LES FRUITS DE GAMALIEL

 

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En Suède, catholiques et pentecôtistes se rapprochent

‣ Le groupe officiel suédois de dialogue entre catholiques et pentecôtistes vient de fêter ses 10 ans d’existence. ‣ C’est une initiative unique en Europe et assez rare dans le monde. ‣ Elle permet de constater les nombreuses proximités théologiques entre les deux confessions, ainsi que leurs points de divergence avec l’Église luthérienne sur les sujets sociétaux.

« Alors que, au Brésil et ailleurs, nos relations sont plutôt conflictuelles, ici en Suède, nous pouvons dialoguer et nouer des relations d’amitié. » Le pasteur Pelle Hörnmark, président de la Pingst fria församlingar samverkan (l’Union pentecôtiste suédoise), résume ainsi l’originalité du groupe officiel de dialogue entre catholiques et pentecôtistes lancé en 2002 par Mgr Anders Arborelius, évêque du seul diocèse catholique de Suède. La semaine dernière, des chrétiens des deux confessions se sont rassemblés pour marquer les 10 ans du groupe à l’occasion d’une séance de travail à l’Institut Newman, première faculté catholique fondée en Suède depuis la Réforme et animée par les jésuites depuis septembre 2010 à Uppsala, ville universitaire au nord de Stockholm.

« Ce dialogue est sans doute unique en Europe », se réjouit Sœur Véronique Tournier, dominicaine française vivant en Suède depuis 1971 et membre du centre spirituel œcuménique de Berget, près de la cité touristique de Rättvik. À travers le monde en effet, les instances bilatérales catholiques-pentecôtistes sont rares, car chacun soupçonne l’autre de prosélytisme. Mais en Suède, les deux confessions étant en situation de minorité – avec 83 000 pentecôtistes et 92 000 catholiques romains –, et donc à égalité face à la majorité luthérienne (6,5 millions de membres dans l’Église de Suède), ce contexte favorise le respect et la compréhension mutuels. Six responsables de chacune des deux Églises ont pris l’habitude de se retrouver, deux fois par an, dans diverses paroisses pentecôtistes ou catholiques, dans des communautés monastiques du pays, voire à Rome avec participation à une audience pontificale.

Après deux premières années d’apprivoisement, le dialogue s’est approfondi, notamment sur des points théologiques posant problème, tels l’interprétation des Écritures, les sacrements, ou le ministère de Pierre… « Nous nous sommes rendu compte de notre proximité pour affirmer la vérité objective du Christ », souligne Mgr Arborelius. Il faut dire que dans l’Église luthérienne (officiellement séparée de l’État depuis douze ans) l’engagement social et caritatif est privilégié, au détriment de l’enseignement de la foi. Depuis les années 1960, les facultés luthériennes suédoises de théologie se sont transformées en facultés de religions comparées. Selon le jésuite Philip Geister, recteur de l’Institut Newman, « l’Église de Suède s’est vidée d’une partie de son contenu théologique et spirituel ». Et d’évoquer des pasteurs luthériens qui affirment publiquement ne pas croire en Dieu ou proposent des interprétations réductrices de la figure du Christ, dont ils font un sage, un frère ou un guide, adaptables par chacun selon son goût…

Face à cette « théologie individualiste et libérale », l’évêque catholique et l’ancien responsable de l’union pentecôtiste, le pasteur Sten-Gunnar Hedin, ont publié ensemble deux petits livres sur le Fils de Dieu et sur l’Esprit Saint.

« Un troisième, sur Dieu le Père, est en chantier », sourit Mgr Arborelius, en considérant qu’il est « urgent d’aider les Suédois à comprendre que Jésus-Christ est la Vérité ».

Depuis dix ans, les deux Églises se sont également rapprochées autour des sujets sociétaux. Ainsi catholiques et pentecôtistes sont pratiquement les seuls à s’exprimer contre l’avortement, légalisé dès 1938. « Avec près de 40 000 avortements par an, nous avons l’un des taux d’IVG les plus élevés d’Europ e, sans compter les ventes en constante progression de la pilule du lendemain », déplore Helena d’Arcy, présidente de « Respekt », mouvement pro-vie fondé en 2000 par Mgr Arborelius dans le but d’informer, de sensibiliser l’opinion publique et d’aider les femmes confrontées à l’avortement. Même si, selon le P. Geister, « la bataille semble perdue »…

De même, catholiques et pentecôtistes s’opposent au mariage entre deux personnes du même sexe, légalisé par l’État suédois depuis 2009, avec le soutien du Synode de l’Église de Suède (véritable parlement élu et dominé par les partis politiques) qui autorise ses pasteurs, depuis 2004, à bénir des couples homosexuels et, depuis 2006, à célébrer religieusement de telles unions.

« Certes, pour nous, le mariage n’est pas un sacre- . ment, mais il ne peut être

célébré qu’entre un homme et une femme », rappelle le pentecôtiste Olof Djurfeldt qui, après quelques années comme missionnaire au Congo, a longtemps dirigé le magazine pentecôtiste suédois Dagen .

« Paradoxalement, alors que c’est avec les luthériens que nous sommes les plus proches sur les plans théologique et liturgique, c’est avec eux que nous avons le plus de divergences sur les modes de vie », constate le P. Fredrik Emmanuelson, vicaire épiscopal pour l’évangélisation et membre du groupe de dialogue avec les pentecôtistes. Et curieusement, dans les deux Églises, on enregistre chaque année, en moyenne, une centaine de « convertis » insatisfaits des évolutions de l’Église luthérienne. Ceux qui entrent dans l’Église catholique proviennent essentiellement des milieux universitaires et intellectuels ; ceux qui frappent à la porte des pentecôtistes sont issus de milieux plus populaires.

La Croix du 23 octobre 2012

 

Soudan du Sud : des musulmans se mobilisent pour reconstruire une cathédrale

Un groupe de volontaires musulmans du Darfour, d’autres régions du Soudan et des États-Unis se mobilisent pour reconstruire la cathédrale Saints-Pierre-et-Paul de Torit, au Soudan du Sud, rapporte le Service d’information catholique pour l’Afrique (Cisa). L’édifice a été détruit par les forces armées soudanaises à deux reprises, durant la guerre civile qui a ravagé le pays pendant deux décennies.

« La reconstruction de la cathédrale de Torit est un symbole d’espoir et de paix pour les communautés musulmanes et chrétiennes de la région », a souligné Rudwan Dawod, directeur de projet de l’ONG Sudan Sunrise Rudwan Dawod. selon lui, la cathédrale a été détruite par la faute de « politiciens égocentriques, sous prétexte de l’islam, une religion qui promeut la paix et l’amour ». « De vrais musulmans ne peuvent détruire une église », a-t-il ajouté.

L’ONG Sudan Sunrise est un mouvement composé de personnes de diverses religions. Elle vise à faciliter les efforts de réconciliation au Soudan, pour assurer une paix durable dans le pays et mettre fin à l’oppression. Elle soutient des projets liés à la réconciliation, à l’éducation, au développement et à la santé en faveur des populations du Soudan du Sud et du Soudan.

La Croix du 25 octobre 2012

 

 

Un artisan du dialogue interreligieux en Égypte

MARIE VERDIER

Parmi ses quatre proches collaborateurs amenés à le conseiller, le président égyptien Mohamed Morsi a choisi un intellectuel copte.

Samir Morcos Assistant pour la transition démocratique du président Mohamed Morsi

À une journaliste libanaise qui lui demandait s’il se définissait d’abord comme Égyptien ou comme copte, Samir Morcos avait d’emblée lâché : « Égyptien », rappelait la journaliste Maggie Morgan dans le quotidien Al-Ahram en 2005. Cet intellectuel anglophile est connu largement audelà des frontières de l’Égypte pour son combat de plus de vingt ans en faveur du dialogue interreligieux et son rêve que musulmans et coptes puissent se définir avant tout comme citoyens égyptiens. Le président Mohamed Morsi s’est donc naturellement tourné vers l’écrivain et chercheur, qui approche de la soixantaine, en le nommant « assistant », c’est-àdire l’un de ses quatre proches collaborateurs (1) chargé, lui, de la « transition démocratique ».

Grâce à cet homme souriant, à la voix posée, qui cherche à faire partager ses valeurs, comme le décrivait Maggie Morgan, Mohamed Morsi espère donner des gages d’apaisement et d’ouverture aux coptes – 6 à 10 % de la population égyptienne –, inquiets d’avoir un chef de l’État issu des Frères musulmans, et dont certaines communautés ont été victimes de violence cet été.

Samir Morcos et sa femme Vivian Fouad ont déjà créé des ponts entre mondes chrétien et musulman. Ils furent à ce titre les premiers lauréats du prix d’une académie norvégienne, créé en 2004. Tous deux ont créé en 1994 le centre copte d’études sociales, publient des ouvrages et participent à de nombreuses conférences sur le dialogue interreligieux. Viviane Fouad est aussi une grande figure de la cause des femmes, experte auprès du conseil égyptien de la maternité et de l’enfance pour la lutte contre les mutilations sexuelles. Au point que, sur le réseau Twitter, un Égyptien a salué la nomination du « mari de Vivian Fouad » aux côtés de Mohamed Morsi.

« Pourra-t-il être autre chose qu’un faire-valoir du président et des Frères musulmans ? », interroge Laure Guirguis, chercheuse associée au CNRSEHESS. « Samir Morcos soutient une position non communautariste et milite pour que les coptes s’engagent dans la vie politique et sociale égyptienne. Mais parce qu’il est conciliant et consensuel, il est facilement récupéré comme “le copte de service”», déplore la scientifique.

(1) Les trois autres sont Pakinam Al Charkaoui, professeur de sciences politiques à l’université du Caire, désigné pour les « affaires politiques » ; le dirigeant du parti salafiste Al-Nour, Emad Abdel Ghafour, aux « relations avec la société civile » ; et Essam Al Haddad, issu du parti que dirigeait Mohamed Morsi, pour les « relations extérieures » .

La Croix du 29 août 2012

 

Les policiers sikhs de Washington autorisés à porter le turban

Les agents de police sikhs de Washington sont désormais autorisés à porter le turban, une première dans une grande ville américaine. « Penser que l’apparence puisse empêcher une personne talentueuse (d’entrer dans la police), ne rime à rien » , a expliqué Cathy Lanier, chef de la police de la capitale. Au Royaume-Uni, au Canada et en Inde, les policiers sikhs y sont autorisés.

La Croix du 18 mai 2012

 


 

Dans le Nord somalien, l’école pour endiguer l’extrémisme

MARiE WOlFROM

Régions autonomes du nord de la Somalie, le Puntland et le Somaliland misent sur l’éducation pour lutter contre l’extrémisme religieux et la violence.Scolariser les filles et offrir aux garçons des alternatives à la piraterie sont les priorités.Des bailleurs étrangers, États-Unis, Union européenne, Norvège, apportent une aide financière.

Le ministre de l’éducation du Puntland est un homme pressé. Des décennies de retard à rattraper. « Je cours tout le temps », confie Abdi Farah Said, revenu au pays en 2006 après un long exil. « La plus grande victime de la guerre a été la culture. Or, c’est le seul moyen de contrer l’extrémisme en Somalie. L’éducation est notre priorité », lance-t-il, avant une tournée des établissements scolaires dans la chaude torpeur de Garowe, poussiéreuse capitale surgie du désert il y a vingt ans.

Dans l’école secondaire, la plus grande du pays, résonne un martèlement entêtant : des ouvriers clouent des tôles flambant neuves sur une charpente en bois. Le bâtiment, qui abrite quatre nouvelles salles de classe, sera prêt pour la rentrée, début août, assure le directeur de ce lycée de 1 500 élèves. Créations, extensions, modernisations : les écoles poussent en Somalie du Nord.

Les besoins sont énormes. Alors que les Objectifs du millénaire fixés par l’ONU exigent que 100 % des enfants en âge d’aller à l’école primaire soient scolarisés en 2015, la Somalie dans son ensemble affiche un maigre 38 %. Mais cette moyenne recouvre des réalités bien différentes. Si le sud et le centre du pays, déchirés par d’incessants conflits, sont à la traîne, les régions autonomes du nord, Puntland et Somaliland, misent sur l’éducation.

Toutes deux ont pris le large après la chute du dictateur somalien Siad Barre en 1991. Vingt ans après, ce sont les régions les plus pacifiques de Somalie, même si les défis, développement et sécurité en tête, restent légion.

C’est notamment du Puntland que partent les esquifs de pirates qui écument l’océan Indien et le golfe d’Aden. « Quand on n’a pas les moyens d’étudier, pas de travail, on peut être tenté de rejoindre les pirates, parce que c’est de l’argent facile à gagner, explique Awil, 18 ans, étudiant en informatique à l’université de Garowe. Mon père me paie des études, mais certains de mes amis sont devenus pirates. »

« Notre société est vulnérable, insiste le président du Puntland, Abdirahman Mohamed Farole, qui reçoit dans une résidence protégée par deux rangées de chicanes. Un enfant qui n’est pas éduqué est susceptible de rejoindre la première offre venue, piraterie, terrorisme. »

Si l’éducation est présentée comme une priorité, le ministre s’avoue pourtant « peu fier » de son budget de 3,5 %, la moitié de celui dévolu aux dépenses de sécurité. « Mais cela va augmenter », assure-t-il. Il peut surtout compter sur les financements accordés par les États-Unis, la Norvège ou l’Union européenne, le plus gros bailleur de fonds dans le domaine de l’éducation en Somalie avec une dotation de 85 millions d’euros sur cinq ans.

« Le pays est considéré comme stratégique par l’Union européenne, en particulier en raison du terrorisme et de la piraterie. Notre budget pour la Somalie est le même que pour le Kenya », cinq fois plus peuplé, explique Isabel Faria de Almeida, responsable des secteurs éducation et développement économique pour la Somalie.

Plus stable encore que le Puntland, le Somaliland fait figure de premier de la classe. Quelque 60 % des enfants vont à l’école et la fréquentation progresse d’année en année, dopée par la gratuité de l’enseignement primaire mise en place depuis 2011. La région affiche aussi un taux supérieur de recrutement dans les écoles secondaires, encore très peu fréquentées en Somalie.

Un effort tout particulier est fait en direction des jeunes filles. Des salles réservées leur permettent de travailler au calme et de se rendre aux toilettes en toute discrétion. « C’est très important pour nous, témoigne Farduus, 17 ans. Je ne veux pas être comme ma mère qui n’a aucune éducation. Je veux devenir médecin, mon futur mari devra accepter mon travail. »

Seule femme du gouvernement, la ministre de l’éducation Zamzam Abdi Adan entend continuer sur sa lancée : « Notre budget est de 10 %, contre 4 % en 2010, et le salaire des professeurs a doublé pour atteindre 100 dollars (76 €) par mois. Mais il nous faut plus de salles de classe, plus de professeurs, plus de tout ! »

Alors que les Objectifs du millénaire fixés par l’OnU exigent que 100 % des enfants en âge d’aller à l’école primaire soient scolarisés en 2015, la somalie dans son ensemble affiche un maigre 38 %.

La Croix du 03.05.2012
 


Le préposé général des Jésuites met l’accent sur l’importance des sagesses asiatiques

De retour à Rome après plusieurs visites pastorales en Asie (Vietnam, Inde, Australie), le préposé général des Jésuites, le P. Alonso Nicolas, s’est dit impressionné par tout ce que « nous, vieux Européens, nous avons à apprendre de l’Asie».
Celle-ci, à ses yeux, est certes confrontée, comme le reste du monde, à la « globalisation des systèmes de valeurs » et doit donc s’interroger sur les questions du « sens, des valeurs, de la profondeur, du pluralisme, de la créativité ». Mais ce continent est « le dépositaire privilégié d’une grande sagesse », même si celle-ci se trouve aujourd’hui en péril : « La culture, la sagesse, et même la médecine chinoises sont bien plus anciennes que toute prétention à l’antériorité de la part de l’Europe ». Pour le « pape noir », « estimer que le progrès et le développement de l’humanité devraient suivre un modèle européen, qui serait considéré comme le meilleur, manifeste simplement combien est profonde, et insensible, notre ignorance de l’humanité».
Face à ces défis asiatiques, les Jésuites, se doivent, selon le successeur de saint Ignace, d’«être réellement profonds et cohérents dans leur vie et leur message, en vue d’être crédibles au milieu de traditions qui se caractérisent par la profondeur, la compassion, le détachement et la liberté intérieure. » Plus encore, la Compagnie de Jésus « ne peut pas laisser perdre cette sagesse asiatique sans mettre en œuvre un effort tous azimuts pour en apprendre d’elle ce qui peut concourir au bien commun de l’Eglise et du monde. »

La Croix du 05.04.2012 Urbi et Orbi
 

Les chrétiens du Nord protégés des islamistes par des musulmans

Sous la menace directe des islamistes, les chrétiens du nord du Mali ont été protégés par la solidarité de leurs voisins musulmans.

« Nous, les chrétiens du Nord, nous avons été pourchassés par des islamistes et nous avons été sauvés par les musulmans », déclare avec force Pierre, un catholique malien travaillant au sein d’une structure humanitaire de Gao, réfugié depuis une semaine à Bamako.

« Je vivais à Gao depuis sept ans, dit-il. Les relations entre les chrétiens et les musulmans n’étaient pas spécialement conflictuelles. Seule une minorité étaient animés de mauvais sentiments à notre égard : ils nous jetaient des pierres lorsque nous faisions notre chemin de croix à l’extérieur de l’église. La police devait intervenir pour nous protéger. »

Tout a basculé le jour où les rebelles ont pris Gao, le 31 mars. C’est le début de la grande peur pour les 300 chrétiens de la communauté de Gao. « En quelques heures, les islamistes ont balayé notre paroisse. Nous n’avions jamais vu cela depuis l’implantation de l’Église dans cette ville, il y a cent ans », se désole un autre fidèle.

La Mission catholique forcée
Les témoignages des déplacés racontent la même histoire : à peine la ville tombée, un groupe de djihadistes force la mission catholique et réclame les prêtres : « Nous sommes venus pour les égorger », disent-ils. Alertés, prêtres et religieuses ont pu fuir à temps.

« Les djihadistes s’en sont alors pris à tous les signes catholiques : à commencer par l’église, mais aussi l’école Sainte-Geneviève, le dispensaire, la crèche et la bibliothèque de la mission catholique… Ils étaient en rage », se souvient Pierre, qui poursuit :

« On m’a appelé pour m’occuper de 13 femmes, allongées sur une charrette, en sang : toutes travaillaient dans des bars où l’on vendait de l’alcool. En général, ils sont tenus par des chrétiens. Elles avaient toutes été violées. Nous les avons soignées comme nous avons pu et nous les avons embarquées dans le premier car pour Mopti. Depuis, je ne suis plus rentré dans ma maison. J’avais peur d’être ciblé comme chrétien. »

La tension monte avec l’arrivée d’islamistes étrangers
Un réflexe partagé par les chrétiens de la ville : « Comme la plupart d’entre nous, j’ai trouvé refuge chez un ami musulman. Le chef du quartier nous a demandé de nous fondre dans la population et de porter un turban à la manière des Tamachèques (les Touaregs noirs), explique Pierre. Dans la journée, je sortais habillé ainsi avec un ami. Les barbus cherchaient les militaires en civil, les fonctionnaires, les chrétiens et les voleurs. Tous ceux qu’ils dénichaient, ils les tuaient. Par la grâce de Dieu, aucun chrétien n’a été attrapé parce qu’il était chrétien. »

Jean, fonctionnaire dans Gao depuis plus de dix ans, a vécu le même calvaire : « Je circulais dans toute la région comprise entre Gao et Kidal. Mes relations avec les salafistes étaient plutôt courtoises. Cela a commencé à se durcir avec l’arrivée, à la fin des années 2000, de salafistes arabes, yéménites, qatariens ou saoudiens… je ne sais pas exactement. Lorsque Iyad Ag Ghaly, le leader du groupe islamiste Ansar Dine, est revenu d’Arabie saoudite, en 2010, le mouvement salafiste s’est amplifié. Tout s’est dégradé avec l’arrivée des mercenaires maliens après la chute de Kadhafi. »

« À partir du 17 janvier, continue Jean, les événements se sont enchaînés à une vitesse incontrôlable. Comme des dominos, les villes tombaient les unes après les autres : Aguelhock, Ménaka, Léré, Tessalit, Kidal, Gao… Nous étions prisonniers dans la ville, à la merci des plus fous, qui ont violé les filles et la femme de notre gardien et tout volé. Nous avons frappé à la porte d’un ami musulman qui nous a cachés pendant trois jours. »

Des églises saccagées autour de Tombouctou
Aujourd’hui, Jean vit avec son épouse chez l’un de ses enfants à Tombouctou. En aucun cas il ne souhaite retourner à Gao. Pierre, de son côté, est pris en charge à Bamako, par la structure humanitaire pour laquelle il travaillait dans le Nord.

À Tombouctou, où les chrétiens sont entre 300 et 400, il n’y a pas eu de destruction d’édifices religieux. « En revanche, assure l’un des pasteurs de la ville, les églises de Dirée, à 80 km de Tombouctou, et de Nianfinké, à 180 km de la ville, ont été saccagées. »

Lorsque les Touaregs du MNLA ont pris Tombouctou, comme leur revendication était politique, les chrétiens pensaient n’avoir rien à craindre. « Mais quand nous avons constaté que la ville était aussi occupée par Ansar Dine, Aqmi, des anciens du FIS algérien, des mercenaires tchadiens, nous avons commencé à avoir très peur. D’autant qu’ils ont instauré la charia, continue le pasteur. Les salafistes ont fait passer le message suivant : ceux qui ne sont pas d’accord avec la charia n’ont qu’à quitter la ville. »

Aide spontanée des habitants de Bamako
Avec 180 chrétiens de Tombouctou et de Gao, le pasteur a trouvé refuge dans la mission protestante de Bamako. Ils sont pour l’heure soutenus par les Églises protestantes, l’archevêché catholique de Bamako et les Maliens du quartier « Ils sont tous musulmans. Ils nous apportent des vêtements, de la nourriture, de l’argent, spontanément », souligne ce pasteur de Tombouctou.

Plus au nord, à Kidal, où l’on comptait une communauté de 20 catholiques, aucun n’a été tué ni molesté, selon tous les témoignages recueillis. L’un d’eux, Théophane, un commerçant d’une trentaine d’années, raconte : « Aussitôt que les barbus se sont emparés de la ville, ils ont tué tous les militaires et les fonctionnaires qu’ils trouvaient. Une rumeur disait qu’ils cherchaient aussi les chrétiens. Tout le monde me connaissait et personne ne m’a dénoncé. J’ai quitté la ville dès que j’ai pu. Ici, à Bamako, je suis accueilli chez mon ami Ibrahim depuis une semaine. Sans lui, je serais à la rue », conclut Théophane.

Interrogé sur la raison pour laquelle Ibrahim a ouvert sa maison, pourtant modeste, ce dernier répond simplement : « L’amitié n’est pas donnée pour une journée mais pour toujours. »

Laurent Larcher à BAMAKO - La Croix Urbi et Orbi du 17 avril 2012

 

À Duisbourg, la communauté musulmane au secours des églises

En Allemagne, dans le Nord de la Westphalie, trois églises catholiques menacées de fermeture à la fin du mois bénéficient d’un élan de solidarité de la part de la communauté musulmane locale.
À l’automne 2011, Mgr Franz-Josef Overbeck, évêque d’Essen, a ainsi reçu une lettre signée de Mohamed Al, président de la mosquée Merkez au nom des musulmans, au sujet des trois églises catholiques de la ville de Duisbourg.
« Nous avons fait état de notre longue collaboration avec les paroisses de la ville et souligné l’importance des églises dans la région. Pour nous, l’avenir des églises ne doit pas être considéré uniquement d’un point de vue financier, mais aussi dans une perspective culturelle et sociale, pour le bien du dialogue interconfessionnel et culturel », a déclaré Mohamed Al.
Des liens étroits entre catholiques et musulmans
L’organisation musulmane a reçu une réponse de l’évêque indiquant que la décision concernant le sort des églises n’avait pas encore été prise. Mgr Overbeck note toutefois que la fréquentation des églises subit une érosion et qu’il est difficile de trouver des bienfaiteurs financiers.
L’église Saint-Pierre-et-Paul de Duisbourg-Marxloh, est l’une des trois églises qui pourraient être fermées. La décision du diocèse est attendue d’ici à la fin du mois de janvier.
Depuis la fondation de la mosquée Merkez en 1984, les communautés musulmanes et catholiques de Duisbourg entretiennent des liens étroits, à travers de nombreux événements communs : prières, actions sociales, fête de la moisson…
En 2008, la communauté catholique s’était mobilisée pour encourager les fidèles à accepter la construction d’une mosquée, la plus grande d’Allemagne.
« Le dialogue interreligieux et interculturel favorise la connaissance mutuelle et empêche les préjugés », estime Mohamed Al, selon qui ce dialogue se poursuivra quelle que soit la décision de l’Église catholique.

La Croix du 11 janvier 2012
 

En Égypte, l’université Al-Azhar s’engage pour la liberté religieuse

La plus haute autorité de l’islam sunnite vient d’adresser aux Égyptiens un document où elle souligne la nécessité de respecter les libertés fondamentales du peuple.

Parmi celles-ci figure la liberté de religion, d’opinion, de recherche scientifique et de créativité artistique.

À en croire le P. Samir Khalil Samir, il s’agit là d’un « grand pas en avant » pour l’Égypte. Dans une tribune publiée sur le site d’information italien AsiaNews, ce jésuite né au Caire en 1938, professeur de sciences religieuses à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, décrypte un document diffusé il y a quelques jours par l’université islamique Al-Azhar, au Caire.

Dans cette déclaration dense et argumentée, la plus haute autorité islamique d’Égypte – et l’autorité sunnite la plus influente au monde – se prononce en faveur de la liberté de religion, d’opinion, de recherche scientifique et de créativité artistique. C’est dire si de tels propos sont de nature à rassurer les coptes d’Égypte, alors que le printemps arabe laisse craindre une radicalisation de l’islam égyptien.

C’est le deuxième document présenté par Al-Azhar à la nation égyptienne depuis la révolte de la place Tahrir. Le premier avait été publié le 11 juin dernier. Mais ce nouveau texte aborde de front les points qui inquiètent chrétiens et musulmans modérés, alors que les dernières élections ont validé le poids des Frères musulmans.

« Le concept islamique de liberté est différent de celui prôné en Occident »
Selon le P. Samir Khalil, ces orientations témoignent de la volonté d’ouverture impulsée par le nouveau recteur, Ahmed El Tayyeb, nommé en 2010. Depuis son arrivée, cet ancien étudiant de la Sorbonne s’efforce de rendre à l’université son indépendance et de prôner un islam modéré.

Ce texte promeut un islam d’ouverture, en particulier dans le domaine scientifique : l’université rappelle que l’islam était autrefois à la pointe de la recherche scientifique, tandis qu’aujourd’hui seul l’Occident paraît être créatif en la matière. Il est donc temps, selon elle, que le monde musulman « se réveille ». Quant à la création littéraire, Al-Azhar souligne l’importance de laisser à chaque intellectuel la « liberté de s’exprimer », avec pour limite de « ne pas heurter la sensibilité religieuse du peuple ».

Dans ces deux points, analyse le P. Samir Khalil, on entrevoit « une critique de l’Occident » ; l’affaire des caricatures danoises est toujours « vivante » dans le monde arabe, explique-t-il. « En cela, le concept islamique de liberté est différent de celui prôné en Occident. Mais, ajoute-t-il, il est à noter qu’il est tout autant proscrit d’offenser les deux autres religions révélées, c’est-à-dire christianisme et judaïsme ».

Un document « bien apprécié des chrétiens »
L’université Al-Azhar insiste par ailleurs sur la nécessité d’« une harmonie » entre les principes de la charia et les droits humains fondamentaux, reconnaissant la valeur de la charte des Nations unies sur les droits de l’homme.

Al-Azhar précise qu’il n’y a pas de conflit entre démocratie et charia, allant jusqu’à critiquer les tendances islamistes qui ne sont « pas conformes » à l’évolution de l’Égypte moderne. Une façon, selon le P. Khalil, de « critiquer les tendances islamistes, les salafistes ». Toutefois, regrette le jésuite, s’il reconnaît « la liberté religieuse », ce texte « évite le problème fondamental de la conversion ».

Selon un observateur chrétien sur place contacté par La Croix , ce document, ainsi que celui de juin sur la vision de la société égyptienne comme un État démocratique civil, « sont bien appréciés par des chrétiens » même si « des craintes demeurent ». Il met ainsi en garde : « Il n’y a pas d’“islam égyptien” : il y a différents groupes de musulmans. Certains vont respecter les chrétiens, car ils ont vécu toujours avec eux, et un bon nombre a fréquenté des écoles catholiques. D’autres ont déjà fait des déclarations antichrétiennes ». Selon lui, « il y a une immense incertitude sur l’avenir en ce moment ».

François-Xavier Maigre - La Croix du 18 janvier 2012

 

Baptistes et catholiques parlent ensemble de Marie

Le Comité mixte baptiste-catholique de France publie un document commun sur Marie, premier texte officiel dans lequel ces deux confessions s’adressent des recommandations réciproques.

« Dès que protestants et catholiques abordent la question de Marie, on voit apparaître, en chaque catholique, un preux chevalier prêt à défendre sa dame et, en chaque protestant, un rabbin décidé à préserver l’unicité de son Dieu ! », plaisante le pasteur baptiste Louis Schweitzer, coprésident du Comité mixte baptiste-catholique, en citant l’écrivain anglican irlandais Clive Staples Lewis : « C’est dire la charge affective et symbolique que comporte ce sujet. » C’est dire aussi le pas que représente la publication d’un document commun sur Marie, résultat de six ans de travaux de ce Comité réunissant onze responsables et théologiens de l’Église catholique et de la Fédération des Églises évangéliques baptistes de France.

« Dans l’histoire des relations avec le monde évangélique, il y a un avant et un après », assure le dominicain Franck Lemaître, nouveau directeur du Service des évêques de France pour l’unité des chrétiens. Un verrou a sauté. On ne voit pas bien quel autre sujet, à l’avenir, pourrait résister au dialogue. »

Certes, le document ne présente pas d’avancée spectaculaire. Il s’inspire du rapport final Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints, publié en 1997 par le Groupe des Dombes, pionnier sur la question. Et les sujets de divergence restent nombreux :coopération de Marie au salut, virginité perpétuelle, Immaculée Conception, Assomption, culte marial et lien de Marie à l’Église. Mais, pour la première fois dans un texte officiel, catholiques et baptistes français s’accordent sur des points de doctrine en relisant ensemble dans le texte biblique ce qui traite de la mère du Christ.

Ce document va, du reste, plus loin que les précédents cosignés sur le baptême (1998), la cèn eeucharistie (2001) et l’Église (2006). En termes francs, il s’achève par des interpellations réciproques, relevant ainsi que les baptistes ont eu tendance à rester silencieux sur Marie « par souci de se démarquer de ce qu’ils considèrent comme des excès ». Est-ce juste au regard du texte biblique ?, s’interrogent ses rédacteurs, encourageant à « parler plus souvent de manière décomplexée de la Mère du Sauveur ». De leur côté, les baptistes invitent les catholiques, au nom de la même conformité au témoignage biblique, à éviter « certaines inflations de la piété ou de la théologie ».

À l’heure où les baptistes – 40 000 fidèles en France – célèbrent leur quatrième centenaire, ce texte est loin d’être un point final à la réflexion, souligne Louis Schweitzer : « Nous souhaiterions que, partout, des groupes se saisissent du texte pour approfondir la compréhension mutuelle. »

La Croix du 28 octobre 2009

CÉLINE HOYEAU
 
 

 

Les aveux du voleur

COLMAR, 25 jan 2008 (AFP) - Un Colmarien, poussé par la lecture de la Bible à se rendre au commissariat de police pour avouer une série de vols, a été condamné à trois mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Colmar. L'homme, âgé de 35 ans, sans profession, s'était rendu en début de semaine au commissariat, reconnaissant avoir commis huit vols en 2007, parmi lesquels un vol de sac à main à une touriste américaine, le vol de 3.000 euros en liquide chez une Mulhousienne ainsi que le vol de 3 tonnes de câble électrique.
Ses aveux ont rapidement permis aux enquêteurs d'élucider six plaintes. Jugé hier en comparution immédiate, l'homme a expliqué à la barre avoir fait récemment la rencontre d'un témoin de Jéhovah et "avoir réussi à faire ce travail, uniquement à travers la lecture de la Bible".

Le sauveteur de Vendenheim a changé de vie

Au printemps, il a sauvé un enfant de la noyade. Timothée Gross affirme que cet événement a renforcé sa foi et lui a donné le courage de quitter un travail où il n'était pas heureux. Vendenheim (Bas-Rhin), de notre correspondante régionale.

«Il n'y avait pas beaucoup d'actualité à ce moment-là. Ils avaient trouvé une belle histoire à raconter. Mais si j'avais cédé aux médias, j'aurais pu en tirer de l'orgueil, alors que j'ai juste fait mon devoir. Il ne faut pas chercher sa propre gloire. C'est le Christ qui m'a poussé ce jour-là, et c'est à lui que cela revient. » Huit mois après avoir sauvé un enfant de la noyade, Timothée Gross, technicien de maintenance de 23 ans, porte un regard tranquille sur l'élan de sympathie qu'a suscité son acte de courage.

Hormis quelques mots accordés aux Dernières Nouvelles d'Alsace, deux semaines après les faits, c'est la première fois qu'il accepte de répondre à un journaliste. « Parce que vous représentez un journal chrétien », et parce que « ça peut donner courage et montrer à tous qu'il faut aider les autres ». Timothée a grandi dans une famille modeste, a dû très tôt s'occuper de la maison et dit s'être toujours intéressé aux autres. Venu à la foi tardivement, baptisé il y a deux ans, il passe quasiment tous ses loisirs au sein d'une communauté évangélique. Il joue de la guitare dans un groupe de louange, participe au groupe de prière pour les Églises persécutées et à celui de partage des étudiants.

D'un naturel gai, il se livre avec générosité, chez lui, dans la maison du lotissement proche du canal, où il vit avec sa mère. « Il faisait presque nuit, l'eau était glaciale, au fond je n'y voyais rien. J'ai pensé qu'ils étaient musulmans, j'ai demandé au père de prier avec moi. J'ai saisi l'enfant par la jambe. Il était bleu. Il était resté au moins cinq minutes au fond. » Timothée minimise toujours son mérite. Il ne tire aucune gloire particulière des honneurs auquel il a eu droit. Quelques jours après le sauvetage, la commune de Vendenheim a organisé un buffet. Timothée a été chaleureusement félicité par les pompiers, les gendarmes et vivement remercié par la famille d'Areski, avant d'être décoré de la médaille de la commune. Puis Nicolas Sarkozy lui a accordé la « médaille d'argent pour acte de courage et de dévouement », au cours d'une cérémonie collective. Timothée n'était jamais allé à Paris auparavant. Il se souvient avec humour des marquages au sol du ministère « pour que chacun se place exactement au bon endroit », et de cette promenade dans Paris, escortée par une grosse voiture de police.

Si tout cela n'a, au fond, rien changé à sa vie, il n'en va pas de même de « ce témoignage concret du Seigneur », à un moment où il déprimait. « Dans la société de maintenance où je travaillais, mes collègues me critiquaient sans arrêt. À l'église, je me demandais à quoi je servais », confie-t-il. L'épisode du sauvetage a « renforcé sa foi » et imprimé un tournant à son existence. Félicité de toutes parts pour son acte, il a pris confiance en lui. Et s'est décidé à démissionner. « Sans l'histoire d'Areski, je ne l'aurais pas fait. Mais j'ai eu une prise de conscience. Quand ils ont su que j'avais aidé des Arabes, certains collègues ont tenu des propos racistes. Ces réflexions, qui s'ajoutaient à tout le reste, m'ont dégoûté. J'ai attendu de trouver un autre poste, et je suis parti. »

Aujourd'hui, Timothée n'est plus en CDI. Il travaille comme vacataire dans le domaine de l'équipement. Mais il ne regrette rien. Régulièrement, il prend des nouvelles des Belarbi et de leur fils Areski. « Il a longtemps fait des cauchemars, mais à part ça, il va bien, et son frère fait maintenant du scoutisme avec le mien, à l'église évangélique », raconte Timothée. L'histoire n'est pas finie. Le jeune homme « continue à les porter dans sa prière ». Et, pour longtemps sans doute, dans son cœur.

Elise Descamps dans La Croix du 22/12/2006

Olivier Clément, grand penseur orthodoxe du XX

Né dans une famille athée du Midi, converti à l’orthodoxie, ce disciple d’Alphonse Dupront et de Vladimir Lossky était devenu l’un des plus grands théologiens français.
A
vec la mort d’Olivier Clé­ment, survenue jeudi à 87 ans, c’est un des grands noms de la pensée orthodoxe qui vient de s’éteindre. Disciple de Vladimir Lossky, ce théologien français aura en effet été l’une des figures majeures de cette « École de Paris », qui s’était épanouie autour de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, dans la lignée du grand courant spirituel et théologique né en Russie à la fin du XIX   e siècle et replié en France après la Révolution russe.
Rien, pourtant, ne prédisposait Olivier Clément, né en 1921 dans une famille athée des Cévennes, à devenir l’un des plus grands théolo­giens chrétiens du XXe siècle. « J’ai grandi dans un milieu déchristia­nisé, racontait-il en 2001 à La Croix. Je n’ai pas été baptisé et je n’ai pas reçu d’instruction religieuse. » Ce n’est qu’au moment des lectures d’adolescent que se posent pour lui les premières questions spi­rituelles. « La poésie me touchait beaucoup, en particulier Rilke. Et puis la Bible. » Mais si l’Évangile le fascine, il paraît alors « insup­portable » à cet athée convaincu. Après le bac, ses études d’histoire lui feront découvrir à quel point les civilisations sont marquées par le spirituel. Il faut dire qu’il reçoit alors, à Montpellier, l’enseigne­ment de grands professeurs que la guerre y avait déplacés. No­tamment Henri-Irénée Marrou, Marc Bloch et, surtout, Alphonse Dupront, figure de l’anthropologie religieuse, qui deviendra son maître et qu’il suivra dans la Résistance. L’agrégation en poche, Olivier Clément prend en effet le maquis. L’occasion pour lui d’approfondir la dimension spirituelle de la vie. Kierkegaard, Newman, Chestov se bousculent alors dans ses lectures. Puis vient la rencontre avec l’Inde.
 « Pendant dix ans, j’ai cherché dans le vaste monde des religions et des mythes. Tout m’attirait. Mais je me suis retrouvé coincé entre l’Inde, où tout est sacré, divin, englouti dans l’océan de la divinité, et d’autre part le sens du caractère unique de la personne. »
Sa rencontre avec l’orthodoxie se fera avec La Théo­logie mystique de l’Église d’Orient , de Vladimir Lossky. Le chapitre sur « La Trinité et l’homme à son image » l’enthousiasme. « La Tri­nité m’est alors apparue comme la solution à mon impasse : une unité totale, plus grande encore que celle dont parlait l’Inde, tout en étant la différence absolue ! » À la même époque, il se jette à corps perdu dans les grands écrivains russes comme Dostoïevski ou Berdiaev.
 « Je découvrais le christianisme et je me demandais ce que je devais en faire. »

  Le jeune homme trouve encore les paroles du Christ trop « exclu­sivistes » . « Il “est” le chemin : cela me heurtait » , expliquait-il. C’est dans la prière face à une icône achetée à un antiquaire parisien, une déisis , que se fera sa conversion. « À un moment, le Christ est venu me chercher et je l’ai suivi. J’ai mis entre parenthèses tout ce que je savais sur les religions. Je lui ai fait confiance. » Avec Vladimir Lossky, il se met à la théologie, et notam­ment aux Pères de l’Église qui sont pour lui « un éblouissement » . Au fil de ses études, cet homme nourri aux maîtres du soupçon que furent Nietzsche, Freud ou Marx saura être le digne continuateur de Vladimir Lossky, devenant à son tour un maître de « l’École de Paris » et l’une des figures majeures de l’Institut Saint-Serge. Il acquerra rapidement une dimension internationale qui faisait de lui une figure respectée à travers toute l’orthodoxie.
  Le rayonnement de ce Cévenol devenu orthodoxe de tout son être, mais qui ne sera jamais tenté par les outrances des convertis, dépassera d’ailleurs largement les frontières de son Église. Au point que, en 1998, c’est à lui que Jean­Paul II demandera de rédiger les méditations du Chemin de croix du Vendredi saint, au Colisée. Dans la lignée du patriarche Athénago­ras, qu’il avait interviewé en 1968 pour un livre, Olivier Clément aura toujours été un ardent défenseur de l’unité de l’Église. « L’œcuménisme d’Olivier Clément a ses racines dans cette attitude qui met le Christ au centre de toute sa vie» , déclarait en 2001 le P. Marko Rupnik, direc­teur du Centre Aletti, à Rome, au moment de lui remettre, à la veille de ses 80 ans, le prix Logos-Eikon. Car pour Olivier Clément, l’unité de l’Église était « une obligation trini­taire » , comme il l’expliquait en 2003 dans un livre d’entretiens avec le journaliste Jean-Claude Noyer (1). Il y dessinait alors les contours d’une Église qui «serait sacramentelle, mais sans oublier que l’Écriture elle-même est un sacrement. Elle aurait le sens de l’universalité, mais aussi de la diversité. Enfin, elle aurait une vraie capacité de comprendre l’homme d’aujourd’hui et de répondre à ses requêtes» . Attentif aux questions anthropo­logiques, le théologien n’oubliait pas les grandes questions que le monde pose aux Églises : l’amour et la relation au corps, la place de la femme, celle des jeunes dans une société tentée par le nihilisme, l’écologie… Olivier Clément s’atta­chait aussi à rappeler les principes d’un dialogue interreligieux ouvert,
 « où ne prévalent ni l’indifférence ni la domination »
. Aux yeux de celui qui avait été tenté par l’Inde avant de découvrir la richesse du christia­nisme, ce dialogue ne signifiait pas syncrétisme, mais discernement des éléments évangéliques des différentes traditions religieuses.
 « Je ne vois pas pourquoi il y aurait une seule religion. Même et surtout dans le Christ »
, affirmait-il.
  Dans un entretien accordé en 2004 à l’hebdomadaire France catholique , ce grand spirituel reconnaissait que
 « l’âge permet d’approfondir pas mal de choses. Et surtout de renoncer à la polémique»
. «J’ai renoncé à penser contre, reconnaissait-il . Et c’est le patriarche Athénagoras qui m’a libéré de la peur, de la peur de l’autre, qui m’a donné la capacité d’aimer, et, quand il s’agit d’un chrétien, de le ressentir comme un frère. C’est venu avec l’âge, et ça s’est creusé avec l’âge, avec la rencontre de Jean-Paul II aussi. »
 Malade et fatigué, Olivier Clément ne quittait plus que rarement son appartement du 20
 e arrondissement de Paris, où il continuait à recevoir les quelques étudiants dont il sui­vait encore les recherches. Cela ne l’empêchait toutefois pas de tra­vailler énormément. Notamment pour participer aux nombreux débats internes à l’orthodoxie sur lesquels cette figure respectée et écoutée de tous était constamment sollicitée.
 NICOLAS SENÈZE

 (1) Mémoires d’espérance , DDB, 234 p., 21 €.

La Croix du 19 janvier 2009

Ecosse: Des musulmans proposent de protéger la synagogue

Réprobation des imams après un acte de vandalisme
ROME, Mardi 24 mars 2009 - Des musulmans écossais ont proposé de monter la garde devant la synagogue, après un acte de vandalisme durant lequel les vitres de la synagogue d'Edinbourg ont été brisées  : le geste est salué aujourd'hui par le site du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).

La nouvelle est publiée par le journal Scotsman, de ce mardi 24 mars 2009.

Ken Imrie, le Président de la "Fondation Islamique Ecossaise", a en effet adressé une lettre au rabbin de la communauté juive d'Edinbourg, David Rose, pour lui proposer l'aide de sa communauté pour « protéger physiquement la synagogue. »

Les imams de la mosquée de la ville avaient exprimé, lors du sermon de vendredi 20 mars, leur opposition à toute attaque contre une maison de prières, souligne le CRIF.

 

PAROLES

«Accorder l’islam aux principes des droits de l’homme»

Philosophe, membre du comité de rédaction de la revue « Esprit »

« Il y a dans l’islam, notamment dans son texte fondateur, le Coran, des principes humanistes – injonctions à la tolérance, à la miséricorde, à la solidarité, à la concorde. D’autres injonctions, en revanche, recèlent une violence potentielle, vis-à-vis des femmes, des juifs, des chrétiens, des athées. En fait, l’islam est et sera ce que nous en faisons. À cette fin, il faut accorder nos représentations et nos usages de l’islam aux principes des droits de l’homme, dont la valeur d’universalité ne saurait être contestée, ni relativisée. Les traditions spirituelles, dont l’islam, ont des trésors de sagesse à communiquer, susceptibles d’aider l’homme contemporain à construire sa vie autour d’une image supérieure de ses possibilités intérieures. »

RECUEILLI PAR JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN
dans La Croix du 22 mai 2009

ISLAM L’émirat de Dubaï veut former des femmes à devenir mufti

Alors que les cercles religieux conservateurs nient à la femme le droit d’émettre des avis religieux faisant autorité, le quotidien The National a affirmé hier que le grand mufti de Dubaï, le Dr Ahmed Al Haddad, venait d’annoncer un programme visant à former six femmes émiriennes à la fonction de mufti, jusqu’ici réservée aux hommes. Si elles finissent avec succès leur formation, ces femmes pourraient être nommées muftis dès la fin 2010. Ce serait une première, souligne le journal, selon lequel Al-Azhar, plus haute autorité de l’islam sunnite au Caire, est opposé à ce type de nomination.

 

 

Une cathédrale construite grâce à l'aide des autres religions

La cathédrale du Coeur Immaculé de Marie et de la bienheureuse Mère Teresa a été inaugurée le 12 novembre à Baruipur, au Bengale-Occidental, par Mgr Lucas Sirkar, archevêque de Calcutta, et Soeur Mary Prema, supérieure générale des Missionnaires de la Charité, qui a succédé à Mère Teresa. Mgr Salvatore Lobo, évêque de Baruipur, a souligné à cette occasion que la construction de la cathédrale, qui a coûté 10 millions de roupies (145 000 euros), n'aurait pu se faire sans les dons des communautés hindoue et musulmane.

La Croix du 18 novembre 2009

 

La «Catho» de Paris continue de former des responsables musulmans

MARTINE DE SAUTO

Lundi, une vingtaine d’étudiants, responsables d’associations, imams ou aumôniers musulmans ont reçu leur diplôme à l’Institut catholique de Paris.

Messaouda Houha est l’une des six femmes à avoir reçu lundi soir le diplôme universitaire « interculturalité, laïcité et religions », remis par François Bousquet, vice-recteur de l’Institut catholique de Paris. À 47 ans, cette mère de cinq enfants, arrivée il y a neuf ans de son Algérie natale, fut d’abord aumônier de prison agréée. Elle est désormais aumônier militaire, à l’hôpital militaire de Lyon et à l’École de santé. Si elle a suivi la formation mise en place en 2007 par la faculté des sciences sociales et économiques (Fasse) de l’Institut catholique de Paris, destinée aux cadres religieux, culturels et associatifs en priorité de confession musulmane, c’est parce que « le religieux », elle avait « grandi dedans », alors qu’elle n’avait « pas grandi avec l’histoire de la France ».

« La formation m’a permis de comprendre les institutions et le droit des religions, précise-t-elle, mais aussi de découvrir la force du dialogue. »

Autres diplômées : Marwa Cherif, 22 ans, étudiante en orthoptie, et… sa mère, épouse du président du Conseil régional du culte musulman de Normandie. « Cela m’a permis de voir les choses sous un autre angle », explique Marwa, qui a écrit un mémoire sur les conséquences fiscales de la loi de 1905. « La formation m’aide pour les aspects juridiques et pratiques », précise sa mère, Rim, très engagée dans le monde associatif et qui a consacré son mémoire au « rôle de la femme dans une association musulmane ». Rim confie avoir apprécié l’ouverture interculturelle, « essentielle pour comprendre l’autre, sa culture ». Tout comme Rachid Ayach, 39 ans, diplômé de théologie de l’université de Médine (Arabie saoudite), qui a également suivi avec succès la formation.

Commerçant et aujourd’hui imam bénévole du Centre culturel islamique de Bourg-enBresse (Ain), Rachid estime que cette formation lui permet « de mieux comprendre, donc de mieux expliquer les codes culturels de la société française et les principes du pacte social sur lequel repose la société, et d’aider les musulmans à vivre leur religion de manière sereine dans un pays très sécularisé ». Son mémoire porte sur le « rôle religieux et social de l’imam en France ». Rachid espère qu’il lui permettra, avec son diplôme, de devenir imam salarié.

Licencié en science islamique, aumônier militaire musulman après avoir été technicien en maintenance aéronautique et conseiller en insertion socioprofessionnelle, Abdelhakim Mokhaissi, 32 ans, a particulièrement apprécié les cours de médiation et de droit des cultes : « Être parmi les hommes au quotidien, dans les moments de joie comme de peine, demande des connaissances et des compétences. Plus ces dernières sont développées, plus il est facile de relativiser. »

Aucun des 22 diplômés de la promotion 2009 ne se plaint de l’investissement exigé (quatre cents heures de travail, dont deux cent dix de cours le week-end !) par une formation qu’Olivier Bobineau, sociologue, directeur et maître d’œuvre du contenu pédagogique du diplôme, qualifie de « véritable antichoc des civilisations ». Lancée sur une idée de la République française et réalisée paradoxalement par l’Institut catholique de Paris en raison du refus, au nom de la laïcité, des universités publiques de dispenser un programme de mise à niveau à des étudiants de confession musulmane, la formation suscite d’ailleurs un intérêt croissant. Cette année, une trentaine d’étudiants, dont quatre femmes et, pour la première fois, des Africains, se sont inscrits.

Une formation qualifiée de « véritable antichoc des civilisations ».

dans La Croix du 28 janvier 2010

 

UNE IDÉE POUR AGIR

La «Table de la paix» fait dialoguer les religions

ANNA LATRON
 
Au départ, il s’agissait « simplement de former au fait religieux » les professeurs du lycée technique Jean-Baptiste-de-LaSalle, implanté à Alès depuis trois siècles. En 2002, Dominique-Marie Chanussot, professeur de philosophie et animateur en pastorale dans cet établissement de 1 200 élèves, faisait donc appel à l’Institut de science et de théologie des religions (ISTR) de Marseille. Mais après trois ans d’une formation « très riche sur le plan de la connaissance », ce père de famille de 53 ans a voulu « provoquer la rencontre de témoins qui vivent le fait religieux au quotidien ». Car Alès offre un « véritable panel de la diversité religieuse », souligne-t-il, avec, outre la présence catholique, de nombreuses communautés protestantes, une communauté musulmane marocaine, une autre algérienne ainsi qu’une dizaine de moines orthodoxes installés dans les hauteurs de la ville.

Depuis 2005, tous ces représentants, ainsi qu’un membre de la communauté juive de Nîmes, se retrouvent au lycée Jean-Baptiste-deLa-Salle tous les deux mois pour une « Table de la paix ». Ensemble, ils préparent une autre rencontre, annuelle et ouverte à tous les habitants de la ville. Lors de ces soirées, qui accueillent jusqu’à 200 personnes, « on parle évidemment du dialogue interreligieux et de l’œcuménisme », précise Dominique-Marie Chanussot, mais à travers des thèmes « très concrets, pour que chacun se sente concerné » : le pardon, l’accueil de l’autre ou encore la tolérance.

Depuis près de trois ans, la table ronde annuelle est précédée d’un temps de rencontre entre des jeunes de l’établissement et les représentants religieux. Pendant ces après-midi, 80 élèves en bac pro sont invités à poser des questions pour obtenir « tout ce qu’ils ont toujours voulu savoir sur les religions sans jamais oser le demander ». Si certaines questions sont « un peu naïves, regrette le professeur de philosophie, elles poussent chaque jeune à s’interroger sur son rapport à la religion, et sur les racines de sa foi ».

CONTACT : 04.66.56.24.29 et tabledepaix@sfr.f

La Croix du 3 février 2010

 

Les mosquées ont le souci de s’inscrire dans le paysage français

MARTINE DE SAUTO (avec Anne-Bénédicte Hoffner)

Soucieux d’éviter les rejets, comme dans le cas de la Suisse, architectes et associations musulmanes construisent des mosquées en France qui respectent leur environnement

Un style très épuré, un dôme en aluminium surmonté d’un croissant doré, et, à l’écart du bâtiment, caché par un rideau d’arbres, un minaret creux de 18 mètres qui s’inspire du clocher de la chapelle voisine. Construite sur un parking initialement prévu pour le Stadium nord, la nouvelle mosquée de Villeneuved’Ascq (Nord) est la première de la région à sortir de terre. Oussama Bezzazi, formé à l’école d’architecture de Lille, en a dessiné les plans. Avec une conviction : « Créer un lieu de culte qui ressemble à la ville dans laquelle il se trouve. » Pour cette technopole moderne et verte qu’il connaît bien, il a donc conçu une mosquée moderne, bien intégrée dans le paysage et soucieuse de développement durable : les eaux de pluie sont récupérées, le chauffage en cours de forage et d’installation sera géothermique, les arbres préservés. Il a également tenu compte du désir d’ouverture du porteur du projet, l’Association d’animation et d’échanges culturels : 70 % de la façade est composée de fenêtres afin de favoriser la luminosité. La salle de prière des femmes se trouve en mezzanine, avec un garde-corps transparent. Et une large allée intérieure sépare l’espace cultuel de la partie culturelle, reliés à l’étage par des passerelles. « La transparence est une manière architecturale de symboliser l’ouverture de la communauté musulmane aux autres », assure Ahmed Miktar, imam, par ailleurs diplômé en arts plastiques.

« Chacun pourra nous voir prier, et nous serons toujours en lien avec l’extérieur. »

La mosquée, qui devrait être terminée en mai prochain, est le fruit d’un travail mené en partenariat avec la mairie et les collectivités territoriales. Son concepteur, Oussama Bezzazi, le reconnaît : il a dû composer avec les plans locaux d’urbanisme, l’histoire de la ville, et donc « adapter les éléments symboliques que sont le dôme, les arcades et le minaret », avec l’espoir, à terme, d’apporter « une plus-value au quartier, au patrimoine communal ».

Deux écueils sont donc à éviter, à ses yeux : « Vouloir transposer un archétype oriental, ou concevoir un lieu effacé, sans identité. »

L’exemple de Villeneuve-d’Ascq, avec d’autres, traduit une réelle évolution. Pour faire aboutir leur projet – y compris, cas le plus fréquent, lorsqu’il s’agit de réhabiliter un lieu de culte existant aménagé dans une maison, un ancien entrepôt ou une usine – les associations musulmanes savent désormais qu’elles doivent accepter des compromis afin de tenir compte des plans locaux d’urbanisme, mais aussi des cahiers des charges des collectivités locales et parfois de l’architecte des bâtiments de France. Si les tensions liées à la votation suisse interdisant la construction de minarets ne sont pas partout apaisées, plusieurs mosquées « à la française » apparaissent dans le paysage, en le respectant. Le projet de mosquée de la rue de l’Épeule à Roubaix en est une autre illustration. À la place du lieu de culte provisoire actuel, installé sur une friche industrielle, Oussama Bezzazi a imaginé une mosquée intégrée aux bâtiments de l’ancienne teinturerie Roussel, avec des murs couleur brique, de grandes baies vitrées, un hall d’entrée surmonté d’une verrière en vagues, un minaret de 20 mètres en forme de cheminées d’usine. Le tout en harmonie avec le site – classé –, les lofts et les locaux d’activités – notamment un restaurant branché – qui y ont déjà été aménagés. « À chaque contexte, sa mosquée », résume-t-il.

Kadir Cevirgen, architecte de la mosquée de Belfort, construite à quelques pas des fortifications de Vauban, partage cet avis. « J’ai conçu un lieu de culte pour aujourd’hui, intégré dans son environnement », fait-il valoir, soulignant ses murs inclinés de couleur rose, « comme les remparts », et suffisamment bas pour ne pas être vus depuis le château. Architecte des mosquées de Saint-Étienne (Loire), de Givors et de Vénissieux, dans le Rhône, Kamal Ibn Abdelkrim est lui aussi soucieux de respecter le paysage urbain, et d’apporter un « plus » au patrimoine. Pour Givors, il a ainsi renoncé au minaret « qui n’aurait pas été à la taille de la ville » et s’est inspiré de la « Cité des étoiles » toute proche, ensemble de logements construits à la fin des années 1970 par l’architecte Jean Renaudie. « La coupole repose sur une étoile à huit branches, visible de l’extérieur », note l’architecte. Lauréat du concours organisé pour la future grande mosquée de Marseille, Maxime Repaux, du Bureau Architecture Méditerranée, a, lui aussi, dessiné un projet écologique (pour réduire les coûts de fonctionnement et de maintenance), qui s’intègre bien dans la structure urbaine de la place de l’Horloge. « L’utilisation d’une pierre identique, le respect des alignements, tout cela donne à l’édifice une certaine discrétion, indique-t-il. Mais en même temps, le projet affirme son identité, avec au deuxième plan l’émergence de la salle de prière et du minaret, revêtus de pierre blanche. »

Quant à la question d’un éventuel appel à la prière, elle n’est « tout simplement pas d’actualité », selon Oussama Bezzazi, de l’agence roubaisienne APA. « Dans tous nos projets, les minarets ne sont que des totems, des symboles, point à la ligne : ils sont creux et sans possibilité d’accès à l’intérieur », détaille l’architecte. À Marseille, une idée originale a été imaginée par le cabinet BAM. Comme le demandait expressément l’appel d’offres, l’appel ne sera audible qu’à l’intérieur de l’enceinte de la mosquée. « Mais, à l’extérieur, un signal lumineux s’allumera pendant les deux à trois minutes de l’appel à la prière, indique Maxime Repaux. Aucune loi, en France, n’interdit l’appel à la prière par haut-parleur. Mais les associations musulmanes ont un souci de discrétion et de respect du voisinage. »

La Croix du 10 février 2010

 

Cheikh Tantaoui, grand imam d’Al-Azhar, incarnait un islam moderne

DENISE AMMOUN

Grande figure égyptienne de l’islam sunnite, Mohamed Sayyed Tantaoui est mort hier des suites d’une crise cardiaque

Agé de 81 ans, Cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui, a dirigé pendant seize ans Al-Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite. Personnalité modérée, le grand imam a souvent suscité des controverses par ses déclarations libérales. Défenseur d’une vision moderniste de la religion, Cheikh Tantaoui a toujours lutté contre le fanatisme et la violence. C’est sans doute la raison qui a incité le président égyptien, Hosni Moubarak, à le nommer par décret présidentiel grand imam d’Al-Azhar, le 27 mars 1996. Sa nomination avait soulevé le mécontentement de plusieurs oulémas. Certains briguaient cette fonction et les conservateurs redoutaient le libéralisme du nouveau chef.

Fait assez courant en Égypte, cet érudit était le fils d’un paysan analphabète. Son père, cultivateur à Salim, village de Haute-Égypte, s’était juré de donner à son fils aîné l’éducation d’un ouléma. Cheikh Tantaoui a dépassé les ambitions paternelles. Docteur en théologie de l’université d’Al-Azhar, le président Moubarak le nomme, le 28 octobre 1986, mufti de la République, à 58 ans. Dix ans plus tard, il devient le grand imam d’AlAzhar. À l’heure où l’on pratiquait encore l’excision à grande échelle en Égypte – pratique interdite aujourd’hui –, Cheikh Tantaoui avait déclaré à La Croix : « Je dois lutter contre cet obscurantisme. L’excision n’est pas une obligation religieuse, c’est une coutume nilotique. Ma propre fille n’a pas été excisée. »

En dépit des attaques des conservateurs, il avait autorisé l’avortement en cas de viol et luttait pour les droits de la femme… Il avait condamné le fanatisme, « résultat d’une méconnaissance de l’islam ». « Le rôle d’Al-Azhar est de ramener les égarés à la réalité », argumentait-il. Ayant toujours entretenu d’excellentes relations avec le pape copte-orthodoxe Chenouda III, il s’était rendu à Naga Hammadi, le 6 janvier, après le tragique attentat contre six fidèles coptes sortant de la messe de Noël. « Je suis responsable de chaque musulman », avait-il déclaré ce jour-là, en présentant ses excuses à l’évêque du diocèse, les auteurs présumés étant de confession islamique.

Lors du débat sur le voile en France, il avait introduit une distinction entre le croyant qui vit dans un pays musulman, et celui qui réside à l’étranger. Le 30 décembre 2003, après sa rencontre avec Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, le grand imam avait assuré : « Le musulman est tenu de se plier aux lois du territoire où il vit », allant jusqu’à s’opposer à certains oulémas d’Al-Azhar pour lesquels « le port du voile est une obligation non négociable ». Enfin, en octobre 2009, il avait provoqué la colère des islamistes en interdisant le port du niqab, vêtement couvrant le corps et le visage sauf les yeux, dans tous les établissements scolaires rattachés à Al-Azhar. Rénovateur de la pensée musulmane, Cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui aura ainsi marqué de son empreinte la « Sorbonne de l’islam ».

Le nouveau guide spirituel de l’islam sunnite est partisan du dialogue interreligieux

DENISE AMMOUN

Nommé par Hosni Moubarak, Cheikh Ahmed Mohamed Ahmed Al Tayeb, modéré et libéral, devient le quarante-huitième grand imam d’Al-Azhar

Le président Moubarak a nommé Cheikh Ahmed Mohamed Ahmed Al Tayeb quarante-huitième grand imam d’Al-Azhar, ce qui lui confère le rôle de guide spirituel de l’islam sunnite dans le monde. À la surprise générale, le raïs a pris sa décision à partir de l’Allemagne où il se trouve en convalescence après une opération.

Depuis le décès de l’imam Tantaoui, survenu le 10 mars, la question se posait de sa succession à la tête de la mosquée Al-Azhar, mais aussi de l’université, des écoles et des groupes d’oulémas (les spécialistes de la théologie musulmane). Ce choix est très délicat, ce dignitaire religieux étant inamovible.

Hosni Moubarak apprécie de longue date la culture et les qualités de théologien du nouveau grand imam. Il l’avait nommé mufti de la République (deuxième dignitaire musulman du pays, chargé de trancher entre le licite et l’illicite) en 2002. En 2003, il lui a confié une responsabilité beaucoup plus grande : la direction de la prestigieuse université d’Al-Azhar, premier centre d’enseignement de l’islam sunnite.

Âgé de 64 ans, l’imam Al Tayeb est un pur produit d’Al-Azhar. Inscrit au Caire à la faculté de théologie, il obtient son magister en 1971. Il se consacre ensuite à l’enseignement, et présente un doctorat à la Sorbonne. Modéré et libéral, c’est aussi – fait rare à Al-Azhar – un francophone. Partisan du dialogue interreligieux, il en a donné maintes preuves. À l’époque où il préparait son doctorat, il se rendait souvent à la bibliothèque de l’Institut dominicain des études orientales (Ideo), où il était reçu en ami.

Mufti, puis président de l’université, il a maintenu d’excellentes relations avec l’institut des dominicains. Il rencontre régulièrement le P. Jean-Jacques Pérennès, secrétaire général de l’Ideo, et il a récemment reçu dans son bureau plusieurs responsables pour envisager avec eux des projets communs. « C’est un homme d’une très grande humanité, on le sent profondément bon », dit de lui le P. Pérennès.

La Croix du 22 mars 2010

Des oulémas prônent un islam modéré auprès des jeunes

Des oulémas du monde entier, rassemblés par l’Université islamique internationale, en Arabie saoudite, dans la ville sainte de Médine, ont dénoncé « le terrorisme » et appelé les extrémistes à « se repentir » et abandonner toute forme de violence. Ils ont appelé « les jeunes musulmans » de par le monde à « suivre un islam modéré et tolérant (…) et ne pas adhérer à de fausses interprétations de la question du djihad ». Le royaume wahhabite mène campagne auprès de ses jeunes contre la tentation de rejoindre Al-Qaida dans la péninsule Arabique.

La Croix du 2 avril 2010

 

 

 

Le plus grand geste qu’un musulman ait jamais fait pour un chrétien au Niger

Fatouma Marie-Thérèse Djibo, responsable nationale de la Commission chrétienne de dialogue islamo-chrétien au Niger

Je suis Fatouma Marie-Thérèse Djibo. Je suis née et j’ai été élevée musulmane dans une famille dont l’islam remonte au XVe siècle. Après une longue quête de Dieu et un long cheminement spirituel, j’ai fini par choisir de suivre Jésus-Christ. Mon baptême, à Pâques 1999, a entraîné ma répudiation conjugale et mon bannissement familial et social pour quelques mois. De par mes situations socioprofessionnelles, j’ai été en contact régulier avec les plus influents leaders religieux musulmans et politiques.

Depuis mon adhésion à la foi chrétienne, à ce jour, j’ai eu la joie de constater l’important et grand effort qui est fait quant aux rapports officiels des leaders de l’Église catholique avec ceux de l’islam. Il est aussi important de noter que l’Église catholique a réussi, de surcroît, à entraîner les Églises et associations évangéliques (protestantes) dans l’esprit d’ouverture à la rencontre et au dialogue avec nos frères musulmans. Ces derniers constituent 95 % de notre population, la grande majorité étant sunnite (98,6 %). Dans sa majorité, la communauté musulmane est plutôt tolérante et les autorités politiques et administratives sont bienveillantes vis-àvis de la religion chrétienne et de l’Église catholique en particulier. Elles estiment et apprécient leur engagement dans la rencontre, le témoignage de vie et le travail de qualité mené dans les œuvres sociales, en particulier dans le domaine de l’enseignement et de l’éducation. Malgré tout, les rapports ont été très longuement informels et très timides.

À partir de 2002, cette patience a commencé à porter des fruits concrets qu’il convient d’apprécier et qui sont le résultat de l’engagement personnel de nos jeunes évêques en général, et de Mgr Michel Cartatéguy en particulier, qui s’investit entièrement sur tout ce qui touche la vie de la population nigérienne. Beaucoup de gestes d’amitié vraie m’ont marquée comme celui-ci : au décès du vénérable cheick Boubacar Hassoumi de Kiota, qui fut considéré comme un saint de son vivant, attirant des foules venant de toute l’Afrique, Mgr Michel, son vicaire général et moi-même nous sommes rendus à Kiota, dans la matinée du jour de décès, pour apporter la compassion de l’Église catholique à la famille et à la communauté endeuillées. Au milieu des premiers dignitaires de la confrérie – d’autres cheicks, des ministres musulmans, des ambassadeurs des pays arabes, etc. –, le fils aîné du défunt, son successeur actuel, nous a reçus avec grande amitié. Nous avons été conduits devant la dépouille du vénérable cheick, dans sa chambre, ce qui est un privilège rare. Tous les trois, nous nous sommes mis à genoux et avons prié longuement. Nous avons eu la grâce de voir sa dépouille avant même ses propres filles. Plusieurs dignitaires et fidèles musulmans ont dû attendre la fin de notre prière pour s’incliner sur le corps. Ce geste est le plus grand et le plus respectueux qu’un musulman ait jamais fait pour un chrétien au Niger.

L’affaire des caricatures et les paroles du pape Benoît XVI n’ont pas eu d’effet, parce qu’en amont Mgr Michel Cartatéguy rencontre régulièrement le président de l’Association islamique du Niger, Elhadj Oumarou Soumaïla. Il entretient également de bons rapports avec plusieurs responsables d’associations islamiques. Une amitié ainsi qu’une relation vraie sont nées et nous mettent à l’abri des conflits.

À mon humble appréciation, tous ces fruits sont l’œuvre et l’engagement personnels de notre évêque qui est resté dans la ligne de conduite de ses prédécesseurs. Il œuvre inlassablement pour que la rencontre des chrétiens et des musulmans devienne une réalité. Sa grande humilité, son ouverture et sa disponibilité font de lui un précieux « conseiller-consultant » de plusieurs leaders musulmans. N’est-ce pas le meilleur chemin pour apporter la Bonne Nouvelle et annoncer Jésus-Christ ?

(1) Ce texte a été diffusé en 2007 par la Société des missions africaines. La Croix le publie sur la suggestion de Mgr Michel Cartatéguy, évêque de Niamey.

La Croix du 30 avril 2010

Près de Bethléem, des colons souhaitent la coexistence

KARIM LEBHOUR

Tout en étant convaincus de leurs droits en Cisjordanie, des colons israéliens cherchent à recréer des relations quotidiennes avec les Palestiniens des villages voisins

La scène a de quoi surprendre. Des colons juifs se tiennent devant le check-point à l’entrée du village d’Al-Walajeh. Ils sont venus apporter leur soutien aux Palestiniens menacés par la construction d’un mur qui doit bientôt totalement entourer le village et le couper de ses terres agricoles. « Ce mur ne fera qu’accentuer la séparation. Ce n’est pas une solution. La seule solution est de se parler et de s’accepter », lance Nachum Pachenick, un habitant de la colonie voisine de Neve Daniel.

Coiffé d’une large kippa, ce quadragénaire promène sa barbe broussailleuse sous le regard amusé des soldats. La maigre participation – à peine une quinzaine de personnes – n’entame pas son enthousiasme. « Ce n’est que le début, plaide-t-il. Nous, Israéliens, devons renoncer au rêve du grand Israël et cesser de croire au culte de la force. Les Palestiniens, eux, doivent renoncer à l’illusion d’un État palestinien sans juifs. Regardez autour de nous. Il y a de la place pour tout le monde. »

Nachum Pachenick est un oiseau rare. Il a créé l’association Eretz Shalom (Terre de Paix, en hébreu). Son objectif consiste à promouvoir un dialogue et organiser des rencontres entre colons juifs et leurs voisins palestiniens. L’association est intervenue auprès des autorités militaires pour autoriser la construction d’une école dans le village palestinien de Khirbet Zakaria, dans le bloc de Gush Etzion.

Né à Kiryat Arba, une colonie près de Hébron, il n’envisage pas de vivre ailleurs qu’en « Judée-Samarie », le nom hébreu de la Cisjordanie, et refuse toute évacuation des colonies. « Si les dirigeants décident la création d’un État palestinien, alors je veux vivre dans cet État, comme citoyen palestinien », assure-t-il.

Une voix certes minoritaire, tout à fait exceptionnelle. « Les relations informelles entre colons et Palestiniens ont toujours existé. Dans les années 1980, la mixité était bien plus importante. Les deux communautés fréquentaient les mêmes routes et les mêmes commerces », rappelle Stéphane Amar, auteur d’un livre – Les Meilleurs Ennemis du monde – sur la coexistence entre Arabes et Juifs. « L’Intifada a mis un coup d’arrêt aux tentatives de rapprochement. Aujourd’hui, avec la baisse de la violence, des relations se nouent à nouveau. »

Yael Valier, une habitante de la colonie d’Efrat, affirme mettre un point d’honneur à ce que ses six enfants apprennent l’arabe. « Les Juifs ne vont pas disparaître et les Arabes non plus. Nous devons apprendre à vivre en voisins. La paix viendra des gens qui vivent sur cette terre, pas des politiciens », dit-elle.

Malgré les appels pressant à se joindre à la manifestation, les Palestiniens d’Al-Walajeh ne sont pas venus. L’idée d’un cortège commun fait ricaner Shadi : « C’est une plaisanterie ! Les colons ont pris nos terres et maintenant ils veulent manifester avec nous contre le mur ? », s’emporte ce commerçant dont la boutique fait face aux barbelés de l’implantation de Har Gilo, installée sur les terres du village.

« S’ils veulent la paix, ils n’ont qu’à retourner vivre dans les frontières de 1967 et nous laisser la Palestine. Alors nous pourrons être amis. »

« Je suis déçue par leur absence, mais pas surprise, les Palestiniens ont peur. Ceux qui veulent avoir des relations avec nous sont menacés de représailles », assure Yael Valier, satisfaite d’avoir au moins montré un autre visage que celui des colons du bastion nationaliste de Yitzhar, près de Naplouse, qui, le même jour, ont mené une expédition punitive, armés de pierres et de bâtons, dans le village palestinien de Hawara.

La Croix du 10 mai 2010

 

Le gouvernement va soutenir la formation d’imans

Berlin va verser 4 millions d’euros aux universités de Tübingen et de Münster/Osnabrück, chargées d’un programme d’enseignement théologique de l’islam, pour avoir des imams entièrement formés en Allemagne plutôt qu’à l’étranger, a annoncé hier la ministre de l’éducation. L’objectif est une meilleure intégration des quatre millions de musulmans vivant outre-Rhin.

La Croix du 15 octobre 2010

 

 

Des rabbins apportent des corans après l’incendie d’une mosquée palestinienne

VINCENT DE FÉLIGONDE(Avec AFP)

Dans un geste rare de solidarité, des dizaines d’Israéliens pacifistes et de Palestiniens ont manifesté ensemble mardi à l’entrée du village de Beit Fajjar, près de Bethléem dans le sud de la Cisjordanie occupée, où une mosquée avait été incendiée la veille. « Nous sommes tous les fils d’Abraham et nous voulons protester ensemble contre cet acte de vandalisme », a déclaré Nahum Patchénik, un des organisateurs de la manifestation, qui vit dans une colonie israélienne voisine.

Six rabbins de colonies proches du village se sont rendus à la mosquée avec un carton d’exemplaires du Coran pour remplacer ceux qui avaient été brûlés. Arrivés dans deux jeeps blindées, accompagnés par une petite escorte militaire israélienne, ils ont été applaudis par plusieurs centaines de Palestiniens. « Nous accueillons les juifs à Beit Fajjar pour qu’ils puissent voir de leurs propres yeux le crime commis dans cette mosquée, contre l’humanité et la religion », a expliqué le gouverneur de Bethléem, Abdel Fattah Hamayel.

La Croix du 7 octobre 2010

 

Des villages s’engagent à renoncer à l’excision

Sept cents villages de la province de Kolda, dans le sud du Sénégal, ont adopté une déclaration sur l’abandon de l’excision et des mariages précoces et forcés, après une marche organisée hier par l’ONG Tostan, qui milite notamment pour la fin de l’excision, marche qui a réuni près de trois mille personnes. Un travail de fond est mené au Sénégal par le gouvernement et des ONG pour encourager la fin des pratiques culturelles de mutilation des femmes. Selon l’Agence de presse sénégalaise, 4 500 villages ont déjà mis fin à cette pratique, illégale depuis une dizaine d’années.

La Croix du 29 novembre 2010

 

L’imam de Ground Zero défend le dialogue interreligieux

Feisal Abdul Rauf, l’imam new-yorkais à l’origine du projet de construction d’un centre islamique près de Ground Zero, entamera à Detroit le 15 janvier un cycle de 13 conférences à travers les États-Unis. Son idée d’édifier un centre communautaire musulman comprenant une mosquée à deux blocs du lieu des attentats du 11 septembre 2001 avait suscité une large controverse dans le pays. Les conférences auront pour but la promotion du projet mais aussi celle du dialogue interreligieux pour « retirer le discours sur les religions des mains des extrémistes », assure-t-il.

La Croix du 29 décembre 2010

 

 

«Aux Moluques, nous n’avons plus peur les uns des autres»

Mgr Petrus Mandagi, évêque d’Ambon, en Indonésie

RECUEILLI PAR DORIAN MALOVIC (à Ambon)

Alors qu’il y a dix ans, des violences entre musulmans et chrétiens éclataient chaque jour dans l’archipel indonésien des Moluques, la paix s’y est installée. L’évêque d’Ambon revient sur ce processus d’apaisement auquel l’Église a été associée

Comment le processus de réconciliation entre les différentes communautés – protestante, musulmane et catholique – a-t-il pu déboucher sur une paix durable aux Moluques ?

Mgr PETRUS MANDAGI : Il a fallu bien des violences et des milliers de victimes avant de pouvoir se réunir autour d’une table pour entamer un dialogue. Nous sommes arrivés à un accord quatre ans après le début des violences en janvier 1999. Pour ma part, face aux musulmans et aux chrétiens qui venaient de se faire la guerre, j’ai avant tout défendu l’idée d’une humanité commune. L’être humain créé par Dieu doit être respecté et nous devons promouvoir son intégrité. À partir de cette dimension qui nous unit tous, nous avons pu commencer à nous rassembler. Pendant le conflit, on ne voyait plus que nos différences, et nous étions devenus aveugles sur ce qui nous unissait.

De plus, nous avons dû insister auprès du gouvernement afin qu’il applique la justice pour tous. Nous sommes dans un pays où la loi doit être respectée – par la police, les juges, les fonctionnaires et l’armée. Là-dessus nous avons aussi trouvé un terrain d’entente.

Enfin, il a fallu pardonner. Nous avons tous reconnu nos erreurs et nos péchés. En réalité, personne n’avait gagné, personne n’avait perdu. Nous avons tous été stupides. Nous avions tous été manipulés et trompés par des forces extérieures qui se jouaient de nous. Ce conflit ne menait à rien et détruisait nos communautés.

La réconciliation est-elle totale ?

Dans une certaine mesure, oui, nous n’avons plus peur les uns des autres. Mais je pense que, comme dans tout le pays, nous devons garder à l’esprit que nous vivons dans une société pluraliste, multiculturelle et multireligieuse. Nous sommes différents et ce sont justement ces différences qui nous enrichissent. Ce conflit nous a appris à mûrir sur nous-mêmes. Sa nature était purement politique, et pas religieuse ni ethnique. C’est si facile d’utiliser la religion, la croyance et la passion pour créer le désordre à des fins politiques. Aujourd’hui, plus personne aux Moluques n’est dupe. Personne ne se laissera plus manipuler comme il y a dix ans.

Pour autant, existe-t-il toujours un risque d’explosion ?

Certains essaient toujours de déstabiliser la société de temps en temps. Ils espèrent toujours tirer un certain bénéfice d’un conflit. Mais les habitants des Moluques en ont assez, en dépit des tensions qui peuvent exister ici où là. Il y a dix ans, je n’aurais jamais pensé que nous pourrions régler le problème aussi rapidement. Je disais à l’époque qu’il faudrait au moins une génération pour revenir à une situation normale, mais je me suis trompé. C’est un miracle ! Cela peut aussi servir pour d’autres tensions dans le pays, et je suis invité un peu partout pour parler de la façon dont nous avons résolu le problème. Et parfois je joue le rôle d’intermédiaire.

Est-ce le rôle qu’ont joué les autorités catholiques aux Moluques ?

Oui, c’est vrai. Le gouverneur a compté sur l’unité des catholiques et leur ouverture afin de calmer les esprits et rapprocher les protestants et les musulmans. J’ai toujours gardé une attitude très ouverte, sans jamais juger personne. En conséquence, tout le monde a réfléchi sur la signification de la religion, son rôle et son poids comme exemple. La religion, c’est la solidarité, le soutien mutuel, l’échange et le partage, l’amour et la communion entre tous.

La Croix du 30 décembre 2010

 

 «Il faut prendre au sérieux les peurs qui existent»

Frère Alois, prieur de la communauté de Taizé

Selon Frère Alois, prieur de la communauté de Taizé, c’est par le dialogue et la rencontre profonde de l’autre que l’on peut dépasser les tensions au sein de nos sociétés multiculturelles et multireligieuses

Après Genève (2007), Bruxelles (2008) ou Poznan (2009), pourquoi avoir choisi Rotterdam pour cette 33e rencontre européenne de Taizé ?

FRÈRE ALOIS : Beaucoup de jeunes Néerlandais viennent à Taizé, mais nous n’avions encore jamais organisé de rencontres européennes aux Pays-Bas. Il était donc temps d’y aller et de chercher avec eux comment être chrétien dans un monde pluraliste, tant sur le plan des cultures et des religions que des orientations éthiques. Et puis, ayant constaté que les jeunes Néerlandais s’interrogent beaucoup sur le sens de la vie, nous y avons vu le signe positif que la sécularisation n’aura pas le dernier mot et qu’une recherche spirituelle est en train de renaître.

Le fait que le maire de Rotterdam, Ahmed Aboutaleb, soit musulman a-t-il joué dans votre décision ?

Cette grande ville portuaire abrite l’une des plus importantes communautés musulmanes d’Europe et nous sommes très heureux que le maire voie la religion comme un élément constructif des sociétés. Nous sommes très touchés aussi par les quelques familles musulmanes qui ont ouvert leurs portes pour accueillir des jeunes. Dans certains quartiers, des contacts existent depuis longtemps entre paroisses catholiques, temples protestants et mosquées. Quant à savoir si d’éventuels jeunes musulmans auraient participé à cette rencontre, cela est difficile à dire : si certains l’ont fait, c’est par curiosité et non du fait d’une invitation de notre part.

Une rencontre de Taizé avec des jeunes musulmans et chrétiens est-elle envisageable ?

Nous n’en sommes pas encore là ! Nous voulons avancer doucement et voir s’il y a une demande en ce sens… Et puis, il faut prendre au sérieux les peurs qui existent : ce n’est pas facile de vivre dans un pays comme les Pays-Bas, confronté à tant de cultures étrangères, tant d’autres religions. Il est normal que des tensions apparaissent. Mais nous voulons montrer qu’on peut dépasser ces peurs par le dialogue et la rencontre profonde de l’autre.

Pourquoi avoir choisi le thème de la joie pour ce « pèlerinage de confiance » 2010 ?

Souvent on a l’impression d’être écrasé par les problèmes, par les difficultés qui s’accumulent. Il est donc important de savoir qu’en faisant confiance à Dieu, on trouve la joie. Comme je l’ai dit lors de la prière d’ouverture, mardi soir, la joie n’est pas naïveté facile ou fuite des souffrances ; elle est plutôt une reconnaissance pour le don de la vie ; elle aide à résister au découragement. La joie se trouve dans l’unité, notamment dans l’unité des Églises. C’est donc une valeur très importante que les Églises peuvent offrir aujourd’hui au monde. C’est avec ce souci de communion profonde entre les Églises que nous serons à Moscou au printemps 2011, pour célébrer la Semaine sainte avec les orthodoxes, à l’invitation du Patriarcat de Moscou. Quant à la prochaine rencontre européenne des jeunes, elle se tiendra du 28 décembre 2011 au 1er janvier 2012 à Berlin : ce sera la première rencontre européenne dans cette ville, car en 1986 nous étions à Berlin-Est, mais nous n’avions pas eu l’autorisation d’inviter des jeunes de l’Ouest. Enfin, poursuivant notre pèlerinage de confiance sur les autres continents, nous sommes invités en novembre 2012 à Kigali, au Rwanda.

Claire Lesegretain - La Croix du 31 décembre 2011

 

En Cisjordanie, la difficile mission d’un «chasseur de colonies»

Dror Etkes, citoyen israélien, cherche à contrecarrer sur le terrain les moyens par lesquels 40 % des terres des colonies israéliennes ont été confisquées à des propriétaires palestiniens

Les rues tracées au cordeau, les pelouses bien taillées et les rangées de petites maisons parfaitement alignées donnent à Kochav Yaakov des allures de banlieue américaine au cœur de la Cisjordanie. Depuis sa fondation en 1985, cette implantation juive près de Ramallah a triplé de volume, grignotant les terres des villages palestiniens alentour. Kochav Yaakov et Tel Zion, son extension ultraorthodoxe, croissent rapidement.

En plusieurs endroits, grues et bulldozers déblayent le terrain pour de nouveaux logements, tous construits sur le même modèle, rapide et bon marché, qui se vendront à 30 % du prix d’une habitation équivalente à Jérusalem. Au volant de son 4 × 4, Dror Etkes note et photographie tous les travaux en cours. « Depuis la fin du gel de la colonisation (le 27 septembre 2010, NDLR), les colons construisent à toute vitesse. C’est du jamais-vu ! s’exclame-t-il. Je le prends comme un signe d’inquiétude. Ils essayent de bâtir avant d’en être empêchés. »

Cet ancien guide touristique israélien parcourt depuis près de dix ans les 121 colonies et les cent avant-postes de Cisjordanie dans lesquels vivent 300 000 Israéliens, avec pour mission d’établir la propriété des terres sur lesquelles sont établies les constructions. Inutile de compter sur le cadastre. Il n’y en a pas. Les « cadastrages » commencés par les Ottomans, puis poursuivis par les Britanniques et les Jordaniens, n’ont jamais été achevés.

« Les deux tiers de la Cisjordanie ne sont pas enregistrés et l’accès aux données existantes est verrouillé par les autorités israéliennes. Identifier les propriétaires palestiniens est très difficile. Quand j’y parviens, je passe les informations à des juristes », explique Dror Etkes.

Avec l’aide d’organisations israéliennes, ce « chasseur de colonies » a déjà initié une vingtaine d’actions en justice pour le compte de propriétaires palestiniens lésés qu’il aide à naviguer dans le système bureaucratique par lequel Israël contrôle plus de la moitié des terres de Cisjordanie. Il sourit de certains subterfuges, comme la passion récente des colons pour les enclos à chevaux : « On en voit partout ! C’est un moyen d’occuper un terrain sans enfreindre l’interdiction de construire. »

Dror Etkes arrête son véhicule devant un terrain en friche de Tel Zion. Les rangées de mobilehomes tracées au sol sont restées vides. « Nous avons pu prouver que l’extension se faisait sur le terrain privé d’un Palestinien et faire arrêter les travaux. » Quelques dizaines de mètres plus loin, en revanche, les travaux continuent. « Ce sont des terres d’État. Nous n’avons aucune chance », explique-t-il, pointant la démarcation sur l’écran de son ordinateur portable.

En juxtaposant des photos aériennes avec les données arrachées à coups de procès à l’administration militaire, Dror Etkes est parvenu à cartographier avec précision le statut juridique des terres de Cisjordanie. « Nous avons au moins réussi à ralentir les constructions sur les terres privées. Si nous avions eu cet outil vingt ans en arrière, la carte des colonies serait sans doute très différente », soupire-t-il.

Kochav Yaakov et Tel Zion ont été fondés sur des terres domaniales, puis étendus sur des terres privées. Selon un rapport rédigé en 2006 par l’association « La paix maintenant », 40 % des terres des colonies israéliennes ont été confisquées à des propriétaires palestiniens.

« Les propriétaires terriens possèdent rarement leur acte de propriété, note Khalil Toufakji, directeur du département de cartographie à la Société des études arabes. Dans les villages, on se contente le plus souvent du droit coutumier, mais ce flou juridique alimente les conflits entre familles et profite à Israël. »

Les Palestiniens n’ont la maîtrise légale de leur sol que dans les portions de territoires dont Israël s’est officiellement retiré, c’est-àdire les zones A et B des accords d’Oslo (40 % de la Cisjordanie). Israël considère les 60 % restants (zone C) comme des « territoires disputés ».

Dès la conquête de 1967, l’armée a commencé à saisir des terrains pour « raisons sécuritaires », avant de les donner aux premiers colons. Une quarantaine de colonies ont été fondées de cette façon. En 1979, un arrêt de la Cour suprême israélienne a mis fin à cette pratique. Pour contourner l’interdiction, les autorités israéliennes ont déclaré « terres d’État » les terrains non enregistrés et non cultivés.

La Croix du 11 janvier 2011

 

Des musulmans de France condamnent le terrorisme islamique

Une pétition, rassemblant toutes les sensibilités de la communauté musulmane de France, condamne fermement les attentats contre les chrétiens au Moyen-Orient

Voilà une prise de position qui devrait faire date dans l’histoire de l’islam de France. En signant un « appel » commun, initié par le trimestriel Respect Magazine , publié hier par le quotidien Libération , et intitulé « L’islam bafoué par les terroristes » , une centaine de personnalités de la communauté musulmane française ont à la fois répondu à une forte attente, et marqué sans doute une étape dans l’intégration de cette communauté au sein de la République française.

Certes, à plusieurs reprises déjà, des représentants du monde musulman, notamment le CFCM (Conseil français du culte musulman), la Mosquée de Paris, et au plan européen, la Fédération des organisations islamiques en Europe, avaient publié des condamnations des attentats contre les chrétiens au Moyen-Orient, qu’il s’agisse de ceux perpétrés à Bagdad ou ceux visant les coptes d’Alexandrie le 31 décembre dernier. Mais jamais cela n’avait été fait d’une manière aussi ferme, radicale, et jamais non plus par un collectif rassemblant l’ensemble des sensibilités de la communauté en France.

En effet, l’islam, en tant que tel, n’apparaissait pas jusqu’ici dans les communiqués. Comme pour gommer le fait que les terroristes se réclamaient de cette religion. Cette fois, c’est explicite : le texte parle de ces « atrocités commises “au nom de l’islam” » et rappelle « haut et fort que ces meurtriers ne sont pas de l’islam, et qu’ils ne représentent en rien les musulmans». Sans complexe donc, le texte s’attaque de front au problème religieux. De même, il parle d’une « usurpation d’identité » , au lieu de s’en tenir à la rhétorique utilisée jusqu’ici, consistant à mettre en face des victimes chrétiennes les victimes musulmanes du terrorisme. La pétition ne parle que des « massacres des chrétiens » .

Seconde nouveauté, la diversité des signataires. Dans une communauté particulièrement divisée, de par ses origines multiples, le consensus a été trouvé : en bas de l’appel figurent des religieux, de la Mosquée de Paris (Dalil Boubakeur) au CFCM (Mohammed Moussaoui), de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans (Tareq Oubrou), au soufisme (Khaled Bentounès). Mais la pétition, et c’est sa richesse, est aussi le fait de personnalités issues de la « société civile musulmane », entrepreneurs, journalistes, intellectuels ou hommes politiques. Le panel va donc au-delà des croyants mêmes, pour s’étendre à tous ceux qui se reconnaissent de culture musulmane.

C’est la réponse que nombreux, en France, attendaient. Le député UMP du Tarn Bernard Carayon avait la semaine dernière appelé les Français musulmans à dénoncer les massacres, et à manifester, vendredi 7 janvier, sur le parvis de Notre-Dame. Dans les rangs catholiques aussi, la pression se faisait ressentir. Et si le P. Christophe Roucou, responsable du Service national pour les relations avec l’islam des évêques de France s’est dès hier matin réjoui de la pétition, c’est aussi parce qu’il est conscient que, au sein des catholiques, un sentiment d’hostilité à l’encontre des musulmans est en train de monter, à la suite de ces attentats.

Côté musulmans aussi, la demande d’une prise de position commune, pour éviter tout amalgame, s’est imposée. Comme l’explique le rédacteur en chef de Respect Magazine, Marc Cheb Sun, il fallait non seulement une condamnation plus forte, mais aussi plus visible. Depuis quelques jours, aussi, les débats étaient rudes, au sein du Conseil français du culte musulman, pour réunir l’ensemble de la communauté autour d’une initiative forte.

Les signataires de l’appel se désignent eux-mêmes comme des « citoyens » d’un « pays multiconfessionnel » . « C’est aussi l’islam qu’on assassine en commettant ces crimes en son nom », écrivent-ils. Une manière de représenter un autre islam, l’islam de France, décomplexé mais responsable. Cette première manifeste sans aucun doute une certaine maturité de la part de cette toute nouvelle composante culturelle et religieuse de la société française.

ISABELLE DE GAULMYN 6 La Croix du 13 janvier 2011
 

DOCUMENT

«L’islam bafoué par les terroristes»

«Dès les premières heures de l’année, 21 chrétiens étaient massacrés à la sortie de la messe, devant l’église des Saints d’Alexandrie en Égypte. Deux mois auparavant, veille de la Toussaint, des terroristes assassinaient 45 chrétiens dans la cathédrale de Bagdad. Des atrocités commises “au nom de l’islam”. Nous rappelons, haut et fort, que ces meurtriers ne sont pas l’islam, et qu’ils ne représentent en rien les musulmans. Nous voulons signifier par cet Appel notre refus de ce rapt de nous-mêmes : celui dont on usurpe l’identité est plus à même de démasquer le faussaire. L’instrumentalisation de la religion est certes trop souvent, ici, le fait de certains médias ou politiques. Elle reste, de par le monde, la terrible arme des extrémistes. Et ce sont eux qui tuent, dans différents pays, des femmes, des hommes et des enfants de toutes confessions, dont de nombreux musulmans. Le meurtre de chrétiens, comme de tout être humain, est une horreur absolue. Et c’est aussi l’islam qu’on assassine en commettant ces crimes en son nom. Alors comment se taire quand on tue en votre nom ? Depuis la France, les citoyens de foi, de tradition ou de culture musulmane – ou héritiers de ces références – veulent ici dire leur indignation devant ces crimes. Pour leurs voisins, pour leurs enfants et pour euxmêmes, contre les amalgames destructeurs. Ils clament haut et fort leur refus de l’intolérance et des violences commises, de par le monde, à l’encontre de minorités. Et plus fort encore lorsque certains bafouent leur foi ou leur identité en tuant au nom de l’islam. Construisons partout le vivre ensemble dans nos pays multiconfessionnels ».
 

Soixante signataires

• Parmi les soixante signataires, on trouve Ghaleb Bencheikh, président

de la Conférence mondiale des religions pour la paix, Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, Doudou Diène, rapporteur de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, Hakim El Karaoui, président de l’Institut des cultures d’islam de la Ville de Paris, Fadila Mehal, présidente des Marianne de la diversité, Mohammed Moussaoui, président du Conseil français du culte musulman, Fayçal Douhane du Conseil national du Parti socialiste, Tareq Oubrou, grand imam de Bordeaux et recteur des mosquées de l’Association des musulmans de la Gironde, Yazid Sabeg, commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, Anne Esambert, fonctionnaire, ou Vincent Geisser, chercheur au CNRS.

 

Aux Philippines, des religieux misent sur l’éducation à la paix

Un « cours de la paix » a été institué dans le programme des 39 écoles publiques de Zamboanga, au cœur d’une zone affectée par le terrorisme

L’empreinte laissée par la bombe qui a explosé dans l’église de l’île de Jolo, à l’ouest de Mindanao, lors de la messe de Noël du 25 décembre dernier, continue à se faire sentir au sein de la communauté chrétienne de cette région des Philippines. Ce jour-là, un engin explosif déposé sur le toit de l’église a détruit une partie du bâtiment et blessé 11 personnes, dont deux prêtres. Cette attaque n’a pas été revendiquée, mais les suspects nommés par l’armée philippine font partie du groupe islamiste Abou Sayyaf, basé sur cette île. Les attaques de cette organisation de quelques centaines de membres sont en général motivées par l’extorsion de fonds, et cela faisait longtemps qu’il n’avait pas mené de telles actions idéologiques contre des bâtiments chrétiens.

« Nous ne pouvons cacher qu’il y a certaines personnes qui aimeraient qu’il n’y ait pas de chrétiens dans la région, et utilisent pour cela la violence, déplore le P. Angel Calvo. Mais nous sommes fermes et déterminés à combattre cette idéologie minoritaire. » Ce prêtre espagnol, missionnaire clarétain basé entre l’île à majorité musulmane de Basilan et la ville voisine de Zamboanga depuis 1972, est le fondateur du Mouvement interreligieux pour la solidarité et la paix, qui regroupe catholiques, protestants et musulmans.

Face à cette culture de la haine, le P. Calvo a décidé d’insuffler une culture de la paix dès le plus jeune âge : il a réussi à introduire, depuis plus d’un an, un « cours de la paix » dans le programme des 39 écoles publiques de Zamboanga, principale ville de l’extrême ouest de Mindanao, au cœur de la zone conflictuelle. Le recteur de la province, un musulman, a été particulièrement accueillant et sa participation fut déterminante pour mettre cela en place. Cela consiste concrètement, depuis plus d’un an, en un ensemble de séminaires sur le respect et la tolérance religieuse, et s’exprime également par des activités artistiques de théâtre, peinture et musique.

Ces activités sont reprises ensuite de manière plus large lors des « camps d’été de la paix », qui existent depuis plus de dix ans et regroupent chaque année une centaine d’enfants musulmans et chrétiens. Cette initiative, entamée en 1998, a été récompensée en 2010 par un prix national pour la jeunesse.

Le P. Calvo veut à présent remonter cet enseignement jusqu’aux parents, et il a commencé à travailler avec les chefs des villages autour de Zamboanga, pour s’engager sur des mesures concrètes qui favorisent le respect religieux. « Maintenant que nous avons planté les graines de la tolérance et de la paix dans les écoles, nous voulons pousser les parents à prendre conscience qu’ils doivent aussi s’engager dans ce sens. C’est une éducation de tous les instants » , explique-t-il.

Le professeur Ali Yacub, musulman, fondateur et directeur du centre du Croissant d’or pour la paix, participe à cette initiative. Mais il reconnaît les difficultés à briser les préjugés : « À cause de la recrudescence du terrorisme, il existe une grande suspicion de la part des chrétiens envers les musulmans, et les communautés se parlent donc de moins en moins, explique cet universitaire. C’est pour cela que nous allons aller dans ces villages, et organiser de simples réunions, à petite échelle, où nous voulons montrer, par notre exemple, qu’il est possible de travailler ensemble. Expliquer ce qu’est la religion, et surtout ce qu’elle n’est pas. Nous sommes ainsi toujours les premiers à condamner les attentats contre les églises, car ce n’est pas islamique. » La nouvelle Union nationale des oulémas, créée en 2009, s’est de son côté engagée dans ce sens pour son message intransigeant, condamnant l’attentat de Noël à Jolo comme une « œuvre de Satan ».

L’ouest de Mindanao est secoué depuis quarante ans par les guerres menées par différents groupes autochtones musulmans, qui demandent une plus large autonomie politique dans l’État philippin, pays majoritairement catholique. Mais, selon Edwin Fernandez, le responsable de la radio catholique DXMS dans la ville de Cotabato, capitale de la région autonome musulmane de Mindanao composée de 40 % de chrétiens, la coexistence est en général pacifique. Ce catholique pratiquant reste cependant sur ses gardes : « Quand je me rends à l’Église avec ma famille, je m’assois loin des ouvertures, au cas où quelqu’un lance un explosif par la fenêtre » , confie-t-il.

Selon ce journaliste, tant d’années de conflits ont laissé des marques, et il faudra beaucoup de volonté politique pour les effacer. « Pour moi, il ne faut pas seulement que la paix soit signée entre les groupes musulmans et le gouvernement : il faut qu’elle soit suivie d’un désarmement total, et qu’il y ait un grand effort d’éducation pour apprendre aux deux communautés à vivre ensemble à nouveau. »

SÉBASTIEN FARCIS - La Croix du 18 janvier 2011

«Les croyants doivent mettre leur capital de spiritualité au service de tous»

Cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux

L’annonce par Benoît XVI, le 1 janvier, d’une nouvelle rencontre interreligieuse à Assise en octobre prochain, 25 ans après celle organisée par Jean-Paul II, est intervenue alors que s’accroissent les violences interreligieuses. Dans ce climat, une telle initiative n’est pas toujours bien comprise, même au sein de l’Église. Pour le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, le dialogue et l’éducation constituent cependant la seule réponse à la violence

Face à la violence, comment maintenir le dialogue entre les religions ?

CARDINAL JEAN-LOUIS TAURAN : Parfois, on me dit : « Voilà où mène notre dialogue ! » Ma réponse est simple : les récents événements montrent combien le dialogue est encore trop faible et doit être approfondi. Ce qui est terrible, c’est quand la violence devient un mode de communication entre les communautés. Il n’y a pas d’autre solution que le dialogue et l’éducation. Pour ma part, je m’en tiens au prophète Michée (6, 8) : « Ce que l’Éternel demande de toi, c’est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde, et que tu marches humblement avec ton Dieu. » C’est l’unique solution. Nous avons des contacts, notamment en Europe, avec des interlocuteurs de qualité, qui abordent le dialogue de manière sereine et objective.

Que dites-vous aux chrétiens tentés par la loi du talion ?

Dans une telle situation, il faut éviter aussi bien la colère que l’indifférence. La première est mauvaise conseillère. À propos de la deuxième, Jean-Paul II avait coutume de dire, durant la guerre des Balkans : « Il n’y a pas de droit à l’indifférence. » Entre les deux se situe la vérité.

Quel sera le thème de la rencontre de prière interreligieuse pour la paix, convoquée par le pape à Assise, en octobre prochain ?

Ce ne sera évidemment pas un duplicata de la rencontre d’Assise convoquée par Jean-Paul II il y a vingt-cinq ans. La question que nous devrons nous poser sera : « Pourquoi les religions font-elles peur ? » Je pense ce ne sont pas les religions qui font peur, mais leurs adeptes, parce qu’ils ne se comportent pas selon les préceptes de leurs religions.

Il y a vingt-cinq ans, le cardinal Ratzinger n’était pas enthousiaste face à la rencontre d’Assise, à laquelle il n’avait d’ailleurs pas participé.

À l’époque, il avait mis en garde contre certaines dérives possibles. Mais le message de er Benoît XVI pour le 1 janvier ne laisse aucun doute sur ses intentions : « La violence ne se vainc pas par la violence. Que notre cri de douleur soit toujours accompagné par la foi, par la charité, par l’espérance, et par le témoignage de l’amour de Dieu. La religion est une arme authentique de la paix. » Les croyants doivent mettre leur capital de spiritualité au service de tous, et non pas en faire des armes. Il nous faut donner à la paix d’autres armes que celles destinées à tuer.

FRÉDÉRIC MOUNIER - La Croix du 19 janvier 2011

 

« Jusqu’à mon dernier soupir, servir Jésus »

Shahbaz Bhatti, ministre chrétien du Pakistan, assassiné le 2 mars dernier

Publié en 2008 dans un livre d’entretiens (1), le testament poignant de Shahbaz Bhatti revêt une acuité brûlante, après son assassinat. Benoît XVI a salué dimanche le « sacrifice émouvant » de ce catholique, qui avait su s’imposer comme défenseur de la liberté religieuse

«De hautes responsabilités au gouvernement m’ont été proposées et on m’a demandé d’abandonner ma bataille, mais j’ai toujours refusé, même si je sais que je risque ma vie. Ma réponse a toujours été la même : “Non, moi je veux servir Jésus en tant qu’homme du peuple.”

Cette dévotion me rend heureux. Je ne cherche pas la popularité, je ne veux pas de position de pouvoir. Je veux seulement une place aux pieds de Jésus. Je veux que ma vie, mon caractère, mes actions parlent pour moi et disent que je suis en train de suivre Jésus-Christ. Ce désir est si fort en moi que je me considérerais comme un privilégié si – dans mon effort et dans cette bataille qui est la mienne pour aider les nécessiteux, les pauvres, les chrétiens persécutés du Pakistan – Jésus voulait accepter le sacrifice de ma vie. Je veux vivre pour le Christ et pour lui je veux mourir. Je ne ressens aucune peur dans ce pays.

À de nombreuses reprises, les extrémistes ont tenté de me tuer et de m’emprisonner ; ils m’ont menacé, poursuivi et ont terrorisé ma famille. les extrémistes, il y a quelques années, ont même demandé à mes parents, ma mère et mon père, de me dissuader de continuer ma mission d’aide aux chrétiens et aux nécessiteux, autrement ils me perdaient. Mais mon père m’a toujours encouragé. Moi, je dis que tant que je vivrai, jusqu’à mon dernier soupir, je continuerai à servir Jésus et cette pauvre humanité souffrante, les chrétiens, les nécessiteux, les pauvres.

Je trouve beaucoup d’inspiration dans la Bible et dans la vie de Jésus-Christ. Plus je lis le nouveau et l’Ancien Testament, les versets de la Bible et la parole du Seigneur, et plus ma force et ma détermination sont renforcées. lorsque je réfléchis sur le fait que Jésus a tout sacrifié, que Dieu a envoyé Son Fils pour notre rédemption et notre salut, je me demande comment je pourrais suivre le chemin du Calvaire. notre Seigneur a dit : “Prends ta croix et suis-moi.” les passages que j’aime le plus dans la Bible sont ceux qui disent : “ J’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” lorsque je vois des personnes pauvres et dans le besoin, je pense que c’est Jésus qui vient à ma rencontre sous leurs traits. Pour cette raison, j'essaie toujours avec mes collègues d'aider et d'assister ceux qui en ont besoin, les affamés, les assoiffés. »

(1) Cristiani in Pakistan, Nelle prove la speranza , marcianum Press. Traduction française : Oasis, centre d’études autour du dialogue interreligieux, basé à Venise.

 

Reconvertir les exciseuses en Côte d’Ivoire

En Côte d’Ivoire, 45 % des femmes sont excisées. Cette pratique, qui consiste en l’ablation du clitoris, atteint près de neuf femmes sur dix dans le nord du pays. Elle favorise la transmission d’infections et entraîne des douleurs physiques et psychiques durables. Si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) condamne l’excision, cette tradition culturelle africaine reste encore bien ancrée et difficile à déconstruire. « De plus, l’activité d’exciseuse témoigne de l’importance sociale pour celle qui la pratique et se montre très rémunératrice, une centaine d’euros l’intervention », indique Martha Diomandé, présidente de l’association Acza. Cette chorégraphe ivoirienne installée à Rennes, elle-même fille et petite-fille de « matrone », retourne trois fois par an dans son pays de naissance pour sensibiliser la population aux dangers de l’excision. « En parallèle, nous cherchons à favoriser l’émergence d’activités économiques de substitution pour les “matrones” afin d’assurer leur reconversion», précise Martha Diomandé.

Ainsi, les fonds récoltés en France – à l’occasion de repas de solidarité, de défilés de mode, etc. – servent à financer des coopératives de production en Côte d’Ivoire. Quatre associations ont été créées. Regroupant un total de 150 anciennes exciseuses, elles interviennent essentiellement dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage de poulets à la culture de plantes vivrières.

Dès que la situation politique sera apaisée dans le pays, une délégation de bénévoles de l’association et de médecins partenaires du CHU de Rennes se rendra sur place pour étudier un nouveau projet. Il s’agit de créer une clinique, pouvant servir à la fois de lieu d’accouchement et d’établissement de formation pour les « matrones » . « Au-delà de l’excision, elles disposent d’un savoir-faire qui doit être valorisé », insiste Martha Diomandé.

MIkAëL CAboN(à Brest)

 

Al-Azhar se prononce pour un État non religieux

L’institution sunnite d’Al-Azhar, au Caire, est entrée hier dans le débat sur l’Égypte post-Moubarak en se prononçant pour un État non religieux garantissant la protection des lieux de culte des trois religions monothéistes. Le grand imam d’Al-Azhar, cheikh Ahmed Al Tayeb, a détaillé un document dont le but est de définir « la relation entre l’islam et l’État en cette phase délicate ». Ce document soutient « l’établissement d’un État national constitutionnel démocratique moderne » , fondé sur la séparation des pouvoirs et garantissant l’égalité des droits entre les citoyens, selon cheikh Al Tayeb.

La Croix du 21 juin 2011

 

Le gouvernement va restaurer églises et synagogues

Le gouvernement du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a décidé de restaurer différentes églises, synagogues et monastères de Turquie. Un «nouveau geste positif», a indiqué la Conférence épiscopale turque à l’agence catholique Fides, après la publication d’un décret sur la restitution des propriétés des minorités religieuses. Parmi ces lieux figurent notamment une église arménienne-catholique située dans la province de Diyarbakir (sud-est), et les églises syrienne-orthodoxe et gréco-catholique d’Iskenderun (sud).

La Croix du 25 octobre 2011

 

Le rabbin David Rosen   « prie tous les jours » pour l’avènement d’un État palestinien
 

« Je le dis très sereinement : je prie tous les jours pour qu’un État palestinien puisse voir le jour et prospérer aux côtés de l’État d’Israël. » C’est ce qu’a affirmé, le mardi 8 novembre, le rabbin David Rosen, directeur international des affaires religieuses pour l’American Jewish Committee, lors d’un colloque organisé à l’évêché de Palerme (Italie) sur le dialogue interreligieux.
« Pas un conflit religieux »
Le rabbin Rosen, présent à Assise aux côtés de Benoît XVI lors de la rencontre pour la paix du 27 octobre, où il représentait le Grand Rabbinat d’Israël, a expliqué sa position : « Notre État est une démocratie laïque avec des frontières internationalement reconnues. Sa Cour suprême garantit l’absolue égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction de religion. » Pour autant, a-t-il poursuivi, « le conflit israélo-palestinien n’est pas un conflit religieux mais territorial ». Le rabbin Rosen a déploré « l’utilisation abusive des religions en vue d’objectifs économiques et politiques. »

La Croix du 9 novembre 2011

 

L’université Al-Azhar du Caire fait aussi sa révolution

REPORTAGE La plus grande institution de l’islam sunnite veut retrouver son rayonnement, en appuyant la démocratisation de l’Égypte et le dialogue islamo-chrétien

En juin dernier, le cheikh Ahmed Al Tayyeb, grand imam de l’université d’Al-Azhar au Caire, a créé la surprise en lisant à la télévision un document dans lequel il propose « l’établissement en Égypte d’un État national constitutionnel, démocratique et moderne », fondé sur la séparation des pouvoirs, garantissant l’égalité des droits entre citoyens et la protection des lieux de culte des trois religions monothéistes. La révolution, qui balaie l’Égypte, n’épargne pas la plus grande institution de l’islam sunnite dans le monde. Depuis son arrivée en mars 2010 à la tête de l’université, Ahmed Al Tayyeb, théologien et philosophe diplômé de la Sorbonne, constate que l’établissement, marginalisé par des années de dictature et d’obéissance au pouvoir, a perdu de son aura. Il entend « qu’elle retrouve son message universel dans le monde et son rôle de renouvellement et de modernisation de la pensée islamique en s’ouvrant à toutes les cultures », explique Mahmoud Azab, un de ses plus proches conseillers.

Professeur d’arabe classique et d’islamologie aux Langues orientales (Inalco) à Paris pendant de longues années, Mahmoud Azab a été choisi par l’imam pour prendre la direction du centre de dialogue de l’université. Son rôle, explique-t-il, est de « discuter des valeurs universelles reconnues par tous : liberté, justice, développement, amour, amitié, sciences, luttes contre la pauvreté, contre l’ignorance, favoriser le dialogue entre civilisations ».

Dès les premières semaines de manifestations sur la place Tahrir du Caire, cheikh Al Tayyeb a ouvert Al-Azhar à ce dialogue, en rencontrant des jeunes. Il leur déclare, se souvient Mahmoud Azab : « Vous avez le courage, Al-Azhar a l’expérience et la sagesse. Nous sommes avec vous et nous pouvons coopérer. » Le dialogue se poursuit avec toutes les forces politiques, y compris les Frères musulmans, venus « avec un discours modéré, tolérant », se souvient-il.

Ensuite, sont venus les salafistes. « Avec eux, le dialogue a eu lieu sur la base de nos principes : pluralité, diversité dans l’Islam et droit à la différence. » « Puis, sont venus les laïques, menés par le milliardaire copte Naguib Sawiras. Et enfin, les écrivains, les romanciers, les poètes, les professeurs, les libres penseurs, chrétiens et musulmans, hommes et femmes, jeunes et plus âgés. La discussion s’est engagée sur ce que doit être la nouvelle constitution, base de notre État. »

Beaucoup évoquent alors un « État civil », « dawla madaniyya » en arabe. « Une notion floue », reconnaît le directeur du centre de dialogue, pour qui une définition a été établie après de longues discussions autour de dix principes « comme la séparation des pouvoirs, les élections libres directes, un État fondé sur la loi, engagé sur les libertés fondamentales, le respect des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, le principe de la pluralité, la différence et le respect des religions célestes ».

L’accord sera formalisé dans la « déclaration d’Al-Azhar sur l’avenir de l’Égypte », publiée en juin et lue en partie à la télévision par le grand imam. Le texte veut servir de base de travail à la rédaction d’une nouvelle Constitution, prévue après les élections législatives en cours, afin de couper la route à ceux qui voudraient instaurer un État religieux. Le grand imam d’Al-Azhar a par ailleurs réuni les candidats à la présidence de la République et les chefs des partis politiques. « Musulmans, chrétiens, Frères musulmans, et même salafistes ont signé la déclaration d’Al-Azhar. La cérémonie a été filmée », rappelle Mahmoud Azab.

L’autre grand chantier de l’imam d’Al-Azhar est « la maison de la famille égyptienne ». Née en réaction à l’acte terroriste contre l’église Notre-Dame du Salut à Bagdad, le 31 octobre 2010, cette institution, entérinée par le pape copte Chenouda, est composée de chrétiens des quatre Églises – copte-orthodoxe, catholique, évangélique et anglicane –, de musulmans d’Al-Azhar et de personnalités musulmanes et chrétiennes, spécialistes des sciences humaines. Une trentaine de personnes forment le conseil de la « maison ». D’autres s’occupent des comités pour l’éducation, la famille ou encore les médias.

Le conseil fut sollicité en mai après l’incendie d’églises par des extrémistes musulmans à Imbaba, une grande banlieue du Caire, qui fit 12 morts. « On s’est réuni et on a pris une série de mesures pour que l’État applique la loi. Notre objectif est de comprendre d’où viennent ces problèmes et y apporter des solutions durables. Le discours extrémiste musulman et chrétien n’a pas de frontière », déplore Mahmoud Azab.

« On ne peut plus comme au temps du président Moubarak, fermer les yeux sur les conflits islamo-chrétiens. Nous devons les mettre sur la table », estime-t-il. « En faisant toutefois la part des problèmes socioculturels, et des conflits de religion. En Haute-Égypte, un acte sexuel hors mariage est interdit en islam. S’il se produit entre une chrétienne et un musulman, on parle de conflit religieux. Or, la religion n’a rien à voir avec cela. Une dispute entre deux voisins, un musulman, un chrétien, sur un morceau de terre, ne doit pas se transformer en problème religieux. C’est violences qui se sont produites en Haute-Égypte sont des problèmes que les tribunaux civils doivent trancher, que les coupables doivent être punis, sans pour autant parler de religion. »

Pour Mahmoud Azab, il ne fait pas de doute que « la révolution est une chance. Elle permettra de planter les valeurs du changement dans notre société ».

AGNÈS ROTIVEL (avec Denise Ammoun) - La Croix 22/12/2011

REPÈRES
Un lieu d'excellence, en quête d'indépendance
• En plein cœur du Caire, aux abords du souk du Khân- ElKhalili, se tient l’université d’Al-Azhar, construite il y a 1 050 ans. Créée par une dynastie musulmane chiite, les Fatimides, qui régnèrent de 909 à 1171, sa mission était d’enseigner la doctrine ismaélienne. La dynastie suivante, celles des Ayyoubides, la convertit au sunnisme. Elle devint le phare des sciences de l’islam et des sciences humaines.

• Au XXe siècle, la révolution de 1952 entraîne sa modernisation

avec l’introduction des sciences modernes, médecine, ingénierie, agronomie et des facultés de langues et de civilisations étrangères européennes et orientales. Mais ce qu’elle gagne en modernité, l’université le perd en indépendance. Le président Nasser décide de nommer le grand imam, qui auparavant était élu par un collège de savants de l’université. Le docteur Ahmed al Tayyeb, nommé par Hosni Moubarak, estime qu’il est grand temps que l’université retrouve son indépendance, et que le grand imam soit, à nouveau, élu par ses pairs.

La Croix 22/12/2011