368-3603.php
17/12/2014

Le Parisien /décembre 2014

Reclus de Monflanquin : les époux de Vedrines veulent récupérer leur château

Charles-Henri et Christine de Vedrines, deux des onze reclus de Monflanquin, intentent une action en justice pour tenter de récupérer le château de Martel, vendu alors qu'ils étaient sous l'emprise d'un gourou. L'affaire est évoquée ce mercredi devant le TGI d'Agen. Pour obtenir l'annulation de la vente, ils invoquent l'état de manipulation mentale.

"Ce serait leur rendre justice de leur redonner leur bien, berceau de leur famille depuis quatre siécles"
Maïtre Daniel Picotin, avocat de Charles-Henri et Christine De Vedrines

L'affaire des Reclus de Monflanquin a passionné les médias du monde entier. Pendant dix ans, 11 membres de la famille De Vedrines, riche famille d'aristocrates du Sud-Ouest est restée sous l'emprise mentale d'un gourou qui les a ruinés. Le gourou en question, Thierry Tilly, a été condamné en juin 2013 à dix ans de prison par la Cour d'appel de Bordeaux, après avoir écopé en première instance de huit ans d'emprisonnement.

Aujourd'hui, deux des membres de la famille, Charles-Henri De Vedrines, gynécologue bien connu à Bordeaux, et son épouse Christine ont entamé un autre combat. Ils veulent récupérer le château de Monflanquin, dans le Lot-et-Garonne, berceau de la famille depuis quatre siècles. L'affaire va être évoquée ce mercredi par le Tribunal de grande instance d'Agen.

La manipulation mentale reconnue par la justice

Dans cette longue bataille judiciaire pour récupérer leur bien, les de Vedrines ont déjà remporté une première victoire. En novembre dernier, la Cour d'Appel d'Agen a reconnu que le couple n'était pas en pleine possession de ses moyens, lorsqu'il a confié en 2008 la vente du château de Martel à un agent immobilier. Elle a donc annulé le contrat pour lequel cet agent immobilier avait reçu 40.000 euros de commission.

Fort de ce jugement, qui pourrait faire jurisprudence, que les époux de Vedrines et leur avocat, Daniel Picotin, veulent maintenant obtenir l'annulation de la vente même du château. Il avait été vendu à l'époque 460.000 euros, et a depuis à nouveau changé de propriétaire.

"La vente du château a eu lieu au pire moment pour les De Vedrines. Ils étaient alors enfermés dans un huis-clos à Oxford, quasiment sequestrés, coupés du monde, privés de nourriture. Etaient-ils en condition pour vendre un bien ? Evidemment non. Si ce raisonnement s'applique pour l'agent immobilier, pourquoi ne s'appliquerait-il pas pour la vente elle-même ? " Maître Daniel Picotin, avocat des De Vedrines, et président d'Infos Sectes Aquitaine.

Plus qu'une question d'argent, Charles-Henri et sa femme en font une question d'honneur. Sous l'emprise de Thierry Tllly, ils ont vendu meubles, bijoux et maisons, et ont perdu au total plus de 3 millions d'euros. Alors qu'il a l'âge de la retraite, le gynécologue, après avoir vécu du RSA, a rouvert un cabinet à Saint-Aubin-de-Médoc. Il veut à présent transmettre à ses enfants ce bien, propriété des de Vedrines depuis quatre siécles. Un bien qui n'aurait jamais dû quitter le giron familial.

http://www.francebleu.fr/infos/reclus-de-monflanquin/reclus-de-monflanquin-les-epoux-de-vedrines-veulent-recuperer-leur-chateau-2047740

06.01.2015

Reclus de Monflanquin : dépossédé de la vente du château, l'agent exclusif se pourvoit en cassation

Par l'intermédiaire de son avocat, Me Laurent Bruneau, Max Germa, agent immobilier à Monflanquin, chargé de la vente initiale du château de Martel détenu à l'époque en SCI par les De Védrines, va former un pourvoi en cassation pour non-respect du mandat exclusif signé le 9 janvier 2008 de la main de Charles-Henri de Védrines et ses enfants.

20 jours plus tard, le château du XIXe est vendu en douce par la famille : «Sans me le dire, alors que je m'étais démené pour leur fournir un certificat d'urbanisme. Je n'ai appris la vente qu'en avril 2008 à une société de marchand de biens toulousaine qui a revendu l'édifice ensuite».
Une clause de 40 800 €
Les termes du mandat exclusif faisaient pourtant mention d'une clause pénale de 40 800 € en cas de manquements et une commission de 6 % avait été négociée sur la vente du château. Max Germa qui s'estime «court-circuité» n'a rien touché. Le tribunal d'instance de Villeneuve est alors saisi. «Et il nous a donné raison», poursuit Laurent Bruneau. L'agent tente de faire bloquer les fonds de la vente en juillet 2008. En vain… A un jour près, l'argent a été débloqué. Les consorts De Védrines attaquent en septembre 2008 leur agent immobilier pour contester le mandat, arguant qu'ils étaient sous l'emprise de Tilly, mais ils sont déboutés le 9 décembre 2009 par le tribunal de commerce. La famille fait appel, mais cette «affaire dans l'affaire» ne pourra être audiencée qu'au terme de la procédure bordelaise engagée contre Thierry Tilly, soit en octobre 2014.
Le jour du procès, l'arrêt de la chambre des appels correctionnels de Bordeaux est versé au dossier, reconnaissant l'emprise et l'abus de faiblesse dont ont été victimes les De Védrines. Enfin, l'arrêt de la cour d'appel d'Agen rendu le 17 novembre dernier a confirmé l'altération des facultés mentales des membres de cette famille et l'abus de faiblesse, et a annulé de fait tous les documents contractés à cette époque, dont le mandat exclusif. «Mais moi je n'ai jamais vu Tilly au château ! soutient l'agent immobilier. La presse parlait de reclus, mais ils venaient presque chaque jour à mon bureau ou chez moi, me presser de vendre ! Et pourquoi le procureur n'a rien fait sur le moment ?».
L'état de sujétion ignoré
«Mon client ignorait totalement l'état de sujétion des époux De Védrines. Nous avons des attestations du notaire et d'un huissier affirmant qu'il n'y avait aucun doute sur leur capacité ou volonté de vendre. Ce n'était pas si évident que cela… Vous auriez dû deviner qu'il y avait un problème, nous reproche-t-on. On annule un contrat de janvier 2008, alors qu'ils ne sont reconnus victimes qu'en 2012», oppose Me Bruneau. «Je les connaissais depuis longtemps comme voisins. Je n'ai jamais pensé qu'ils étaient sous influence à ce moment-là». L'agent immobilier parle de caractères affirmés et d'esprits brillants intellectuellement. «On ne conteste absolument pas ce qu'il leur est arrivé sur le fond. Mais dès lors que mon client n'est pas l'auteur de cette manipulation, il n'y a pas lieu d'annuler le contrat. D'où ce recours en cassation pour que le contrat soit respecté, la force obligatoire du contrat en droit».
Laurent Bruneau brandit l'article 1134 du code civil qui stipule : «Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites». Une procédure qui sera portée par un avocat spécialisé. «C'est une question de principe et de sécurité juridique, qui doit prévaloir sur la notion de l'état d'emprise».

http://www.ladepeche.fr/article/2015/01/20/2032099-depossede-vente-chateau-agent-exclusif-pourvoit-cassation.html
Justice - Monflanquin (47)

20/01/2015
 



 



 

 

 

 

MOON

La secte Moon réunit 18 ex-présidents latino-américains

Dix-huit présidents latino-américains et des Caraïbes se sont rassemblés hier à Asuncion (Paraguay) pour participer à la 6ème Convention mondiale pour la paix internationale organisée par Global Peace Foundation de Hyun Jin Preston Moon, fils du fondateur de l’Eglise de l’Unification, Sun Myung Moon.
La réunion vise à « l’analyse et l’échange d’expériences » des anciens présidents, sous le thème « Vers la transformation nationale: la liberté, la prospérité et l’intégrité grâce à un leadership moral et innovant ».
Interviendront les anciens présidents guatémaltèque Vinicio Cerezo et Alvaro Colom, les uruguayens Luis Alberto Lacalle et Jorge Batlle, les boliviens Jaime Paz Zamora et Carlos Mesa, le colombien Ernesto Samper, l’équatorien Gustavo Noboa, les panaméens Nicolás Ardito Barletta et Martin Torrijos et Hipolito Mejia de la République dominicaine.
Viendront aussi au Paraguay, Laura Chinchilla et Rafael Calderon du Costa Rica, Antonio Saca du Salvador et Eduardo Duhalde d’Argentine. Les Présidents du Paraguay, Juan Carlos Wasmosy, Raul Cubas et Luis Gonzalez Macchi prendront la parole lors de conférences.
La Convention présentera des ateliers comme « l’esprit d’entreprise: clé du développement durable et de réduction de la pauvreté », « familles solidement constituées, bases de sociétés plus éthiques» ou «Le rôle des médias dans la promotion de sociétés éthiques ». Il y aura aussi une table dédiée au « leadership des femmes dans la transformation nationale ».
Ancien membre de la Cour suprême de justice du Paraguay, José Altamirano, directeur de l’Institut pour le développement de la pensée Patrie Rêvée, l’un des promoteurs de l’événement, a déclaré que la réunion « vise à réunir les meilleurs esprits du Paraguay et d’autres pays » .
L’organisation vise à défendre un modèle de «famille traditionnelle entre l’homme et de la femme », a déclaré Altamirano. « Il est vrai qu’il existe de nouvelles redéfinitions de ce qu’est une famille, mais elles ne sont pas faciles à assimiler» a-t-il ajouté.
Le Global Peace Foundation a été fondée par Hyun Jin Preston Moon, fils du révérend Sun Myung Moon, afin de coopérer avec des initiatives de « promotion et mise en place d’une culture de la paix. »
Fondé en 1954, l’Eglise de l’Unification par Myung Moon, prétend avoir 3 millions d’adeptes dans 194 pays. Père de 15 enfants et grand-père de plus de 40 petits-enfants, le Révérend Moon a levé un empire de plusieurs millions d’affaires autour de son église, et a gagné en visibilité internationale dans les années 70 en raison des mariages de masse, dans laquelle des dizaines de milliers de couples disaient le « oui, je le veux» au même moment.

http://la-nouvelle-gazette.fr/la-secte-moon-reunit-18-ex-presidents-latino-americains/11245
20 novembre 2014




 

 

 

 

 

NATUROPATHIE

Un naturopathe fait face à 14 accusations

Le naturopathe Yves Charest qui pratique à Sherbrooke, àGranby et à Longueuil, est dans la mire du Collège des médecins. TVA Nouvelles a appris que 14 accusations pourpratique illégale de la médecine ont été déposées contre lui.

«Elle venait d’apprendre qu’elle avait un cancer, il lui a dit: « Viens me voir, je peux t’aider »», affirme Cécile Niles, la sœur d’une patiente d’Yves Charest. Patricia Niles fait confiance à son naturopathe Yves Charest plutôt qu’aux médecins. «Les docteurs te font des peurs Patricia…», explique sa sœur, qui a recueilli ses confidences.

La femme de 67 ans est morte en avril dernier, après des souffrances épouvantables à la suite d’un cancer de l’endomètre, un cancer pourtant traitable. «Elle se serait fait opérer et probablement, selon la gynécologue, qu’elle n’aurait pas eu besoin de chimiothérapie, ni de radiothérapie.»

Patricia Niles a refusé les soins médicaux pendant un an et demi. «On a tenté de la convaincre…» Mais Yves Charest a été plus persuasif, malgré la présence de saignements vaginaux. «Il lui disait non seulement que c’était normal, mais que c’était le méchant qui sortait. Il disait que la tumeur diminuait avec les tests qu’il prenait. Il avait un ordinateur. Elle a souffert à en pleurer.»

Le bureau d’Yves Charest à Sherbrooke a été déménagé dans de nouveaux locaux. Personne ne s’y trouvait lors du passage de l’équipe de TVA Nouvelles.

À son bureau de Granby, sa conjointe nous a brièvement parlé. «Je ne peux pas parler à sa place, ce sont des accusations très graves.»

Cécile Niles prétend que sa sœur a gardé espoir jusqu’à la fin parce qu’Yves Charest lui disait de lui faire confiance.

Après la plainte de Mme Niles, le Collège des médecins a dépêché un enquêteur qui s’est fait passer pour un patient au bureau d’Yves Charest. La preuve a permis le dépôt de 14 accusations pénales pour pratique illégale de la médecine. «Ce qu’on veut éviter, c’est que d’autres personnes se fassent prendre», conclut Mme Niles.

Yves Charest s’expose à des amendes pouvant atteindre 280 000$.

22 jan.2015 – TVA nouvelles

 


 

 

 

 

 

ORDRE ET MANDAT DE L'ARCHANGE SAINT MICHEL


Espagne. Démantèlement d'une secte aux 400 adeptes
Cette secte implantée dans le nord de l'Espagne et ayant compté jusqu'à 400 membres a été démantelée par la justice. Certains adeptes auraient été victimes d'abus sexuels.
Le numéro un de la secte « Ordre et mandat de l'archange Saint Michel » se disant proche de l'Église catholique, Feliciano Miguel Rosendo da Silva, et son bras droit, la « nonne » Marta Paz Alonso, âgée de 29 ans, ont été arrêtés jeudi à Collado Villalba, en banlieue de Madrid, a précisé le tribunal supérieur de justice de Madrid.
Ils sont accusés d'appartenance à une association de malfaiteurs, d'abus sexuels, de blanchiment d'argent, d'atteinte à l'intégrité morale et de fraude fiscale. Leur arrestation fait suite à une plainte déposée par des anciens membres de la secte et des proches pour abus sexuels, physiques et psychologiques et enrichissement illicite à leurs dépens.
Sous le feu des critiques
Selon la presse espagnole, une des femmes se disant victimes d'abus a expliqué que Feliciano Miguel Rosendo da Silva « lui assurait qu'à travers son sperme allait lui parvenir le corps du Christ et qu'elle serait ainsi purifiée ». La secte, d'abord implantée en Galice dans le nord de l'Espagne, avait déménagé dans les environs de Madrid lorsque l'évêché de Tui-Vigo, en Galice, avait critiqué la « conduite morale inappropriée » de ses membres et pris ses distances avec elle. Une grande partie des adeptes de la secte l'avait alors quittée. La chorale de la secte s'était produite devant le Pape Benoît XVI lors des Journées mondiales de la jeunesse qui s'étaient tenues à Madrid à l'été 2011.

http://www.ouest-france.fr/espagne-demantelement-dune-secte-aux-400-adeptes-3048085
12 Décembre 2014



 



 

 

 

 

OSTEOPATHIE


Ostéopathes: une meilleure formation obligatoire
Un décret publié dimanche 14 introduit une formation plus longue pour devenir ostéopathe. Le nombre d'année d'études va passer de trois à cinq. Cela alors que le nombre de praticiens a plus que quadruplé depuis 2002.

La formation des ostéopathes va être améliorée à partir de la rentrée 2015.
Une mauvaise chute, un réfrigérateur à déménager ou une mauvaise position au bureau, le mal de dos et autres douleurs articulaires frappent de nombreuses personnes de nos jours. Et pour lutter contre ces douleurs, nombreux sont ceux qui préfèrent une bonne séance de manipulation chez l'ostéopathe à une consultation chez un généraliste ou un kiné.
Résultat, le nombre d'ostéopathes a explosé ces dernières années. Ils n'étaient que 4.000 en 2002, ils sont 18.000 aujourd'hui. Mais comme pour d'autres médecines "alternatives", l'encadrement de la formation des ostéopathes semblait un peu vague, au point de faire craindre aux patients de tomber sur un charlatan. Si n'importe qui ne peut pas se prétendre ostéopathe, l'augmentation du nombre de praticiens avait aussi entrainé l'augmentation du nombre d'écoles. Et si seules celles reconnues par l'Etat peuvent délivrer un diplôme d'ostéopathie, la valeur de la formation selon ces établissements était variable, selon un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales publié en 2012.
Le nouveau texte impose une formation de 5 ans comprenant 4.860 heures de cours et de travaux pratiques au lieu de trois années et 2.660 heures. Il introduit surtout une nouvelle définition des matières à enseigner aux étudiants que devront respecter toutes les écoles.
Cependant les effets de ce décret ne devraient pas se faire sentir avant un moment. Pour ne pas pénaliser les actuels étudiants en ostéopathie, il ne prendra effet que lors de la rentrée prochaine. Les premiers ostéopathes bénéficiant de cette nouvelle formation ne devrait donc commencer leur carrière qu'en 2020.

http://www.francesoir.fr/societe-sante/osteopathes-une-meilleure-formation-obligatoire


 

 

 

 

PAKISTAN

Moi, Asia Bibi, condamnée à mort, je m'adresse à la France
Le mari de la chrétienne pakistanaise menacée de pendaison pour blasphème raconte l'angoisse de sa femme, et transmet quelques mots de la captive à destination de ceux qui la soutiennent.

Le texte que publie «Le Figaro» a été dicté par le mari d'Asia Bibi, Ashiq Masih, puis traduit par la journaliste Anne-Isabelle Tollet, coauteur, avec Asia Bibi, de son témoignage sur l'affaire: «Blasphème» (Oh! Éditions, 2011, 192 p., 16,90 €). Dans ce texte, l'époux d'Asia Bibi explique le calvaire de sa femme. Il transmet aussi le message de la captive aux Français.
Je reviens de la prison de Multan où ma femme, Asia Bibi a été transférée il y a huit mois. Depuis que ma femme a été condamnée une première fois à la peine de mort, en novembre 2010, pour avoir bu un verre d'eau au puits de notre village, nous vivons dans la peur ; notre famille est menacée. Avec mes cinq enfants, nous vivons cachés au plus près d'elle car elle a besoin de nous pour ne pas se laisser mourir. Il est indispensable que nous lui apportions des médicaments et de la bonne nourriture lorsqu'elle est malade.
Depuis quelques années la situation a changé à cause de quelques personnes, et nous avons peur.
Après quatre longues années d'attente dans des conditions très difficiles, nous avons espéré que la Haute Cour de Lahore libère ma femme. Elle n'a pas blasphémé ; jamais elle n'a blasphémé. Depuis que la Haute Cour de Lahore a confirmé, il y a quelques jours, la peine de mort contre ma femme, nous ne comprenons pas pourquoi le Pakistan que nous aimons s'acharne contre nous.
Notre famille a toujours été heureuse ici, nous n'avons jamais rencontré de problème avec qui que ce soit. Nous sommes chrétiens et nous respectons l'Islam. Nos voisins sont musulmans, et nous vivions avec eux dans notre petit village. Mais depuis quelques années la situation a changé à cause de quelques personnes, et nous avons peur. Aujourd'hui beaucoup de nos amis musulmans ne comprennent pas pourquoi la justice pakistanaise impose tant de souffrances à notre famille.
Nous sommes en ce moment mobilisés pour le dernier recours devant la Cour suprême du Pakistan, que nous devons déposer avant le 4 décembre. Mais nous savons surtout que le bon moyen serait d'obtenir la grâce présidentielle. Nous sommes convaincus qu'Asia Bibi ne sera pas pendue seulement si le vénérable président du Pakistan, Mammoon Hussain, accorde son pardon. On ne doit pas mourir pour un verre d'eau.
Grâce à une poignée d'amis ici qui nous protègent au risque de leur vie, moi et nos cinq enfants, nous pouvons survivre, mais en étant très prudents car nous sommes le mari et les enfants d'Asia Bibi et certains aimeraient aussi notre mort.
Grâce à Anne-Isabelle Tollet, qui est devenue notre sœur il y a quatre ans et avec qui nous parlons très souvent, nous avons des nouvelles de tous ceux qui se mobilisent dans le monde. C'est tellement important pour nous. Cela nous permet de tenir. À chaque visite à Asia Bibi, je lui raconte. Certaines fois, cela lui redonne du courage.
«J'apprends que la Ville de Paris veut de nous. Je veux remercier toutes les personnes à Paris et la maire. Vous êtes ma seule chance de ne pas mourir au fond de ce cachot. S'il vous plaît, ne me laissez pas tomber.»
Asia Bibi.
J'ai appris, hier, que la maire de Paris venait de proposer de nous accueillir, si ma femme pouvait sortir de prison**. C'est un tel honneur. Je voudrais vous remercier, Madame la maire de Paris. Je voudrais vous dire notre respect et notre immense gratitude. J'espère que nous serons chez vous vivants, et pas morts.
Lorsque j'ai rendu visite hier à Asia Bibi, elle m'a demandé de vous transmettre ce message: «Dans ma petite cellule sans fenêtre, les jours et les nuits se ressemblent, mais si je tiens encore debout c'est grâce à vous tous. Mon coeur se réchauffe lorsqu'Ashiq me montre les photos des personnes que je ne connais pas qui boivent un verre d'eau en pensant à moi.
Et j'apprends que la Ville de Paris veut de nous. Je veux remercier toutes les personnes à Paris et la maire. Vous êtes ma seule chance de ne pas mourir au fond de ce cachot. S'il vous plaît, ne me laissez pas tomber. Je n'ai pas blasphémé.»
** Anne Hidalgo, maire de Paris, a publié le 14 novembre dans Le Figaro et sur FigaroVox un appel pour sauver Asia Bibi.

Le Figaro du17/12/2014

Le meurtre sauvage d'un couple de chrétiens pousse Islamabad à réagir
La justice passera-t-elle? Deux semaines après l'assassinat d'un couple de chrétiens, brûlé vif dans un four à briques à Kot Radha Kishan, dans l'est du Pakistan, la police dit vouloir aller vite. «Nous avons arrêté 44 suspects dans les 24 heures après le meurtre. Une vingtaine d'autres ont été interpellés», assure le chef de la police locale, Jawad Qamar. Dans un anglais impeccable, cet officier en charge de l'enquête assure qu'il a l'intention d'aller jusqu'au bout: «Shama Bibi et Shehzad Masih ont été assassinés parce que l'imam du village a affirmé dans le haut-parleur de sa mosquée qu'ils avaient brûlé un exemplaire du Coran. Or nos premières recherches n'ont rien établi de tel.»
Quatre suspects ont été présentés devant un juge antiterroriste le 10 novembre et sont maintenus en détention. «D'ici à jeudi, d'autres seront amenés devant un magistrat qui décidera de les laisser ou non en prison», précise Jawad Qamar. Depuis deux semaines, cet enquêteur est sous pression pour résoudre une affaire qui a choqué l'opinion publique. Ces derniers jours, les journaux pakistanais et britanniques ont révélé par bribes les détails macabres d'un véritable autodafé.
D'après les familles des victimes, tout a commencé le mois dernier. Shama Bibi, une mère de 24 ans, décide de faire le ménage chez son beau-père qui vient de décéder. Le vieil homme pratiquait la magie noire. Il conservait des papiers qui mélangeaient versets du Coran et extraits de la Bible. Shama Bibi brûle ces documents sans importance avant de les jeter dans un tas d'ordure à l'extérieur. Nous sommes le 30 octobre. Des voisins auraient alors aperçu des bribes de versets coraniques dans les ordures. La rumeur enfle et parvient aux oreilles de l'imam.
L'imam mis en cause

Le couple est d'abord enfermé dans un bâtiment voisin. Le 4 novembre, une foule estimée à 300 personnes, selon la police, extirpe Shama Bibi et son époux Shehzad Masih de leur cachot. L'un des agresseurs assène un coup de hache dans le ventre de la jeune femme pendant que Shehzad est tabassé. Plus loin, il y a un four à briques. Les agresseurs allument un feu avec de l'essence pompée dans des cyclomoteurs du village. Du couple, les policiers ne retrouveront rien. «L'imam est notre principale suspect, explique l'officier Jawad Qamar. À Kot Radha Kishan, la population ne sait ni lire ni écrire. Il n'a eu aucun mal à manipuler les gens. Nous ignorons encore pourquoi il a dressé le village contre ce couple.»
«Nous devons faire un exemple. Sinon ce genre de meurtre se reproduira»
Jawad Qamar, chef de la police locale
Devant l'horreur, la classe politique est montée au créneau. Le premier ministre, Nawaz Sharif, a promis que les poursuites seraient «sans merci». Jawad Qamar reconnaît qu'il est sous pression politique et doit agir rapidement. Les familles des victimes étant terrorisées, c'est l'État qui a porté plainte. Les prévenus sont poursuivis au titre de la loi antiterroriste. Ils risquent entre sept ans de prison et la peine de mort. «Nous devons faire un exemple. Sinon ce genre de meurtre se reproduira», estime Jawad Qamar.
L'affaire met une nouvelle fois en lumière le fondamentalisme qui gangrène le clergé dans la République islamique. Un cas similaire avait déjà eu lieu en août 2012. L'imam d'un quartier pauvre d'Islamabad avait accusé une adolescente chrétienne d'avoir brûlé des pages d'un manuel d'apprentissage du Coran. Là encore, la jeune fille était censée avoir jeté aux ordures des pages calcinées du manuel. L'enquête révélera que cette affaire était un coup monté de l'imam. Il avait incendié les pages pour accuser la jeune chrétienne. Il espérait monter ses ouailles contre les chrétiens et chasser la communauté du quartier. L'homme avait étudié dans une madrasa fondamentaliste à Rawalpindi, près de la capitale.
Au Pakistan, la plupart des écoles coraniques se revendiquent du salafisme et du déobandisme. Ces deux courants radicaux ont la haute main sur la majorité des 21.000 madrasas recensées par l'État. Selon certains experts, il y en aurait en fait jusqu'à 35.000 dans le pays, qui opèrent en dehors de tout contrôle. Des chefs talibans y ont décroché leur diplôme, de même que les cadres de plusieurs organisations terroristes locales.
Certains établissements éditent des feuilles de chou de quelques dizaines de pages vendues moins de 100 roupies (80 centimes). Les articles vantent le djihad, exigent l'instauration de la charia, dénoncent l'Occident et les «infidèles chrétiens». Toutes les réformes entreprises jusqu'à présent pour contrôler les madrasas et leur enseignement sont restées lettre morte.

Le Figaro du17/12/2014



 

 

 

 

 

PEDOPHILIE

Le Vatican accélère l’examen des recours des prêtres accusés de pédophilie
‣ Le Vatican a annoncé, mardi, la création d’un collège spécial pour « garantir un examen plus rapide » des appels des ecclésiastiques accusés de crimes sexuels sur mineurs.
En quoi consiste la nouvelle commission ?
Depuis une réforme de 2010, les poursuites contre des prêtres impliqués dans des affaires de pédophilie sont suivies de très près par le Vatican. La Congrégation pour la doctrine de la foi, puissant dicastère de la Curie romaine qui sert aussi de tribunal pour les délits graves commis contre la foi, les sacrements et les mœurs, indique à l’évêque, tenu de la saisir, la procédure à suivre. Après ce premier jugement diocésain, un prêtre peut faire appel. Ce recours est alors traité par la Congrégation à Rome. Pour « garantir un examen plus rapide », selon le Saint-Siège, et mieux répartir le travail, un « collège spécial » a été créé par le pape François au sein de ce dicastère. Un règlement interne doit encore en fixer le fonctionnement propre. Le but est à la fois de permettre au prêtre accusé de mieux se défendre et aussi de pouvoir, le cas échéant, confirmer sa condamnation plus rapidement.
Annoncée mardi, cette commission d’examen des recours est composée de sept cardinaux ou évêques, nommés par le pape. Ils peuvent être déjà membres de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En vue de la création de cette nouvelle instance, le pape François avait déjà placé, le 19 mai dernier, son compatriote de Buenos Aires, Mgr José Luis Mollaghan, 68 ans, dans ce dicastère. « Cette mesure vient stabiliser la compétence juridictionnelle de la Congrégation, dans le cadre de la réforme de la Curie », observe le juriste français Emmanuel Tawil.
Qui est concerné ?
Le collège nouvellement créé vise les recours des prêtres diocésains et des religieux prêtres. Les recours des évêques restent du ressort de la section ordinaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, à laquelle le « collège spécial » devra rendre compte. En pratique, le recours d’un prêtre condamné n’est pas systématique.
Selon des chiffres communiqués par le Saint-Siège en mai dernier, la Congrégation a prononcé, de 2004 à l’an dernier, un total de 3 420 condamnations contre des prêtres accusés d’abus sexuels, parmi lesquels 848 ont été réduits à l’état laïc. Les 2 572 autres ont été frappés d’autres mesures disciplinaires pour des faits remontant souvent aux années 1960, 1970 et 1980. Très peu d’affaires concernent la France.
Que fait le Vatican contre la pédophilie ?
La création de ce nouveau collège spécial s’ajoute à d’autres mesures prises par le pape François dans la lutte contre les crimes pédophiles dans le clergé, engagée par Benoît XVI. En septembre dernier, il a assigné à résidence, dans la cité du Vatican, l’ex-nonce en République dominicaine, Josef Wesolowski, à l’ouverture de son procès pénal. Le pape a aussi mis sur pied cette année une « commission pontificale pour la protection de l’enfance » , présidée par l’archevêque de Boston, le cardinal Sean O’Malley, qui cherche à prévenir les abus sexuels sur mineurs. Le 7 juillet dernier, il a reçu personnellement et longuement, à sa résidence vaticane de SainteMarthe, six victimes de tels abus du clergé.

La Croix du 13.11.2014

L’Eglise espagnole touchée par une affaire de pédophilie qui a indigné le Pape
Dix prêtres et deux laïcs sont poursuivis en Espagne pour leur implication dans une affaire de pédophilie dont le Pape s’était inquiété après avoir été alerté par une victime, le plus grave scandale de cette nature à toucher l’Eglise espagnole.
L’image, rare, avait marqué l’Espagne: allongé face contre le sol froid de la cathédrale de Grenade (sud), en compagnie de huit autres prêtres, l’archevêque de la ville Francisco Javier Martinez a demandé pardon, le 23 novembre «pour toutes les fautes» commises dans cette affaire.
Elle avait éclaté suite à une lettre de D, 24 ans, au pape François, dénonçant les abus sexuels dont il se disait victime, «afin d’éviter que qu’ils puissent être commis contre d’autres personnes», selon son avocat.
Le pape a lui-même raconté à des journalistes, le 25 novembre, «sa très grande douleur» lorsqu’il a pris connaissance de ces sévices.
«Quand j’ai lu cela, je l’ai appelé et lui ai dit: va chez l’évêque. J’ai écrit à l’évêque pour qu’il lance une enquête, pour aller de l’avant», a-t-il déclaré. «C’est une très grande douleur, mais la vérité est la vérité et nous ne devons pas la cacher».
Le 14 octobre 2014, près de dix ans après le début de son calvaire de trois ans, l’ancien enfant de coeur encore très attaché à l’Eglise a donc déposé une plainte auprès du parquet de Grenade, nichée au pied de la Sierra Nevada, en Andalousie.
Il y exposait des abus sexuels de la part d’un groupe de prêtres du diocèse entre 2004, alors qu’il avait 14 ans, et 2007.
- Villa avec piscine
La victime, un jeune homme se présentant comme membre de l’Opus Dei et qui eu 25 ans en janvier, a subi des sévices et des viols de la part de l’auteur principal, son curé, avec la participation ou la complicité des autres mis en examen. Ils se réunissaient dans une villa avec piscine à Grenade.
L’ordonnance du juge détaille des sévices de plus en plus graves.
Le curé de la paroisse qu’il fréquentait depuis l’âge de sept ans, manipulant sa ferveur religieuse, lui promettait un bel avenir de prêtre et le culpabilisait lorsqu’il tentait de refuser ses avances, selon l’ordonnance rendue par le juge en charge de l’affaire.
Au moins deux autres membres du groupe, tous amateurs de parties fines et de films pornographiques, l’auraient aussi touché, et les autres étaient au courant des activités du curé n’hésitant pas à le menacer verbalement d’exclusion du «groupe» pour son manque d’enthousiasme.
Les 12 mis en examen sont poursuivis pour participation directe aux abus ou complicité, pour n’avoir rien fait pour les empêcher.
Depuis, au moins une autre personne, âgée de 44 ans aujourd’hui, a évoqué une tentative d’agression sexuelle remontant à 1991, faisant craindre que le réseau existait depuis longtemps avec d’autres victimes à son actif.
«Si l’on prend en compte le nombre de mis en cause et le système d’abus, ils formaient une sorte de secte au sein même de l’Eglise», considère Jose Manuel Vidal, directeur du site internet Religion digital, qui avait révélé l’affaire. Ce serait le cas le plus grave connu en Espagne.
«Ce n’est pas un prédateur qui agit de manière isolée, ceux-là sont difficiles à détecter, c’est un groupe organisé, ayant des moyens financiers, du pouvoir», a-t-il ajouté.
Depuis son élection en mars 2013, le pape François prône la tolérance zéro contre la pédophilie, fléau qui pourrait avoir fait des dizaines de milliers de victimes et a fortement discrédité l’Église catholique depuis les années 90.
Dès l’ouverture d’une enquête préliminaire, l’archevêché avait annoncé «avoir pris des mesures de précaution en retirant de l’exercice ministériel les prêtres directement accusés des abus».
Depuis Londres, l’association de victimes d’abus sexuels de prêtres SNAP a cependant estimé que c’était insuffisant, exigeant mercredi du Pape qu’il démette de ses fonctions l’archevêque de Grenade.

http://www.liberation.fr/monde/2015/01/28/dix-pretres-poursuivis-en-espagne-dans-une-affaire-de-pedophilie_1190645
AFP 28 JANVIER 2015

10 prêtres et 2 laïcs mis en examen dans une affaire de pédophilie en Espagne

Le 23 novembre 2014, l’archevêque de Grenade (Espagne), Mgr Francisco Javier Martinez, s’était allongé sur le sol de la cathédrale, en compagnie d’autres prêtres, pour demander pardon aux victimes d’abus sexuel de la part de membres du clergé.

Dix prêtres et deux laïcs ont été mis en examen en Espagne pour leur implication dans une affaire de pédophilie dont le pape François s’était personnellement occupé après avoir été alerté par une victime présumée, a-t-on appris mercredi 28 janvier de source judiciaire.

L’image, rare, avait marqué l’Espagne : allongé face contre le sol froid de la cathédrale de Grenade (sud), en compagnie de huit autres prêtres, l’archevêque de la ville Francisco Javier Martinez a demandé pardon, le 23 novembre à « tous ceux scandalisés par la conduite de l’Église pour toutes les fautes » commises dans cette affaire.

Elle avait éclaté suite à une lettre d’un jeune homme de 24 ans, au pape François, dénonçant les abus sexuels dont il se disait victime, « afin d’éviter que qu’ils puissent être commis contre d’autres personnes », selon son avocat.

Le pape a lui-même raconté à des journalistes, le 25 novembre, « sa très grande douleur » lorsqu’il a pris connaissance de ces sévices. « Quand j’ai lu cela, je l’ai appelé et lui ai dit : va chez l’évêque. J’ai écrit à l’évêque pour qu’il lance une enquête, pour aller de l’avant », a-t-il déclaré. « C’est une très grande douleur, mais la vérité est la vérité et nous ne devons pas la cacher ».

Le 14 octobre 2014, près de dix ans après le début de son calvaire de trois ans, l’ancien enfant de chœur encore très attaché à l’Église a donc déposé une plainte auprès du parquet de Grenade, nichée au pied de la Sierra Nevada, en Andalousie. Il y exposait des abus sexuels de la part d’un groupe de prêtres du diocèse entre 2004, alors qu’il avait 14 ans, et 2007.

Des sévices plus graves

La victime, un jeune homme se présentant comme membre de l’Opus Dei et qui a eu 25 ans en janvier, a subi des sévices et des viols de la part de l’auteur principal, son curé, avec la participation ou la complicité des autres mis en examen. Ils se réunissaient dans une villa avec piscine à Grenade.

L’ordonnance du juge détaille des sévices de plus en plus graves.

Le curé de la paroisse qu’il fréquentait depuis l’âge de sept ans, manipulant sa ferveur religieuse, lui promettait un bel avenir de prêtre et le culpabilisait lorsqu’il tentait de refuser ses avances, selon l’ordonnance rendue par le juge en charge de l’affaire.

Au moins deux autres membres du groupe, tous amateurs de parties fines et de films pornographiques, l’auraient aussi touché, et les autres étaient au courant des activités du curé n’hésitant pas à le menacer verbalement d’exclusion du « groupe » pour son manque d’enthousiasme. Les 12 mis en examen sont poursuivis pour participation directe aux abus ou complicité, pour n’avoir rien fait pour les empêcher.

« Ce n’est pas un prédateur qui agit de manière isolée mais un groupe organisé »

Depuis, au moins une autre personne, âgée de 44 ans aujourd’hui, a évoqué une tentative d’agression sexuelle remontant à 1991, faisant craindre que le réseau ait existé depuis longtemps avec d’autres victimes. « Si l’on prend en compte le nombre de mis en cause et le système d’abus, ils formaient une sorte de secte au sein même de l’Église », considère Jose Manuel Vidal, directeur du site Internet Religion digital, qui avait révélé l’affaire. Ce serait le cas le plus grave connu en Espagne. « Ce n’est pas un prédateur qui agit de manière isolée, ceux-là sont difficiles à détecter, c’est un groupe organisé, ayant des moyens financiers, du pouvoir », a-t-il ajouté.

Dès l’ouverture d’une enquête préliminaire, l’archevêché avait annoncé « avoir pris des mesures de précaution en retirant de l’exercice ministériel les prêtres directement accusés des abus ».

Depuis Londres, l’association de victimes d’abus sexuels de prêtres SNAP a cependant estimé que c’était insuffisant, exigeant mercredi du pape qu’il démette de ses fonctions l’archevêque de Grenade.

La Croix du 29.01.2015



 

 

 

 

 

PROFANATIONS

Des hosties consacrées volées
Une « profanation d’une extrême gravité » a eu lieu dans l’église de Saint-Étienne-duBois (Ain), dénonce le diocèse de Belley-Ars dans un communiqué publié vendredi. La porte de l’église a été fracturée, le tabernacle détruit, et le ciboire ainsi que les hosties consacrées qu’il contenait emportés. Le vol d’hosties consacrées « fait souvent l’objet de cultes sataniques », ajoute le communiqué qui rappelle que, en octobre, deux autres églises du diocèse avaient déjà été profanées.

La Croix du 17.11.2014

Trois églises vandalisées en une semaine en région Poitou-Charentes

Dans la région Poitou-Charentes, trois Églises ont été vandalisées en une semaine, entre le 1er et le 8 janvier. C’est à l’Église Notre-Dame de Bressuire (Deux-Sèvres), que le saccage est le plus frappant : d’après La Nouvelle République, cinq statues de Vierges ont été décapitées, dont une Vierge de la crèche, une statue de sainte Thérèse de Lisieux et une statue en provenance du couvent des Cordeliers à Paris. D’après le journal, « des paroissiens de l’Église ont mis en fuite une inconnue en train de perpétrer les dégradations ».

Il n’y a priori aucun lien entre ces méfaits et les actes de vandalisme commis jeudi 8 janvier dans l’église de Saint-Hilaire à Rouillé (Vienne). Dans cette église, des vases et des santons de la crèche ont été jetés sur l’autel, avant de s’y briser. La croix posée sur l’autel est tombée. La Nouvelle République rapporte le témoignage du maire : « Les dégâts sont peu importants mais lourds de sens. Aujourd’hui, on s’attaque aux symboles, ce qui a été fait n’est pas dramatique mais interroge sur le respect d’autrui. »

La colère des paroissiens de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers

Dans la nuit du samedi au dimanche 4 janvier, un individu probablement aviné a tagué « God hate u » (« Dieu vous hait ») sur le portail de la façade de l’Église de Notre-Dame-la-Grande à Poitiers (Vienne). Les fidèles ont découvert le tag en se rendant à la messe du dimanche matin.

Dans un reportage réalisé par France 3 Poitou Charentes, des habitants partagent leur consternation. Le curé de l’église en question n’a pas souhaité communiquer, mais le P. Julien Dupont a écrit dimanche sur son profil Facebook : « Comme prêtre envoyé dans ce lieu de culte, je me désole de voir que certaines personnes ne respectent pas le patrimoine de notre ville. Ce n’est malheureusement pas la première fois, mais il ne faut pas survaloriser de tels actes : c’est leur donner une importance médiatique qui risque d’en inciter d’autres à choisir Notre-Dame-la-Grande comme porte-voix de leurs idées. » Depuis, le tag a été effacé du portail.

La Croix du 09.01.2015
 



 

 

 

 

SALAFISME

« Certains salafistes négocient une vie ici, en marge de la société »
Auteur, avec Sylvie Taussig, du livre « Les Musulmans en France, un état des lieux » (1), Bernard Godard dresse le tableau de ces courants salafistes de plus en plus visibles en France, même s’ils restent minoritaires
La Croix : Qu’est-ce que le salafisme et quelle est sa place en France ?
Bernard Godard : D’un point de vue doctrinal, la salafyia désigne un courant de l’islam aux références religieuses bien précises. Mais lorsque l’on parle du salafisme en général, on désigne tous ces courants littéralistes de l’islam qui considèrent la Sunna – c’est-à-dire le Coran et les hadiths (les dits du prophète Mohammed) – prise au pied de la lettre comme la seule référence dogmatique valable. La vie et l’imitation du prophète revêtent pour eux une importance capitale, de même que la proximité de l’apocalypse et donc la crainte d’une punition prochaine du Ciel en cas d’écart.
Ce courant connaît une expansion rapide en France, même s’il reste minoritaire : les salafistes contrôlent une centaine de mosquées contre 40 il y a cinq ans, et sont influents dans 200 à 300 autres… En partie convertis, en partie d’origine arabe ou africaine, ils sont très majoritairement jeunes et français et reçoivent d’ailleurs peu de financements étrangers, sauf par exemple pour ouvrir leurs librairies dont tous les ouvrages viennent d’Arabie saoudite. Toujours en référence à Mohammed, ils sont actifs dans le commerce. L’idée étant à la fois de subvenir à leurs besoins et de minimiser leurs contacts avec les koufars (les mécréants).
Quels sont les différents courants ? La distinction entre « quiétistes » et « djihadistes » est-elle toujours pertinente ?
B. G. : S’ils partagent le même fonds doctrinal, « quiétistes » et « djihadistes » s’opposent – et s’invectivent – autour de la question du soutien à la oumma (la communauté musulmane) en souffrance. Pour les « quiétistes », le « djihad » armé ne peut intervenir que lorsque l’islam est menacé et que l’ordre est donné par une autorité religieuse (mais laquelle ? l’autorité ou le souverain en place ou le « calife » autoproclamé de l’État islamique ?). Pour les « djihadistes », défendre la oumma est un impératif individuel, d’où leur décision de rejoindre la Syrie ou l’Irak et leurs mots très durs contre les « quiétistes »…
Mais au sein même de la sphère « quiétiste », on observe une évolution rapide. Certains tiennent à maintenir un cordon étanche entre eux et la société koufar qui les environne, entretenant le rêve d’un départ en « terre d’islam ». Mais d’autres – c’est nouveau – envisagent désormais la possibilité de rester en France, où ils ont parfois une bonne situation. Certes, l’interdiction du niqab leur pose problème, de même que leur refus de serrer la main aux femmes, mais ils peuvent entrer dans une démarche de négociation pour vivre leur vie de pieux croyants.
Certains ont déjà obtenu l’ouverture d’une école maternelle ou élémentaire : il y en a deux à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), une à Marseille, une aussi à Argenteuil (Val-d’Oise). Lors de l’élection présidentielle, l’imam de Brest, Rachid Abou Houdeyfa, grande figure du salafisme en France, a ainsi envisagé la possibilité de participer au vote… Un Observatoire lunaire des musulmans de France s’est aussi créé pour pouvoir donner les horaires de prière ou de jeûne en France.
Peut-on s’attendre à plus de revendications autour de la pratique de l’islam dans l’espace public ?
B. G. : La probabilité qu’ils se constituent en partis politiques est faible : être traité de hizbi (ou partisan) est la pire insulte pour un salafiste ! En revanche, des regroupements de fait peuvent apparaître, souvent via Internet, autour d’un projet d’école par exemple. Les salafistes sont très présents sur la Toile via des sites d’informations comme Ajib, Al Kanz, ou Islam & Info (« l’info par le musulman pour le musulman »), ce qui explique en partie leur succès : parce qu’ils sont d’ici et maîtrisent les moyens de communication, ils ont le vent en poupe !
Quel est le lien entre salafisme et Daech ? Les salafistes participent-ils au recrutement de jeunes Français pour le djihad en Syrie ?
B. G. : Pas tous. Les « quiétistes » continuent à exprimer leur opposition, estimant que les conditions juridiques ne sont pas réunies, quitte à s’attirer les foudres des « djihadistes ». Les lieux d’implantation des salafistes en France (Val-d’Oise-Yvelines, Marseille…) ne sont pas forcément, d’ailleurs, ceux d’où les départs pour la Syrie sont les plus nombreux. Les recruteurs appartiennent donc à la frange des « djihadistes ». Parce qu’ils se savent surveillés, ils passent beaucoup plus par les réseaux sociaux et utilisent, pour leur communication, plus les images, les vidéos que l’écrit.
Que peut-on imaginer à l’avenir ?
B. G. : Certains vont sans doute trouver le moyen de négocier les conditions d’une vie ici, en marge de la société, un peu comme les Amish aux États-Unis, mais en ville… Dès lors que la sécurité et le bien-être des enfants seront en jeu – dans l’ouverture de crèches, écoles, etc. – cela risque toutefois de poser problème. Même si pour le moment, les pouvoirs publics, les mairies en particulier, ne savent pas très bien à qui ils ont affaire. Les conflits pourraient également se multiplier dans les mosquées : avant, ils venaient, priaient et repartaient, aujourd’hui ils contestent l’équipe dirigeante.
(1). Éd. Robert Laffont, 2007.

La Croix du 12.12.2014


 



 

 

 

 

Père SAMUEL

Le père Samuel a-t-il péché?

Blanchiment, exercice illégal de la médecine, abus de confiance et même viol sont les inculpations retenues.
Six ans après la vague de perquisitions menées simultanément à Bruxelles et en l’église de Saint-Antoine de Padoue à Montignies-sur-Sambre, le père Samuel voit enfin son dossier aboutir devant la chambre du conseil de Charleroi. Ce lundi, l’audience servira uniquement à fixer un calendrier pour ce procès qui verra Charles Clément Boniface répondre d’une litanie d’inculpations. Le réquisitoire du parquet attribue en effet une série de méfaits au prêtre, à en faire pâlir les clients habituels du palais de justice. On lui reproche ainsi des faits de blanchiment d’argent et d’escroquerie portant sur 1,4 million d’euros. Dix-sept personnes se sont d’ailleurs constituées parties civiles contre le religieux qui se défendra également d’abus de confiance puisque le ministère public le soupçonne d’avoir utilisé des dons à des fins personnelles. Son ASBL Saint-Rita, basée à Bruxelles, est elle aussi pointée du doigt par la Justice qui l’accuse d’abus de biens sociaux, de faux et usages de faux et d’avoir déclaré de faux bilans comptables.
Mais la liste des inculpations ne s’arrête pas là. Cinq personnes ont en effet déposé plainte pour exercice illégal de la médecine. On sait que de nombreux fidèles du père Samuel lui attribuent des dons de guérisseur. Mais le seul fait d’imposer les mains sur un «patient» et de toucher ainsi au psychique en fait-il pour autant l’auteur d’une infraction? C’est ce que le parquet devra démontrer, lui qui accuse aussi le religieux d’avoir violé le secret professionnel, en l’espèce, celui de la confession. Le père Samuel est en outre poursuivi pour avoir célébré illégalement des mariages. En clair, d’avoir dirigé une union religieuse avant la civile, ce que seul le roi peut faire dans notre constitution. Enfin, et c’est sans doute la partie la plus sensible du procès, Charles Clément Boniface est soupçonné d’attentats à la pudeur et de viol par ruse. Les plaintes déposées par des ex-fidèles sont particulièrement anciennes et sans doute prescrites pour certaines d’entre elles. Encore faut-il qu’elles soient fondées. Cela avait en tout cas valu au prêtre de lever sa soutane chez le médecin légiste afin que ce dernier vérifie les détails anatomiques précisés par les plaignantes…
Le père Samuel, qui rassemble toujours autant de fidèles en son église, dément formellement toutes ces accusations. Quatre avocats le défendront d’ailleurs devant la chambre du conseil dans ce dossier qui a déjà épuisé trois juges d’instruction et deux magistrats du parquet.

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=dmf20141123_00562831
 


 

 

 

 

SANTE


Femme retrouvée gelée à Val-David: une mort évitable, conclut la coroner

La mort d'une jeune femme psychotique retrouvée gelée à Val-David il y a un an était «évitable», a conclu une coroner, en soulignant que son conjoint avait préféré appeler une «thérapeute de l'âme» plutôt qu'un médecin pour la soigner.
Silvana Uribe-Giraldo, 24 ans, a quitté le domicile de son conjoint pour se diriger vers un boisé, le 6 décembre 2013. Son corps nu et gelé a été retrouvé le lendemain.
La victime souffrait de sérieux problèmes de santé mentale. Elle «était fragilisée, avait des idées noires et constituait certainement un danger pour elle-même», a écrit la coroner Julie Blondin dans son rapport publié cet automne. «Elle aurait dû être dirigée, avec assistance policière si nécessaire, vers un hôpital.»
Lorsque Silvana Uribe-Giraldo a quitté la maison de son conjoint, une thérapeute de Theta Healing s'y trouvait, appelée «afin d'aider [la jeune femme] au niveau de ses problèmes de santé mentale», écrit la coroner dans son rapport. Pendant la séance, la jeune femme avait «un comportement délirant tout en répétant à la thérapeute "guéris-moi !"».
Après cette rencontre «écourtée», la thérapeute a tourné son attention vers son conjoint qui désirait lui aussi participer à cette méthode de croissance personnelle. C'est à ce moment que Mme Uribe-Giraldo est sortie de la maison.
Malgré l'état mental instable de la jeune femme, son conjoint ne s'est pas inquiété de la situation parce qu'elle «avait l'habitude de se balader en forêt pendant plusieurs heures». Les policiers ont finalement retrouvé son corps en début de soirée le lendemain.
«Je crois que le choix de son âme était de terminer sa vie», a confié le conjoint aux policiers, toujours selon la coroner Blondin.
Le conjoint de la victime n'a pas répondu aux demandes d'entrevue de La Presse.
Vie «alternative»
Il y a un an, La Presse avait rapporté les propos de la thérapeute en Theta Healing - Mélanie - qui se trouvait dans la résidence au moment du départ de Silvana Uribe-Giraldo.
Elle avait indiqué que le conjoint lui avait confié «que lui, jamais il n'irait à l'hôpital» avec sa jeune conjointe parce qu'il préférait les thérapies douces. Il «semblait vraiment vouloir la traiter plus avec la naturopathie, plus avec la médication naturelle».
Après la publication de l'article, elle avait rappelé La Presse pour modifier sa version des faits. Mélanie indiquait que le conjoint avait uniquement exprimé ses préférences personnelles et n'avait jamais affirmé qu'il n'irait pas à l'hôpital avec elle.
L'homme avait réagi peu après, assurant par communiqué que «bien [qu'il soit] fervent [adepte] des médecines alternatives, [il n'a] jamais hésité à consulter en médecine traditionnelle [lorsqu'il sentait] que c'était nécessaire».
«Il est faux de prétendre que je ne voulais pas amener Silvana consulter des professionnels de la santé.»
Le conjoint de Silvana Uribe-Giraldo, peu après les faits
L'homme est engagé dans divers groupes «alternatifs» à Val-David. Sur sa page Facebook, on peut lire : «Je fais partie d'une secte dont je suis le seul adepte et le guru en même temps.»
Mme Uribe-Giraldo n'était pas étrangère au monde «alternatif». À l'époque de son décès, sa page Facebook foisonnait d'images nouvel âge et de photographies de séances où plusieurs individus peignent sur leur corps dénudé des symboles mystérieux. Elle semble aussi avoir été passionnée par la cueillette de champignons divers.
Gelée et nue : phénomène «mal compris»
La dépouille de Mme Uribe-Giraldo a été retrouvée «sur le dos, nue et gelée». Selon le pathologiste qui s'est penché sur le dossier, la jeune femme aurait probablement été victime de «déshabillage paradoxal» peu avant sa mort. Ce phénomène «peut parfois être rencontré dans les cas d'hypothermie où les victimes, en réaction au froid et suivant des dérangements physiologiques encore mal compris, se mettent soudainement à ressentir une chaleur intense qui les pousse à se déshabiller», écrit la coroner Blondin dans son rapport.

http://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-affaires-criminelles/faits-divers/201412/14/01-4828121-femme-retrouvee-gelee-a-val-david-une-mort-evitable-conclut-la-coroner.php

Bientôt des diplômés non-médecins
Deux diplômes fédéraux sont en préparation. Aujourd’hui, 20 000 thérapeutes non-médecins sont actifs dans plus de 250 méthodes différentes
En 2012, la Suisse recensait 3000 médecins FMH formés dans des médecines alternatives – les seuls à pouvoir être remboursés par l’assurance de base. Il y avait aussi environ 20 000 thérapeutes non-médecins actifs dans plus de 250 méthodes alternatives. Pour mieux cadrer cette offre très large, la Confédération s’apprête à offrir des diplômes fédéraux de thérapeute complémentaire et de praticien de naturothérapie. Les deux projets sont en phase de consultation.
Une vingtaine de disciplines ont postulé pour pouvoir délivrer le diplôme de thérapeute complémentaire. Cinq d’entre elles devraient être accréditées: le shiatsu, la thérapie craniosacrale, la thérapie ayurvédique, l’eutonie et le yoga thérapeutique. Le diplôme de praticien de naturothérapie regroupera la naturopathie européenne traditionnelle (NET), l’homéopathie, la médecine ayurvédique et la médecine traditionnelle chinoise.
Développés sous l’égide du Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation, ces deux cursus seront sanctionnés par un examen professionnel supérieur (EPS). Les diplômes fédéraux sont appelés à remplacer les formations actuelles dispensées dans des écoles et instituts privés, avec des coûts d’écolage parfois élevés et des niveaux de formation très hétérogènes.
L’obtention d’un diplôme constituera un pas important vers une reconnaissance professionnelle, avec un remboursement facilité par les assurances complémentaires. Le dernier mot reviendra aux cantons: c’est eux qui décideront des modalités d’installation de thérapeutes sur leur sol, comme ils le font déjà aujourd’hui.

http://www.letemps.ch/page/uuid/df31ef68-8161-11e4-9a92-1e037d8e04b7/bient%c3%b4t_des_dipl%c3%b4m%c3%a9s_non-m%c3%a9decins

Médecines alternatives: Lausanne en retard sur Berne et Zurich

Les médecines complémentaires ont fait du chemin en Suisse romande. Interrogé par le journal "Le Temps", Luc Recordon (Verts/VD), président de l'Association romande pour le développement et l'intégration des médecines complémentaires (RoMédCo), évoque des progrès, mais déplore le retard pris par rapport à Berne et Zurich.
Pour le conseiller aux Etats vaudois, "le Conseil d'Etat, la direction du CHUV et la Faculté de médecine de l'Université de Lausanne ont pris les choses au sérieux". Dans les colonnes du quotidien lémanique, Luc Recordon loue également l'instauration il y a trois ans d'un cours de base en médecine complémentaire pour tous les étudiants en médecine.
"Malgré cela, on garde dix ans de retard sur Berne et Zurich", regrette-t-il.
Le projet de mise en place d'une unité affectée au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et d'une chaire à l'Université de Lausanne "avance gentiment", note toutefois M. Recordon. Il précise qu'il faut à présent trouver un budget.
"Vieux grognons"
"Parmi les médecins, il y a aussi de vieux grognons qui ont peur du changement", martèle le Vaudois en regard aux professionnels qui ne voient pas d'un bon oeil l'arrivée à l'hôpital des médecines alternatives. "Ce sont eux les charlatans, pas les défenseurs de médecines alternatives", assure-t-il.
Le président de RoMédCo affirme que l'on "ne peut pas refuser a priori l'ouverture d'un nouveau champ de connaissances scientifiques, encore moins quand un article constitutionnel demande expressément d'aller dans cette direction".
En mai 2009, les Suisses ont plébiscité à 67% un article constitutionnel exigeant que Confédération et cantons "pourvoient, dans les limites de leurs compétences respectives, à la prise en compte des médecines complémentaires".
"Une forme de logique"
Depuis 2012, les prestations de la médecine anthroposophique, de la médecine traditionnelle chinoise, de l'homéopathie et de la phytothérapie sont prises en charge par l'assurance maladie de base. D'après Luc Recordon, "il y a une forme de logique d'intégrer dans la LAMal les disciplines les plus utilisées par la population". Pour l'ostéopathie, qui n'y figure pas, il parle de "défaut logique".

http://www.swissinfo.ch/fre/toute-l-actu-en-bref/m%C3%A9decines-alternatives--lausanne-en-retard-sur-berne-et-zurich/41165342
12 décembre 2014

Salon Bien-être, Médecine douce et Thalasso : végétarisme, manger cru et sans gluten

Alors qu’aura lieu du 5 au 9 Février 2015 à Paris (Porte de Versailles), le Salon Bien-être, Médecine douce et Thalasso revenons plus en détails sur trois grandes tendances de l’alimentation contemporaine qui arrivent en France : le végétarisme, le manger cru et le sans gluten. Détails.

Le végétarisme

Adieu veaux, vaches, cochons… Le « végétarisme » fait entendre la voix de ceux qui refusent de manger de la viande. Dans ce domaine, la consommation des Français a d’ailleurs baissé de 15% entre 2003 et 2010 (étude du
Credoc). Leurs motivations sont multiples. Certains invoquent des questions de santé, tandis que d’autres mettent en avant les conditions d’élevage ou leur amour des animaux, tout simplement. D’autres invoquent encore la nécessité d’une agriculture plus raisonnée ou les conséquences sur le climat de l’élevage intensif.

Bien évidemment, les scandales alimentaires de ces dernières années sont aussi passés par là. Même de grands Chefs font maintenant la part belle aux légumes dans leurs nouvelles cartes, comme Alain Ducasse au Plaza Athénée, qui vient de rouvrir. Une « nouvelle vague » végétarienne qui ne laisse pas indifférente. Plusieurs courants l’alimentent (c’est le cas de le dire !). Le régime ovo-lacto-végétarien élimine viandes et poissons mais autorise les produits d’origine animale comme les produits laitiers et les oeufs. Les végétaliens se nourrissent de fruits, de légumes, de céréales et légumineuses. Les puristes, ce sont les « vegan » qui réfutent toute exploitation animale, non seulement dans leur assiette, mais aussi dans leur armoire qu’il s’agisse de fourrure, soie ou cuir … Alors faut-il se mettre au vert ?

Le « manger cru » ou « raw food »

« Une pomme par jour éloigne le médecin », selon le célèbre dicton. C’est un exemple certes, mais il souligne le potentiel de vitalité des aliments consommés crus, qu’il s’agisse des fruits ou encore des légumes voire même de protéines qui font souvent les frais d’une cuisson pas toujours adaptée. Souvent en cause, l’utilisation de lipides, des temps de cuisson trop longs ou une température trop élevée. Au-delà de 42°C, elle détruit les nutriments présents dans les légumes. Manger cru permet donc de bénéficier pleinement des qualités nutritionnelles des aliments, notamment des vitamines, des enzymes, des antioxydants…

Les aliments consommés au plus près de leur vraie nature, crus ou sans être transformés ou raffinés (avec leurs cortèges de sucres et de graisses) sont plus facilement assimilables. Portés par les adeptes de la détox et des courants « healthy » californiens, véritables concentrés d’énergie, ils promettent une jeunesse et une longévité … accrues. Naturellement, il n’est pas question de dévorer tout, « tout cru », mais d’introduire davantage de fruits ou de légumes crus, de préférence au début d’un repas. Plus de légèreté, c’est aussi un avantage indéniable quand on surveille sa balance. A noter que manger des légumes crus demande une mastication plus longue et procure un sentiment de satiété plus rapide C’est aussi faire davantage de place à la fraîcheur, l’occasion de renouer avec une alimentation de saison, découvrir ou redécouvrir des saveurs.

Le « No Glu » ou si vous préférez, les « sans gluten »

Un regain de vitalité, moins de maux de ventre, une peau plus éclatante, une humeur qui ne joue pas au yoyo … De nombreuses stars se sont faites le porte-drapeau du régime « sans gluten ». Des sportifs de haut niveau vantent aussi son bienfait sur de meilleures performances. Alors que la population coeliaque compte 1% des Français, on estime que 20% de la population serait sensible au gluten.

Rappelons que le gluten est une protéine présente dans le blé, le seigle, l’orge ou l’avoine. Les farines utilisées comme liants dans la préparation de plats cuisinés en contiennent aussi. Alors que les céréales sont la base de l’alimentation en Europe, une intolérance ou sensibilité signifie bannir de son assiette le pain, les pâtes, ou encore les croissants … Qui peuvent être remplacés par des farines de riz, des poudres d’amande, etc. C’est ce que proposent les nouveaux restaurants ou les boulangeries « no glu ». Les grandes enseignes de la distribution ont suivi, multipliant une offre de produits sans gluten.

L’avis de l’expert : selon le Docteur Dominique Rueff, DU de cancérologie, médecine intégrative, Président ADNO : « Le gluten est trop présent dans les céréales modernes et effectivement son éviction peut améliorer (en dehors des maladies coeliaques qui sont peu nombreuses) la santé de beaucoup de personnes, en diminuant l'expression de certaines maladies inflammatoires. Il suffit d'écouter le discours de sportifs de haut niveau comme Novak Djokovic, pour s'en convaincre. Mais il faudrait élargir ces évictions aux « hypersensibilités » de chacun et pouvoir proposer des alimentations en conséquence »

A noter que la 32ème édition du Salon Bien-être, médecines douces & Thalasso proposera cette année un espace spécifique dédié à la nutrition et ses nouvelles méthodes. Au programme : Raw Food ou manger cru, Veggie, Vegan, Jucy Bar ou encore les recettes sans gluten.

http://www.senioractu.com/Salon-Bien-etre-Medecine-douce-et-Thalasso-vegetarisme-manger-cru-et-sans-gluten_a17556.html

Le CHUV mise sur les médecines douces

Malgré certaines réticences, les médecines complémentaires gagnent du terrain dans les hôpitaux suisses, notamment à Lausanne.

Depuis mai, le «principe de confiance» s'applique à la médecine anthroposophique, à la médecine traditionnelle chinoise, à l'homéopathie et à la phytothérapie.

Qu'elles séduisent ou qu'elles divisent, une chose est sûre: elles avancent. Le Temps consacre ce vendredi 12 décembre un article à l'intégration des médecines douces dans les hôpitaux en Suisse, notamment au CHUV, qui a mis des moyens au service de leur développement.
Le centre hospitalier s'est doté d'un groupe de recherche et d’enseignement sur les médecines complémentaires dès 2010. Cette année, ses prérogatives se sont encore élargies. «L’objectif est de développer l’information sur celles-ci et de réfléchir dans quelle mesure certaines disciplines pourraient être intégrées dans le système conventionnel dans l’intérêt du patient», explique à nos confrères le Dr Pierre-Yves Rodondi, spécialiste en médecine interne et homéopathe, qui consacre au sujet 40% de son temps.
Formation aux Etats-Unis à la «médecine intégrative», projet-pilote mené par une anesthésiste spécialisée en acupuncture... L'intégration de ces médecines ne font pas l'unanimité au centre hospitalier. «Croyances ésotériques» et «poudres de perlimpinpin» n’ont pas leur place à l’hôpital, pour leurs détracteurs. «L’engagement pour la cause» de plusieurs personnalités politiques de premier plan fait redouter le pire aux médecins qui témoignent anonymement leur scepticisme.
Dépasser la méfiance
La peur de voir se multiplier les «gourous» est infondée pour le Dr Rodondi: «Toute demande d’introduction d’une médecine complémentaire fera l’objet d’une analyse détaillée des besoins de l’institution sur la base de données scientifiques. Nous avons fait une étude qui montre que 50% des hôpitaux romands offrent déjà au moins une médecine complémentaire, souvent par la bande. Il faut coordonner l’offre».
Afin de contrer les soupçons qui pèsent sur les médecines complémentaires, Pierre-Yves Rodondi insiste sur la nécessité «de mettre à la disposition des professionnels de la santé les données cliniques existantes». «La recherche doit mener à offrir les meilleurs soins aux patients, même si, parfois, le mécanisme d’action n’est pas connu». L'intégration se poursuivra en fonction de la demande des services de l'hôpital.
Le Temps précise en outre que si aucune structure «ad hoc» dédiée aux médecines complémentaires n'existe aux HUG, l’essor de la méditation de «pleine conscience» dans le département de psychiatrie montre le fort intérêt qu'on leur porte.
Le principe de confiance règne
Pour rappel, sur le plan légal, les médecines complémentaires sont entrées dans la Constitution fédérale en mai 2009. Elles ont été réintégrées dans l'assurance de base en 2012 (après un premier retrait en 2005). Puis, au printemps dernier, quatre médecines complémentaires ont été placées par Alain Berset «au même niveau que les autres disciplines médicales»: la médecine anthroposophique, la médecine traditionnelle chinoise/acupuncture, l’homéopathie et la phytothérapie.
«Cette décision inverse le fardeau de la preuve: les MC n’ont plus à démonter leur efficience scientifique. Avec l’introduction du «principe de confiance», c’est désormais à un éventuel plaignant – par exemple une assurance maladie – de démontrer leur inefficacité», précise Le Temps.
Les médecines douces ont donc de beaux jours devant elles: «Les jeunes médecins sont plus ouverts que leurs aînés. Au CHUV, nous avons mené une étude auprès du personnel médical. 97% des infirmiers et 93% des médecins se sont dits ouverts aux médecines complémentaires» s'enthousiasme Pierre-Yves Rodondi. Le quotidien romand souligne toutefois que seuls 25% des personnes sollicitées ont répondu à l’enquête.

http://www.24heures.ch/suisse/Le-CHUV-mise-sur-les-medecines-douces/story/23701356
12.12.2014

1 Commentaire
dany roberto
Pour moi, c'est un véritable scandale que certaines pratiques occultes (cachées, secrètes) comme le Secret soit imposé dans certains de nos hôpitaux sans le consentement du patent. Alors que les scientifiques se séparent toujours plus de ce qui est inexplicable (spirituel), ils se contredisent en acceptant dans les hôpitaux des pratiques qui n'ont pas été prouvées scientifiquement.

Les médecines alternatives à l’assaut des hôpitaux

Le CHUV joue un rôle pionnier pour la reconnaissance et la promotion des médecines douces en Suisse romande. La volonté de les intégrer dans les services suscite des résistances
C’est un débat qui a parfois des accents de guerre de religion. Malgré leur entrée dans la Constitution fédérale grâce à un large soutien populaire, en mai 2009, les médecines complémentaires (MC) continuent à diviser. Leur intégration au CHUV, à Lausanne, suscite des résistances. Pour certains médecins, «les croyances ésotériques» et autres «poudres de perlimpinpin» n’ont rien à faire à l’hôpital tant que leur efficacité n’a pas été démontrée scientifiquement. Le débat est particulièrement vif en France. Une mission interministérielle a mis en garde cette année contre les risques «de dérive sectaire», notamment dans le traitement des cancers.
En Suisse, la question a connu une avancée qui est passée quasiment inaperçue. Le 2 mai dernier, le conseiller fédéral Alain Berset a indiqué par communiqué qu’il plaçait quatre médecines complémentaires «au même niveau que les autres disciplines médicales»: la médecine anthroposophique, la médecine traditionnelle chinoise/acupuncture, l’homéopathie et la phytothérapie. Cette décision inverse le fardeau de la preuve: les MC n’ont plus à démonter leur efficience scientifique. Avec l’introduction du «principe de confiance», c’est désormais à un éventuel plaignant – par exemple une assurance maladie – de démontrer leur inefficacité.
L’épisode marque la fin d’un long feuilleton. Intégrées dans l’assurance de base en 1999 puis retirées en 2005 par Pascal Couchepin, les médecines alternatives ont été réintégrées début 2012 pour une période transitoire de 6 ans – un délai désormais levé. Reste une étape importante: le Département fédéral de l’intérieur présentera le printemps prochain un rapport qui détaillera la mise en œuvre du vote constitutionnel de 2009.
Le CHUV n’a pas attendu la partition fédérale pour mettre la volonté populaire en musique. Un groupe de recherche et d’enseignement sur les médecines complémentaires a été mis en place en 2010. Il a été renommé cette année Centre de médecine intégrative et complémentaire, avec des prérogatives élargies. Spécialiste en médecine interne générale FMH et homéopathe, le Dr Pierre-Yves Rodondi y consacre 40% de son temps: «L’objectif est de développer l’information sur les médecines complémentaires et de réfléchir dans quelle mesure certaines disciplines pourraient être intégrées dans le système conventionnel dans l’intérêt du patient, comme cela se fait aux Etats-Unis.»
Dans le cadre de son mandat, Pierre-Yves Rodondi s’est rendu à l’Université d’Arizona pour suivre une formation de «médecine intégrative» dispensée notamment par le Dr Andrew Weil. Un voyage qui n’a pas plu à certains médecins du CHUV. Sous couvert d’anonymat, ils craignent que les méthodes du médecin américain, parfois décrit comme un gourou, n’essaiment au bord du Léman. Un dessein qui serait favorisé «par l’engagement pour la cause» de plusieurs personnalités politiques de premier plan, dont le conseiller aux Etats Luc Recordon.
La critique fait sourire Pierre-Yves Rodondi. «Ces peurs n’ont pas de raison d’être. Le Dr Weil donne 2 heures d’enseignement sur les 1000 heures du cursus. Et il n’enseigne aucune méthode à part de manger sainement et de bien respirer. Il ne s’agit pas d’ouvrir la boîte de Pandore au CHUV. Toute demande d’introduction d’une médecine complémentaire fera l’objet d’une analyse détaillée des besoins de l’institution sur la base de données scientifiques. Nous avons fait une étude qui montre que 50% des hôpitaux romands offrent déjà au moins une médecine complémentaire, souvent par la bande. Il faut coordonner l’offre.»
Des disciplines répandues comme l’ostéopathie ne sont pas remboursées par l’assurance de base. Un constat qui appelle toute une série de questions. Pourquoi se limiter à quatre disciplines, et sur quels critères? Pourquoi sont-elles les seules à faire l’objet de formations officielles reconnues par la FMH, alors qu’elles ne sont ni les plus répandues, ni les plus efficaces au sens scientifique du terme? La réponse est avant tout politique. «La question du remboursement de l’ostéopathie par l’assurance de base devrait être sérieusement discutée», estime le Dr Rodondi.
Ce choix arbitraire amplifie les critiques contre le remboursement de l’homéopathie, une des médecines non conventionnelles les plus controversées. Pierre-Yves Rodondi assure qu’il n’a pas de parti pris en faveur de sa discipline. «Il n’est pas à l’ordre du jour de l’introduire au CHUV, d’autres disciplines offrent de meilleures perspectives dans l’immédiat.»
Le médecin défend le remboursement de certaines MC par l’assurance de base. «Il faut bien sûr que des études cliniques démontrent une efficacité supérieure à celle d’un placébo. Il existe de nombreuses études qui montrent un effet positif, comme par exemple l’hypnose et l’acupuncture, pour lutter contre les douleurs chroniques. L’homéopathie montre des résultats intéressants pour des patients souffrant de fibromyalgie. La recherche doit mener à offrir les meilleurs soins aux patients, même si, parfois, le mécanisme d’action n’est pas connu, comme c’est le cas également en médecine conventionnelle.»
Pour dépasser la méfiance à l’encontre des MC, Pierre-Yves Rodondi insiste sur la nécessité de mettre à la disposition des professionnels de la santé les données cliniques existantes. Il estime que du chemin a été parcouru en dix ans. «Les jeunes médecins sont plus ouverts que leurs aînés. Au CHUV, nous avons mené une étude auprès du personnel médical. 97% des infirmiers et 93% des médecins se sont dits ouverts aux médecines complémentaires.» Avec un bémol: seuls 25% des personnes sollicitées ont répondu à l’enquête.
L’intégration se fera en fonction de la demande des services du CHUV. Une doctoresse anesthésiste spécialisée en acupuncture travaille au centre de la douleur. Un projet pilote appelé à faire des émules même si la direction générale précise qu’elle fera «très attention à ne rien imposer» aux services. La situation est très différente à Genève: aucune structure ad hoc n’existe sur les MC aux HUG. Mais elles sont bien présentes dans l’institution, comme le montre l’essor de la méditation de «pleine conscience» dans le département de psychiatrie.

http://www.letemps.ch/page/uuid/c102ab7c-8161-11e4-9a92-1e037d8e04b7/les_m%c3%a9decines_alternatives_%c3%a0_lassaut_des_h%c3%b4pitaux


L’esprit au secours du corps
• L’effet placebo À 22 h 20 SUR ARTE
« Tout de suite j’ai su qu’il (mon neurologue) allait m’aider » , témoigne une femme souffrant de la maladie de Parkinson. C’est dire si l’effet placebo peut, aujourd’hui, être associé à un fort pouvoir de guérison. Cela n’a pas toujours été le cas, tant cet effet était, est encore décrié par une grande partie des médecins et chercheurs.
Pourtant, petit à petit, les choses bougent. Du latin signifiant « je plairai », un placebo est une substance ou un traitement dépourvu d’efficacité pharmacologique, mais actif quand le patient pense et croit recevoir un produit réel, par un mécanisme psychologique et/ou physiologique. Une interaction entre le corps et l’esprit en quelque sorte. Démontré pour la première fois durant la dernière guerre quand un médecin américain, dépourvu de morphine, la remplaça au pied levé par une banale solution salée, l’effet placebo commence à intéresser de plus de plus de médecins. Et pas seulement les psychiatres. Dans de nombreux troubles ou maladies (mal des montagnes ou des transports, migraine, dépression, arthrose, asthme, mais aussi Parkinson et même dans le cadre d’inter ventions chirurgicales simulées), on voit que l’effet placebo peut avoir un rôle non négligeable dans le mécanisme de guérison. Peut-on parler d’autoguérison pour autant? Probablement pas. Ce mécanisme passe par la relation entre le soignant et le soigné, elle procède d’un « certain pouvoir », relève un psychiatre.
‣ Notre avis : très intéressant, accessible, bien mis en scène en alternant interviews dans les meilleurs laboratoires ou hôpitaux européens et animations en 3D, ce documentaire prend bien en compte la démarche psychologique (notamment dans cet hôpital bordelais qui traite des enfants atteints du cancer).

La Croix du 07.11.2014
 




 

 

 

 

SATGURU RAMPALJI MAHARAJ

Le gourou indien se cache et laisse des morts derrière lui

La police a pénétré mercredi dans la maison du gourou d’une secte en Inde, et a découvert six corps, au lendemain d’un assaut lancé pour évacuer les partisans de l’homme qui reste toujours caché et refuse de se rendre aux autorités.
C’est parce qu’il a ignoré plus de 40 convocations de la justice que la police a lancé un assaut contre la maison de Satguru Rampalji Maharaj, gourou d’une secte indienne. Mercredi, les autorités ont retrouvé chez lui six corps après avoir pénétré dans son immense propriété. Les corps de quatre femmes, mortes dans des circonstances indéterminées, ont ainsi été découverts dans l'ashram et un enfant de 18 mois semble avoir succombé de mort naturelle, a dit le directeur général de la police, SN Vashist. Une sixième personne souffrant de problèmes cardiaques, est également décédée.
Dans la nuit, les policiers avaient réussi à faire sortir 10.000 personnes, pour beaucoup détenues contre leur gré, de l'ermitage de Satguru Rampalji Maharaj. «Cet homme utilisait ses fidèles comme bouclier humain», a déclaré un policier à la presse. «Nous avons déjà sauvé 10.000 vies et environ 5.000 personnes sont toujours à l'intérieur. Nous allons leur sauver la vie et arrêter l'homme recherché», a dit poursuivi Vashisht. Si les autorités ont réussi à sauver des vies, elles ont également dû s’opposer à des centaines de partisans du gourou qui ripostaient par des jets de pierres et de cocktails molotov. Les locaux ont été largement endommagés quand la police a chargé à la matraque et au canon à eau, rompant une chaîne humaine d'hommes, de femmes et d'enfants.
UNE SECTE QUI PRÔNE LA TOLÉRANCE
Les faits reprochés au gourou qui se cache depuis des semaines sont graves. Il est accusé d’avoir ordonné à ses adeptes de tirer contre des habitants d'un village lors de heurts en 2006 qui ont fait un mort et plusieurs blessés. Rampal, ingénieur de formation, assure sur son site internet que ces accusations sont «fausses». Il demande à ses disciples d'obéir à ses ordres et de ne pas vénérer les dieux traditionnels et de ne pas participer à des «actions caritatives inutiles». Le gourou Rampal est à la tête d'une secte qui vénère un poète et mystique du XVe siècle, Kabir, connu pour son message de tolérance, message suivi par des personnes de confessions diverses. Plusieurs scandales impliquant de prétendus gourous ont défrayé la chronique récemment en Inde, l'un d'entre eux étant accusé depuis l'an dernier d'avoir agressé sexuellement une écolière.

http://www.parismatch.com/Actu/International/Le-Gourou-indien-se-cache-et-laisse-des-morts-derriere-lui-654036
19 novembre 2014

Gourou en Inde: la police trouve cinq corps

BARWALA - La police indienne a découvert mercredi cinq corps après avoir donné l'assaut contre l'ashram d'un gourou recherché par la justice dans le nord du pays où des milliers de personnes sont retenues depuis plusieurs jours.
Les forces de l'ordre ont retrouvé ces victimes au lendemain de l'assaut lancé contre l'enceinte tenue par ce gourou autoproclamé, Rampal Maharaj, que la justice veut entendre dans une affaire de meurtre. Plusieurs centaines de ses partisans ont résisté à cette offensive.
Les corps de quatre femmes, mortes dans des circonstances indéterminées, ont été retrouvés dans l'ashram et un enfant de 18 mois semble avoir succombé de mort naturelle, a dit le directeur général de la police, SN Vashist.
Une sixième personne, adepte du gourou souffrant de problèmes cardiaques, est décédée après son transfert à l'hôpital, a-t-il poursuivi. «Tous les corps ont été emmenés à l'hôpital où ils vont subir une autopsie pour connaître les causes exactes de ces décès».
La police continuait mercredi de chercher Rampal Maharaj, 63 ans, qu'elle pense toujours caché sur le site de 4,8 hectares de l'ashram.
L'homme refuse de répondre à plusieurs convocations de la justice qui l'accuse en particulier de complot en vue d'un meurtre, provocation d'émeute et outrage à la justice, selon l'agence Press Trust of India.
La police avait commencé à prendre l'ashram d'assaut mardi mais avait dû affronter des centaines de partisans du gourou qui ripostaient par des jets de pierre et de cocktails molotov. Elle a tiré au canon à eau et chargé à coups de baton les centaines de personnes gardant les lieux.
Boucliers humains
Pendant la nuit de mardi à mercredi, nombre des personnes se trouvant à l'intérieur ont fui les lieux, certains déclarant qu'elles avaient été retenues contre leur gré.
«Nous avons déjà sauvé 10 000 vies et environ 5000 personnes sont toujours à l'intérieur. Nous allons leur sauver la vie et arrêter l'homme recherché», a dit Vashisht.
Selon la police, certains ont été utilisés comme boucliers humains pour protéger le gourou.
«Les gens qui ont quitté l'ashram ont dit pour la plupart qu'ils avaient été retenus contre leur volonté comme un bouclier pour le gourou en cas d'action de la police», a dit un autre responsable de la police, Jashandeep Singh, à l'AFP depuis l'extérieur de l'ashram.
La police contrôle toutes les sorties de l'enceinte pour s'assurer que Rampal, qui se considère comme l'incarnation du poète mystique du XVe siècle Kabir, ne se cache pas dans cette foule.
L'homme est accusé d'avoir ordonné à ses adeptes de tirer contre des habitants d'un village lors de heurts en 2006 qui ont fait un mort et plusieurs blessés.
Rampal, ingénieur de formation, assure sur son site internet que ces accusations sont «fausses». Il demande à ses disciples d'obéir à ses ordres et de ne pas vénérer les dieux traditionnels et de ne pas participer à des «actions caritatives inutiles».
Plusieurs de ses partisans ont dit avoir dû se battre pour sortir de l'ashram et d'autres ont indiqué avoir perdu leur enfant dans la mêlée.
«Je ne parviens pas à retrouver ma fille qui était à l'intérieur. Je suis parvenu à sortir mais je suis très inquiet pour elle», a dit Roop Rani à la chaine en hindi ABP.
Plusieurs scandales impliquant de prétendus gourous ont défrayé la chronique récemment en Inde, l'un d'entre eux étant accusé depuis l'an dernier d'avoir agressé sexuellement une écolière.
Certains gourous jouissent d'une popularité immense et occupent une place centrale dans la vie quotidienne des Indiens.

http://www.journaldemontreal.com/2014/11/19/gourou-en-inde-la-police-trouve-cinq-corps
19 novembre 2014

Le gourou d'une secte arrêté en Inde

Un gourou indien
NEW DELHI (Reuters) - Un gourou indien a été inculpé jeudi pour sédition et faits de guerre contre l'Etat au lendemain de son arrestation mouvementée après une journée de siège de la propriété qui abritait les locaux de sa secte.
La police a évacué mercredi plus de 10.000 de ses adeptes qui se trouvaient dans l'enceinte fortifiée de l'ashram, situé à Hisar, dans l'Etat de l'Haryana, dans le nord de l'Inde, avant de capturer dans la soirée Satguru Rampalji Maharaj et 450 de ses partisans les plus déterminés.
Cet ancien ingénieur de 63 ans, connu sous le nom de Rampal, a été montré à la télévision, agrippé aux barreaux de sa cellule. Il était recherché pour ne pas avoir répondu à 40 convocations de la justice liées à une affaire de meurtre.
"Je suis innocent", a déclaré le gourou à la presse alors qu'il sortait, menotté, du tribunal à Chandigarh, capitale de l'Etat de l'Haryana, une ville du nord-ouest de l'Inde. "Toutes les allégations contre moi sont fausses."
Mercredi, la police a eu recours aux gaz lacrymogènes, au canon à eau et aux bulldozers pour pénétrer dans l'ashram de Rampal, un complexe de cinq hectares, tandis que les partisans du gourou s'étaient organisés en chaîne humaine à l'extérieur et que des hommes sur le toit lançaient des pierres et des bouteilles remplies d'acide.
Selon les autorités, les corps de cinq femmes et d'un enfant ont été découverts. Les cadavres ne portaient pas de trace de balles ou de blessures. Ils devaient être transférés au service de médecine légale.
La tension est montée la semaine dernière quand la justice a ordonné l'arrestation de Satguru Rampalji Maharaj pour une affaire de meurtre remontant à 2006 dans laquelle il est accusé d'avoir ordonné à ses partisans d'ouvrir le feu sur des villageois, faisant un mort et six blessés.
Rampal est à la tête d'une secte qui vénère un poète et mystique du XVe siècle, Kabir, connu pour son message de tolérance, message qui est suivi par des personnes de confessions diverses.
Rampal fait partie de ces chefs spirituels indiens qui attirent des adeptes zélés et, dans certains cas, obtiennent argent, pouvoir et influence politique.

 20-11-2014
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20141120.REU0906/le-gourou-d-une-secte-arrete-en-inde.html

 









 

 

 

 

 

 SCIENTOLOGIE


Scientologie - Cour de cassation néerlandaise du 12/12/14

En octobre 2013, la Cour d'appel de Haarlem avait rendu une décision admettant que « l'audition » est une partie intégrale d'un processus religieux qui -de jure- exemptait la scientologie d'impôt sur ses activités.
La Cour de Cassation, en date du 12 décembre 2014, vient de casser cette décision et a renvoyé l'affaire devant la Cour de La Haye. L'argument de la Cour de Cassation tient en ceci qu’à supposer que « l'audition » soit une part intégrale d'un processus religieux, il ne s'en suivait pas nécessairement que cette pratique serve l'intérêt public.
De plus, selon la Cour, à supposer même que l'église de scientologie d'Amsterdam fût une église authentique, cela ne suffirait pas pour rencontrer les conditions d'octroi du statut d'association d'intérêt public.
Pour ce faire il faudrait qu'au moins 50% des activités de l'église de scientologie d'Amsterdam rencontrent ce critère d'utilité publique.

http://www.uitspraken.nl/uitspraak/hoge-raad/bestuursrecht/belastingrecht/cassatie/ecli-nl-hr-2014-3565

L’Eglise de scientologie mise en examen dans l’affaire de l’institut Aubert
Fermée en 1998, cette école de Vincennes (Val-de-Marne) est soupçonnée d’avoir enseigné des préceptes scientologues à une cinquantaine d’enfants…

L’Eglise de scientologie a vigoureusement contesté mercredi devant la Cour de cassation la condamnation de ses deux principales structures françaises pour "escroquerie en bande organisée", en invoquant une "violation de la liberté religieuse". - Joel Saget AFP

Certains parents s’étaient émus que leurs enfants doivent faire le ménage dans l’école, selon l’Union des associations de défense des victimes de sectes (Unadfi). D’autres s’étaient inquiétés que les «bobos» de leurs chères têtes blondes soient soignés avec la «technique du contact» chère à Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie, toujours selon la même source.
Selon nos informations, le Celebrity Center, entité morale de l’Eglise de scientologie en France, a été mis en examen le 8 décembre dans l’affaire de l’institut Aubert. «L’Eglise de scientologie a été mise en examen pour ‘’complicité de tromperie’’, ‘’pratiques commerciales illicites’’ et ‘’recel d’abus de biens sociaux’’», confirme à 20 Minutes Olivier Morice, l’avocat qui défend les parties civiles dans cette procédure.
Absence de devoirs et pâte à modeler
Installé à Vincennes (Val-de-Marne), l’institut où étaient scolarisés une soixantaine d’enfants avait été fermé, en 1998, par le maire de l’époque Patrick Gérard qui, alerté par des parents d’élèves, avait alors dénoncé des «méthodes scientologiques» dans la façon d’enseigner.
Interrogée par l’Agence France Presse à l’époque des faits, la directrice de l’école, Arlette Sanguinetti, avait reconnu son appartenance à l’Eglise de scientologie et le fait que son équipe «utilise la technique d’étude basée sur la Scientologie et les travaux de Ron Hubbard».
La brochure de présentation de l’institut, reproduite par VSD, promettait «l’absence de devoirs à la maison et d’interrogation écrite, tout en introduisant le recours à la pâte à modeler pour en finir avec le stress, le tout pour 33.300 francs par an (environ 6.400 euros).»
Neuf pédagogues mis en examen
En janvier 2014, la cour d’appel de Paris avait infirmé le non-lieu partiel rendu par un juge d’instruction de Créteil (Val-de-Marne) en 2012. La cour d’appel avait, au contraire, ordonné un supplément d’information aux fins de mises en examen des responsables de l’institut, après quinze ans de procédure.
Outre l’entité morale de l’Eglise de scientologie, neuf autres personnes qui figuraient dans l’équipe pédagogique ont été mises en examen ces dernières semaines. Notamment pour «tromperie sur la qualité substantielle des services». Cela ouvre la voie à un possible procès en 2015.
Si, au moment des faits, plusieurs familles s’étaient fait connaître de la justice dans le cadre de la procédure, il ne reste aujourd’hui qu’une seule famille dans les rangs des parties civiles. Celle-ci avait ses deux filles scolarisées à l’institut Aubert. Contactés par 20 Minutes, ni Eric Roux, porte-parole de l’Eglise de scientologie niLouis Pamponet, son avocat, n'ont souhaité répondre à nos questions.
Les affaires de l’Eglise de scientologie
Condamnée définitivement pour «escroquerie en bande organisée» en octobre 2013, l’Eglise de scientologie est également au centre d’une enquête préliminaire, ouverte en juillet 2014 pour «harcèlement moral» et «abus de faiblesse», pour avoir tenté d’infiltrer l’entreprise Arcadia via des formations qui auraient été dispensées aux salariés par des scientologues. Selon nos informations, le tribunal de grande instance de Paris a d’ailleurs rejeté, le 10 décembre, un référé déposé par l’Eglise contre l’avocat Olivier Morice pour «atteinte à la présomption d’innocence» dans le cadre de cette affaire. L’Eglise a été condamnée à verser 1.500 euros au pénaliste.

Info 20 MINUTES/ 17.12.2014

Une entité pour les droits humains cacherait une croisade scientologue

Une Commission des citoyens pour les droits de l’homme tente d’alerter l’opinion publique sur de prétendus abus psychiatriques.

La Commission des citoyens pour les droits de l’homme diffuse des films et des brochures sans équivoque au sujet de la psychiatrie. Selon cet organisme, la prise de psychotropes causerait notamment des milliers de suicides dans le monde.

Des infiltrations qui ont provoqué le malaise
La Commission des citoyens pour les droits de l’homme (CCDH) a déjà fait parler d’elle à plusieurs reprises en Suisse romande. Souvent en masquant ses liens avec la sulfureuse Eglise de scientologie… Ainsi, en 2012, elle avait présenté incognito une exposition itinérante sur les «abus de la psychiatrie» dans un grand hôtel genevois. Fin 2004, elle s’était invitée avec du matériel similaire dans un centre commercial fribourgeois, avant que le directeur ne fasse déguerpir les exposants.
Sa présidente, la vétérinaire vaudoise Laurence Walter, est par ailleurs une habituée du courrier des lecteurs des quotidiens romands. Qui omettent parfois de préciser l’origine de la CCDH en publiant ses lettres au vitriol.
L’an dernier, un autre organisme subventionné par la scientologie, l’association internationale «Des jeunes pour les droits de l’homme», a soulevé une polémique en Suisse romande. Elle avait tenté de diffuser dans les écoles vaudoises un DVD consacré aux origines de la Déclaration universelle des droits de l’homme, promulguée en 1948. Il avait fallu l’intervention du Département de la formation pour bloquer cette infiltration, quand bien même le film en question ne faisait pas explicitement référence à la doctrine scientologue.

Un logo bleu qui arbore la balance de la justice. Un nom qui évoque les Nations Unies et le long combat pour les libertés fondamentales: la Commission des citoyens pour les droits de l’homme (CCDH) semble épouser une noble cause. La même, a priori, qu’une institution à l’abréviation presque identique, la très sérieuse Convention européenne pour les droits de l’homme (CEDH), ratifiée par la Suisse il y a quarante ans tout juste. Mais la CCDH, présente à Lausanne et à Genève, n’a rien à voir avec les juges de Strasbourg. Il s’agit d’une émanation de «l’Eglise» de scientologie, considérée comme une secte dans la majorité des pays.
Ce curieux organisme a récemment envoyé un courrier à des journalistes romands. L’objectif est limpide: promouvoir un DVD qui descend en flèche la psychiatrie – l’une des cibles favorites des scientologues. Le lien avec la mouvance chère à Tom Cruise est un peu moins clair. Une simple phrase mentionne que la CCDH a été fondée en 1969 par l’Eglise de scientologie et un professeur hongrois, Thomas Szasz, dans le but «d’assainir le domaine de la santé mentale».
Active depuis une trentaine d’années en Suisse, cette commission n'en est pas à son coup d’essai. Ses campagnes virulentes ont déjà donné lieu à plusieurs polémiques, ambiguïté oblige. Beaucoup y ont vu des tentatives de propager la doctrine de Ron Hubbard, le gourou fondateur de la scientologie, sous couvert d’une ONG à l’allure respectable. Laurence Walter, présidente de l’antenne romande de la CCDH et elle-même scientologue, jure que non: «Ce sont deux entités aux rôles bien distincts.»
Traduction littérale
Spécialiste des mouvements sectaires, Jean-François Mayer corrobore ces propos, tout en précisant n’avoir connaissance d’aucune étude spécifique sur les actions de la CCDH. «Elle ne doit pas être vue avant tout comme un outil de recrutement, estime l’historien fribourgeois. Son but premier est bien de dénoncer la psychiatrie, que les scientologues considèrent comme une pratique néfaste.»
Quant à la proximité troublante avec la CEDH, elle serait fortuite. «Elle résulte d’une traduction littérale de sa dénomination originale anglaise», explique Jean-François Mayer. La Citizens Commission on Human Rights est établie dans une trentaine de pays, apprend-on sur son site. L’Eglise de scientologie – qui revendique plusieurs millions d’adeptes de la «dianétique» dans le monde – la décrit comme «l’un de ses programmes humanitaires d’amélioration sociale».
Dans ses films, la CCDH se livre à un réquisitoire incendiaire contre les psychothérapies et les traitements médicamenteux des troubles psychiques. Neuroleptiques et antidépresseurs causeraient des milliers de suicides et maintes tueries dans le monde… La CCDH fustige aussi les internements forcés, l’usage massif d’électrochocs ou la prescription systématique de médicaments aux enfants. Le tout pour le seul profit de «l’industrie psychiatrique», sans que celle-ci puisse se prévaloir de la moindre guérison!
«Un système pervers»
Président du Groupement des psychiatres psychothérapeutes vaudois, le Dr Aurelio Mastropaolo reste serein face à ces attaques. «Comme tous les mouvements sectaires, les scientologues s’intéressent aux plus démunis, aux gens vulnérables en quête de sens. Ils les attirent en leur parlant de spiritualité. C’est un système pervers et réfléchi, qui utilise la faiblesse de l’autre. Et comme la scientologie dispose de gros moyens financiers, ce marketing marche plutôt bien.»
«Ce sont des méthodes violentes, totalitaires», estime Shirin Hatam, juriste auprès l’association romande Pro Mente Sana, qui défend les droits et les intérêts des personnes souffrant d’un handicap ou d’une maladie psychique. «La lutte contre les dérives de la psychiatrie, notamment en milieu hospitalier, peut se justifier. Mais toujours en respectant la liberté du patient.»
Le Dr Mastropaolo ne nie pas les excès de sa discipline au siècle dernier: lobotomies, comas insuliniques, arythmies cardiaques provoquées pour réduire les hallucinations, etc. «Ces pratiques barbares n’ont plus cours aujourd’hui, souligne-t-il. La psychiatrie a évolué. Au lieu d’exclure le patient, elle vise à l’intégrer dans la société. Les hôpitaux psychiatriques d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec ceux des années 1960! Et la prescription de médicaments est le plus souvent associée à un suivi psychothérapeutique sérieux. La scientologie s’acharne donc sur une image désuète de la psychiatrie, mais ce discours peut trouver un écho chez certains patients qui vivent mal leur prise en charge.»
Si l’Eglise de scientologie revendique 5000 fidèles en Suisse, des voix critiques évoquent plutôt 2000 membres. De même, l’influence de la croisade antipsychiatrie reste à mesurer, note Jean-François Mayer. Une tâche qui s’avère ardue, les éléments tangibles n’étant pas légion. Citons tout de même une pétition «contre le dépistage psychiatrique en milieu scolaire et l’administration aux enfants de stimulants du système nerveux central», que la CCDH entend déposer à Berne. A en croire Laurence Walter, 2500 personnes l’ont signée depuis 2013.
50 plaintes en dix ans
La commission controversée incite par ailleurs les victimes et les témoins d’abus dans le domaine de la psychiatrie à s’annoncer auprès d’elle. Elle affirme recevoir en moyenne huit appels par semaine en Suisse. Des exemples? «Des patients se sont vu interdire de recevoir des appels, confisquer leur portable ou refuser des visites de proches. Dans certains cas, on leur a injecté des psychotropes de force. D’autres se plaignent des effets secondaires des médicaments prescrits», détaille la présidente romande.
La CCDH suggère à ces personnes «de dénoncer la situation aux autorités compétentes de leur canton». Selon Laurence Walter, quelque 50 plaintes ont été déposées ces dix dernières années. «Dans certaines circonstances, cela a abouti à ce que le patient soit relâché de l’hôpital ou que l’on respecte mieux ses droits.» Une patiente aurait été dédommagée pour hospitalisation abusive après avoir eu gain de cause en justice.
Mais comment traiter autrement les maladies psychiques? En orientant les gens vers la dianétique? Laurence Walter, vétérinaire de formation, n’hésite pas à relativiser l’importance de ces troubles. Il faut, soutient-elle, s’intéresser aux causes physiques sous-jacentes: les virus qui peuvent entraîner la dépression, les problèmes de digestion qui provoquent de l’anxiété, etc. A l’entendre, même un mal aussi sournois que la schizophrénie peut être vaincu sans médicaments, «à l’aide de relations sérieuses». Feu Ron Hubbard n’aurait pas parlé autrement.

http://www.tdg.ch/suisse/Une-entite-pour-les-droits-humains-cacherait-une-croisade-scientologue/story/20056862
16.12.2014

La scientologie en correctionnelle

L’Église de scientologie se retrouvera en correctionnelle, de longues années après le début de l’affaire.
La Cour de cassation a rejeté les derniers pourvois des inculpés. Treize hauts cadres de l’Église de scientologie sont poursuivis.
Cette fois, plus d’échappatoire possible. Tous les appels et tous les pourvois en cassation sont épuisés depuis mercredi soir. Treize prévenus, ainsi que l’ASBL Église de scientologie de Belgique et le Bureau européen pour les affaires publiques et les droits de l’homme de l’Église de scientologie internationale, devront comparaître l’an prochain devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Mais ils sont toujours présumés innocents.
1. Association de malfaiteurs et organisation criminelle Les principaux protagonistes de ce dossier devront en répondre. Cette double accusation est la plus lourde. Elle signifie que les autres délits qui leur sont reprochés ont été perpétrés sciemment dans le cadre des activités d’une organisation bien structurée. Et l’objectif de celle-ci aurait toujours été de nuire aux personnes pour s’emparer de leurs biens. C’est la thèse du parquet fédéral qui porte ce dossier à bout de bras depuis une quinzaine d’années. La période infractionnelle visée s’étend de 1997 à 2007.
2. Escroqueries Selon l’accusation, les premiers indices de celles-ci remontent à 1977. Les arnaques présumées sont liées notamment, mais pas seulement, aux coûts exorbitants de sessions de cours, à l’estime de certains plaignants. Elles s’apparenteraient à des extorsions. Cette enquête fleuve a vraiment commencé en 1997, avec les dépositions de plusieurs anciens adeptes recueillies par le juge d’instruction Jean-Claude Van Espen et elle a été relancée à plusieurs reprises pour s’étoffer encore, avec des suspicions d’exercice illégal de la médecine et d’offres – jugées trompeuses – d’emploi. C’est Actiris, l’Office régional bruxellois de l’emploi, qui a dénoncé ces derniers faits au parquet.
3. Exercice illégal de la médecine Il est, entre autres, reproché à l’Église de scientologie et à plusieurs prévenus d’avoir organisé des cures de désintoxication, très onéreuses elles aussi et sans contrôle médical. Pour attirer des adeptes, l’organisation proposait des «tests de personnalité» à coups de publicités ou en abordant les quidams en rue, assurant que ces tests sont indispensables avant un entretien d’embauche pour exercer un métier enviable. Ensuite de quoi, des troubles ou des assuétudes auraient été détectés. Des cours étaient en tout cas dispensés, moyennant finances, pour «libérer en soi des forces insoupçonnées».
4. Atteintes à la vie privée Les deux juges d’instruction qui se sont relayés dans cette enquête ont rassemblé des informations sur le fichage des fidèles de la Sciento, dont certains disent avoir été espionnés, harcelés, voire menacés.

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=dmf20141211_00572451

L'Église de scientologie mise en examen dans l'affaire de l'institut Aubert

L'Église de scientologie a vigoureusement contesté mercredi devant la Cour de cassation la condamnation de ses deux principales structures françaises pour "escroquerie en bande organisée", en invoquant une « violation de la liberté religieuse ».

Certains parents s'étaient émus que leurs enfants doivent faire le ménage dans l'école, selon l'Union des associations de défense des victimes de sectes (Unadfi). D'autres s'étaient inquiétés que les "bobos" de leurs chères têtes blondes soient soignés avec la "technique du contact" chère à Ron Hubbard, le fondateur de la Scientologie, toujours selon la même source.

Selon nos informations, le Celebrity Center, entité morale de l'Église de scientologie en France, a été mis en examen le 8 décembre 2014 dans l'affaire de l'institut Aubert. « L'Église de scientologie a été mise en examen pour ''complicité de tromperie'', ''pratiques commerciales illicites'' et ''recel d'abus de biens sociaux'' », confirme à 20 Minutes Olivier Morice, l'avocat qui défend les parties civiles dans cette procédure.

Absence de devoirs et pâte à modeler

Installé à Vincennes (Val-de-Marne), l'institut où étaient scolarisés une soixantaine d'enfants avait été fermé, en 1998, par le maire de l'époque Patrick Gérard qui, alerté par des parents d'élèves, avait alors dénoncé des "méthodes scientologiques" dans la façon d'enseigner. Interrogée par l'Agence France Presse à l'époque des faits, la directrice de l'école, Arlette Sanguinetti, avait reconnu son appartenance à l'Église de scientologie et le fait que son équipe « utilise la technique d'étude basée sur la Scientologie et les travaux de Ron Hubbard ». La brochure de présentation de l'Institut, reproduite par VSD, promettait « l'absence de devoirs à la maison et d'interrogation écrite, tout en introduisant le recours à la pâte à modeler pour en finir avec le stress, le tout pour 33.300 francs par an (environ 6.400€) ».

Neuf pédagogues mis en examen

En janvier 2014, la Cour d'appel de Paris avait infirmé le non-lieu partiel rendu par un juge d'instruction de Créteil (Val-de-Marne) en 2012. La Cour d'appel avait, au contraire, ordonné un supplément d'information aux fins de mises en examen des responsables de l'Institut, après quinze ans de procédure.

Institut Aubert : La Cour d'appel ordonne un supplément d'information

Outre l'entité morale de l'Église de scientologie, neuf autres personnes qui figuraient dans l'équipe pédagogique ont été mises en examen ces dernières semaines. Notamment pour « tromperie sur la qualité substantielle des services ». Cela ouvre la voie à un possible procès en 2015. Si, au moment des faits, plusieurs familles s'étaient fait connaître de la justice dans le cadre de la procédure, il ne reste aujourd'hui qu'une seule famille dans les rangs des parties civiles. Celle-ci avait ses deux filles scolarisées à l'Institut Aubert. Contactés par 20 Minutes, ni Éric Roux, porte-parole de l'Église de scientologie, ni…

20minutes.fr du 17.12.2014


Scientologie: «Je sais maintenant que j’étais aveugle»

Par Gaby Ochsenbein

Le fameux électromètre, dont les scientologues se servent pour "auditer" les adeptes est censé détecter les mensonges. Vendu plus de 4000 euros, il a été reconnu par une expertise judiciaire française comme "un leurre, destiné à donner un aspect scientifique à une opération qui n'a rien de tel". (Keystone)


Le fameux électromètre, dont les scientologues se servent pour "auditer" les adeptes est censé détecter les mensonges. Vendu plus de 4000 euros, il a été reconnu par une expertise judiciaire française comme "un leurre, destiné à donner un aspect scientifique à une opération qui n'a rien de tel".
(Keystone)
Après de nombreuses années, A.B. a récemment quitté l’église de scientologie. Comme elle en connaît tous les secrets, cette personne veut aujourd’hui contribuer à écarter les gens de cette «secte totalitaire».

«La scientologie a un art de manipuler les gens qui tient du génie. Même si beaucoup savent que quelque chose cloche, ils n’arrivent pas à s’en aller, même s’ils le veulent.» A.B.* a réussi. Cette personne a réagi auprès de swissinfo.ch après la publication d’un débat contradictoire entre le scientologue suisse le plus haut placé et un expert des sectes.

«Ma sortie s’est passée comme toutes les défections: tous mes amis et connaissances scientologues ont rompu tout contact. C’est triste que personne, pas même au départ, n’ait posé de questions sur mes raisons. Quand on déserte, on devient aussitôt un ennemi.» Une rupture aussi nette s’explique aussi par la peur et le débat public qui entoure la scientologie. «On veut éviter toute égratignure sur le fond.»

Une carrière classique

A.B. s’était fait(e) aborder dans la rue il y a de nombreuses années, avait répondu à un test de personnalité de 200 questions, qui avait alors éveillé son intérêt pour le «potentiel» personnel, avant de suivre un premier cours, qui était bon marché, puis d’autres, plus chers, jusqu’au très onéreux audit, «une sorte de confession qui suit un déroulement bien précis». «Pour moi c’était clair: j’avais enfin trouvé ce que je cherchais depuis longtemps.»

Le but était, échelon après échelon, de se hisser sur «cette passerelle vers la liberté», et c'est loin d’être gratuit. «On est continuellement sollicité, parfois par plusieurs personnes en même temps, pour acheter le prochain service, le cours suivant. La pression est énorme.» Des dettes s'en sont uivies, des cours intensifs ainsi que l'engagement pour l’église, et, à côté, le travail, le tout sept jours sur sept. Le piège s’était refermé.

Sur les conseils des adeptes, A.B. a rompu avec ses parents, parce qu’ils étaient critiques. «L'église ne donne jamais l’ordre de couper les liens, mais on est amené à le faire volontairement, en suivant les directives de L. Ron Hubbard (réd : le fondateur de la scientologie).» Si on ne le fait pas, on peut être stoppé sur «le chemin vers la liberté». «Et c’est exactement ce qu’on ne veut pas, car il n’y a rien de plus important que la scientologie dans la vie des adeptes. Et donc on préfère prendre la décision de rompre avec la famille.»

Une organisation élitiste

A.B. parle d'un «glissement dans un monde parallèle» qui n'a plus rien à voir avec la réalité. «Tout l'environnement change, tous ceux qui sont contre la scientologie seront abandonnés avec le temps. Tout tourne autour de la scientologie, autour du cours suivant, de l'audit suivant, comment le financer, etc. Il n’y a plus de vie privée. Sans la scientologie, c’est tout son réseau qui disparaît, et ce serait une tragédie. Il est pratiquement impossible de sortir, parce qu’on a peur de l’isolement.»

Par ailleurs, on devient aussi progressivement très froid, parce qu'on pense qu’on a une explication, une solution, pour toutes les situations. «Les scientologues pensent qu’ils contrôlent tout. Laisser voir des émotions, comme par exemple de la compassion, est assimilé à une perte de contrôle.»

La scientologie traque ses détracteurs

Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie, ne tolérait aucune critique. Ses ennemis étaient des hors-la-loi à anéantir. Il a écrit: «Nous n’avons jamais trouvé un détracteur de la scientologie qui n'ait aucun passé criminel.» Hubbard a donc créé un bureau pour les affaires spéciales, que l'on peut parfaitement qualifier de service secret interne. Il est toujours mis à contribution quand des journalistes ou des membres de la secte critiquent ses méthodes inhumaines.

J’ai moi-même toujours subi le travail de sape de ce service. Quelques exemples d'une longue liste: un détective privé a été engagé pour enquêter sur moi, sur mon prétendu passé criminel, au point de réussir à déstabiliser mes supérieurs eux-mêmes. La scientologie a aussi organisé une manifestation contre moi de l’Hôtel de ville de Zurich jusqu’à la rédaction de mon journal, le «Tages-Anzeiger», avec de grandes banderoles sur lesquelles j'étais discrédité. Elle a lancé une chasse aux sorcières sous prétexte que je persécutais les minorités religieuses. Un adepte a collé sur des candélabres de Zurich des têtes de mort lumineuses qui portaient mon nom en rouge.

Entre-temps, les représailles se sont calmées, en grande partie parce que les scientologues de Zurich ont compris que je ne me laissais pas intimider. Mais l'esprit totalitaire de Hubbard continue de souffler de leurs centres.

Hugo Stamm: expert en sectes

Longtemps, A.B. a cru dans les buts de la scientologie, mais le doute s’est peu à peu insinué dans son esprit à propos de l’autoritarisme des méthodes de contrôle. Il se rend compte aussi des contradictions: «On ne peut pas prétendre transformer les gens en machines sans leur laisser aucune marge de manœuvre.» En outre, l'église décide tout ce qui est bon et ce qui est mauvais. Des divergences d’opinion ne sont pas tolérées. «Qui critique a quelque chose à cacher.»

«Des méthodes dignes de la Stasi»

Ensuite, le fait de voir tout tourner autour de l'argent est devenu de plus en plus dérangeant. «A toutes les manifestations, des adeptes attendaient à la sortie et arrivaient à soutirer de l’argent de manière très subtile. En outre, je recevais chaque jour 8 à 10 courriels me demandant de soutenir financièrement des projets.»

Si on se soumet totalement à l'église, tout va tout seul. «Mais si on s'écarte un peu du chemin, par exemple si on flirte avec quelqu’un alors qu’on est marié, alors il n’y a pas de quartier. Tout scientologue, bien que personne ne le reconnaisse, a peur du département d'éthique.» C’est lui qui essaiera de découvrir pourquoi on s’est écarté du droit chemin, quels délits peuvent bien se cacher là-dessous.

Pour les peccadilles, il s’agira de réétudier un ou deux textes de Hubbard ou de signer une déclaration de ce qui est permis et de ce qui ne l’est pas. Pour les infractions plus graves, on risque de devoir se soumettre à une sorte de «détecteur de mensonges», ou c’est carrément l’exclusion. La peine maximum est la désignation officielle de «personne suppressive» et, dans ce cas, «d’être tenue à l’écart par tous les adeptes sans exception.»

Manifestement, les méthodes d'interrogatoire fonctionnent si bien qu'il est impossible «de garder secrets les actes du passé. On remontera jusqu’à la pomme que vous aviez volée à 5 ans dans le jardin du voisin», poursuit A.B.

Personne ne souhaite être tenu pour un ennemi

Notre témoin a toujours dissimulé son appartenance à l’église, dans son entourage comme au travail, car le contraire impliquerait d’énormes problèmes. Il y a le risque de perdre son emploi, mais aussi d’une mise à l’écart. «C'est comme autrefois à l’armée: une recrue homosexuelle avait la vie dure.»

A.B. veut rester anonyme car les membres qui désertent sont muselés par presque tous les moyens. «Je ne suis pas lâche, mais je ne suis pas bête non plus. Car la scientologie dispose de tous les moyens pour faire de la vie d’un ex-membre un enfer. Avec des représailles, des appels de menace, des calomnies, on fouillerait dans vos ordures ou on informerait votre employeur.»

Après avoir longtemps cru à l’enseignement de Ron Hubbard sur la manière de donner plus de sens à la vie, sur un monde sans guerre ni criminalité, notre ex-adepte a appris comment l’être humain «fonctionne», comment utiliser sa raison. Maintenant, ce chapitre est clos.

Depuis sa sortie, A.B. se sent libre, aussi de se faire de nouveau amis, sans avoir plus besoin de se cacher. «Je revis ou, mieux, je réapprends à vivre! Mais parfois, je suis triste de savoir que le but valable de la scientologie n’est qu’un prétexte. Pour moi cela a été un engagement total, qui a été instrumentalisé honteusement.»

*Nom connu de la rédaction

La scientologie traque ses détracteurs

Ron Hubbard, le fondateur de la scientologie, ne tolérait aucune critique. Ses ennemis étaient des hors-la-loi à anéantir. Il a écrit: «Nous n’avons jamais trouvé un détracteur de la scientologie qui n'ait aucun passé criminel.» Hubbard a donc créé un bureau pour les affaires spéciales, que l'on peut parfaitement qualifier de service secret interne. Il est toujours mis à contribution quand des journalistes ou des membres de la secte critiquent ses méthodes inhumaines.

J’ai moi-même toujours subi le travail de sape de ce service. Quelques exemples d'une longue liste: un détective privé a été engagé pour enquêter sur moi, sur mon prétendu passé criminel, au point de réussir à déstabiliser mes supérieurs eux-mêmes. La scientologie a aussi organisé une manifestation contre moi de l’Hôtel de ville de Zurich jusqu’à la rédaction de mon journal, le «Tages-Anzeiger», avec de grandes banderoles sur lesquelles j'étais discrédité. Elle a lancé une chasse aux sorcières sous prétexte que je persécutais les minorités religieuses. Un adepte a collé sur des candélabres de Zurich des têtes de mort lumineuses qui portaient mon nom en rouge.

Entre-temps, les représailles se sont calmées, en grande partie parce que les scientologues de Zurich ont compris que je ne me laissais pas intimider. Mais l'esprit totalitaire de Hubbard continue de souffler de leurs centres.

Hugo Stamm: expert en sectes

http://www.swissinfo.ch/fre/scientologie---je-sais-maintenant-que-j-%C3%A9tais-aveugle-/41175162
30.12.2014

Scientologie : HBO annonce un documentaire sur la secte américaine

Il y a trois ans, un livre écrit par le journaliste, Lawrence Wright, sur la Scientologie intitulé "Going Clear : Scientology, Hollywood & The Prison of Belief" a provoqué un véritable buzz médiatique. Cette affaire est encore loin de se terminer.
La chaîne américaine HBO serait en train de réaliser un documentaire inspiré du livre. Selon le Hollywood Reporter, ce documentaire sera présenté en avant-première au Festival du film de Sundance au mois de janvier. Il est dirigé par Alex Gibney et promet de nouvelles révélations sur cette religion controversée à laquelle de nombreuses célébrités pour ne citer que Tom Cruise et John Travolta sont attachées.
Inspiré du livre de Lawrence Wright

Tout comme "Against 8 and Maxima Culpa: Silence in the House of God" dirigé, lui aussi, par Alex Gibney, ce nouveau documentaire de HBO ne manquera sûrement pas de se hisser parmi les plus controversés de la chaîne.
Oscarisé en 2007 pour son film "Taxi to the Dark Side", Alex Gibney est à la fois un réalisateur et un producteur américain. C’est à lui qu’on doit entre autres la direction du documentaire "The Smartest Guys in the Room" pour Enron. Ainsi, il dirigera à nouveau le documentaire "Going Clear", inspiré du livre éponyme.
L’origine du livre remonte en 2011 lorsque le journaliste Lawrence Wright a décidé de révéler les coulisses de l’organisation scientologique à travers la décision du célèbre réalisateur Paul Haggis d’abandonner la religion après 34 ans d’adhésion. Dès son apparition, le livre fait l’objet de nombreuses controverses, mais surtout d’un émoi auprès des adeptes de la religion.
Pour se défendre, cette dernière dénonçait "un article appartenant à un supermarché de 'tabloïd'". Selon Sheila Nevins, responsable des documentaires sur HBO, la Scientologie riposterait sûrement aussi contre ce nouveau documentaire comme il l’a déjà fait avec le livre. "Elle engagerait probablement 160 avocats contre le film", souligne Sheila Nevins.

http://www.dailygeeks.com/hbo-sattaque-la-scientologie-dans-un-documentaire-3126/
24 novembre, 2014

Présomption d'innocence : la Scientologie déboutée par la justice

L’Eglise de Scientologie a été déboutée mercredi en référé par la justice à Paris d’une action contre l’avocat Olivier Morice, qu’elle accusait d’atteinte à la présomption d’innocence.
Le 23 juillet dernier, dans un article de 20minutes.fr, l’avocat, qui a combattu la secte dans de nombreux procès, avait déclaré que la Scientologie avait noyauté l’entreprise Arcadia, située dans les Yvelines, « dans le but principal d’en piller les ressources ». Ce sont ces propos que la secte attaquait, réclamant que l’avocat soit condamné à 55 000 euros d'amende pour atteinte à la présomption d’innocence.
Dans le dossier d'Arcadia, une enquête, visant l’Eglise de Scientologie, avait été ouverte à Versailles pour « harcèlement moral » et « abus de faiblesse », après le dépôt de plainte de douze salariés de l’entreprise, qui affirment que la secte a infiltré l’entreprise. Leur avocat est justement Me Olivier Morice.
Dans son ordonnance, le juge a estimé que les déclarations de l’avocat ne visaient pas la structure elle-même mais la Scientologie au sens où ses défenseurs la présentent, c’est-à-dire une « religion ». Dans ce cas, les propos « ne peuvent être regardés comme comportant des conclusions définitives » sur une culpabilité de la personne visée, ajoute le juge.
Après cette ordonnance de référé, la Scientologie peut faire appel ou entamer une procédure au civil.

http://www.ladepeche.fr/article/2014/12/11/2009452-presomption-d-innocence-la-scientologie-deboutee-par-la-justice.html
11/12/2014





 

 

 

 

Sri TATHATA

Sri Tathâta, le Jésus indien aux 800 disciples suisses

En Inde, ce sage de 72 ans rassemble des millions de fidèles. En Suisse, ils sont 800 initiés à suivre ses préceptes. Sri Tathâta s’est arrêté quelques jours en Suisse romande, le temps d’un séminaire à Yens-sur-Morges. Reportage.
«Jaya jaya devi mata Sri Tathâta om…» Le mantra prononcé avec lenteur et solennité résonne sous l’immense plafond de poutres. Imaginez 400 personnes qui psalmodient cette phrase sacrée et vous comprendrez pourquoi la salle communale de Yens-sur-Morges ressemblait plus à un ashram qu’à un bâtiment communal habitué aux prestations de la société de gym ou aux discours du syndic.
Sur l’estrade, un homme au visage émacié, version indienne du Christ dont il a la hiératique posture, la coiffure, le corps sec revêtu d’un dhoti blanc qui irradie comme une tache de lumière. De quoi en faire perdre son latin au visiteur lambda qui aurait débarqué par hasard ce week-end de novembre en pleine récitation de ce mantra sanskrit à la gloire du maître dont la traduction est: «Honneur à la mère divine, à toutes ses formes et noms, à toutes ses qualités et à son amour inconditionnel manifestés en Sri Tathâta et en chacun.»

Comme Jésus
Sri Tathâta, c’est donc lui. Sage indien de 72 ans, esprit éveillé venu imprégner de «son incroyable énergie spirituelle» quelque 400 Romands. Jésus parlait en araméen, Sri Tathâta en malayalam, la langue du Kerala. Une voix plutôt atone, un débit rapide et un enseignement traduit en anglais puis en français par le Matthieu Ricard de l’étape, Benoît, un Français rebaptisé Sayakaram. Prendre un nom indien va de pair avec les initiations données par Sri Tathâta. «Qui mérite le dharma?» demande soudain le maître qui a commencé son enseignement. «Ceux qui sont prêts à grandir», répond-il à sa propre question.

C’est vrai que la ressemblance avec le Christ est frappante. D’ailleurs, l’interprète nous expliquera très vite que notre sage «appartient à la même lignée que Bouddha ou Jésus». En clair, Dieu lui a assigné le même boulot qu’aux grands prophètes venus réveiller les hommes à travers les âges. La mission de Sri Tathâta: «amener la vérité, redonner au monde une juste manière de vivre, respectant l’intelligence cosmique et le but réel de la vie sur la terre». Comment? En suivant les 50 soutras du dharma dont le contenu lui a été dicté de façon divine au long de son existence dévolue à la recherche spirituelle.

«Comme une évidence»
En Inde, celui dont le nom signifie «la vérité des choses telle qu’elle est» déplace des millions de fidèles. En Suisse, où il vient pour la troisième fois, le gourou semble attirer un public très disparate. Babas cools version 2014 à la recherche d’un nouveau Katmandou, paisibles retraités qui prennent sagement des notes, hommes et femmes de tous âges en quête de spiritualité. Certains ont revêtu tunique et pantalon blancs, symbole de pureté, d’autres sont venus en famille, parfois même toute la famille, comme les Chanel où quatre générations suivent fidèlement Sri Tathâta. Claude, le père, architecte à Cossonay, est président de la sangha romande. Son nom indien est Gopal, précise-t-il. A ses côtés, Lise, son épouse, Clara, Isadora et Zayna, leurs trois filles, les deux beaux-fils, la petite-fille et même la grand-mère, Marie-Louise, qui tient à préciser qu’elle suit aussi le culte protestant.

Les Chanel, qui ont beaucoup vécu à l’étranger, ont toujours été en recherche de spiritualité. «Nous suivions un maître soufi avant de rencontrer Sri Tathâta, explique Claude-Gopal. Ce fut comme une évidence, il se dégage une telle énergie spirituelle en sa présence!» Ses trois filles ont suivi le mouvement. «On n’a pas besoin de quitter le christianisme pour le suivre», confie Clara, l’aînée, maman d’une petite Lila vêtue à l’indienne pour l’occasion. «Ce qui est bien, avec Sri Tathâta, c’est qu’il est vivant, présent à nos côtés.» Isadora, sa sœur cadette, approuve gravement. «Je n’ai pas eu besoin de prendre du recul, même à l’adolescence, l’enseignement de Sri Tathâta fait totalement partie de moi.»

C’est la famille Chanel qui héberge chez elle, à Gollion, le maître et ses accompagnants durant leur périple vaudois. En janvier, la tribu s’envolera au complet, comme chaque année, pour le Kerala afin de suivre les enseignements au Dharma Peetha, un des temples dévolus à la sainteté indienne. Claude a déjà reçu les deux initiations (le maître en a pratiqué également à Yens) dont la première marque l’entrée en «tathâtisme» (excusez le néologisme) et engage le fidèle à respecter une discipline très stricte: devenir végétarien, renoncer à l’alcool et au tabac. Gopal-Claude n’a pas bu une goutte de vin depuis quinze ans. Non loin de là, Antoine-Ananta, qui assure la partie musicale, raconte en souriant avoir appris à se passer des grands crus de la cave paternelle. «J’ai découvert un être comme un rocher de conscience», dit-il à propos de son maître. Doris, une quinquagénaire souriante préposée au contrôle des billets, a pratiqué intensément pendant deux ans avant de se «laisser porter» par sa spiritualité. «Je pense que je ressentirais peut-être la même chose en présence d’un lama tibétain mais quand j’ai rencontré Sri Tathâta, j’ai eu des frissons!»

Une secte?
Secte? La question s’est posée, notamment en France, qui abrite une communauté importante de fidèles. «Mais ce pays a tendance à qualifier de secte tout mouvement qui aspire à vivre sa spiritualité», note François, «venu par curiosité». Dimitri, lui, interprète et thérapeute énergétique à Nyon, a écouté la bonne parole avec les yeux mi-clos et un léger sourire. «Je viens pour la première fois et je trouve qu’il y a une très belle énergie dans cette salle, c’est impressionnant!»

Dans la salle, justement, Sri Tathâta insiste sur l’importance de l’éducation des enfants. Les élever dans la vérité leur permettra de devenir les futurs êtres humains capables de coexister avec bienveillance entre eux et Mère Nature, assure-t-il. On profitera quand même d’une pause entre deux «Om» pour lui demander très humblement en quoi sa vérité n’est pas qu’un simple copier-coller de celle de Bouddha ou Jésus. Il plisse les yeux, impassible, peu sensible à la dose infinitésimale d’ironie mise dans la question. «La vérité est toujours la même, seule la manière de la transmettre diffère.» Il y a en tout cas une vérité qui est à 100% vérifiable. Sri Tathâta revient l’été prochain en Suisse.
 

Sri Tathâta
Deux millions de fidèles
Sri Tathâta est né en 1942 au Kerala et a manifesté très jeune une attirance pour la vie spirituelle. C’est au cours de grandes ascèses et pratiques dévotionnelles que sa mission lui aurait été révélée: donner à nouveau le dharma (doctrine) à l’humanité et élever son niveau de conscience. Dans son ashram du sud de l’Inde ont lieu chaque jour des rituels védiques pour pacifier l’univers. Un grand rituel au feu sacré a eu lieu en février 2014 au temple de Dharma Peetha, suivi par près de 2 millions de personnes. En 2012, lors de son périple européen, il a rencontré le pape Benoît XVI et le dalaï-lama.

http://www.illustre.ch/illustre/article/sri-tath%C3%A2ta-le-j%C3%A9sus-indien-aux-800-disciples-suisses
07.01.2015
 

 

 

 

 

TRANSHUMANISME

Transhumanisme : la technologie plus forte que la mort ?

Peut-on devenir immortel grâce aux technologies? Ce soir, se tient à Paris une conférence sur ce que l’on appelle le "transhumanisme".
Cela sonne un peu comme une secte, il faut bien le dire. Pourtant, il n’en n’est rien, rassurez-vous. Le transhumanisme, c’est une idéologie qui vient de Californie, le pays des hippies et de la high-tech, et qui date des années 1980. Le transhumanisme, c’est ce courant de pensée qui dit que la technologie va sauver le monde et surtout sauver l’homme. En tout cas, prolonger sa vie.
Le colloque international, organisé aujourd’hui à Paris, baptisé Transvision, est le premier du genre. Il affiche complet. Il est organisé par l’Association française transhumaniste qui prétend "promouvoir l’amélioration de la condition humaine grâce au développement des technologies". Sur le site de l’association, il est ainsi question de "la vie sans travail" (grâce aux robots) ou de "la mort de la mort" (grâce aux technologies).

Comment peut-on espérer devenir immortel grâce au numérique?

C’est assez facile à comprendre. Imaginez que l’intelligence artificielle des ordinateurs fasse des progrès phénoménaux et qu’elle devienne aussi puissante que l’intelligence humaine (les Transhumanistes pensent que cela arrivera vers 2030). Imaginez, par ailleurs, que l’on puisse numériser vos connaissances et votre pensée et que l’on puisse mettre tout cela dans un robot. Voilà : vous seriez alors immortel. Vous seriez transhumaine !

C’est un peu inquiétant…

Cela pose en effet des questions éthiques et philosophiques. Comment? Quand? Pourquoi? L’eugénisme n’est pas loin... en attendant les questions juridiques le jour où nous serons tous des robots immortels.
On n’en n’est pas encore là. Pour l’instant, le transhumanisme dit seulement que la technologie peut aider à prolonger la vie avec, par exemple, ce projet, signé Google, denanoparticules qui pourraient détecter le cancer à un stade précoce.
Les fondateurs de Google, Larry Page et Serguei Brin, sont de fervents adeptes du transhumanisme, comme bon nombre d’entrepreneurs high-tech de la Silicon Valley. L’un des gourous de ce mouvement s’appelle Ray Kurzweill. Il dispose aujourd’hui de gros moyens mis à sa disposition par la Nasa ou par Google. Il a fait des émules, notamment avec la Singularity University.
Pour en savoir plus sur ce colloque qui dure trois jours à Paris : http://transvision2014.org.
ÉCOUTER L’ÉMISSION disponible jusqu'au 15/08/2017

http://www.franceinfo.fr/emission/nouveau-monde/2014-2015/transhumanisme-la-technologie-plus-forte-que-la-mort-20-11-2014-06-50-0

 

 

 

 

 

TUNISIE

En Tunisie, des discours extrémistes incontrôlés
‣ Les autorités tunisiennes ont une approche sécuritaire du phénomène djihadiste, sans apporter de réponse à une jeunesse exclue de la société.
Les Tunisiens partis combattre en Syrie et en Irak seraient environ au nombre de 3 000, selon le Soufan Group, un institut de recherche de New York (lire ci-contre) . Ces jeunes âgés de 18 à 27 ans représenteraient le plus important contingent de combattants étrangers engagés dans le djihad.
Au point que des associations de familles se sont constituées. « Cent cinquante familles dont l’un des jeunes est parti pour la Syrie sont déjà venues nous voir », explique Mohamed Iqbal Ben Rejeb, président de l’association de sauvetage des Tunisiens bloqués à l’étranger.
« Ces jeunes se radicalisent en écoutant les prêches d’imams radicaux ou sur les réseaux sociaux. D’après les familles, ce sont souvent des étudiants et des personnes influençables, mais pas spécialement pauvres », assure-t-il.
Un point de vue que nuance l’analyste Slaheddine Jourchi : « Il y a bien sûr des jeunes issus de milieux aisés, des médecins, des ingénieurs, mais la majorité vient plutôt des quartiers populaires ou de la classe moyenne inférieure. » « Le problème de ces jeunes, c’est de n’avoir trouvé aucune réponse à leurs questions. Celle de leur avenir professionnel, bien sûr, mais pas uniquement : ils sont dans une société qui ne leur confère pas de place », estime-t-il.
Après la révolution de 2011, alors que les milieux islamistes avaient souffert d’une forte répression sous le régime de Ben Ali, la liberté acquise a permis à nombre de radicaux de diffuser des discours extrémistes.
« Mais nous n’avons pas d’oulémas à même de répondre sur un plan religieux à ces jeunes », déplore Slaheddine Jourchi.
Du côté du gouvernement, la réponse est essentiellement sécuritaire. Les autorités affirment avoir empêché des milliers de départs et avoir renforcé leurs réseaux de surveillance. Mais, dans les milieux islamistes, on se plaint du retour des vieilles méthodes. « Nous subissons une énorme pression de la police, assure Mohamed, 35 ans, emprisonné sous le régime précédent pour son appartenance à des mouvements islamistes.
Je suis, comme beaucoup d’entre nous, frappé d’une interdiction de sortie du territoire. On est harcelés. »
Ce que redoutent avant tout les autorités, ce sont les retours des combattants qui pourraient constituer une menace. En visite en Tunisie début novembre, le ministre français de l’intérieur Bernard Cazeneuve a plaidé pour une coopération en matière de lutte contre le terrorisme : « Pour mieux agir ensemble, nous avons des dispositions à prendre dans le domaine de la dé-radicalisation, de la prévention des départs et de la coopération entre les services de renseignement et de police. »

La Croix du 21.11.2014


 

 

 

 

 

TURQUIE

Fethullah Gülen, l'homme qui influence la Turquie depuis la Pennsylvanie
C'est à Saylorsburg, bourgade de 1.000 âmes au fond de la Pennsylvanie, que vit depuis quinze ans l'influent et mystérieux Fethullah Gülen, prédicateur turc à la tête de la puissante confrérie Hizmet, aujourd'hui en guerre ouverte avec Ankara.
Le leader religieux musulman de 74 ans, qui prône le dialogue interculturel et religieux, réside dans une vaste propriété cachée par des bois épais et dont l'entrée est surveillée nuit et jour par des gardes et caméras.
Aucun panneau ne signale qui vit là, ni même le numéro de la rue. Les portes ne s'ouvrent que pour laisser entrer ou sortir des proches ou des "étudiants", à l'exception de rares visiteurs extérieurs triés sur le volet.
Le "Golden Generation Worship and Retreat Center" n'appartient pas à M. Gülen mais "à des hommes d'affaires américano-turcs", explique Alp Aslandogan, président de l'Alliance for Shared Value, une association affiliée à Hizmet ("service", en turc).
M. Gülen lui-même n'utilise qu'"une chambre et un bureau" et ne sort que pour se rendre à "ses rendez-vous médicaux", assure M. Aslandogan.
Le prédicateur, fondateur d'un réseau d'écoles présent dans 150 pays et au coeur d'une constellation d'associations, s'exprime rarement dans les médias autres que ceux qui lui sont affiliés en Turquie, notamment le quotidien Zaman.
Cette discrétion alimente les rumeurs des locaux.
"Il y a eu trois manifestations récentes pour protester contre la présence du centre", raconte la serveuse de Stenger's Bar qui ne souhaite pas être identifiée.
La presse régionale comme le Poconos Record rapporte que ces manifestations ont eu lieu cet été et en décembre, organisées par des associations de turcs-américains qui estiment que Gülen est un islamiste dangereux pour la Turquie et pour les Etats-Unis.
Plus fort que jamais
En Turquie, les rumeurs aussi vont bon train sur le religieux aux cheveux blancs et à la moustache fournie, qui a fui son pays en 1999 pour s'installer aux Etats-Unis. Officiellement, pour s'y faire soigner, officieusement en raison des démêlés avec le gouvernement de l'époque.
Malgré sa longue absence, le poids de M. Gülen dans l'échiquier politique turc est plus fort que jamais.
"Comme beaucoup de leaders exilés, il a gagné en influence avec l'éloignement", constate Sam Brannan, du centre de réflexion Center for strategic and international Studies (CSIS).
Ses partisans, qui louent son enseignement d'un islam tolérant et moderne, sont estimés à plusieurs millions.
Ses détracteurs l'accusent d'être à la tête d'un Etat dans l'Etat par l'intermédiaire de fidèles qui auraient infiltré la magistrature et la police notamment.
Des accusations démenties par Alp Aslandogan, qui affirme que M. Gülen "a toujours été focalisé sur l'éducation et le dialogue, pas sur la politique".
M. Brannan note que, grâce aux écoles ouvertes partout, Gülen dispose "d'une vaste réserve de partisans éduqués que son enseignement a poussés à s'engager dans le service public", et donc notamment dans la police et la magistrature.
Si M. Gülen n'a officiellement jamais soutenu de candidat politique, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan lui doit en partie sa première élection en 2002 grâce au travail de terrain d'Hizmet.
Leurs relations se sont tendues ces derniers mois depuis que le Premier ministre cherche à fermer les écoles préparatoires de la confrérie en Turquie et que le gouvernement Erdogan s'est retrouvé au centre d'une enquête pour corruption initiée selon lui par Hizmet pour le faire chuter.
Selon M. Aslandogan, ces allégations cherchent à "tuer le débat en Turquie" et à détourner l'attention de "preuves irréfutables" de corruption.
M. Gülen est aussi régulièrement accusé de vouloir islamiser la société. Les écoles de Hizmet "sont laïques, suivent le cursus en vigueur dans tous les pays où elles sont présentes", rétorque M. Aslandogan, même s'il estime que 60-65% des partisans de M. Gülen sont musulmans pratiquants.
Pour M. Brannan, la Hizmet fonctionne un peu comme les mormons américains: "ils s'aident en affaires, ils ont une mentalité de missionnaire et un grand sens de l'entreprise".
L'autre point commun avec les mormons, et celui qui fait la puissance financière d'Hizmet, c'est que tous ses sympathisants sont tenus de donner du temps ou de l'argent à l'organisation: des étudiants aux mères de familles, et en passant par les riches hommes d'affaires.

La Croix du 09.12.2014

Le pouvoir turc continue à harceler les partisans du mouvement Gülen
EXPLICATION La police turque a arrêté dimanche 14 décembre vingt-quatre personnes, dont le rédacteur en chef de Zaman, l’un des grands quotidiens du pays.
Il s’agit d’une nouvelle opération coup de poing contre les partisans prédicateur islamiste Fethullah Gülen, grand rival en exil du président Recep Tayyip Erdogan
Quels sont les faits ?
La police turque a lancé dimanche 14 décembre une nouvelle opération coup de poing contre les partisans du rival du président Recep Tayyip Erdogan, le prédicateur islamiste Fethullah Gülen, visant notamment le journal Zaman, l’un des grands quotidiens en Turquie, proche du religieux.
Cette nouvelle rafle survient deux jours après que le président turc a annoncé une nouvelle opération contre les « forces du mal » activées depuis son exil aux États-Unis par son ennemi juré, qu’il accuse d’avoir orchestré l’an dernier le lancement d’une enquête pour corruption contre des membres de son cercle le plus proche.
La police antiterroriste a mené dimanche matin des opérations dans treize villes de Turquie dont Istanbul, arrêtant au total au moins 24 personnes, principalement des journalistes, dont Ekrem Dumanli, le rédacteur en chef de Zaman.
L’opération a-t-elle été facile ?
Non. Samedi matin une foule de protestataires rassemblée devant l’immeuble de Zaman, situé à la périphérie d’Istanbul, avait momentanément empêché l’interpellation d’Ekrem Dumanli, créant la confusion et obligeant la police à quitter l’immeuble sans arrêter aucun des employés du journal.
« Une presse libre ne peut être réduite au silence », scandait la foule en soutien à Ekrem Dumanli qui tentait de mettre au défi la police de venir l’arrêter. « La personne à arrêter attend ici. Je vous en prie, venez me chercher. Je vous attends ici », a-t-il lancé aux policiers.
Des mandats d’arrêts ont été délivrés contre 32 personnes au total, accusées entre autres de « former un gang pour tenter d’attenter à la souveraineté de l’État », a indiqué l’agence gouvernementale Anatolie. Visés eux aussi, les dirigeants d’une chaîne de télévision proche de Fetullah Gulen, dont un directeur, des producteurs et des journalistes ont également été arrêtés, a précisé Anatolie.
Est-ce une première ?
Non. Le régime qui dirige la Turquie depuis 2002 a l’hiver dernier déclaré la guerre au mouvement de Fethullah Gülen, 73 ans. Et cette nouvelle rafle est la dernière d’une série de vagues d’interpellations depuis juillet, organisées par le gouvernement contre ce que le président islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, dénonce comme un « État parallèle » au sein des forces de sécurité, visant la chute de son gouvernement.
Elle survient un an après le lancement le 17 décembre dernier d’une vaste enquête sur un scandale de corruption qui a conduit à l’arrestation d’une dizaine d’hommes d’affaires et d’hommes politiques, dont les fils de trois ministres du gouvernement Erdogan, alors premier ministre.
Recep Tayyip Erdogan était parvenu à mettre un coup d’arrêt à cette enquête en procédant au limogeage de milliers de policiers et d’un certain nombre de juges et en faisant adopter des lois renforçant le contrôle de l’État sur l’appareil judiciaire et sur Internet.
« Nous ne sommes pas seulement confrontés à un simple réseau, mais à l’un de ceux qui sont le pion des forces du mal dans le pays et à l’étranger », a-t-il affirmé vendredi. « Nous les poursuivrons encore dans leurs repaires. Quels que soient ceux qui se tiennent à leurs côtés, derrière eux, nous détruirons ce réseau et le forcerons à rendre des comptes ».
En allusion aux partisans de Gülen, le premier ministre Ahmet Davutoglu a renchéri : « Aujourd’hui, est un jour test. Ils vont tous payer pour ce qu’ils ont fait et leur comportement antidémocratique ». Le mouvement Hizmet du prédicateur islamique a nié toute implication dans l’enquête pour corruption visant des proches du président.
Reste que comme lors de presque toutes les précédentes interventions de ce genre – dont la plupart visaient des policiers – tous les détails des opérations avaient été publiés sur Twitter par un mystérieux utilisateur avant leur lancement.
La semaine dernière Fuat Avni avait prévenu que la police était sur le point d’interpeller quelque 400 personnes, dont 150 journalistes. Samedi soir il avait publié les noms de ces journalistes, dont certains de ceux qui ont été arrêtés.

La Croix du 14.12.2014

Les droits des femmes turques sont-ils en régression ?

L'égalité homme-femme est « contraire à la nature humaine », a déclaré le président turc, Recep Tayyip Erdogan, lundi 24 novembre. Cette phrase est-elle symptomatique d'un durcissement de la condition des femmes en Turquie depuis la prise de pouvoir de l'AKP, en 2002 ?
La sociologue turque Gaye Petek, contactée par LeMonde.fr, souligne qu'il y a douze ans, les choses étaient sensiblement différentes. « Peut-être pour faire plaisir à l'Europe au moment où Erdogan voulait vraiment l'intégrer », suppose-t-elle.
Ces dernières années, la Turquie rétropédale sur les sujets de société. « Il y a un retour à la morale religieuse de la société et la question des femmes arrive en premier lieu », estime Mme Petek.
« Restriction de l'alcool, critiques de la liberté de s'habiller... Ce sont des petits pas, explique-t-elle. Erdogan semble être un homme qui a une stratégie de petits pas pour faire passer la pilule, pour que la Turquie devienne de plus en plus morale, religieuse, restrictive. »
• Une volonté de durcir l'avortement
En Turquie, l'interruption volontaire de grossesse est autorisée depuis 1983 jusqu'à dix semaines de grossesse. Pourtant, Recep Tayyip Erdogan a comparé en 2012 l'avortement à un « meurtre » et a clairement exprimé sa volonté de le rendre illégal au-delà de la quatrième semaine de grossesse.
Le maire d'Ankara, Melih Gökçek, tenait des propos plus durs encore, en juin 2010, comme le rapporte sur son blog Etienne Copeaux, chercheur associé au Groupe de recherche et d'études sur la Méditerranée et le Moyen Orient (Gremmo) du CNRS :
« Le ministre de la santé a révélé que chaque année 100 000 avortements étaient opérés. Cela signifie que chaque année, on pratique 100 000 assassinats. Et pourquoi un enfant pâtirait-il de la faute de sa mère ? C'est la mère qui a fauté, qu'elle se donne la mort ! »
Selon le président Erdogan, l'avortement empêche la Turquie d'accroître sa population et de compter parmi les dix économies les plus puissantes du monde, malgré les exhortations régulièrement adressées aux femmes de « faire trois enfants ».
N'était pas parvenu à interdire l'IVG, l'AKP a mis en place une nouvelle stratégie, visant à saper l'accès effectif des femmes aux services d'avortement. La société turque des gynécologues et obstétriciens affirme que l'IVG a récemment été retirée des services en ligne proposés par les hôpitaux. L'accès aux services d'avortement devient compliqué, a fortiori si celui-ci doit être discret.
Il s'agit d'un « mouvement de fond », analyse la journaliste indépendante Ariane Bonzon. Cette spécialiste de la Turquie relève également que la majorité des plannings familiaux ont été fermés ces dernières années, et que depuis 2011, le « ministère de la femme » a été rebaptisé « ministère de la famille et des affaires sociales ».
Autre fait alarmant, la pilule du lendemain n'est plus distribuée sans ordonnance, ce qui rend son usage quasiment impossible dans les petites villes et villages sans cabinet médical, précise la journaliste.
• Une hausse des violences faites aux femmes
Avec 200 femmes assassinées en 2014, le plus souvent par leur conjoint, le statut des femmes en Turquie est en régression. Rien qu'au mois de juin, 17 femmes ou jeunes filles ont été tuées, et 56 autres ont été blessées, majoritairement par leur époux ou des membres de leur famille. Pour un sixième d'entre elles, les violences étaient liées à une demande de divorce, rapporte l'agence de presse turque Dogan.
Entre 2002 et 2009, 4 063 femmes ont été assassinées pour cause « d'honneur », précise le chercheur Etienne Copeaux, en se fondant sur des données diffusées par le ministère turc de la justice. Il s'agit d'une hausse de 1 400 %. Durant cette même période, 15 564 inculpations ont été dénombrées pour assassinat et violence faites aux femmes, mais seules 5 700 personnes ont été condamnées.
• Encore peu de femmes actives
Dans son discours du 24 novembre, le président Erdogan estimait que les hommes et les femmes ne pouvaient pas être considérés comme égaux, car ils étaient incapables d'occuper la même profession :
« Vous ne pouvez pas demander à une femme de faire tous les types de travaux qu'un homme fait, comme c'était le cas sous les régimes communistes. Vous ne pouvez pas leur demander de sortir et de creuser le sol, c'est contraire à leur nature délicate. »
Dans les faits, environ 69 % des hommes ont un emploi rémunéré, contre 28 % des femmes, estime l'OCDE. En termes de niveau d'études, 36 % des hommes sont diplômés du deuxième cycle du secondaire ou équivalent contre 27 % de femmes.
• Mixité et liberté vestimentaire épinglées
En novembre 2013, Recep Tayyip Erdogan, alors premier ministre, s'inquiétait de la mixité entre les jeunes : « Personne ne sait ce qui se passe dans les résidences étudiantes. Peut-être qu'il s'y passe des choses douteuses. »
Rapidement, il se justifiait : « Nous sommes garants des enfants que nous confient leurs parents. En tant que gouvernement conservateur et démocratique, nous devons intervenir, expliquait-il, clamant qu'il avait « donné des instructions au préfet. Une forme de contrôle sera mise en place, d'une manière ou d'une autre. »
Le Hürriyet Daily News avait alors tiré la sonnette d'alarme : « Beaucoup d'étudiants et leurs parents s'inquiètent maintenant de raids policiers, qui pourraient venir les déloger au nom de la moralité. » Si elle n'a pas constaté de phénomènes de raids, Gaye Petek juge qu'auparavant « il y avait un certain laxisme quand deux personnes de sexe opposé voulaient se loger ensemble. Maintenant, le contrôle est bien plus strict. »
En octobre 2013, la tenue vestimentaire des femmes turques était également incriminée. Après avoir porté un décolleté à la télévision, une présentatrice très populaire, Gözde Kansu, avait été licenciée de la chaîne. Le lendemain, un porte-parole de l'AKP précisait dans Hürriyet : « L'animatrice d'un jeu hier portait une robe qui n'était pas acceptable. Nous ne nous mêlons pas de la vie des gens mais c'était trop. »
• Une mobilisation civile inconstante
Les propos de Recep Tayyip Erdogan sur l'avortement ont fait beaucoup réagir en 2012, poussant les femmes à défiler massivement dans plusieurs villes de Turquie. En juillet 2014, une vague de mobilisation a animé les réseaux sociaux lorsque le vice-premier ministre Bulent Arinç a conseillé à la gent féminine de ne pas s'esclaffer en public pour « conserver sa décence à tout moment ». Les femmes turques s'étaient alors joyeusement prises en photo en diffusant de larges sourires sur Twitter.
La dernière déclaration du président Erdogan, lundi 24 novembre, ne semble pas déclencher de mobilisation massive. Selon la sociologue Gaye Petek, les jeunes filles turques sont moins conscientes de leurs droits que leurs aînées, car elles les considèrent comme des acquis. « Tout dépendra de la capacité de la jeunesse à se mobiliser, prédit-elle. Après toutes les avancées qu'ont connues les femmes dans ce pays, c'est dramatique d'être maintenant dans cette situation. »

Le Monde.fr | 27.11.2014

Pour le ministre de la santé turc, la maternité est la seule « carrière » possible pour les femmes
La polémique déclenchée par le président islamo-conservateur turc, Recep Tayyip Erdogan, sur la place « naturelle » des femmes a rebondi, vendredi 2 janvier, en Turquie après une sortie de son ministre de la santé jugeant que la maternité était leur seule « carrière » possible.
A la faveur d'une visite rendue aux premiers bébés de l'année 2015 dans les maternités d'Istanbul, le ministre a dispensé quelques conseils à leurs mères. « Les mères ne doivent pas mettre d'autres carrières que la maternité au centre de leur vie. Elever de nouvelles générations doit être au centre de leurs préoccupations », a lancé Mehmet Muezzinoglu, cité par les médias turcs.
UNE VOLÉE DE CRITIQUES
Ces déclarations ont suscité une volée de critiques. « La maternité n'est pas une carrière, a réagi sur son compte Twitter l'écrivaine à succès Elif Safak. Les femmes turques doivent décider elles-mêmes de leur chemin dans la vie (pas se le faire imposer par des hommes politiques). »
Une députée de l'opposition, Aylin Nazliaka, a pour sa part suggéré à M. Muezzinoglu « d'arrêter de parler ». « Il a des motifs cachés derrière ces déclarations. Leur but est de faire des femmes des citoyennes de seconde zone », a-t-elle écrit sur Twitter.
« UNE CARRIÈRE INDISCUTABLE ET SACRÉE »
Droit dans ses bottes, le ministre de la santé a réitéré ses propos vendredi. « La maternité n'est pas une carrière ouverte à tous (...), c'est une carrière indiscutable et sacrée », a-t-il insisté devant la presse. Habitué des déclarations à l'emporte-pièce, M. Erdogan s'est lui aussi illustré récemment par une série de sorties sur le même thème, qui ont provoqué l'ire des féministes.
A la fin de novembre, il avait jugé l'égalité hommes-femmes « contre nature » et souligné que l'islam avait « défini une place pour les femmes : la maternité ». En décembre, le chef de l'Etat, qui milite fermement pour que les femmes aient au moins trois enfants, avait également comparé la contraception à une « trahison ».
M. Erdogan, qui a dirigé le gouvernement pendant onze ans avant son élection à la présidence, en août dernier, est régulièrement accusé par ses détracteurs de vouloir islamiser la société turque, en limitant notamment les droits des femmes.

Le Monde.fr avec AFP | 02.01.2015


 


 

 

 

 

 

VOYANCE

En période de crise, tous les voyants sont au vert
Peur du chômage, inquiétudes sur un projet immobilier… le recours aux spécialistes de la prédiction n’est pas réservé aux cœurs brisés. Paroles de devins au seuil de 2015.
Coincé entre une statuette de la vierge Marie et un tas de cartes postales, le petit Bouddha ivoire semble se demander ce qu’il fait sur ce bureau. De temps à autre, les mains aériennes de Kathya, voyante depuis vingt-cinq ans, viennent effleurer les bibelots dépareillés. «Je suis très croyante et j’ai une grande foi en là-haut, entonne-t-elle, en adressant un regard bienveillant à ses babioles. Logique, puisque je communique avec l’au-delà.» Collées au mur, des icônes «de toutes les religions», des sorcières en suspension et quelques photos de famille complètent la galerie bariolée.
bouche à oreille. C’est dans ce décor, à Agde, dans l’Hérault, que cette ex-Parisienne parée d’un éclatant camaïeu parme, chandail et lèvres assortis, reçoit ses clients. «Des Suisses, des gens de Toulouse, Montpellier, Perpignan, Paris, Lyon», venus de loin pour entendre ses prédictions. Et ce, grâce au seul bouche à oreille. «Pas besoin de publicité quand on travaille honnêtement», lance-t-elle, fière de son carnet de rendez-vous déjà rempli pour les trois prochaines semaines. L’hiver, pendant les fêtes, c’est un peu calme. Les gens consomment et ne pensent pas à l’avenir. Mais, dès le 1er janvier, la demande est très forte. Tout le monde veut savoir ce qui va se passer pendant l’année entière.» Posés sur un carré de velours griffé d’un énigmatique logo, «qui n’a pas de signification particulière, si ce n’est qu’il vient d’un magasin ésotérique», deux jeux de 52 cartes de Belline attendent le chaland. Ils serviront à «faire un général», explique la voyante, en les éparpillant sur la nappe. Soit, une voyance non orientée par des questions. Bonheur, passions, nativité, infortune, les symboles se dévoilent, puis disparaissent sous la panthère noire, le paon, la main de Fatima et le soleil d’un autre tarot, celui de l’oracle d’Indira. «Je ne suis ni astrologue, ni cartomancienne. Je ne sais pas lire ces cartes, mais je les ressens, selon la personne en face de toi», précise Kathya. Des «flashs» facturés 60 euros la consultation de 45 minutes.
Salle de jeu. Sa clientèle de ce début d’année ? Des cœurs brisés, des chefs d’entreprise stressés, des parents inquiets et des curieux en tout genre. «Les sentiments, surtout, et les questions professionnelles restent les principales préoccupations, poursuit-elle. Certains veulent savoir si un projet immobilier ou un investissement va marcher, d’autres si leur conjoint va revenir ou si leur histoire d’amour va tenir bon. «Parfois, le couple vient, chacun de son côté, sans se le dire. Là il faut faire très attention à ce que l’on dit», s’amuse la voyante, qui égrène les histoires de bon cœur. Comme celle de cet entrepreneur qui s’est entêté à construire une salle de jeu qui a tourné au fiasco, alors qu’elle n’avait «pas senti le projet». Ou ce commerçant, dont l’affaire ne marche pas et qui lui demande comment faire venir de la clientèle. Et cette famille fauchée, obligée de vendre sa maison, qui «veut savoir si la situation va s’améliorer». Un cas loin d’être isolé. Car, «depuis une bonne année, les gens sont de plus en plus nombreux à venir pour des problèmes financiers, note Kathya. Ils n’y arrivent plus, ils ont peur de perdre leur boulot ou de ne pas en trouver. Et puis, ils sont angoissés par les catastrophes naturelles, la crise, la fin du monde».
Cette détresse s’exprime aussi dans le cabinet de Yann Lecoq, voyant du XIe arrondissement de Paris. Et plus encore en cette période de l’année. «Le moment est difficile», note le quadra soigné, un brin pincé dans son pull en laine marine, qui exerce chez lui, dans une pièce «sans bling bling», aux murs blancs et au canapé vert. «L’arrivée de la nouvelle année peut être très lourde, car les valeurs de Noël sont liées à l’épuisement et au bilan», commente-t-il, penché sur une large feuille blanche gribouillée de lignes et de cercles. Des dessins qu’il réalise en «écriture automatique», face à ses clients, puis traduit, selon son jargon alambiqué, en «parenthèses de destinée», «fonctionnalités» ou en «valeurs». C’est en ces termes qu’il répond aux demandes aussi variées que précises de ses clients. «On me consulte pour savoir quel cheval va passer la ligne d’arrivée en premier, quel marché il faut investir, pour un choix de métier, de couple, de voyage», raconte le voyant qui note quelques différences selon le sexe des consultants. «Pour les femmes, je fais partie du paquet normal, avec le comptable, le conseiller juridique, le couturier, le coiffeur. Par contre, quand les hommes m’appellent, il vont très mal. Ils ont une pudeur et trouvent souvent un prétexte d’appel professionnel pour pouvoir aborder une valeur sentimentale, familiale ou paternelle», analyse-t-il.
Issu d’une famille de voyants «qui ne sait faire que ça», Yann Lecoq se présente comme un «outil d’appui». Mais à 100 euros les 45 minutes de consultation, cette «aide» n’est pas accessible à toutes les bourses. Ses clients ? Des gens «plutôt aisés», qui viennent le voir «après un choc ou pour faire un état des lieux, puis reviennent pour des décisions professionnelles ou des choses plus humaines», poursuit-il, évoquant, pêle-mêle, un basketteur en reconversion, un producteur, un homme politique, des gens du show-biz. Autre option, la consultation par téléphone, «davantage plébiscitée par les femmes». Son coût est de 90 euros pour 45 minutes ou 3,5 euros la minute en passant par la plateforme pour laquelle il travaille, un «grand supermarché de la voyance qui s’occupe de la publicité et de la mise en relation». Une pratique qu’il plébiscite pour l’«instantanéité et la liberté» qu’elle offre, mais qui ne convainc pas sa consœur d’Agde qui a «horreur de faire des voyances par téléphone», sauf quand elle connaît les gens ou si elle dispose de photos. «Sinon, c’est de la fumisterie.»
«Accros». De son côté, Kathya se dit aussi médium et guérisseuse, elle «soigne par magnétisme, exorcise, enlève les verrues, sans faire de magie noire». Des «travaux» qu’elle pratique dans une alcôve «protégée», accolée à son bureau. C’est dans ce sanctuaire où le soleil n’entre pas, qu’elle garde sa boule de cristal, chasse le mauvais œil et veille les photos de ses clients, glissées sous des petites pyramides. Mais si leurs pratiques divergent, les deux voyants s’accordent sur un point : la détresse humaine qui passe par leur cabinet. «Nous sommes confrontés à beaucoup d’affect, confie Yann Lecoq. Le risque c’est d’appartenir à nos consultants.» «Il y a pas mal de gens malheureux, ajoute Kathya. Parfois, toute la journée, des personnes pleurent devant nous. Il faut être prudents. Certaines, un peu perdues, peuvent devenir accros à la voyance.» Ou à leur voyante. Comme cette dame de Saint-Pierre-et-Miquelon qu’elle n’a jamais vue, mais qui l’appelle souvent, car le simple fait «d’entendre [sa]voix, lui permet d’aller mieux».

http://www.liberation.fr/societe/2015/01/01/en-periode-de-crise-tous-les-voyants-sont-au-vert_1172762
 1 JANVIER 2015


 



 

La Croix du 26.12.2014
 

 

 

 

 

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 Pour les années précédentes 

des sites sont à votre disposition pour vous aider dans votre recherche

en particulier

 

celui de Lacuzon

http://www.sos-derive-sectaire.fr

 

celui de Prevensectes

http://www.prevensectes.com

 

 

Il y a des dérives sectaires, oui.

Mais il y a aussi des comportements de paix, de dignité, de respect et de liberté :

les fruits de Gamaliel

 

 

RAPPORT 2011

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_annuel_2011_miviludes.pdf

 

 

RAPPORT 2010

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/ra2010_mise_en_ligne.pdf

 

 

RAPPORT 2009

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport2009_mise_en_ligne.pdf

 

 

RAPPORT 2008

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2008_francais.pdf

 

 

RAPPORT 2007

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_Miviludes_2007.pdf


RAPPORT 2006

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2006.pdf

 


RAPPORT 2005 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2005-2.pdf

 


RAPPORT 2004 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/RAPPORT_MIVILUDES_2004.pdf

 


RAPPORT 2003 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2003.pdf

 

 

 

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