un défi

 

SPIRITUEL

 

 

 

 

 

Les sectes et les nouveaux mouvements religieux jouent un peu dans notre société et dans nos Eglises le rôle du négatif photographique ; ils sont en effet un révélateur des besoins rencontrés par nos contemporains, besoins dont se saisissent des marchands d'illusions ...besoins qui nous appellent tous à une conversion sincère et permanente. Ainsi, la manifestation négative et néfaste du mouvement sectaire peut-elle, si nous relevons le défi, devenir une réalité positive, parce que nous aurons su entendre le cri des hommes et entrer dans la fidélité de Dieu qui y répond. Des approches pastorales positives sont ainsi suggérées ou réclamées. Si l'appel est entendu, le défi des sectes aura été un stimulant utile pour un renouveau spirituel et ecclésial.

Certains points faibles dans la vie des communautés chrétiennes et dans le ministère pastoral, certaines déficiences ou inadaptations dans la vie de l'Eglise, sont exploités par les sectes et facilitent leur succès actuel.

 

 

1    LE SENS DE LA COMMUNAUTE

 

 Notre contemporain a besoin de convivialité et de fraternité, de lieux accueillants et chaleureux, de lieux d'appartenance et de participation...

Les paroisses peuvent poser problème si on ne fait pas des efforts délibérés pour les rendre plus humaines et plus vivantes. En effet, par rapport à ces paroisses parfois trop vastes et impersonnelles, les sectes constituent de petites communautés dans lesquelles l'individu se sent accueilli, connu, et investi d'un rôle effectif. Les sectes offrent une communauté plus resserrée et plus fraternelle que celle des masses catholiques. Les cultes offrent plus de participation et sont plus simples.

Il faut donc améliorer le "système" de communauté paroissiale" traditionnel.

Nos communautés ont besoin d'être :

* plus fraternelles,

* plus "à l'échelle humaine",

* plus adaptées à la vie des gens,

* plus soucieuses d'une foi vivante,

* davantage témoins d'amour et d'espérance.

Elles ont à être toujours mieux

* des communautés qui célèbrent,

* des communautés qui prient,

* des communautés missionnaires,

* des communautés ouvertes aux problèmes particuliers des gens (divorcés-remariés, migrants, malades) avec une souplesse d'intervention et une diversification des apostolats et des insertions.

Une pastorale s'adressant à tous...

Tout cela nécessite une transformation de la paroisse en une communauté de communautés. On a besoin de véritables "communautés ecclésiales de base". Jean-Paul II lui-même, dans son homélie à Davao City (au sud des Philippines), a dit : «C'est dans les petites communautés chrétiennes où les membres se connaissent les uns les autres que se pratiquent le plus facilement l'amour véritable et le souci fraternel".

Sans oublier que la paroisse, c'est ... le quartier où l'on vit, l'immeuble où l'on habite. Les communautés chrétiennes sont constituées de chrétiens insérés dans la vie quotidienne.

 

 

 

 

2    FORMATION ET FORMATION CONTINUE

 

On observe actuellement un certain désarroi doctrinal, voire une confusion chez certains, à cause

d'une part du matérialisme de nos sociétés

et d'autre part, dans certains cas, d'une instruction religieuse déficiente.

L'expérience montre que les Nouveaux Mouvements Religieux (NMR) profitent des situations d'ignorance religieuse parmi les chrétiens.

Il y a donc un besoin d'évangélisation qui comporte :

 

A) UNE INITIATION BIBLIQUE

La place de la Bible est centrale. Le succès des Témoins de Jéhovah proposant des cours de Bible serait moindre si les chrétiens étaient plus familiers de la Parole de Dieu.

 

B) UNE CATECHESE adaptée et accompagnée d'un TEMOIGNAGE qui les traduise dans la vie. Il ne s'agit pas de connaître un catéchisme abstrait en questions-réponses : il s'agit d'initier à la relation vivante avec Dieu.

Sur le plan théologique, certaines sectes ou certains Nouveaux Mouvements Religieux menacent des articles majeurs de la foi catholique. Par exemple :

Il est contraire à la foi chrétienne d'introduire une quelconque séparation entre le Verbe et Jésus-Christ" (Jn 6). Il convient d'approfondir le sens du Transcendant, du Mystère, du Tout-Autre sur lequel on ne met pas la main. Prendre conscience de l'oeuvre constante de l'Esprit... D'autres questions sont à soulever : celles de l'eschatologie (la fin des temps), de l'Au-delà (résurrection ou réincarnation ?), de la communion des saints. Pourquoi l'Eglise ? qu'est-ce que l'Eglise ? Pourquoi la Tradition apostolique ?

 

C) UNE FORMATION OECUMENIQUE ET UNE CULTURE RELIGIEUSE

comprenant l'information

sur notre propre tradition catholique (croyances, pratiques, spiritualité, méditation, contemplation, etc.),

sur les autres traditions,

sur les nouveaux groupes religieux, etc.

A l'heure de la planétarisation, on ne peut pas méconnaître ce que vivent les autres. Par ailleurs, lorsque certains groupes se targuent d'être le véritable hindouisme ou bouddhisme, etc, on aurait au moins des éléments pour juger du bien-fondé de telle ou telle doctrine.

 

 

D) UNE FORMATION A LA VIE SPIRITUELLE ET AU DISCERNEMENT

selon les différentes formes de spiritualité.

 

* Il faut pour ce faire employer plus et mieux les moyens de communication sociale.

* Sans oublier que la formation dans la foi doit être continue. Une foi qui s'arrête avec la profession de foi est comme un muscle qui s'arrête de fonctionner ! Or combien d'adultes en sont restés à leur catéchisme d'enfance ?

 

* Une foi témoignante

On constate chez les catholiques un manque d'ardeur missionnaire. Il nous faut tous nous engager activement pour l'Évangile, de manière à atteindre tous les hommes sans exception. C'est le sens de l'insertion laïque. Tous nous sommes conviés à rendre compte de notre espérance. Quand on a une Bonne Nouvelle, on la partage. En ce sens, on peut admirer parfois l'ardeur missionnaire de certains adeptes.

Cependant toutes les méthodes des sectes et NMR ne méritent pas l'approbation. Un témoin respectueux de l'autre, respectueux aussi des moeurs divines, ne fait pas de prosélytisme indiscret. Un témoin de Jésus Christ est capable de rencontrer tout homme pour lui-même et non parce qu'il représente un adepte en puissance ! Le vrai sens missionnaire respecte l'autre dans son histoire, dans son charisme, dans le mûrissement de son cheminement.

* Attention aussi aux grands coups de "conversion" qui impressionnent, aux manifestations extraordinaires qui touchent émotionnellement, mais ne font pas toujours de racines. Ce genre de campagne risque de méconnaître la dimension ordinaire de la foi, une foi qui doit s'incarner, qui doit se vérifier précisément par ses fruits et sa durée.

* Il faut encore redécouvrir le christianisme comme la Voie (un cheminement dans la relation à Dieu et aux autres).

 

 

 

 

3    PRIERE ET CULTE

 

L'Église est à la fois "active et contemplative". Pour cette raison, son action pastorale doit toujours être inspirée et soutenue par une prière communautaire et vivante, sans ritualisme, sereine, mais biblique. La Parole de Dieu doit être redécouverte comme un élément fondamental pour l'édification de la personne et de la communauté. Il est nécessaire de mettre les fidèles en contact avec celle-ci. Il faut qu'ils se forment, étudient, prient et vivent la Parole de Dieu.

 

* Vie de prière personnelle

Les jeunes d'aujourd'hui cherchent avidement des formes et des méthodes nouvelles, parfois étranges, de prière. Or l'Eglise n'est-elle pas une école de prière ? A la suite du priant par excellence qu'est Jésus, notre tradition n'a-t-elle pas de quoi former à la prière ?

 

* Vie de prière communautaire

La liturgie est une véritable école de foi et de prière. Encore faut-il que les traditions liturgiques et dévotionnelles soient expliquées, donc comprises, encouragées et vécues de manière correcte et belle le plus possible.

Là où la liturgie est célébrée d'une manière froide et habitudinaire, les groupes sectaires célèbrent des services religieux qui se caractérisent par une grande participation.

Faire de nos liturgies et de nos réunions de prière des rassemblements chaleureux et vivants d'hommes et de femmes engagés envers le Seigneur.

 

* La vie liturgique nécessite elle aussi une formation.

 

* De nombreux groupes mettent davantage l'accent sur l'aspect émotionnel que sur celui de la spéculation. Ceci sans doute en réaction à des comportements massivement cérébraux. Or sans tomber dans les travers de l'émotionnel, nos célébrations doivent porter attention au corps, aux gestes, aux symboles et aux aspects matériels. A plus forte raison dans une culture audiovisuelle.

 

* Sans avoir peur de la créativité, ni de l'inculturation (avec le respect dû à la nature de la liturgie et ce que requiert l'universalité).

 

* «La diffusion de sectes, disait déjà le Synode de 1985, ne nous poserait-elle pas la question de savoir si, parfois, nous manifestons suffisamment le sens du sacré ?» Or la réduction du message évangélique à une préoccupation quasi exclusive pour le temporel est incapable d'assouvir la faim de sacré. D'où le danger d'aller chercher le sacré en dehors de l'Église.

 

* Pourquoi les homélies ne susciteraient-elles pas l'intérêt des fidèles ? Encore faut-il qu'elles soient "pastorales", dans le langage des auditeurs, et capables de faire se rencontrer la Parole et leur vie. La prédication ne doit être ni théorique, ni intellectuelle, ni moralisante, mais présuppose le témoignage de vie du prédicateur.

 

* En ce qui concerne la dévotion populaire, il convient de ne pas la mépriser ; sinon on la condamne à être récupérée par les nombreux groupes piétistes actuels. Il convient de lui donner un sens évangélique plus grand et de canaliser la richesse qu'elle contient.

 

* Le culte et la prière ne devraient pas être nécessairement confinés aux endroits traditionnels de culte. Pensons-nous que plus de 90% de nos contemporains vivent hors-les-murs de nos églises ? Considérons les « sans-Église », les non-baptisés, les non-croyants. Dans tous les cas, parmi les catégories auxquelles les sectes s'adressent de préférence, il y a les jeunes, les migrants et ceux qui sont moins atteints par la pastorale, qui ne jouissent pas d'une formation solide et de structures ecclésiales adéquates.

 

 

 

 

4    PARTICIPATION ET DIRECTION

 

Là où les laïcs, hommes et femmes, peuvent se sentir à l'écart, les sectes leur donnent des rôles de participation. Dans la fidélité au Concile Vatican II, il convient de poursuivre la promotion de la participation et la responsabilité des laics. Un cléricalisme accentué peut éloigner le fidèle laic et lui faire envisager l'Église comme une institution dirigée par des "fonctionnaires" ordonnés et détenteurs du pouvoir. L'Eglise étant une communion, elle doit rendre tangible la participation et la coresponsabilité à tous les niveaux.

Ceci appelle une promotion renforcée des ministères diversifiés et une formation continuelle de responsables laïcs.

 

 

 

 

5    APPROCHE PERSONNELLE ET INTEGRALE

 

"Tout homme est une histoire sacrée". Il faut aider les gens à se rendre compte qu'ils sont uniques, aimés personnellement par un Dieu personnel, avec une histoire qui leur est propre et qui va de la naissance à la résurrection en passant par la mort. Et ce, dans un monde qui n'est pas mauvais en soi : "Dieu vit que cela était bon... très bon...!"

Une attention spéciale doit être portée à la dimension de l'expérience, c'est-à-dire à la découverte personnelle du Christ et de la relation personnelle nourrie par la prière et une vie engagée. Encore une fois il ne suffit pas de donner aux gens des informations intellectuelles. Le christianisme n'est ni un ensemble de doctrine ni un système éthique. Il est une vie dans le Christ, qui peut être vécue à des niveaux toujours plus profonds. La vie chrétienne est un cheminement (la Voie), chacun étant respecté dans son rythme.

Cette relation personnelle avec Dieu concerne toute la vie. Les nouveaux mouvements religieux promettent aux gens sagesse, paix, harmonie et réalisation de soi. Notre présentation du christianisme devrait être celle d'une bonne nouvelle de la sagesse divine, de l'unité et de l'harmonie avec Dieu et avec toute la création, du bonheur qui est la préparation terrestre à la béatitude céleste, et de cette paix que le monde ne peut donner.

Une attention particulière doit aussi être accordée au ministère de guérison par la mise en valeur du sacrement des malades, par la présence et la prière fraternelles.

Notre souci pastoral ne doit pas être unidimensionnel; il doit s'étendre non seulement aux dimensions spirituelles, mais aussi aux dimensions physiques, psychologiques, sociales, culturelles, économiques et politiques.

Le succès des loges maçonniques vient de qu'elles se présentent comme des lieux de réflexion par rapport aux questions vitales. Nos communautés doivent faire l'effort de cette recherche au regard de l'Evangile et de manière non pas simpliste mais compétente.

Le chapitre 25 de st Matthieu nous rappelle bien que tout compte fait, nous serons jugés sur l'amour. Il ne suffit pas de dire "Seigneur, Seigneur" même avec une très belle liturgie. Il faut que la foi passe dans les oeuvres. "J'étais malade, j'avais faim, j'étais nu..." C'est la raison de l'engagement de l'Eglise en faveur des pauvres, des marginaux et des exclus. L'Eglise doit dénoncer de façon prophétique toute forme de pauvreté et d'oppression, et défendre et promouvoir partout les droits fondamentaux et inaliénables de la personne humaine". Or on peut constater que dans la plupart des sectes et groupes du Nouvel Age par exemple, on parle beaucoup de méditation mais moins de caritatif. La secte et la gnose ne tiennent pas compte de cette dimension de l'engagement dans les structures du monde pour le Royaume.

Tout cela doit se vivre dans une dimension oecuménique et dans le dialogue interreligieux. On perçoit bien dans certains mouvements contemporains l'aspiration à oeuvrer "ensemble".

 

DIALOGUE INTERRELIGIEUX

"L'Eglise catholique ne refuse rien de ce qui est vrai et saint dans les religions non chrétiennes..." Les catholiques doivent reconnaître, préserver et faire progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en elles. Un des rendez-vous les plus importants de l'an 2000 est précisément ce dialogue interreligieux.

Mais il convient de distinguer entre d'une part les sectes et les nouveaux mouvements religieux, et d'autre part les religions authentiques et communautés ecclésiales. Les rapports de l'Eglise avec les sectes doivent être en effet attentivement réfléchis : comment mener le dialogue avec ces groupes avec la prudence et le discernement nécessaires ? La nature de beaucoup d'entre eux et leur manière d'agir rendent le dialogue particulièrement problématique. Le devoir des pasteurs de l'Église de défendre les fidèles contre des associations qui sont dans l'erreur ou dangereuses est un devoir sérieux. D'autant que certains groupes poursuivent une stratégie agressive à l'égard de l'Église, parfois avec un support économique et politique extérieur ou portent gravement atteinte aux droits de l'homme. Sans se refuser à discuter avec ces groupes, l'Église doit donc réfléchir sur la manière de se défendre par des moyens légitimes (ex: témoins de Jéhovah).

 

 

 

 

6    IDENTITE CULTURELLE

 

Là où l'inculturation n'est pas encore réalisée, les nouveaux mouvements religieux (NMR) se donnent une apparence de groupes religieux indigènes qui apparaissent aux gens comme bien enracinés localement. L'inculturation doit donc être prise davantage au sérieux, mais une inculturation pleine de bon sens, de discernement, sans relent archéologique ou folklorique.

En Afrique, le surgissement des NMR a beaucoup à voir avec la crise politique, culturelle et sociale de l'après-colonialisme, avec les questions de l'inculturation, et avec le désir africain de guérison et d'aide pour affronter les problèmes de la vie. En France même, veiller à la diversité des populations (migrants...), à la dimension de "religion populaire", etc...

...sans faire de coupures en chapelles !

 

 

 7    INVENTER DES "LIEUX" D'ATTERIRSSAGE ET DE NOUVEAUX ITINERAIRES

 

Préparer un terrain d'atterrissage pour ceux et celles qui voudraient revenir à la pratique de l'Eglise, afin qu'ils ne se sentent pas jugés mais plutôt accueillis dans la fraternité. Afin qu'ils sentent aussi que le bout de chemin fait dans ces groupes leur permet peut-être d'apporter un peu de vin nouveau à la communauté. Il serait opportun de préparer des lieux pour assurer leur insertion, pour répondre à leurs questions et leur permettre de poursuivre leur cheminement, tout en incitant les autres chrétiens à profiter de cet exemple pour entreprendre eux-mêmes une démarche d'éducation de leur foi.

 

 

 

CONCLUSION

 

Le « défi » des sectes ou des nouveaux mouvements religieux doit stimuler notre propre renouveau en faveur d'une plus grande efficacité pastorale.

Comme solution globale aux problèmes actuels, l'invitation du Synode est de comprendre intégralement le Concile et de l'assimiler plus profondément afin de le mettre en pratique (voir Synode extraordinaire 1985 Documentation Catholique 1986 n° 1909).

L'Église, éclairée par l'Evangile, voit dans la diffusion des sectes un signe des temps qui pousse au renouvellement : évangélisation intégrale, vivante et communautaire ; revitalisation des paroisses et des communautés ; formation d'agents laïques et leur insertion plus active dans la pastorale ; célébrations liturgiques plus vivantes ; meilleure utilisation des médias.

L'Église doit s'engager elle-même à devenir plus pleinement le signe et l'instrument de la communion avec Dieu, et de la communion et de la réconciliation parmi les hommes.

La question des sectes et des NMR ne permet pas des solutions rapides ou faciles. Devant le dynamisme de l'activité des NMR, les pasteurs de l'Eglise ne peuvent pas simplement agir comme auparavant, sans y porter une attention spéciale. Le phénomène des NMR est un défi et une chance. L'Église doit avoir confiance dans le fait qu'elle a les ressources pour se montrer à la hauteur de la situation. Le défi des sectes doit être affronté avec courage et sagesse, et dans une pleine confiance au Christ ressuscité qui accompagne l'Église tout au long de son pèlerinage.

 

 

 

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